Depuis l’après Coupe du Monde 2022, l’Arabie Saoudite s’est fait un nom dans le monde du football. Il y a eu une victoire contre le futur champion du Monde. Puis l’arrivée de Cristiano Ronaldo en Saudi Pro League (SPL). Suivie enfin quelques mois plus tard par un énorme afflux de stars de différents championnats. Ces évènements ont propulsé ce pays au devant de la scène.

Faire venir des stars permettrait, selon la fédération et son directeur technique national Nasser Larguet, de faire progresser le championnat et la sélection. Mais si le championnat commence progressivement à s’améliorer, le bilan des sélections, lui, est catastrophique, tout comme l’avenir de ses jeunes.

Les années 2023 et 2024 sont un désastre pour le football saoudien. Pour les clubs comme pour les sélections, ce pays qui inspirait la crainte n’est plus que l’ombre de lui même.

En Asian Champions League, compétition très prisée des équipes de SPL, Al-Hilal a récemment vécu deux gros échecs. Une défaite en finale de l’ACL 2022-2023 face au club japonais d’Urawa, alors dans une mauvaise dynamique et bien plus faible sur le papier. Puis une élimination en demi-finale de l’édition 2023-2024. Une déconvenue d’autant plus amère qu’elle était face à un club représentant un championnat rival : Al-Ain, cador d’UAE Pro League. De plus, elle mettait fin à une série historique pour le football, 34 victoires consécutives.

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Mais si Al-Hilal représente dignement la SPL, ce n’est pas le cas des autres clubs. En 2022-2023, Al-Taawoun est sorti en poules, Al-Faysaly en huitièmes, et Al-Shabab en quarts. Et en 2023-2024, Al-Fayha est sorti en huitièmes, et Al-Ittihad et Al-Nassr sont sortis en quarts. Les seconds ont d’ailleurs été éliminés par Al-Ain. Le club émirati a été une véritable bête noire.

Après avoir éliminé Al-Nassr et Al-Hilal, le club emirati d’Al-Ain a remporté l’ACL, en finale contre les japonais de Yokohama F.Marinos. Une première depuis 2003. (Crédit : compte X d’Al-Ain)

Mais c’est surtout du côté des sélections que tout va mal. L’équipe A a eu beaucoup de difficultés à se relever du départ de Hervé Renard. Les « Faucons Verts » ont vécu une année 2023 médiocre, avec notamment huit matchs consécutifs sans victoire. Et des défaites contre la Bolivie ou le Costa Rica. L’Asian Cup 2024 au Qatar, où les saoudiens étaient considérés comme outsiders, aurait été un excellent moyen de se relancer.

Mais après des matchs de poules compliqués face à des équipes pourtant relativement faibles, ils se sont inclinés en huitièmes de finale face à une Corée du Sud pourtant unanimement considérée comme particulièrement faible. Un nouvel échec pour l’Arabie Saoudite, et son nouveau coach Roberto Mancini. Coach qui avait failli quitter le navire juste après, la faute à des tensions avec des cadres du vestiaire. Un témoin parmi tant d’autres de l’atmosphère morose qui gravite autour des « Faucons Verts ».

Et du côté des équipes jeunes, les résultats ne sont pas moins décevants. Vainqueurs de la Coupe d’Asie U23 en 2022, les saoudiens étaient de nouveau élevés au rang des favoris en 2024. Au Qatar, les hommes de Saad Al-Shehri ont été éliminés en quarts de finale par l’Ouzbékistan, un autre favori. Quelques mois plus tôt en 2023, les U20 avaient été sortis en poules de la Coupe d’Asie, après des défaites contre le Japon et surtout la Chine. Enfin, toujours en 2023 avait lieu la compétition U17. Où ils ont été éliminés en quarts de finale par…l’Ouzbékistan encore.

Sur les quatre dernières Coupes d’Asie de ses sélections, l’Arabie Saoudite n’a donc pas réussi à passer le premier tour à élimination directe. La faute pourrait être remise sur les entraîneurs, car la génération est considérée comme dorée. Et elle est censée faire partie des meilleures d’Asie, devancée seulement qualitativement par le Japon, l’Ouzbékistan et la Corée du Sud. Mais le mal est plus profond.

Cette saison 2023-2024 de Saudi Pro League a été particulière sur bien des points. Jamais autant de stars n’avaient foulé les pelouses du championnat en même temps. Jamais autant de caméras n’avaient été braquées sur de petits clubs comme Abha ou Al-Okhdood, habitués à vivre dans un anonymat international total. Et jamais l’avenir des jeunes joueurs n’avait été aussi caligineux.

Depuis les années 2000, il est vrai que peu de U23 avaient leur place chez des cadors comme Al-Nassr ou Al-Ahli. Bien que ces clubs disposaient et disposent toujours de très bons centres de formation, la plupart des jeunes étaient prêtés une ou plusieurs saisons aux clubs de milieu et de bas de tableau. Le défenseur Omar Hawsawi s’était par exemple révélé en prêt à Al-Qadsiah. Et c’est même au Qatar qu’Al-Ahli avait prêté le légendaire Taiseer Al-Jassam. Seuls certains joueurs d’Al-Ittihad et d’Al-Hilal avaient rapidement leurs chances. En tout cas, avant, les jeunes talents qui ne pouvaient pas jouer chez leur club formateur pouvaient s’assurer du temps de jeu et une bonne progression dans les clubs un peu plus modestes.

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Mais depuis les changements de quotas, et l’arrivée massive de joueurs étrangers en Saudi Pro League, leur situation a évolué. Aussi talentueuses soient elles, les pépites saoudiennes passent au second plan par rapport à des joueurs beaucoup mieux payés et plus affutés physiquement. L’absence d’entraîneurs saoudiens dans le championnat cause aussi ce phénomène. Tous les coachs sont étrangers, et privilégient donc des profils de joueurs étrangers qu’ils connaissent mieux. Et ce quota de huit joueurs étrangers instauré il y a peu devrait encore évoluer. Et passer à dix. Ce qui signera sûrement l’arrêt de mort de la formation saoudienne.

Les jeunes joueurs locaux devront se contenter de quelques miettes, et ne pourront même pas progresser en U23, puisque certaines de ces équipes ont fermé en 2022, notamment Al-Nassr et Al-Hilal. La compétition nationale à l’échelon le plus élevé est donc la Youth League, le championnat U19. Mais après lui, plus rien. Et même si les instances annonçaient récemment vouloir « mettre en avant les U21 », elle n’ont toujours rien changé.

Des joueurs très prometteur ne jouent donc presque pas en championnat. Par exemple, Abdullah Radif, prêté à Al-Shabab, a joué 24% du temps de jeu possible. Un chiffre qui monte à 30% pour Musab Al-Juwayr, considéré pourtant comme le plus grand talent de sa génération. On passe à 18% Pour Yaseen Al-Zubaidi à Al-Okhdood. Ou encore 6% pour Yousef Haqawi à Al-Fayha. Roberto Mancini avait d’ailleurs pris en compte ce manque de temps de jeu de certains joueurs, même plus âgés, quand il avait choisi les joueurs pour la sélection. Le tacticien italien convoquait des éléments comme Awn Al-Saluli et Fawaz Al-Saqour uniquement car ils étaient titulaires dans leur club.

Excellent lors du Tournoi Maurice Revello 2023, Faisal Al-Ghamdi a pu profiter de l’arrivée de Marcelo Gallardo à Ittihad. Il est l’un des seuls gros talents de SPL à avoir disputé plus de 50% des minutes de son club. (crédit : Tournoi Maurice Revello)

La place des jeunes est donc plus que jamais en péril. Une situation surprenante puisque le directeur technique national est Nasser Larguet, un ancien responsable de centres de formations de nombreux clubs. Pourtant, alors que tout semble aller mal, une actualité récente pourrait tout changer.

En 2018, une vague des joueurs saoudiens avait quitté le championnat. Parmi les têtes d’affiche, on trouvait notamment Salem Al-Dawsari et Fahad Al-Muwallad. L’expérience s’était avérée être un échec total pour tout le monde. Depuis, et comme elle le faisait déjà avant, la fédération et les clubs bloquaient les joueurs saoudiens pour qu’ils restent dans le championnat. Mais cette situation pourrait changer avec le possible départ de Saud Abdulhamid au Toulouse FC. Le latéral très offensif d’Al-Hilal évoquait déjà l’an dernier des envies de départ. Et le club de Ligue cherche un successeur au danois Mikkel Desler.

Saud Abdulhamid soulevant sa deuxième Saudi Pro League avec Al-Hilal. Malgré la concurrence, il s’est imposé cette saison comme le meilleur à son poste (crédit : compte X du joueur)

Même si rien n’est officiel, ce transfert pourrait montrer un changement de vision de la fédération. Les jeunes joueurs pourraient espérer rejoindre des clubs du «Big Seven» européen, où ils pourraient jouer en équipes jeunes, et dans le futur avec les équipes A. Cela leur permettrait d’obtenir sûrement davantage de temps de jeu, et surtout de mieux connaître la manière de voir le football en Europe. C’est une stratégie mise en place par le Japon, qui pousse ses clubs et ses jeunes à aller en Occident. Ce serait en tout cas un bon moyen de régler les problèmes de temps de jeu des talents de demain. Néanmoins, à la différence des japonais, les saoudiens ont de gros salaires, même lors de la signature de leur premier contrat professionnel. Un effort serait donc nécessaire, car tous les clubs ne pourraient pas se permettre de les recruter.

En voulant développer son championnat, la fédération saoudienne est en train de condamner son équipe nationale. Des talents générationnels se retrouvent sans temps de jeu, et sans possibilité d’en avoir. Néanmoins, la possibilité de voir certains s’exporter permet encore d’espérer pour l’avenir du football dans ce pays du Golfe. Les espoirs saoudiens seront donc sûrement plus scrutés que d’habitude lors de cette édition du tournoi Maurice Revello. À eux de se mettre en valeur, pour peut-être signer bientôt dans un club européen.


killianbesson

Bonjour, je m'appelle Killian/キリアン/किलियन et je suis fan de football asiatique, surtout japonais et singapourien. Je suis aussi passionné de géopolitique et de gastronomie, et scout amateur. Je supporte le Vissel Kobe en D1 japonais pour le meilleur et surtout pour le pire.

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