Après une formation pour devenir journaliste et quelques années dans la presse locale des environs de Marseille, Julien Wachowski a décidé de pleinement dédier son énergie à l’audiodescription. Commentaire sportif à destination des non et malvoyants, l’audiodescription apparaît sur les radars français à partir de 2016. À l’occasion de l’Euro de football organisé en France, l’association Café, désormais AccessibAll, partenaire principal de l’UEFA, met en place des systèmes d’accessibilité, dont l’audiodescription faisait partie.

Ils investissent dans du matériel et couvrent tous les stades de la compétition. L’idée derrière était de pérenniser l’audiodescription. C’est le projet ASA France – l’audiodescription pour tous, qui reprend le flambeau. Entretien.
« Comment tombe-t-on dans l’audiodescription ?
Finalement, un peu par hasard. Le dispositif d’accessibilité s’est mis en place pour cet Euro, et ensuite, ils sont venus auprès de mon école de journalisme. Ils ont décrit cette expérience de commentaire sportif. Quand je me lance, je n’avais pas la notion de ce que cela représentait. En tant que fan de sport, j’avais ce rêve de devenir commentateur. J’ai été sélectionné et formé, et pu couvrir l’Euro 2016. C’est à mon premier match de l’Euro que j’ai compris la portée de ce que je faisais. J’ai ensuite rejoint ASA et j’ai pu mener son développement à Marseille.
J’ai pu rencontrer les supporters qui m’ont écouté sur ce match-là. Certains n’allaient plus au stade depuis 20 ans, et ont pu profiter pleinement de l’expérience. Ces retours m’ont profondément touché et profondément marqué. À tel point que j’ai réalisé que mon rêve d’être commentateur sportif, il était nul. Faire de l’audiodescription, c’est dix fois mieux. Il y a autant de passion, autant de magie, autant de connaissance. Et à côté de cela, on est utile.
« Soit, je me branchais sur la radio et ils ne font que blablater, soit ce sont les copains qui aident. Mais il faut dire qu’ils sont très limités. »
Avec cette formation, cela nous a permis d’avoir les armes et les capacités d’aider ces personnes. Depuis cette expérience, je me suis fixé pour seul objectif de réussir là-dedans. Parce que les retours que nous recevons sont gratifiants. À Marseille, c’est que les suiveurs sont de plus en plus nombreux. Il y a un vrai bouche-à-oreille qui s’est créé avec le temps, et de plus en plus de supporters suivent les matches au stade avec ce dispositif. C’est le contact avec les bénéficiaires qui fait que la flamme ne s’éteint pas. Au contraire, il pousse à continuer.
Quelles sont les différences notables avec le commentaire dit classique ?
Le commentaire en audiodescription change véritablement sur deux points. Le premier, le plus important, c’est forcément la description. Notre rôle est de commenter ce que l’on voit, mais surtout de le décrire. L’idée est d’aller plus loin dans ce que l’on va dire. On évoque la position des joueurs sur le terrain, mais aussi des systèmes tactiques en expliquant tous les repères visuels, les tenues des joueurs, une coupe de cheveux, la couleur des chaussures, une ambiance en tribune, les mouvements d’humeur d’un supporter, d’un coach. L’idée est d’aller trouver tous les détails possibles, les détails marquants, et heureusement que nous sommes deux aux commentaires. Le plus dur est de faire les choix, et les bons choix.
À Marseille, le système est assez simple. Il suffit de venir au stade et demander un casque à un hôte ou une hôtesse. Le supporter s’installe en tribune, et 15 minutes avant la rencontre, on « prend l’antenne » avec l’avant-match. Factuellement, ils peuvent être n’importe où dans le stade. Dans les faits, le club met à disposition un espace dédié aux supporters en situation de handicap.
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Ensuite, le, ou plutôt les publics, qu’il vise. Évidemment, les personnes en situation de handicap visuel sont notre première cible. Ensuite, nous visons les néophytes, parce que le vocabulaire spécifique du football ne leur parle pas forcément. Qu’est-ce qu’un sombrero pour une personne qui ne s’intéresse pas profondément au sport ? Pourtant, c’est un geste technique assez commun pour les amateurs. Alors, je décris le sombrero. Pour aller plus loin, j’explique que le joueur lève le ballon, le fait passer au-dessus de la tête de son adversaire, et récupère le ballon dans la foulée, après l’avoir éliminé. Le terme technique n’est pas une description. Ce néophyte, il pourra débriefer le match avec son entourage connaisseur.
Pour finir, cette troisième catégorie, que l’on veut toucher de plus en plus, sont ces personnes qui ont une difficulté d’accès au sport et ceux qu’on veut accompagner. Ce sont les jeunes issus de milieux défavorisés, qui n’ont pas la chance d’aller dans les stades, de s’offrir un abonnement télé.
Aujourd’hui, n’importe quel stade de football peut-il proposer l’audiodescription ?
Mettre en place l’audiodescription est à la portée de tout sport, de toute fédération, de tout club. Le plus complexe est de trouver les moyens humains. L’audiodescription est un petit milieu. Globalement, tout ce petit monde en France se connaît. En étant chez ASA pendant 6 ans, j’ai assisté la formation de près de 70 % du réservoir. Dans un second temps, c’est vrai que les moyens techniques sont coûteux. À l’heure actuelle, l’achat de matériel, du boîtier aux casques, est cependant largement abordable par tous les clubs de Ligue 1. Tout comme la rémunération des journalistes. Aucun club ne pourra dire « je n’ai pas les moyens de le faire ». Ce n’est pas entendable. L’inverse relève du prétexte.
D’ailleurs, c’est dans l’air du temps de se rendre accessible et les clubs ont tout à y gagner, c’est un win-win à 100 %. Les plus grands clubs français actuels, dans le football, ont déjà mis ou sont en train de mettre en place l’audiodescription dans leur enceinte. Je parle de l’OM, de l’OL, le LOSC et Lens également, le TFC et le FC Metz aussi. Le PSG ne le fait plus, mais devrait la relancer d’ici peu. À partir du moment où ces grands clubs le font, les petits clubs n’ont plus qu’à prendre exemple. Le rêve aujourd’hui, c’est que tous les clubs de Ligue 1 soient pourvus.
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Une fois tous pourvus, les clubs n’auront rien d’autre que le coût humain à mettre sur la table, en dehors du renouvellement du matériel lorsque celui-ci commence à dater. C’est l’investissement d’origine qui est coûteux. Pour un avenir plus serein, ce serait optimal que l’association dispose de son propre matériel. Cela nous faciliterait grandement la tâche pour la couverture d’événements, proposer notre savoir-faire et nos prestations à des plus petits clubs, comme Aubagne, qui n’auraient qu’à soutenir le coût humain. »
Merci à Julien Wachowski pour sa disponibilité.
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