Jusque dans les années 1980, les rencontres entre l’OM et le PSG se déroulaient comme des matches quelconques. La première opposition labellisée OM vs PSG ne se déroulera même qu’en 1971. À cette époque, les deux équipes ne se disputent que très rarement le titre de champion de France. En presque 20 ans, de leur première confrontation à la naissance de cette rivalité, ils ne se le disputeront qu’une seule fois, lors de la saison 1988-1989. Pour les Marseillais, les rivaux se trouvent ailleurs : à Toulon, Saint-Étienne ou encore Bordeaux.
À l’origine de la rivalité
Cette rivalité entre l’Olympique de Marseille et le Paris Saint-Germain a été créée de toute pièce par Canal+ et le président de l’OM d’alors, Bernard Tapie. Néanmoins, des antagonismes existent depuis toujours. Ceux du nord contre le sud, de la ville lumière contre les pêcheurs, des riches contre les pauvres… ou des riches contre les cosmopolites. Dans un contexte où l’extrême droite avait repris l’une des tribunes parisiennes, la rivalité sportive est devenue politique.
À la fin des années 1980, alors que Bordeaux et Saint-Étienne perdent leur influence sur le football français, Bernard Tapie, président de l’OM, cherche un autre rival. Showman, son but est de pimenter un peu plus le championnat. C’est alors que la rivalité trace son chemin…entretenue par la prise de contrôle du PSG par Canal+. Unique diffuseur de la Ligue 1, la chaine, grâce à son exploitation commerciale, fait de cette rencontre le grand rendez-vous du championnat. Ils le nomment même « Classico », d’après le choc espagnol FC Barcelone – Real Madrid. Cette rivalité sur le terrain prendra par la suite beaucoup l’ampleur, se reposant aussi sur des provocations passées.
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À Paris, dès 1978 le Kop of Boulogne (KOB) voit le jour. Il prend comme exemple les hooligans anglais après avoir reçu les supporters de Leeds lors de la finale de Coupe d’Europe des clubs Champions, en 1975. Très rapidement, le groupe devient violent et ingérable, surtout après l’arrivée des premiers skinheads dans le groupe, en 1982. La politique radicale nationaliste fait son entrée, notamment lors de l’arrivée de Serge Ayoub, qui sera plus tard le créateur des Jeunesses nationales révolutionnaires, proches du Front National.
Le 5 mai 1989, alors que les deux clubs se battent pour le titre de champion de France, les Parisiens se déplacent à Marseille. Le KOB distribue un tract : « Marseille ne se relèvera plus après notre passage. Le grand nettoyage commence. Notre haine est sans limite ». Ce tract rappelle la « haine » entre les deux clubs, cultivée par Tapie, mais aussi par les différences culturelles. Ce champ lexical très particulier du nettoyage le témoigne, sans ambiguïté. Les Marseillais sont vus comme des rats ou des pestiférés. Boulogne va d’ailleurs créer un chant contre les Marseillais, les insultant de « rats », terme raciste utilisé pour désigner les Arabes, qui donnera naissance au mot « ratonnade ».
Les joueurs absorbent la virulence des tribunes. En 1992, le match PSG – OM sera une véritable boucherie sur le terrain. Au total, 55 fautes et six cartons jaunes seront distribués. « Ce n’est pas un grand match à regarder techniquement. J’ai revu les 20 premières minutes qui traînent sur internet. Dès que le ballon touche le sol, il y a un attentat de chaque côté », se remémorait Eric di Meco dans les colonnes de So Foot. Au match retour, à Marseille, des affrontements éclatent et font 14 blessés.
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En 1991, Canal+ propose aux ultras de s’installer dans la tribune Auteuil (VA), en face de Boulogne. Les groupes prennent l’exemple des ultras italiens. Une rivalité s’installe entre les deux collectifs parisiens. Plus cosmopolite, bon nombre d’entre eux seront investis dans la mouvance antifa, tandis que Boulogne maintient sa ligne anti-immigration. Le 28 février 2010, soir de OM – PSG, une bagarre éclate entre Boulogne et Auteuil. Certains membres du VA vont se lancer à la poursuite de leurs assaillants du KOB. L’un d’entre eux, Yann Lorence, se fera prendre et lyncher. Il décédera de ses blessures quelques semaines plus tard.
Les affrontements seront de plus en plus fréquents et violents. Les pouvoirs publics décideront donc de dissoudre les différents groupes impliqués, en 2010. Robin Leproux, président du club, décide quant à lui de mettre en place un plan de sécurité dont la finalité est de pacifier les tribunes du Parc.
C’est dans les années 2000 que la rivalité entre les ultras sera à son paroxysme. La plupart des rencontres sont classées à haut risques. En octobre 2009, la Ligue de football professionnel (LFP) annonce, le jour du match, qu’il est finalement reporté pour cause de grippe A. Mais les 350 supporters Parisiens sont déjà dans le train direction le sud de la France. Tout l’après-midi, des bagarres éclatent dans le centre-ville, faisant une dizaine de blessés. Depuis, les rencontres se disputent presque toujours sans parcage visiteur, sauf en 2016, lors de la finale de Coupe de France (victoire du PSG, 4 à 2).
Les tribunes, vecteur d’une politisation
Pendant des années, dans les quartiers populaires de Paris, le club préféré a été l’OM. Le PSG, créé par des bourgeois dans les quartiers riches, ne parlaient pas à une jeunesse défavorisée. Mais encore moins lorsque l’extrême droite s’est bien installée dans l’un des virages parisiens, côté Boulogne. Racisme, ratonnade, saluts nazis, … Certains se sont politisés contre eux et ont préféré supporter l’OM, club antiraciste. « Un jour, je vais au Parc pour un PSG – OM. C’est ma première fois seul pour un match de Paris, je devais avoir 17 ans. Devant moi, deux gars fans de l’OM se font courser par des supporters du PSG et se font démonter. Ils avaient deux torts : celui de supporter Marseille, mais surtout celui d’être noir. Ça a renforcé ma vision qu’il y avait un problème à Paris, qu’on ne voyait pas à Marseille », précise Thomas, parisien et supporter de l’OM.
À Marseille, quand les South Winners, créés en 1987, se déplacent à Paris en 1989, ils retournent leur bombers, veste utilisée par les skinheads. Geste symbolique, cela montrait qu’ils se soulevaient contre les fascistes. Patrice de Peretti, dit Depé, a lui aussi toujours politisé le stade marseillais. Il a fondé le groupe Marseille trop puissant (MTP) en 1994, qui prend place dans le virage nord. La vie du groupe se fait dans le quartier de la Plaine, dans le 5e arrondissement de Marseille. Petit à petit, des actions ont été réalisées, conjointement avec des associations du quartier. Une maraude est créée, il invite également les jeunes du quartier au stade ou en déplacement, à ses frais, pour qu’ils ne restent pas dans la rue.
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Des amitiés sont également créées sur fond de politique, avec d’autres groupes antifascistes, comme celle entre l’AEK Athènes, Livourne et Minsk. « Si Marseille est un club aussi particulier c’est parce qu’il a toujours eu à la fois une identité populaire et donc une identité politique. Le club s’affiche comme antiraciste, dans lequel on n’accepte pas un certain nombre de comportements. Et c’est aussi lié à Tapie qui va prendre comme stadiers des antifa. Alors qu’au Parc des Princes, comme c’est un jeune club, ils cherchent des moyens de construire une identité », poursuit Thomas.
Des tifo à l’égérie de Che Guevara ont à plusieurs reprises été sortis dans la zone des South Winners. Plus récemment, des drapeaux en soutien à la Palestine sont arborés dans les deux virages. Les MTP ont également déployés un tifo en soutien à Gaza, face au Paris FC, le 23 août. Ce premier mars, face à Lyon, ces derniers ont également rendu hommage à Ibrahim Ali, assassiné par des colleurs d’affiches du Front National, il y a 31 ans. Un drapeau antifasciste était dessus. Les tribunes du Vélodrome ont toujours forgé des convictions antifascistes, bien au-delà du simple supporterisme.
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« Être dans ce virage t’oblige d’une certaine manière à t’y intéresser, à suivre les traces de Depé. Tu ne peux pas ne pas être antiraciste et venir au stade à Marseille. Les deux vont ensemble, explique Romain*, Marseillais qui passe ses matches au virage Depé. Avant, je ne votais pas, mais ce qu’on vit parfois au stade, lorsqu’on rencontre des groupes ultras d’extrême droite, ou quand on voit la montée du RN chez nous, m’a fait prendre conscience que c’était vraiment important. Donc maintenant je vote et je me politise aussi dans la rue, grâce au stade. Je participe à des manifestations, notamment pour la Palestine ».
« À IBRAHIM ALI
— Chris (@ChrisMyOM) March 1, 2026
31 ANS APRÈS, MARSEILLE NE T'OUBLIE PAS »
– MTP pic.twitter.com/deV4bmMGSK
Depuis le retour des groupes au virage Auteuil, en 2016, la tribune est tout autant cosmopolite et se réclame de gauche. Le premier tifo en soutien à la Palestine en France est déployé par les Parisiens, en Ligue des Champions, face à l’Atletico de Madrid, le 5 novembre 2024. Face à Nice, le 1er novembre 2025, le VA rend hommage à Zyed et Bouna, à l’occasion des 20 ans de leur décès, alors qu’ils tentaient d’échapper à un contrôle de police à Clichy-sous-Bois. Mais, avant leur dissolution en 2010, ce même virage devait cohabiter avec la tribune Boulogne.
« 20 ans sont passés, Zyed & Bouna, deux symboles à honorer » 🕊️ #PSGOGCN @Co_Ultras_Paris #VirageAuteuil pic.twitter.com/zZ3QWSyqxS
— Virage Auteuil 1991 (@AUTEUIL1991) November 1, 2025
De nouvelles rivalités depuis les années 2010
Depuis les années 2010, la rivalité est devenue moins importante. Avec le plan Leproux, la dissolution des groupes et l’interdiction presque systématique du déplacement des supporters, il est très difficile depuis de se rencontrer. Donc de continuer de sentir cette guerre entre les deux tribunes. Avec l’arrivée du Qatar, sportivement Marseille ne rivalise plus avec son rival.
Depuis, celui de l’OM est plutôt devenu l’Olympique Lyonnais. Notamment pour des raisons politiques. Bordeaux, Toulon et Saint-Etienne n’étant plus dans le même championnat. Sportivement, l’OL et l’OM se sont longtemps disputés les places sur le podium depuis le début des années 2000. Les supporters, réputés comme étant en partie racistes, notamment avec la Mezza Lyon et, plus récemment, la création des South Side Lyon, ont intensifié cette rivalité.
Retrouver l’enquête de Anaïs Delmas sur le sujet.
Lorsque Mathieu Valbuena, ancien joueur de l’OM et champion de France en 2010, signe à Lyon, une poupée à son effigie a été pendue dans le virage sud. Signe d’une haine entre les deux clubs. Plus récemment, en 2023, les Lyonnais ont été de nouveau autorisés à venir au Vélodrome. Les bus se sont alors fait caillasser et l’entraineur des Gones a été touché au visage. Le match sera finalement reporté. « Voir des gars s’approprier le drapeau français pour nous faire croire que nous ne sommes pas Français, ça m’a vraiment touché et ça a mis énormément de haine en moi. Les cartes d’identité brandies, les saluts nazis, les slogans néo-nazis. Ce match m’a vraiment marqué et je me suis dit : fais en sorte que ça ne devienne pas la norme », déplore Noa, autre supporter marseillais.
Le Vélodrome est l’un des rares stades français où tous les groupes ultras se rejoignent politiquement. À la différence de Paris lorsque le KOB était présent, ou de Saint-Etienne, où il y a une vraie scission entre les tribunes. Pourtant, la sociologie électorale dit l’inverse. Le RN fait plus de scores à Marseille qu’à Paris…
*Romain a souhaité être entendu sous un autre prénom que le sien

