Génocider un peuple tout entier ne suffisait donc pas. Après la Palestine, Israël, toujours embarqué dans une politique de colonisation destructrice, a également décidé de s’en prendre au Liban. Samedi 16 novembre, l’internationale libanaise Céline Haidar a été touchée par une frappe lancée par Tsahal, dans le quartier de Chiyah, en banlieue sud de Beyrouth. Depuis, la jeune femme de 19 ans est toujours dans le coma, dans l’indifférence presque générale.

« Nous attendons qu’elle nous revienne le plus vite possible »
Céline Haidar. Ce nom vous est sûrement inconnu, tant la couverture médiatique autour de son histoire a été faible. Au Liban, elle est l’une des footballeuses les plus prometteuses du pays. Elle était en passe de réaliser son rêve rejoignant la sélection nationale. Pourtant, il vient peut-être de s’envoler. Céline Haidar a été grièvement blessée, samedi 16 novembre, par une frappe aérienne israélienne. En France, cela a fait l’objet de quelques – courts – articles, notamment de la part de France Info ou du Parisien, et c’est à peu près tout. RMC, BFM TV ou encore Cnews sont aux abonnés absents. Même chose du côté de l’Équipe ou de The Athletic à l’international. L’attention des médias est restée locale, surtout à la télévision.
« Nous attendons qu’elle nous revienne le plus vite possible, car elle et son énergie nous manquent tous les jours », témoigne Amina Karimeh, actuellement en sélection, une de ses coéquipières de la Beirut Football Academy (BFA), équipe de première division libanaise. Céline est sa capitaine, « une personne incroyable, qui sourit tout le temps et qui a beaucoup d’énergie. Elle aime la vie et a l’habitude de vivre sa vie sans limites ». « C’est la fille la plus gentille qui soit. Tous ceux qui connaissent Céline savent à quel point elle est spéciale. Je viens toujours lui demander conseil, qu’il s’agisse de football ou non. Elle est forte, courageuse et sait comment mettre un sourire sur le visage de n’importe qui. Nous prions tous pour elle », ajoute Haya Najjad, une autre membre du groupe de la BFA.
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Le nombre d’athlètes gravement blessés par Israël s’allonge
Céline Haidar n’est pas la seule sportive libanaise à être touchée par la politique d’Israël depuis un an. Elle est simplement la dernière. Côté terrain, « elle n’a jamais été égoïste. Tout ce qu’elle voulait, c’était jouer avec ses coéquipières. Le football était sa passion et la BFA sa deuxième maison. Elle est arrivée en équipe nationale grâce à son travail. Quand elle était petite, son rêve était de devenir comme Cristiano Ronaldo », ajoute sa coéquipière. « Elle est un exemple à suivre pour nous tous. Elle vient toujours à l’entraînement prête et concentrée. C’est le cœur de l’équipe, elle change le jeu. Elle crée des occasions, c’est un leader sur le terrain, elle nous guide et nous soutient », détaille Haya Najjad.
Mohammed Kanj (footballeur d’une dizaine d’années), Malek Al-Moussawi (footballeur), Hassan Kawtharani (handballeur), Ali Jaafar Chehimi (entraîneur de football) ou encore Bassem Jaber (coureur à pied) sont autant d’athlètes ayant perdu la vie à cause des offensives sionistes sur les douze derniers mois… La joueuse de 19 ans est en tout cas la première femme à en être victime.
Le ministère de la Santé prend en charge les soins de la joueuse
Céline Haidar, « la numéro 6 » de l’équipe selon son coach Samer Berbary, est notamment double vainqueur Championnat d’Asie de l’Ouest de football avec l’équipe espoirs libanaise, qu’elle a représenté plusieurs fois. Elle est toujours aujourd’hui en soins intensifs, plongée dans le coma artificiel après une hémorragie cérébrale – que les médecins ont réussi à contrôler. Ses proches n’ont d’autre choix que d’attendre. La jeune joueuse, touchée par des débris, a d’abord été hospitalisée à Hadath, une zone plus ou moins bombardée, avant que ses parents ne demandent son transfert à Achrafieh, avec l’accord du ministère de la Santé libanais (qui prend en charge les frais médicaux). Cette région est « plus safe » explique Assile Toufaily. D’ailleurs, la journaliste franco-libanaise est une ancienne coéquipière de Céline Haidar.

« Pour être honnête, je n’y ai pas cru au début, c’était un choc. Il n’y a pas de mots pour décrire ce que nous avons ressenti à ce moment-là, mais nous avons toutes fondu en larmes. C’est vraiment difficile de rester fort dans un moment comme celui-ci, mais nous devons garder espoir. Céline, nous t’aimons et nous croyons en toi. »
Haya Najjad
« Est-ce que tu peux vraiment t’éloigner en cinq minutes ? »
L’internationale était rentrée depuis quelques jours dans le sud de Beyrouth, sa terre d’origine, pour ses études et pour pouvoir participer aux entraînements de son équipe. Ses parents, eux, étaient retranchés à Baakline, dans les montagnes. L’AFP rapporte que l’Agence nationale de presse libanaise a déclaré qu’un raid avait « complètement détruit un immeuble résidentiel de 12 étages près de l’église Mar Mikhael » à Chiyah, tandis qu’un « complexe résidentiel » à Haret Hreik et un site proche de l’hôpital Saint-Georges figuraient également parmi les bâtiments touchés. L’armée israélienne affirme frapper les infrastructures appartenant au groupe armé du Hezbollah, qui considère les banlieues, ainsi que le sud et l’est du Liban, comme ses bastions. « Quand il y avait des appels à évacuer et des bombardements, elle quittait la maison, puis y retournait le soir pour dormir », ajoute son père, qui a témoigné auprès de l’AFP.
J’étais choquée, je pensais que toutes les joueuses étaient dans des régions plus safe. J’ai reçu la vidéo une quinzaine de minutes après le bombardement. C’est un truc typique libanais, surtout dans cette guerre, tu es au courant de tout très rapidement. Quelqu’un a dit que la personne sur la vidéo était Céline Haidar, donc elle a été envoyée à toutes les personnes liées au football.
Assile Toufaily
Selon Assile Toufaily, cette fois-ci, elle n’aurait simplement pas eu le temps de quitter les lieux. « Ce jour-là, elle a quitté sa maison et c’est en marchant qu’elle a été blessée. Par exemple, hier soir (jeudi 21 novembre, N.D.L.R.) l’armée israélienne a donné un avertissement à 2 heures du matin, et à 2 h 05 ils ont bombardé. Est-ce que tu peux vraiment t’éloigner en cinq minutes ? Ils se foutent des gens avec ces avertissements ».

Un silence radio sur les réseaux sociaux
Côté réaction, la FIFA a publié un communiqué assez mou. L’instance appelle « toutes les parties » à la paix, mais sans pour autant pointer du doigt les initiateurs de la frappe en question. « Au niveau politique, nous n’attendons aucune réaction. C’est une affaire qui nous dépasse tous. Céline a été touchée par une guerre qui n’avait rien à voir avec elle », regrette Amina Karimeh. Les messages d’indignation ont plu dans la sphère footballistique libanaise, mais pas forcément à l’échelle internationale, à l’instar du monde politique au Liban. « D’un point de vue international, je suis ne suis pas frustrée de la réaction de la FIFA. Quand il y a eu des problèmes entre l’Ukraine et la Russie, en quelques jours, la Russie a été interdite de participation à des compétitions. Cela fait un an qu’il y a de la misère en Palestine, et ils ne disent rien », regrette Assile Toufaily.
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Elle ressent cependant une certaine frustration vis-à-vis des joueuses internationales, tout en prenant en compte leurs obligations liées aux contrats de sponsoring, qui peuvent amener une omerta induite. « Amel Majri ou Sakina Karchaoui partagent des choses sur la Palestine, mais sur Céline, il n’y a vraiment rien eu de ce point de vue-là. Je n’attends pas cela des sportives françaises, parce qu’on a l’habitude de ne pas les voir prendre position, elles n’adoptent jamais un point de vue public. Elles sont sûrement conseillées de ne pas réagir. Mais les Megan Rapinoe ou les Vivianne Miedema, dès qu’il y a eu le partenariat entre la FIFA et Aramco, elles ont partagé quelque chose. Là, vous avez une joueuse internationale au Liban blessée. Pour moi, elle ne jouera plus jamais au foot, et elles s’en fichent. C’est un peu décevant », souffle-t-elle.
Une campagne lancée
Le constat est tout aussi grave pour Haya Najjad. Selon elle, il est grand temps que les politiciens libanais commencent à prendre des mesures immédiates pour assurer la sécurité des civils : « Nous en avons assez. Nous avons perdu nos familles, nos amis. Nous ne pouvons plus supporter d’entendre des messages ou de voir des vidéos nous informant qu’une personne que nous aimons et qui nous est chère a été gravement blessée. En attendant, nous devons continuer à sensibiliser et à défendre cette question jusqu’à ce que nos préoccupations soient prises en compte », soutient la jeune joueuse.
J’ai vu toute la communauté au Liban être vraiment choquée. Tout le monde du football a décidé de relayer l’information. C’est pour cela que des médias comme The Guardian ont décidé d’en parler. Avec Céline, c’est la première fois que l’on a eu un écho en dehors du Moyen-Orient en ce qui concerne les sportifs blessés.
Assile Toufaily
Une campagne de dons a été lancée au nom de Céline Haidar le lendemain de la frappe sur Chiyah. Cette dernière a notamment permis de distribuer des habits et des couettes dans quatre à cinq écoles de Beyrouth-centre, là où de nombreuses familles se réfugient.
En attendant, les deux joueuses ne se sentent plus en sécurité en tant que joueuses de football libanaises, surtout quand elles doivent se déplacer au sud du pays. Haya Najjad l’explique très bien : « Bien sûr, la peur est présente. En tant qu’athlètes et citoyens, nous ne sommes pas à l’abri des dangers de la guerre. Chaque frappe aérienne nous inquiète, non seulement pour notre sécurité personnelle, mais aussi pour celle de nos familles, de nos coéquipiers et de nos amis. Cependant, il existe un fort sentiment de résilience et d’unité au sein du peuple libanais. Nous nous efforçons de continuer à représenter notre pays même face à ces défis, tout en gardant l’espoir que la paix finira par arriver ».
Un immense merci à Amina Karimeh, Haya Najjad et Samer Berbary, qui ont pris le temps de nous répondre malgré la situation.

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