Football féminin. Avec sa première convention collective, ses règles du jeu sont enfin écrites

La première convention collective du football féminin professionnel a été officialisée cet été. Après des années de bataille, les joueuses ont enfin été entendues. Mais que cela signifie-t-il vraiment ? Quels sont les points clés de cette fameuse convention ?

Jeudi 25 juin dernier, la toute première convention collective du football féminin professionnel a été signée, alors que les équipes masculines disposent de leur premier document officiel en 1973, à savoir la Charte du football.

Avec un demi-siècle de retard, les footballeuses obtiennent enfin une convention collective

Parvenir à un accord pour cette convention a été un chemin long et fastidieux. En 2024, Jean-Michel Aulas, président de la Ligue féminine de football professionnel, s’annonçait optimiste quant à l’obtention d’un consensus. Les discussions sont tombées pourtant très vite à l’eau. Plusieurs points ont alors fait l’objet de frictions, tels que le droit à l’image et les salaires, rendant impossible un accord.

Malgré la demande importante des joueuses, aucun texte n’est signé deux ans après. C’est le 21 avril 2026 que tout a basculé. Une tribune intitulée « Même football, même exigence. Toujours pas les mêmes droits. », portée par les capitaines des 24 clubs de Première et de Seconde Ligue, est relayée par le média L’Équipe. Dans cette tribune, les joueuses réclament la signature de la convention avant la saison 2026/2027, faute de quoi la tenue de celle-ci pourrait être compromise.

C’est donc en mai dernier que les différentes parties ont trouvé un accord global. Les longues discussions entre l’Union nationale des footballeurs, Foot Unis, et l’Union des clubs des championnats français de football ont enfin abouti. Un mois plus tard, cet accord est signé : le premier document légal structurant le football féminin français est né. Cette convention a été appliquée dès le 1er juillet, et ce pour une durée indéterminée.

Concrètement, que trouve-t-on dans cette convention collective ?

Cet accord, tant attendu par les joueuses, a pour objectif de les protéger, de structurer un cadre légal clair et de garantir des droits, sécurisant ainsi la professionnalisation du football féminin français. Les dispositions applicables aux joueuses sont regroupées sous six grandes catégories : contrat de travail, temps de travail et congés, rémunération, arrêts de travail, protection sociale, santé, hygiène et sécurité.

Du côté des contrats de travail, les joueuses ont désormais le statut d’employées, ce qui n’était pas systématiquement le cas avant cette convention. Les clubs de Première et de Seconde Ligue ont pour obligation d’avoir un minimum de onze contrats homologués. Pour la Seconde Ligue, ces contrats peuvent être en temps partiel. En cas d’ascension en Première Ligue, ce nombre minimum passe à huit, et en cas de maintien au plus haut niveau français, le club revient à une obligation de onze contrats homologués minimum, en temps plein. De plus, il y a également une garantie de six semaines de congés payés. Un taux de rémunération est fixé, avec un minimum brut annuel de 22 404 euros pour un contrat à temps plein. Un régime de frais de santé et de retraite complémentaire est également mis en place, sans plus de détails communiqués.

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Des droits et des congés ont aussi été accordés en cas de grossesse et de maternité. Chaque joueuse concernée bénéficie du versement de son salaire intégral pendant 16 semaines. Le salaire de la future maman est également maintenu en cas d’arrêt médical lié à sa grossesse. Lorsque la joueuse revient sur son lieu de travail après son accouchement, on lui accorde une heure par jour, avec possibilité de diviser ce temps en deux durant la journée, pour allaiter ou du moins tirer son lait.

Cette décision, minimale, sonne comme un soulagement. Certains clubs, jusqu’à aujourd’hui, se sont déjà positionnés contre leurs joueuses. En 2021, l’Olympique lyonnais n’avait pas entièrement rémunéré Sara Bjork Gunnarsdottir pendant sa grossesse. Plus récemment, le Tribunal arbitral du sport sanctionnait la Lazio après que le club se soit séparé de Maja Göthberg durant sa grossesse. De nombreuses joueuses ont par ailleurs indiqué avoir mis de côté leur projet de grossesse par peur d’être écartées de leur club. Cette discrimination particulièrement sexiste pourrait donc devenir de l’histoire ancienne…

Parmi les autres avancées, l’image des joueuses n’est désormais plus assujettie aux clubs ni aux marques. Fini l’exploitation gratuite, particulièrement lucrative pour les autres acteurs. L’argent doit leur être versé à chaque utilisation de leur image.

Faisons le bilan : est-ce positif ou négatif ?

Cette convention est évidemment un soulagement pour les collectifs de football féminin en France. Les joueuses se sont battues pour se faire entendre et faire reconnaître leurs droits. Mais le simple fait qu’elles aient dû lutter aussi longtemps, en 2026, pour obtenir des droits du travail que l’on croyait acquis pour tous est révélateur.

Le temps nécessaire pour parvenir à un accord paraît presque ridicule. Il n’y avait pas matière au débat ou au désaccord. Qui oserait contester des semaines de congés en cas de grossesse, la fixation d’un salaire minimum, ou une rémunération pour l’utilisation de son image ? Cela montre que lorsqu’on est une femme, aucun droit n’est jamais vraiment acquis, notamment au sein du sport professionnel. Rappelons-le, le premier texte structurant le football masculin professionnel date de 1973.

La convention est désormais signée. Les joueuses ont été entendues. Mais peut-on vraiment parler d’avancée majeure quand on regarde ce que contient réellement le texte ? Ces droits ne sont que des droits du travail élémentaires. Si les joueuses peuvent souffler de soulagement face à cette avancée majeure, elle représentait un minimum syndical tardivement accordé.

Un pas en avant, un pas en arrière

Les acteurs de ce texte se sont félicités de cet accord, mais pourtant, tout est loin d’être gagné pour le football féminin professionnel français.

Au même moment, le football français découvrait stupéfait que la section féminine de Dijon, qui évoluait en Première Ligue Arkema, était placée en liquidation, faute de budget, et reléguée au niveau régional. Plus tôt dans la saison, une joueuse avait dénoncé sur ses réseaux sociaux les conditions de voyage lors des déplacements. En avril, les joueuses publiaient une lettre ouverte, dénonçant l’indifférence de leur direction à l’égard de la section féminine.

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Et quelques mois plus tard, le club n’avait toujours pas trouvé d’acheteur ni de fonds pour financer son équipe féminine. Pourtant, les recherches étaient lancées depuis décembre 2024. Le club a échoué, échoué au maintien de sa section qui pourtant se battait avec brio sur le terrain, échoué à garantir aux joueuses un bon environnement de travail, et a échoué également à rendre sa section féminine attractive pour de potentiels acheteurs.

C’est exactement ce genre de situation qui montre que les joueuses, les supporters et les encadrants, doivent continuer à militer pour l’évolution du football féminin français. De nombreux progrès sont encore à faire, et nous espérons fortement qu’ils seront effectués dans un futur proche. Les joueuses méritent le meilleur traitement et les meilleures conditions de travail possibles.

Clémence M.