En Irlande, des groupes ultras appellent au boycott massif des matches face à Israël

Le tirage des groupes de Ligue des Nations a eu lieu le jeudi 12 février dernier. La sélection irlandaise est tombée dans le groupe du Kosovo, de l’Autriche et d’Israël. Les supporters irlandais ont alors lancé une campagne de boycott et appellent la sélection a ne pas accepter de jouer les deux rencontres face à l’entité sioniste.

Des groupes d’ultras irlandais ont lancé « Fans Against Israël », une campagne de boycott des matches de leur équipe nationale face à Israël, en Ligue des Nations. En effet, les verts et blancs sont dans le groupe de l’entité sioniste, du Kosovo et de l’Autriche. Initialement fondée par 15 groupes, l’alliance pour empêcher le déroulement des deux matches, prévus fin septembre et en octobre, compte désormais 18 groupes. À travers un compte X crée spécialement pour cette campagne, ils expliquent : « Nous sommes l’âme du football irlandais et nous ne resterons pas les bras croisés face à un match impliquant une nation qui a perpétré un génocide contre plus de 70 000 innocents ». Ils espèrent pouvoir poursuivre cette campagne dans les tribunes.

Dès le lendemain du tirage au sort, qui a eu lieu le 12 février, les ultras du club de Derry City ont, face à Dundalk, déployé une banderole pour protester. « Plus de 70 000 victimes du génocide. La FAI (Football association of Ireland, NDLR) : complaisance envers Israël.» Dans une publication Instagram dès le lendemain du match, le groupe argumente. « La FAI a récemment voté et soumis une motion à l’UEFA demandant l’exclusion d’Israël de toutes les compétitions internationales et de club. Après cette prise de position louable, la FAI a fait volte-face et prévoit désormais de maintenir le match », pouvait-on lire.

Pour les fans de Derry City c’est « bien plus qu’un simple match de football ». Le boycott est aussi un moyen de faire un « premier pas vers la destruction d’un projet colonial voyou, l’avènement d’une Palestine libre et d’un monde meilleur », poursuivent-ils sur Instagram. Les Irlandais sont, depuis très longtemps, un soutien indéfectible à la Palestine. Depuis le 7 octobre 2023 et les attaques perpétrées par le Hamas, des manifestations de quartier ont lieu tous les jeudis soir à Dublin. Cieran Perry, ancien élu de gauche, avait, pendant une manifestation en 2024, fustigé : « Pourquoi sommes-nous si nombreux à soutenir les Palestiniens ? C’est simple. Il y a un lien historique entre la Palestine et l’Irlande : nous avions le même oppresseur, l’Empire britannique, et la même politique d’occupation ».

D’après une enquête menée par l’Irish football supporters partnership (IFSP), 75,6% des 1 723 personnes interrogées s’opposent à ces deux rencontres. En parallèle, 69,7 % déclarent qu’ils n’assisteront pas au match à Dublin le 4 octobre, et 90 % disent qu’ils refuseront d’y assister pour des raisons morales. The Professional footballers’ association of Ireland (PFAI), l’instance des joueurs professionnels et semi-pro, a également mené une enquête auprès de ses membres. Sur 214 personnes interrogées, 63 % estimaient que l’Irlande ne devrait pas affronter Israël, et 66 % ont déclaré qu’ils n’assisteraient pas au match à domicile à Dublin.

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Les Irlandais ont, comme introduit plus haut, un lien particulier avec le génocide en Palestine, du fait de leur histoire. « L’Irlande n’a jamais cessé de se battre pour son autonomie. La situation est plus calme aujourd’hui, mais les troubles étaient hier. Il existe encore ponctuellement des épisodes violents avec l’Irlande du Nord. Israël est arrivé en Palestine, dans une terre habitée et y a dicté sa loi. Tout comme les Anglais en Irlande », analyse Jean, créateur du compte Stade_et_mayo sur Instagram et rédacteur pour Pinte de foot.

Le Bohemians FC, club de Dublin, s’est associé à Kneecap, groupe de hip-hop irlandais, pour son maillot extérieur de la saison 2025-2026, en soutien à la Palestine. 30 % des bénéfices de ses ventes ont été et sont reversés à ACLAÍ Palestine, salle de sport communautaire du Lajee Center, dans le camp de réfugiés d’Aida à Bethléem, en Cisjordanie. À l’annonce du maillot, le club expliquait qu’il honorait le lien indéfectible entre les deux peuples, irlandais et palestinien.

Les matches devront bien avoir lieu. D’abord en Hongrie, fin septembre, puis à l’Aviva Stadium de Dublin, en octobre. Une disqualification potentielle en cas de refus de disputer ces rencontres en est la principale cause. Mais pour beaucoup d’Irlandais, le stade de l’Aviva sera complètement vide, grâce au boycott des supporters. « L’UEFA a bien trop de pouvoir pour que la FAI puisse refuser. Avec une potentielle qualification au mondial américain, où vit une énorme diaspora irlandaise, ils ne prendront pas le risque », déplore Jean.

Pourtant, ce n’est pas la première campagne contre Israël. En février 2025, lors du match face au Bayern Munich, la Green brigade, le groupe ultra du Celtic Glasgow, chez le voisin écossais, a appelé la FIFA et l’UEFA à exclure le pays de toutes les compétitions. Les tribunes arborait le message « show Israël the red card ». Cette phrase a été reprise par beaucoup de groupes pour montrer leur soutien à la Palestine, notamment en Italie, en Espagne, en Malaisie ou encore au Chili. Elle a également été scandée dans les manifestations pro-Palestine, dans les appels au boycott des produits israéliens. C’est désormais une vraie référence de soutien.

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La cause palestinienne est chère aux ultras du Celtic, leur soutien se veut infaillible. Lors de ce match contre le Bayern, ils ont distribué des tracts accusant l’État israélien de génocide et de nettoyage ethnique, mais aussi d’avoir tué des centaines de sportifs. D’ailleurs, en août 2025 dernier, la Fédération palestinienne de football estimait à 321 victimes le bilan mortifère causé par l’état colon. Parmi les victimes, joueurs, entraîneurs, arbitres ou administrateurs et membres de la fédération. Le groupe a aussi appelé tous les supporters à apporter un drapeau palestinien. Le club avait décidé de bannir son groupe du Celtic Park pour une durée indéterminée à cause de nombreuses sanctions infligées par l’UEFA.

Pourtant, à l’origine, le club assume son identité irlandaise, bien qu’il soit situé en Écosse, héritée de la fuite des Irlandais pendant la Grande famine de 1845. De nombreuses familles irlandaises s’étant appauvries, le Celtic Glasgow a été créé en 1887 afin de collecter des fonds.

Bien que dans les médias les réactions soient quasi-inexistantes, elles existent bien dans le monde du football. Pep Guardiaola a, à plusieurs reprises, parlé pour la Palestine. Notamment lors d’un concert caritatif à Barcelone où il avait fustigé « nous les avons abandonnés ». À Livourne, Marseille, au Rayo Vallecano ou encore en Turquie et au Maroc, les tribunes se soulèvent à travers des tifos et des drapeaux. Lors d’un match entre la Palestine et le Pays-Basque, à San Mamés (Bilbao), une animation sur toute la tribune a été déployée, avec les drapeaux palestinien et basque. Le club de l’Athletic Bilbao a également invité des réfugiés palestiniens sur sa pelouse avant le match face à Majorque, en novembre dernier.

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