Dans un monde du foot toujours plus cruel où les petits clubs doivent survivre au milieu des gros, les erreurs de casting se payent cash. Sassuolo en a fait les frais cette saison avec des résultats plus que décevants. Entre la vente de leurs meilleurs joueurs aux grosses écuries italiennes et des paris sur des jeunes joueurs sans expérience, anatomie d’une chute.

L’Italie regorge de clubs tous plus mythiques les uns que les autres. Au milieu des cadors italiens, un club à su tirer son épingle du jeu ces dernières années. Bercé en partie par l’Atlanta Bergame de Gian Piero Gasperini, Sassuolo a emballé toute l’Italie pour son jeu chatoyant. Teintée par une tactique novatrice et dictée par un maestro du coaching comme Roberto De Zerbi. Mais la belle époque du club Sasól touche à sa fin. Les résultats déçoivent de plus en plus et la qualité de jeu qui faisait partie intégrante de son identité, semble avoir disparu. Fini le jeu de possession orchestré par Manuel Locatelli, les décrochages de Giacomo Raspadori et les débordements de Jérémie Boga ou Domenico Berardi. L’espoir de saisons toutes plus réussies que les autres a laissé place à un arrière goût d’amertume.
Apogée du football Neroverde et passation de pouvoir compliquée
Sassuolo est un club particulier pour de multiples raisons. Déjà car c’est un club centenaire, créé en 1922 et qui a dû attendre jusqu’en 2013 pour apercevoir l’élite du football italien. Il est détenu par la société de bâtiment MAPEI depuis le début des années 80, ainsi que par la famille Squinzi qui le dirige depuis 2002. Particulier aussi parce que le MAPEI Stadium, l’enceinte qui accueille le club Sasól, se trouve dans la ville de Reggio d’Emilie à 40 minutes de Sassuolo. Sous ses airs de petit club, Sassuolo regorge de ressources financières très importantes grâce à son propriétaire. Et pourtant cela n’a jamais été une fin en soi. La famille Squinzi a toujours priorisé le développement structurel plutôt que la recherche constante de faire de l’argent. C’est sur cette philosophie que Roberto De Zerbi a su capitaliser à son arrivée pour mettre en place une identité concrète.
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Le coach italien transforme le club de Sassuolo en une attraction nationale, voire même européenne. On loue son travail aux quatre coins du pays et certains joueurs de l’époque comme Manuel Locatelli ou Domenico Berardi deviennent des éléments importants de la sélection italienne. Une huitième place lors de la saison 2020-21, et un record de points en championnat pour le club viendront clôturer le passage du Brescian. Et prendre la succession de Sassuolo juste après le passage triomphant de Roberto De Zerbi n’était pas une mince affaire. Johann Crochet, journaliste spécialisé dans le football italien chez RMC se remémore son départ :
Quand De Zerbi part, la première chose à laquelle je pense c’est que ça va être très difficile de le remplacer. Parce qu’il a laissé une marque très importante, pas seulement en termes de résultats mais aussi dans la manière de voir les choses, de développer les jeunes, de développer le jeu, de réussir à attirer les gens au stade pour voir un football de qualité. De Zerbi disait d’ailleurs qu’il n’est pas si facile de gagner à Sassuolo parce que les joueurs n’ont aucune pression et que l’ambition c’est juste de survivre en Serie A. Il avait notamment essayé d’élever le niveau d’exigence et d’attente que pouvait avoir le club au niveau des prestations et des résultats.
Johann Crochet, journaliste chez RMC
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Un témoignage qui concorde avec celui donné par Maxime Lopez en 2023, lors de son passage dans Le Club des 5. Il explique notamment comment l’entraîneur De Zerbi leur a inculqué cette manière de jouer au football.
Pourtant, lorsque Alessio Dionisi arrive à l’été 2021 en provenance d’Empoli, les motifs d’espoirs sont présents concernant l’avenir. On parle alors d’un entraîneur novateur tactiquement qui s’inscrit parfaitement dans la philosophie du club pour développer les jeunes joueurs. Notamment avec un profil comme Nedim Bajrami qu’il retrouvera à Sassuolo un an après. Dionisi sort d’une très belle saison 2020-21 avec un titre de Série B à la clé, en ayant perdu seulement trois matchs. L’Italie loue alors son travail et le club Neroverde engage le natif de la Toscane. Le coach italien a une carrière assez similaire avec son prédécesseur Roberto De Zerbi, tous deux ont fait leurs armes dans des petits clubs de divisions inférieures italiennes avant de grimper les échelons.
C’est la première expérience dans laquelle Alessio Dionisi doit entraîner avec autant de responsabilités. L’italien doit au moins maintenir le club dans la première partie du tableau en championnat. Et pourquoi pas retrouver les compétitions européennes comme l’avait fait Eusebio Di Francesco avant lui. Mais les objectifs choisis ne sont pas toujours réalisables. L’effectif se réduit quelque peu avant l’arrivée du nouveau technicien avec la perte de Manuel Locatelli vers la Juventus Turin et celle de Jeremie Boga à l’hiver. Le défenseur brésilien Marlon file lui aussi rejoindre son ancien coach au Shakhtar Donetsk. Des premiers départs qui donneront le ton.
Sassuolo, les yeux plus gros que le ventre

La gourmandise est un des sept péchés capitaux. Et on sait à quel point résister à la tentation n’est pas chose aisée. Surtout dans le monde du football, ou l’appât du gain ne rime pas forcément avec réussite collective. Un péché dont il est difficile de se priver quand bien même la structure du club semble solide et pertinente. Beaucoup de clubs craquent à la vue des millions d’euros de transferts et bazardent un effectif taillé à la base pour être compétitif. Sassuolo en a fait l’expérience tout récemment en bafouant sa propre identité.
Le problème de Sassuolo c’est que leur modèle était viable, voire l’a été même très longtemps. Sauf qu’ils se sont laissé griser par de très bons joueurs qu’ils avaient au sein de l’effectif et qu’ils ont voulu faire des plus-values économiques très rapides sur ces joueurs. Sans même parfois avoir complété leur développement. Je pense que certains joueurs ont été vendu trop tôt et ils ont totalement vidé l’effectif des joueurs de qualités. Et c’est ce qui a amené en l’espace de 18 mois à ce que l’on voit aujourd’hui.
Johann crochet au sujet de la perte de compétitivité
La première saison avec Alessio Dionisi est pourtant correcte. Le club se classe à la onzième place du championnat mais traîne un cruel sentiment d’inachevé. Une dizaine de points de retard sur le premier club européen mais surtout une identité visuelle bien moins marquante. Beaucoup plus de verticalité qu’auparavant dans le jeu des Neroverdi même si la patte Dionisi semble prendre forme. On y retrouve toujours des victoires de prestige chez les cadors du championnat dont Sassuolo raffole tant, véritable savoir-faire qui perdure au fil des années.
Alors que l’équipe a besoin de renfort à l’été 2022 pour continuer sa progression, le club Sasól décide de vendre Giacomo Raspadori au Napoli. Une décision étonnante tant le buteur formé à l’académie brille cette saison. Suivra la vente de Filip Đuričić, homme fort du renouveau Neroverde, et le départ à la retraite du capitaine Francesco Magnanelli. Une perte de cadre importante avec une situation qui devient de plus en plus compliqué pour Alessio Dionisi. Le club d’Emilie Romagne perd de son attractivité et le stade se vide à nouveau. Les quelques moments joyeux de la saison coïncident comme souvent avec des victoires prestigieuses, mais quelque chose a disparu.
La saison 2023-24 sera celle de trop. Les derniers rescapés comme Maxime Lopez, Davide Frattesi ou Hamed Traorè quittent le club. La descente aux enfers commence. Après un début de saison correct, Sassuolo connaît une série de dix matchs sans victoire et viendra conforter l’idée que le club se dirige vers la Serie B. Alessio Dionisi est remercié à la mi-saison mais le mal est déjà fait. L’arrivée de Davide Ballardini n’y changera rien. Onze match et seulement deux petites victoires à son actif pour le nouveau coach.
Finalement la suite reste anecdotique puisqu’on ne parle plus vraiment de Dionisi ou pas Dionisi, mais plutôt d’un effectif trop pauvre miné par les ventes et dont l’avenir ne pouvait que mal se terminer. C’est devenu trop difficile pour espérer se maintenir. De manière générale quand tu es dans une saison galère ou rien ne tourne en ta faveur, c’est très difficile de s’en sortir pour n’importe quel club.
Johann crochet à propos du licenciement de Dionisi
Une relégation actée le week-end dernier face à Cagliari à la maison, pour la dernière de Claudio Ranieri sur un banc de touche. Pas sûr que les supporters Neroverdi aient eu envie de faire la fête…
Descendre en Serie B pour mieux remonter ?
C’est très souvent l’expression un peu bateau lorsqu’une équipe descend dans une division inférieure. En France, le RC Lens a connu un nouvel âge d’or après quelques années passées en Ligue 2. Toulouse à su également retrouver une nouvelle réussite sportive après leur rétrogradation et deux trophées glanés en seulement deux saisons. Mais peut-on espérer une telle réussite pour Sassuolo ? En tout cas, le club Neroverde possède une nette avance sur ses concurrents l’année prochaine. Fort d’une stabilité exemplaire depuis plusieurs saisons, Sassuolo ne risque pas la rétrogradation administrative comme bon nombre de clubs italiens ont pu connaître. Selon le site Transfermarkt, la balance du club est supérieure à 48 millions d’euros avec un total de vente estimé à 108 millions cette saison. Les ventes de Manuel Locatelli, Giacomo Raspadori et Hamed Traorè entrent en vigueur cet été.
On sait que l’ancrage du club est très solide avec la Mapei. Je ne vois pas du tout voir les enfants Squinzi sortir du club et s’en débarrasser lorsque tout va moins bien. Ils ont une propriété suffisamment solide et intéressée pour faire monter à nouveau le club en Série A. Ils ont accumulé un trésor de guerre sur toutes les récentes ventes qui leur permet de voir venir tranquillement.
Johann Crochet concernant la relégation du club en Serie B
L’argent c’est bien beau, mais qu’adviendra-t-il des forces en présence ? Plusieurs départs devraient être annoncés cet été comme celui d’Armand Laurienté, dont le profil intéresse les équipes italiennes. La Fiorentina étudie fortement le dossier. La légende du club Domenico Berardi devrait lui aussi trouver refuge auprès d’un cador italien. La Juventus semble très intéressée depuis quelques mois, ce qui permettrait au club d’assainir encore davantage ses finances. Davide Ballardini risque lui aussi ne pas être reconduit à son poste d’entraîneur. Sassuolo souhaitant davantage construire un effectif avec un coach en lien avec les valeurs du club. Affaire à suivre…
En seulement quelques années, Sassuolo est passé de club exemplaire à victime de sa soif d’argent. Une stratégie court-termiste qui a vu le club perdre en compétitivité. Un club destiné à jouer les places européennes qui va devoir reconstruire une équipe pour remonter en Serie A. Mais le plus dur arrive pour Sassuolo. Certaines équipes comme Parme ont dû attendre trois saisons pour retrouver l’élite du football italien. Les Neroverdi sont à la croisée des chemins, entre doute et futur rêve d’accession en première division.
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Roberto de Zerbi : Sassuolo, l’ovni neroverde - Fausse Touche · 11/12/2025 à 16:05
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