Le football universitaire japonais est une des clés de voûte de sa formation. Devenu indispensable pour assurer un volume minimum de jeunes joueurs, il est cependant soumis à une immense inégalité entre les universités publiques et les universités privées. Ces dernières dominent le système tant par leurs résultats que par les chances de leurs joueurs d’accéder au monde professionnel. Ce clivage est multifactoriel, mais compte aussi des exceptions intéressantes.

football universitaire japonais

Le football universitaire japonais est profondément marqué par une division public/privé. Les universités publiques sont par définition financées par de l’argent public. Les fonds proviennent de l’État, des préfectures ou des municipalités. Elles s’opposent ainsi aux universités privées, financées par des fonds extérieurs. L’Université de Meiji, reconnue pour son cursus littéraire, gagne de l’argent grâce notamment à ses frais de scolarité, particulièrement élevés.

Les universités publiques se divisent en deux catégories : les universités nationales et les universités locales. L’État finance les premières. Elles sont pour certaines très prestigieuses. La plus connue est sûrement l’Université de Tokyo, surnommée Todai. C’est la plus prestigieuse du Japon et une des meilleures du monde. Elles ont pour but de faire briller le pays et son éducation dans toute la planète. Sauf quelques exceptions, elles ont des frais de scolarité bien moins élevés et un plus grand taux d’acceptation. Ces universités nationales sont donc plus ouvertes et offrent beaucoup de bourses pour les étudiants brillants, même issus de milieux et d’établissements modestes.

La seconde catégorie d’établissements publiques est l’université locale. Elle est municipale ou préfectorale selon ses financements. On en compte quatre-vingt-trois dans le pays, contre quatre-vingt-huit universités nationales, et plus de quatre cents privées. Elles sont souvent encore moins chères, et moins difficiles à intégrer. Mais elles ont une côte et un prestige bien plus faibles. Ces trois types d’établissement constituent donc la majorité des universités du pays. Il existe quelques cas spéciaux, notamment les collèges universitaires publiques, mais ils sont très minoritaires.

Publiques comme privées, les universités jouent un rôle majeur dans le football japonais. On estime qu’un peu moins d’un japonais sur deux de J1 League est passé par le système universitaire. Un pourcentage qui s’approche des soixante en troisième division et qui monte même à soixante-dix-neuf dans le club de Kochi United. En déclin au début du XXIème siècle à cause de l’occidentalisation du football japonais, l’universitaire est revenu sur le devant de la scène en participant à la formation de joueurs comme Junya Ito, Kaoru Mitoma, Kyogo Furuhashi ou plus récemment Hiroki Sekine.

Kyogo Furuhashi lors de son cursus à Chuo. (crédit : Nikkansports)

Jouer dans un club d’université permet de concilier études et sport. Au bout des quatre ans, le footballeur obtient un diplôme très utile en cas d’échec dans le monde du football, ou pour une reconversion en après carrière. Cela permet aussi d’évoluer dans un environnement moins compétitif qu’un club professionnel. Même si les universités s’affrontent entre elles dans des championnats, des coupes et en Coupe de l’Empereur, elles n’ont pas la pression de résultats qu’ont les clubs. Cela permet à des joueurs moins à l’aise de jouer quand même et de progresser. Cet environnement leur permet d’avoir du temps de jeu. Surtout qu’il n’y a pas d’équipes U23 ou U21 au Japon. Après les U18, c’est directement l’équipe senior.

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Pour s’adapter à leur rôle de post-formateur, les universités ont dû d’adapter. Certaines comme Todai sont devenues expertes dans l’analyse vidéo et la création de méthodes d’entraînement optimales. D’autres comme Tsukuba ont pu travailler avec le département mathématique pour créer des méthodes de récupération et d’analyse de datas. Les élèves du staff technique de Tsukuba interviennent désormais dans des clubs et d’autres universités dans tout le pays pour partager leurs avancées.

Pourtant, les meilleurs universités japonaises formant au football ont presque toutes un point commun : ce sont des universités privées. Parmi elles, on peut citer Meiji, Waseda ou Hosei. Leurs frais de scolarité sont particulièrement onéreux. Les élèves qui les intègrent ont donc des bourses, après avoir été scouté dans les lycées ou les académies. Des bourses très inégalement réparties. Un excellent joueur d’un lycée de seconde ou de troisième zone ne peut même pas espérer les obtenir. Il doit alors se rabattre sur les universités publiques.

Avec un peu de chance et des excellentes performances, il peut espérer intégrer une université nationale. Se rajoutent parfois le critère du niveau scolaire. L’Université de Tokyo par exemple exige à ses joueurs de réussir l’examen d’entrée. D’ailleurs, peu de joueurs aspirant à une carrière professionnelle essaient de l’intégrer. D’autant que Todai est loin d’être une belle porte pour le monde professionnel. Son équipe évolue en championnat métropolitain, c’est à dire en quatrième division universitaire. Taiga Someya, un des meilleurs joueurs sur les dix dernières années, n’a ainsi pu signer qu’à Tokyo United en cinquième division japonaise à l’issue de son cursus.

Depuis 2001, seuls deux des vingt-quatre titres au championnat universitaire du Kanto sont revenus à des universités publiques. Un chiffre qui tombe à zéro dans le Kansai. On trouve plusieurs raisons à ce manque de compétitivité. Et une notamment historique. Dès la fin des années 1930, les universités ont commencé à dominer le football nippon. Très structurées et sans concurrence, elles ont, pendant trois décennies, régné sur l’archipel. Beaucoup de grands clubs d’universités privées actuels ont participé à cette domination et notamment des noms comme Keio, Kwansei Gakuin, Waseda ou Nihon. Todai était d’ailleurs la seule université nationale à rivaliser. Avec le temps, les clubs d’entreprises, devenus avec la professionnalisation de vrais clubs modernes, ont repris l’ascendant sur le ballon rond.

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Néanmoins, les établissement privés ont compris que le sport pourrait leur apporter du prestige. Waseda, qui fait partie des précurseurs, a rapidement développé de nombreuses sections sportives, à la fois dans le baseball, le rugby et le football. Et notamment le football féminin. Ces clubs permettent de véhiculer une image positive, de rassembler autour de l’université privée. C’est une vitrine, qui attire des spectateurs. Des groupes ultras, composés d’étudiants et d’alumni ont aussi émergé. Et tout cela coûte de l’argent.

Argent que ne mettra pas forcément un établissement financé par de l’argent public, qui choisira plutôt la sobriété. Dans le privé, de coachs avec une bonne côte et avec des salaires importants sont engagés. On trouve aussi des entraîneurs pour les gardiens, les attaquants, des préparateurs sportifs, ou des préparateurs mentaux. Le manque de budget et le manque de volonté d’en mettre sont donc deux raisons supplémentaires au retard du football universitaire public. Il existe pourtant quelques exceptions, des entités qui s’imposent dans ce domaine surdominé par le privé.

Avec dix-neuf trophées régionaux remportés depuis 1991, la section féminine de l’Université Waseda est devenue une référence. Elle participe ainsi à la renommée de son établissement. (source : Compte X)

Au XXIème siècle, quelques universités nationales ont malgré tout commencé à sérieusement développer leur influence. Leur porte-étendard est Tsukuba, qui avait débuté dix ans plus tôt. Elle n’est pas basée en plein Tokyo ou dans sa banlieue, mais dans la préfecture d’Ibaraki, dans la couronne périurbaine de la capitale. Elle s’est pourtant imposée, à la fois pour son système scolaire et pour son club de football, comme une référence au Japon. Tsukuba a historiquement été tourné vers le progrès. C’est une université d’inventeurs, qui collabore avec l’industrie ou la médecine de pointe. C’est comme cela qu’elle est devenue précurseure dans l’essor informatique et technologique lié au football.

Au début de la précédente décennie, son équipe de football devient une référence dans tout le pays. Elle collabore notamment avec le club de Kawasaki Frontale et s’axe beaucoup autour de technologies nouvelles au Japon, comme l’analyse de données. Tsukuba n’a peut-être pas le prestige de Meiji ou Waseda, mais il est plus facile de l’intégrer, en particulier pour les élèves de lycées de seconde zone. Et elle offre des outils de progression inexistants ailleurs. Sur la période, Tsukuba a accueilli Kaoru Mitoma, Shogo Taniguchi, Tomoki Takamine ou Ryutaro Tsunoda.

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Dans le Sud du pays, dans la préfecture de Kagoshima, un autre établissement public national, fondé en 1981, est en train de s’affirmer comme une référence : le National Institute of Fitness and Sports de Kanoya, abrégé en NIFS Kanoya. Depuis une dizaine d’année, il accueille de plus en plus de jeunes destinés à une carrière professionnelle. Il est un exemple de la volonté du gouvernement japonais de continuer à développer les différents sports, et notamment le football, dans le pays.

Enfin, autour de Tokyo, quelques universités commencent à faire parler d’elle. En 2023, le club de la Tokyo University of Agriculture a réussi une promotion historique en troisième division Kanto. Puis au terme d’une année 2024 incroyable, a réussi une seconde promotion successive, terminant en seconde division. Il évolue ainsi chaque week-end contre des noms majeurs du privé comme Waseda ou Hosei. En troisième division, Tokyo Gakugei commence aussi à s’installer dans le paysage. Une évolution lente mais progressive du football universitaire japonais.

Malgré une sur domination du privé, les universités nationales commencent à se faire une place dans le paysage footballistique japonais. De quoi apporter davantage de diversité au football japonais. Toutefois, leur nombre est encore très faible. Les universités publiques locales, elles, en revanche, n’ont pas du tout réussi à se faire une place. Les jeunes y évoluant n’ont presque aucun espoir d’obtenir un contrat professionnel, et ce même si leur niveau s’en rapproche.


killianbesson

Bonjour, je m'appelle Killian/キリアン/किलियन et je suis fan de football asiatique, surtout japonais et singapourien. Je suis aussi passionné de géopolitique et de gastronomie, et scout amateur. Je supporte le Vissel Kobe en D1 japonais pour le meilleur et surtout pour le pire.

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