Depuis quelques semaines, les tribunes lilloises sont au cœur de l’actualité. En cause, des insultes racistes en parcage et un tifo identitaire. La parole des supporters, et des victimes, s’est soudainement massivement déliée et les témoignages se multiplient. Néanmoins, ce n’est pas le seul club où le racisme chez les ultras a été banalisé. Le football est, profondément, un sport populaire. Il est tout autant le reflet de la société et de la montée des idées d’extrême droite.

Le club de Lille dépose plainte contre ses supporters
Ce lundi 10 novembre, le LOSC a annoncé déposer plainte contre certains supporters au sujet de comportements « intolérables » et de « propos haineux et insultes racistes » survenus lors des deux derniers déplacements des ultras lillois, à Belgrade en Ligue Europa (le 6 novembre, défaite 1 à 0) et à Strasbourg en Ligue 1 (le 9 novembre, défaite 2 à 0).
Au retour du déplacement à la Meinau, dimanche soir, Rémy, supporter parisien ayant fait le déplacement en parcage avec ses amis lillois, a dénoncé, sur X, des insultes racistes à la fin de la rencontre. « À la fin du match, des altercations fusent entre supporters strasbourgeois et lillois à travers la vitre. Les premiers « sale b*ugnoule » sont entendus », pouvait-on lire. Ses propos sont appuyés par un second tweet, avec une vidéo où l’on voit clairement un supporter lillois le crier à, au moins, trois reprises.
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Ce n’est pas la première fois côté lillois. Lors de leur déplacement à Belgrade, début novembre, un supporter exécutant un salut de Kühnen (signe à trois doigts, une alternative au salut nazi utilisé dans certains milieux nationalistes) a été photographié. Quelques semaines plus tôt, lors de la rencontre face au PSG au stade Pierre-Mauroy (le 5 octobre, neutralisés 1 à 1), les Dogues Virage Est ont été au centre de l’attention à la suite d’un tifo identitaire déployé dans leur tribune : le lion des Flandres avec les griffes noires, symbole nationalistes flamands radicaux et du mouvement indépendantiste de la Flandre.
Les institutions ont une responsabilité, puisqu’ils n’agissent que lorsqu’ils sont dos au mur. « Le club a mis en place un site internet pour dénoncer tout acte de discrimination. J’ai l’impression, et je ne suis pas le seul, que c’est simplement un coup de communication, pour leur image, mais qu’il n’y a pas de suite », déplore Nicolas*, supporter du LOSC. Ce dernier subit l’harcèlement de certains membres des DVE depuis qu’il dénonce sur son compte Twitter les actes racistes qu’il voit ou qu’on lui rapporte : « il se faisait menacer sur Twitter après avoir dénoncer la vente de stickers suprémaciste blanc dans un des bus du groupe. Lors d’un déplacement au Havre ils avaient même tagués « Boufalinho meurt dans la pi*se » sur une aire d’autoroute », précise un supporter, présent en parcage au stade Océane.
Le KOB, figure du mouvement skinhead dans les stades
Ce phénomène n’est pas récent. Dès les années 80, le Kop of Boulogne (KOB), né en 1978 à Paris, récupère le mouvement skinhead, issu de la classe ouvrière, et l’influence du hooliganisme anglais. Certaines grosses figures de l’extrême droite vont rentrer dans la tribune, comme Serge Ayoub, fondateur des Jeunesses nationalistes révolutionnaires et du groupuscule d’extrême droite Troisième Voie. Le KOB va, par la suite, clamer haut et fort ses idées à coup de chants racistes, hostilité à l’égard de personnes racisées ou autres graffitis arborant des symboles fascistes.
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Dans les années 90, l’arrivée de groupes ultras dans la tribune Auteuil et des groupes plus cosmopolites, feront naître des rivalités entre Parisiens. Le 29 février 2010, soir de PSG – OM (0 à 3), une bagarre éclate entre les deux tribunes. Après ce court affrontement, certains membres du VA vont se lancer à la poursuite de ceux qui les ont attaqués. Ils vont attraper et lyncher Yann Lorence, venu de Boulogne. Il meurt de ses blessures quelques semaines plus tard. Après cet événement, et des bagarres de plus en plus violentes et fréquentes, le premier ministre de l’époque, François Fillon, annonce, par décret, la dissolution des groupes du KOB.
Même s’ils ne sont plus dans le stade, leurs idées restent à l’extérieur. Une association Kurde a subi une attaque, en février dernier, alors qu’ils projetaient le film Z de Costa Gavras dans leur local. Les assaillants sont partis en criant « Paris est nazi » et auraient laissé des autocollants « KOB veille ».
Le stade, reflet de la société : le racisme omniprésent ?
Mais il n’y a pas que du côté du nord de la France ou de la capitale que l’on remarque une banalisation du racisme. Le stade est un révélateur fort et un reflet de la montée des idées d’extrême droite dans la société. Drapeaux français et carte d’identité en masse dans le parcage lyonnais à Marseille en 2024, cris de singes, tatouages de la Totenkopf (tête de mort utilisée par les SS), banderole « Retailleau, gros bras avec les ultras, petits bras avec les OQTF » dans la tribune du FC Rouen ou encore la Section West, groupe ultras de Brest, au cœur d’une enquête pour l’agression d’ultra droite dans un quartier emblématique de gauche… Les exemples sont nombreux partout en France. « Il y a une libération de la parole raciste et une acceptation globale de ces idées, que l’on remarque également dans la société », déplore Rémy.
26 janvier dernier, à l’Allianz Riviera. La Brigade Sud Nice déploie une banderole « Le soleil se couche sur Nice, que la chasse aux rats commence » contre l’OM. Les « rats » (ou « ratons »), sont une insulte raciste de longue date désignant traditionnellement les Arabes. Le terme a d’ailleurs donné naissance au mot « ratonnade ». Marseille connaît bien cette « chasse aux rats ». En 1973, après le meurtre d’un chauffeur de bus par un algérien, le Comité de défense des Marseillais a tué 17 maghrébins. Le collectif revendiquait une « vengeance ». Certains expliquent que cette banderole renvoie simplement à la saleté de la ville. Simple chambrage entre supporters qui ne s’apprécient pas, donc.
Anecdotique ? Peut-être. Néanmoins, le Président de l’OGC Nice d’alors, Jean-Pierre Rivière, qui avait pris connaissance de cette banderole avant le début du match sans la considérer problématique, est aujourd’hui sur la liste d’Eric Ciotti (LR-RN).
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Le cas de Nice est représentatif d’une tolérance coupable dans les stades, mais n’est pas le seul. À Lyon, alors que de nombreux supporters témoignent d’actes racistes, aucune sanction n’est donnée et les enquêtes ne sont presque jamais faites. Le 19 septembre, face à Angers, un supporter lyonnais s’est fait arracher son drapeau de l’Algérie, au virage sud, alors qu’il souhaitait rendre hommage au retour au club de Rachid Ghezzal.
Ils ont également des précédents racistes et des agressions physiques à leur actif. Lors de la diffusion de la finale de Coupe de France, en 2024, au Groupama Stadium, une jeune fille s’est faite arracher son voile. La Mezza Lyon, aujourd’hui interdite de bâcher au stade, avait brandi un drapeau nazi face à l’OM. Le tribunal a condamné certains membres à des peines de prison ferme. Depuis 2024, un nouveau groupe, les South Side Lyon, se fait de plus en plus remarquer. Certains de ses membres ont été condamnés pour violences. D’autres affichent leur proximité avec l’idéologie nazie. StreetPress rapportait par exemple que Renaud Mannheim, ancien leader de la section locale du Blood and Honour, un réseau international néo-nazi dont la branche française a été dissoute en 2019, fait partie de la SSL.
Une minorité ? Peut-être, mais trop bruyante
Historiquement, les tribunes françaises sont plutôt ouvrières et populaires. Au Havre avec ses dockers, à Saint-Etienne et à Lens, plutôt des clubs de mineurs ou au Stade de Reims, au départ club des employés des champagnes Pommery. Cette dimension populaire est aussi à Sochaux, Nancy, Bordeaux, Marseille, Lorient ou à Rennes. Mais aujourd’hui, il y a une montée de la violence et des idées d’extrême droite. Ces idées ont infiltrées certaines tribunes citées plus haut. C’est le cas à Lens, Clermont-Ferrand ou Nancy. Cette montée est particulièrement flagrante en Bretagne, à Rennes, Brest ou encore Guingamp. Après l’attaque d’un festival antifasciste à Saint-Brieuc le 1er juillet 2023, les condamnés se sont avérés être des hooligans fréquentant les stades de Rennes et Guingamp.
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Il n’est pas rare d’entendre comme excuse « ce n’est qu’une minorité », notamment sur les réseaux sociaux. Il est important de remettre en question cette minorité, de l’identifier et de la combattre. Surtout quand celle-ci est très bruyante, violente et dangereuse. « Un pour-cent, c’est déjà trop », précise Raphaël*, supporter de l’OGC Nice. « J’ai des amis que j’emmène au stade, je ne me sentirais pas de les emmener en Populaire Sud. Pas qu’on voit des actes racistes à chaque match, mais je ne veux pas prendre le risque », poursuit-il.
Mais cela représente vraiment une minorité ? Celle-ci n’est jamais inquiétée et peut se permettre des actes racistes en toute décomplexion. « Ce qui m’a marqué le plus c’est la décontraction qu’ils ont de faire ou dire certaines choses. Ils traitent les joueurs de “bo*goules”, “b*cots”. Voire même de “n-word” dès qu’ils ratent des actions, comme Aouar ou Cherki », explique Mathieu*.
Plusieurs fidèles finissent par ne plus fréquenter les travées du stade, malgré l’amour porté à leur équipe, à cause des dérives racistes, bien trop nombreuses, des membres des groupes. Pour contrer le racisme dans les tribunes, il est important de se battre dans la société avant tout.
*le prénom de certains supporters ont été modifiés.

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