L’Indonésie, pays de passionnés, où la ferveur dans les stades est imbattable sur le continent, l’Indonésie ne peut pas laisser indifférents les fans de football qui la connaissent. Pourtant, le pays a souvent eu beaucoup de difficultés à exister, ne serait-ce qu’à l’échelle continentale. Rongé par la corruption, la violence de certains fans, et une diabolisation de la part de certains politiciens, le ballon rond indonésien a touché le fond lors de la précédente décennie.

Indonésie jeunesse

Cependant, depuis quelques années, il se relève progressivement. Et ce grâce à sa jeunesse, qui brille plus que jamais, et porte sa sélection. Cette jeunesse a la particularité de provenir de deux sources majeures.

Au début des années 2010, le football indonésien a connu une crise politique qui l’a beaucoup marqué. En 2012, la FIFA a pointé une ingérence de la PSSI, la fédération, sur une partie du territoire. Puisqu’à l’époque, une autre organisation rebelle, la KPSI, avait également un championnat. Si la situation s’était réglée rapidement, elle mettait en lumière deux problèmes majeurs : l’instabilité et le manque d’autorité des instances, et les difficultés à gérer le football d’un pays aussi vaste. Pays composé de 18 306 îles, faisant 5 120 kilomètres de longueur.

Mais le 23 mai 2015, c’est une nouvelle affaire d’ingérence qui a touché la PSSI. En conflit avec les gouvernement locaux, l’instance était incapable d’organiser certains matchs. Cette fois-ci, la FIFA a suspendu la fédération, qui était aussi, comme beaucoup de fédérations de la zone AFF, rongée par la corruption. Une suspension qui a empêché la « Tim Garuda » de participer aux éliminatoires de la Coupe du Monde 2018 et de l’Asian Cup 2019. Il fallait donc tout reconstruire.

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Faire un ménage dans un premier temps. Il était long, car des scandales de corruption d’arbitres orchestrés au sein même de la PSSI ont fait surface en 2018. Et le problème n’est, semble-t-il, toujours pas réglé dans les divisions inférieures. Mais la Liga 1, la première division, semble elle bien plus propre qu’avant. Si son niveau reste assez faible, elle est en progression constante. De nouvelles réformes avec notamment un système de quotas semblable à celui utilisé au Japon aideront aussi ce développement.

Mais le tournant du développement du football indonésien a eu lieu en janvier 2020, avec l’arrivée d’un homme : Shin Tae-yong. L’ancien coach de Seongnam et de la sélection de Corée du Sud est arrivé pour devenir coach des A, des U23 et des U19 indonésiens. C’est une pratique qui se fait beaucoup en Asie du Sud-Est. Les sélectionneurs s’inscrivant souvent sur la durée, ils peuvent habituer les jeunes à leur manière de travailler. Et aussi repérer certains qui mériteraient d’être surclassés. Ce qui arrive souvent, puisqu’en Indonésie, chaque génération ou presque est meilleure que la précédente.

Shin Tae-yong est presque vénéré pour son travail. Il a parfaitement su tirer profit des efforts faits par la fédération pour améliorer le football de l’archipel. (crédit : PSSI)

Shin Tae-yong a réussi à faire de la sélection indonésienne senior une équipe redoutée et très accrocheuse. Pas de défense en bloc bas sans volonté de jouer, tout le monde se projette et essaie de jouer haut. Pas de possession stérile, le ballon est toujours vivant, et le jeu est assez vertical. Un style qui a un peu surpris chez les cadors du continent, habitués à affronter des équipes posant le bus. Et ne jetant que des longs ballons devant sur un attaquant esseulé. Cette qualité de jeu a permis à l’Indonésie de se qualifier pour l’Asian Cup au Qatar pour la première fois depuis 2007.

Dans un groupe passionnant avec trois autres nations de foot : le Japon, l’Irak et le Vietnam, les indonésiens ont terminé troisièmes. Ils n’ont triomphé que du Vietnam, mais avec la manière. Une victoire symbolique face à un cador de la zone AFF, un rival également. Cependant, les hommes de Shin Tae-yong ont réussi à se qualifier aux meilleurs troisièmes. Pour la première fois de son histoire, la «Tim Garuda» allait connaître des huitièmes de finale. Malheureusement, dans ces phases à éliminations directe, c’est une sélection australienne chirurgicale et très solide défensivement que les indonésiens ont dû affronter. Lourde défaite 4 à 0, mais un parcours tout de même historique.

Il y a quelques semaines, les U23 disputaient aussi leur Coupe d’Asie. Et il créèrent la surprise. Malgré une défaite scandaleuse contre le Qatar, bien avantagé par l’arbitrage, les jeunes indonésiens ont ensuite battu l’Australie, pourtant parmi les favoris, et la Jordanie, pour se hisser en quarts. Des quarts durant lesquels ils ont triomphé de la Corée du Sud, avant de chuter en demies contre l’Ouzbékistan. Mais pour sa première participation à la Coupe d’Asie U23, l’Indonésie a terminé quatrième. Devant des sélections comme l’Arabie Saoudite, l’Australie ou le Qatar.

Le trio composé (de gauche à droite) de Witan, Marselino et Justin Hubner. Ils ont joué un rôle essentiel dans l’excellent parcours de leur pays en Asian Cup U23. (crédit : PSSI)

Ce succès est dû à la jeunesse exceptionnelle composant les sélections. Une jeunesse provenant à la fois de la formation locale, et de la diaspora.

Avec une fédération aussi inactive et laxiste, au début des années 2000, la formation indonésienne n’a pas su évoluer. Le pays avait donc de grosses lacunes, avec entre autres l’absence d’académies U12. Les centres de formation des clubs étaient peu efficaces Ces derniers préféraient dépenser leur budget dans l’équipe première, afin d’avoir des résultats rapides. Et les autres académies, comme celles privées ou dépendantes de la PSSI étaient incapables de former correctement.

Une situation qui a évolué avec les travaux effectués lors de la précédente décennie. Et qui a doté l’Indonésie de jeunes joueurs très intéressants ces dernières années. Certains n’ont pour l’instant pas confirmé les attentes, comme Egy Maulana Vikri ou Syahrian Abimanyu. Mais ce n’est qu’une question de temps avant que certains ne réussissent hors de leurs terres.

Un problème se dresse néanmoins face à eux : leur popularité. Dans un pays où le clubisme est très poussé, chaque enfant du club est une star, et est suivi où qu’il aille. Recruter un joueur indonésien populaire, c’est aussi s’assurer de vendre beaucoup de maillots, de voir son nombre de followers sur les réseaux fortement augmenter. Le club du Tokyo Verdy l’avait bien compris en 2022. Les tokyoïtes, alors en seconde division, avaient été chercher Pratama Arhan. Le jeune latéral était une star de Liga 1 dans son club du PSIS Semarang.

À son arrivée, le nombre de followers du compte Instagram du club avait été décuplé. Le chaîne YouTube de la JLeague diffusait les matchs du Tokyo Verdy commentés en indonésien. Ce recrutement a été un échec sportif, puisqu’en deux and, Arhan n’a joué que 256 minutes. Mais le faire jouer n’était pas l’objectif Les futurs talents locaux indonésiens devront donc espérer ne pas s’exporter dans un club qui veut uniquement tirer des profits financiers de leur présence.

Certains sont d’ailleurs présents lors du tournoi Maurice Revello 2024, notamment Muhammad Ragil. Le grand et longiligne buteur de 19 ans est d’ailleurs passé par l’Académie Garuda Nusantara, une école de foot assez récente et qui s’inscrit dans ce développement des écoles de football. Car le vivier est énorme. D’autant que le pays est en forte croissance démographique. Un habitant de l’archipel sur deux a moins de trente ans. Il est donc nécessaire de développer au maximum la formation.

La liste des jeunes indonésiens participant au Tournoi Maurice Revello. (crédit : compte X du tournoi)

Parmi les autres jeunes prometteurs au tournoi en 2024, on trouve aussi l’ailier du Persija Dony Pamungkas. Kadek Arel Priyatna, défenseur montant en puissance à Bali United, quatrième du dernier championnat, est aussi présent. Enfin, il faudra surveiller Toni Firmansyah, un jeune milieu offensif avec du feu dans les jambes De plus, l’Indonésie a une seconde arme, sa diaspora.

Ancienne colonie néerlandaise, beaucoup de binationaux évoluent dans le championnat portugais. Récemment, des renforts comme Justin Hubner, Ivar Jenner ou Nathan Tjoe A On ont garni la sélection des seniors. Au Tournoi Maurice Revello 2024, il y aura en tout cinq de ces joueurs évoluant aux Pays-Bas : Dion Markx, Tim Geypens, Sem Yvel, Mauresmo Hinoke et Jens Raven. Mais à cette liste s’ajoute un autre binational, plus atypique.

Welber Jardim est né sur Bornéo, d’une mère indonésienne et d’un père brésilien, joueur de foot. Il a ensuite rejoint le Brésil, et joue depuis pour Sao Paulo. La PSSI a donc tout fait pour s’offrir les services du jeune latéral très offensif né en 2017. Quelques autres joueurs binationaux indonésiens ne sont pas néerlandais, comme le défenseur Jordi Amat, mais ils sont rare. Cela permet une intégration plus facile de ces derniers. Ils parlent tous les même langue, et viennent parfois des mêmes centres de formation.

L’Indonésie a pu voir ce qui n’allait pas en observant l’archipel voisin, celui des Philippines. Ce pays naturalise depuis les années tous les binationaux qui passent. Mais contrairement à la diaspora indonésienne qui est majoritairement aux Pays-Bas, celle des Philippines est plus éparpillée. On trouve des philippins en Australie, en France, au Japon, en Allemagne, en Angleterre… Par conséquent, les joueurs naturalisés parlent tous des langues différentes et n’ont pas la même vision du football.

Puis elle n’a souvent aucun intérêt sportif, puisque tous les binationaux qui passent rejoignent la sélection. Alors qu’en Indonésie, le but est de renforcer le projet mis en place par Shin Tae-yong. La priorité est donc de renforcer les postes qui manquent de qualité. C’est pour cela que sont intégrés majoritairement des milieux défensifs, des défenseurs centraux et des buteurs.

Après une grosse crise, l’Indonésie a su se relever. Il a fallu du temps, de la patience, mais les nombreux supporters peuvent désormais être fiers de leur football. La progression est linéaire et devrais continuer à l’être. Et peut-être qu’en 2030 ou en 2034, nous pourrons voir ce pays dans une Coupe du Monde.


killianbesson

Bonjour, je m'appelle Killian/キリアン/किलियन et je suis fan de football asiatique, surtout japonais et singapourien. Je suis aussi passionné de géopolitique et de gastronomie, et scout amateur. Je supporte le Vissel Kobe en D1 japonais pour le meilleur et surtout pour le pire.

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