Située au cœur du Pacifique, l’île de Guam est surtout connue pour ses plages paradisiaques, sa culture chamorro et sa position stratégique comme territoire américain. Ce petit territoire attire les touristes grâce à son cadre tropical et les militaires par sa base stratégique, mais beaucoup ignorent que le football y tient aussi une place importante dans le cœur des habitants.

Pourtant, derrière cette passion grandissante se cache une réalité moins reluisante. Une gestion désordonnée, un manque de transparence et des infrastructures mal entretenues freinent considérablement le développement du sport roi. Alors que de jeunes talents rêvent de faire rayonner Guam sur la scène internationale, le désintérêt des dirigeants et les erreurs administratives transforment ce rêve en mirage. Le football à Guam n’est pas en manque de joueurs… mais en manque de vision.
Guam, la difficulté quête d’une identité
L’île de Guam est réputée pour sa position géostratégique, notamment en raison de la présence militaire américaine, qui constitue une grande part de son économie. Le tourisme joue également un rôle majeur. Il attire principalement des visiteurs venus du Japon, de Corée du Sud et des états voisins, séduits par ses plages, sa culture locale et son climat tropical. Sur le plan culturel, le territoire de Guam est profondément marqué par un mélange d’influences chamorro, américaines et asiatiques. Les Chamorros, peuple autochtone de l’île, conserve une identité forte malgré la modernisation rapide du territoire.
Cependant, derrière cette image de carte postale, Guam fait face à plusieurs défis structurels. Une dépendance économique forcée aux États-Unis, un coût de la vie élevé, des ressources limitées et une organisation politique complexe. Ces difficultés se reflètent par ailleurs dans le domaine sportif, singulièrement dans le football. La gestion défaillante, le manque de moyens et l’influence politique freinent l’émergence d’une pratique qui peine à s’imposer face aux disciplines plus populaires (et américaines), comme le baseball ou le basket.
Une sélection en grandes difficultés
Coté ballon rond, l’historique est plutôt fourni sur l’île. L’équipe nationale a disputé son premier match en 1975 contre les îles Salomon, à l’occasion des jeux du Pacifique. C’est le début des déconvenues pour la toute jeune sélection. En 30 ans d’existence, l’équipe nationale n’a remporté que deux matches, contre les Samoa et les Tuvalu. Malgré ces résultats très peu réjouissants, la fédération intègre la Confédération asiatique de football. Elle prendra part à l’éliminatoire de la Coupe d’Asie 1996 pour la toute première fois. Le 5 aout 1996, Guam a rendez-vous avec son histoire pour son premier match officiel, après 30 ans d’existence. Opposés à la très prometteuse équipe de Corée du Sud, les insulaires s’inclinent 9-0. Bis repetita au second match, 9-0 contre le Vietnam, puis pour conclure, 9-2 contre Taïwan.
Après ces prestations plus que poussives, la sélection fait son entrée à la FIFA et dispute donc les qualifications pour le Mondial 2002. Ce qui devait être un moment pour s’aguerrir a tourné au fiasco. Humiliation 19-0 contre l’Iran et contre la terrible équipe du… Tadjikistan, 16-0. Au fil des années, les déculottées se sont accumulées. 15-0 contre Hong Kong. 21-0 face à la Corée du Nord. 11-0 contre la Palestine et même des défaites énigmatiques contre le Bhoutan, 5-0 et 6-0. Elle a sorti la tête de l’eau le temps de deux matches, le 16 mars 2009, après une victoire 1-0 contre la Mongolie pour le compte du championnat d’Asie du Sud-Est, et ensuite, 2-1 contre le voisin des îles Mariannes du Nord.
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À la suite de cette courte parenthèse, l’équipe nationale est retombé dans ses travers jusqu’en 2015. En juin, ils sont opposés au Turkménistan pour la première journée de qualification pour la Coupe du Monde 2018. Ils créaient la surprise en s’imposant 1-0, cinq jours avant de recevoir l’Inde. Le sort des Matao (courage, en chamarro) semble déjà joué avant le match. Pourtant, devant leur public, ils ont renversé leur adversaire sur le score de 2-1, s’imposant donc contre une nation 8 000 fois plus peuplée. Il faudra ensuite attendre les qualifications pour le mondial au Qatar pour revoir l’équipe insulaire gagner, une large victoire 5-0 contre le Bhoutan en tour préliminaire.
L’arbre qui cache la foret
Alors, en apparence, l’histoire du ballon rond à Guam semble plutôt banale. Voire pathétique. Une petite nation qui encaisse énormément de but et qui paraît stagner depuis des années. Cependant, ses résultats sont le reflet de la politique sportive catastrophique de la fédération.
En 2017, Richard Lai, président, est condamné par un tribunal de New York pour détournements de fond. Il a reconnu avoir reçu quelque 850 000 dollars de pots-de-vin entre 2009 et 2014 de certains responsables de la confédération asiatique de football, moyennant un engagement à faire avancer leurs intérêts, y compris en les aidant à identifier d’autres responsables de la confédération auxquels ont été versés des pots-de-vin. Il a aussi reconnu avoir touché 100 000 dollars de pots-de-vin en 2011 pour soutenir l’un des responsables de la confédération qui briguait alors la présidence de la FIFA. Richard Lai était également membre de la commission d’audit et de conformité de la FIFA, présidée par le Slovène Tomaz Vesel. Cette dernière examine notamment le salaire du président Gianni Infantino…
L’actuel vice-président de la fédération, occupant aussi le poste de responsable du comité des finances, est George Lai, le frère de Richard. Jason Cunliffe, meilleur buteur et joueur le plus capé de l’histoire de l’équipe nationale, éructe. « Toutes les personnes qui ont été sous les ordres de George ont été maintenues en poste, alors que dans les autres pays, dans le même cas, tout le comité directif est limogé. »
Des dirigeants incompétents et des joueurs abandonnés
D’après lui, la corruption n’est pas visible, mais il y a un grand manque de transparence de la part de la fédération, spécifiquement au moment des nominations. Cheri Stewart, directeur général, n’a pas hésité à nommer des gens de sa famille sans aucune expérience. C’est le cas du secrétaire général Joseph Cepeda,. Sans compétence footballistique, il n’est qu’une personne très importante dans le paysage du tennis sur l’île.
Les joueurs évoluent alors dans un climat de peur. Lors des matches internationaux, ils ne sont pas assurés par la fédération. Ils doivent payer eux-mêmes les frais en cas de blessure. Ce fut le cas pour Shawn Nicklaw, qui, lors d’une rencontre, s’est blessé et a menacé la fédération afin d’obtenir de l’aide. Ce qui n’a évidemment pas abouti. Au contraire. Le joueur a rapidement été banni. Son cas n’est en rien isolé. Lors des qualifications pour le Mondial 2026, le jeune Alec Taitague a failli se faire retirer un testicule après un match contre Singapour. Il a été hospitalisé pendant cinq jours. Les frais médicaux ont été pris en charge par la famille du joueur.
Des infrastructures à l’image des dirigeants
Sur le plan des infrastructures, les installations sont chaotiques. Lors du passage du typhon Mawar (2023), qui a ravagé l’île, l’éclairage du camp d’entraînement a été détruit. La fédération saoudienne s’est à ce moment portée volontaire pour payer l’installation d’un nouveau système d’éclairage. En échange, elle demandait le vote de Guam pour l’organisation de la Coupe du Monde 2030. Cet échange de bons procédés n’aboutira jamais. Le directeur général a rendu le vote trop tard et l’Arabie saoudite avait déjà reçu l’attribution du mondial. De ce fait, l’éclairage n’a pas pu être réparé. Depuis maintenant deux ans, le stade n’a donc pas de projecteur. Les matches et entraînements en soirée sont désormais devenus impossibles.
Malgré cette situation très préoccupante, la FIFA reste stoïque, absente, décernant même des récompenses à la fédération. En 2019 et 2022, elle a décroché le prix Ruby de l’AFC, mettant en lumière les futures grandes nations de la confédération asiatique, ainsi que la médaille d’argent pour la qualité de leurs infrastructures et de formation. Malgré ces récompenses flatteuses, la population est bien au courant de l’envers du décor. Avouant que la fédération est très mal gérée, elle a conscience que cela nuit au bon développement des jeunes issus de l’île.

