La gifle, la manita reçue au Parc des Princes aura été celle de trop pour Roberto De Zerbi. De sa propre initiative, et c’est à souligner, l’entraîneur italien a proposé sa démission, à condition que son staff reçoive une compensation financière. Lui, s’est assis sur son année de contrat à venir. Si ce départ est un constat d’échec à Marseille, il montre, en un sens, le chemin que doit prendre l’OM pour ne plus répéter les mêmes erreurs. Édito.

Une voie sans issue pour De Zerbi
Même si elle peut être source de tristesse pour une partie des supporters de l’Olympique de Marseille, cette issue semblait inéluctable. C’est l’échec qui rend la situation amère, d’autant plus que ce passage aura été intéressant à suivre, tactiquement notamment, parce qu’il annonçait une révolution à Marseille. Mais Roberto De Zerbi l’avouait lui même : il ne possédait pas les clés pour renverser une situation de plus en plus préoccupante. Il ne comprenait pas pourquoi son équipe ne renvoyait pas la passion qu’il essayait de lui transmettre. Pourtant, il reste difficile de lui reprocher de ne pas avoir tout fait pour essayer.
Paris, Bruges, Liverpool, Nantes, Paris FC, Angers… pour ne citer que des exemples récents, son groupe n’a pas répondu présent à de trop nombreuses reprises ces dernières semaines. La victoire en Coupe de France face à Rennes n’aura été qu’une parenthèse. Il n’est pas possible de se débarrasser de tous les joueurs en un claquement de doigts, alors, à partir de cet état de fait, sur le plan sportif, garder le technicien en place n’était plus pensable. Qui plus est quand ce dernier semble à ce point à bout émotionnellement. Pour lui, c’est comme une histoire d’amour qui se serait mal terminée.
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C’est probablement un des facteurs qui aura tué RDZ à l’OM. Son, factice peut-être, attachement trop grand au club. Dès son arrivée dans le sud de la France, il a dénoté par une passion flamboyante, prégnante, qui plaît forcément aux fans, mais qui peut avoir des conséquences sur le long terme. Être touché par la situation de son groupe au point de ne plus en dormir, passer d’innombrables heures au centre d’entraînement Robert-Louis Dreyfus, était-ce de trop ? Possible. Et c’est sans compter sur les chamailleries qu’il a parfois lui-même instauré en conférence de presse face aux journalistes. Pourtant, le technicien a bénéficié de très belles conditions de travail qui auraient du aplanir l’ambiance : argent dépensé sur le mercato, stade qui l’a soutenu, direction derrière lui…
À l’OM plus qu’ailleurs, les têtes pensantes doivent faire preuve de recul, de froideur, pour éviter de tomber dans une spirale complètement paranoïaque, d’autant plus après les proportions démentielles qu’a pris l’élimination ubuesque en Ligue des Champions. Il faut aussi faire preuve d’une solide intelligence émotionnelle. Roberto De Zerbi n’a pas ce tempérament. C’est aussi un pan de ce que le prochain entraîneur devra apporter.
Une bipolarité entre le discours et les mercatos
L’autre problème de Roberto De Zerbi, c’est que son football n’a malheureusement pas parlé à grand monde, y compris à ses joueurs, comme on a désormais tendance à le constater. Et de ce football, il aura commis des erreurs. Sur la pelouse du Parc par exemple, sa volonté d’aller chercher haut le meilleur collectif de la planète avec Nwaneri et Greenwood, deux joueurs qui ne courent pas et qui n’ont pas envie de le faire, en guise de déclencheurs de pressing, l’illustre. Comment est-ce possible rationnellement ? Même chose pour l’animation défensive, une interrogation depuis le début du mandat. L’OM n’a jamais su défendre l’espace dans son dos, pas aidé par des individualités indigentes cette saison (Pavard, Balerdi, Murillo…). Dommage pour une équipe qui avait la prétention de jouer haut, ou a minima bloc médian, comme à Paris.
Cela amène sur la construction de l’effectif, et, par conséquent, la très grande part de responsabilité du duo Longoria-Benatia dans l’échec du projet De Zerbi à l’OM. Plus encore, c’est la bipolarité entre le projet annoncé et les mercato réalisés qui ne fait pas sens. Avec RDZ, annoncé futur Simeone des Bouches-du-Rhône, l’Olympique de Marseille vend une idée de long terme, de construction de fond, de lancement de cycle, et, dans le même temps, les têtes d’affiche du premier mercato du mandat sont, en plus de Wahi, Rabiot et Greenwood, deux éléments qui ne sont pas voués à rester au club plus de deux ans, tout au plus, et qui, cerise sur le gâteau, ne semblent pas forcément coller avec les profils de joueurs requis dans le jeu de jeu De Zerbi. Sans ballon pour Greenwood, avec pour Rabiot.
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Le reste des recrues ? Des joueurs la plupart du temps en fin de cycle, à relancer, des opportunités, qui ne permettent donc pas d’avoir des garanties sportives : Kondogbia, Pavard, Bennacer, Rulli, Maupay, Wahi, Gouiri, O’Riley, Vermeeren… En omettant les joueurs de complément, seules des recrues comme Paixao, Timber, Medina, Weah ou Aguerd (souvent pour cher) viennent contrer ce narratif. Soit aucun avant la saison 24-25. Malheureusement, les mercatos guidés par le taux d’engagement des tweets de Foot Mercato ont montré leur échec. Les statuts ou anciens statuts ne suffisent pas. Qu’en est-il de la capacité à rentrer dans le projet de jeu très précis, et demandeur, voulu par le coach ?
Cela fait plus d’une saison que cette équipe est incapable de défendre en avançant, notamment parce que ses cadres du milieu jouent sous assistance respiratoire au bout de 20 minutes. L’Italien est d’ailleurs grandement fautif sur ce point : a-t-il accepté ces choix pour ne pas froisser la direction, ou pire, en pleine connaissance de cause ? Résultat, la très grande majorité des arrivées ne fonctionne pas, et la direction se retrouve dans « l’obligation » de renouveler plus de la moitié de l’effectif à chaque intersaison. Sans changement de stratégie, ce scénario va se répéter inlassablement.
Ne plus se penser comme un grand club
Le départ de Roberto De Zerbi est donc un constat d’effroi, celui de manquer la qualification en Ligue des Champions l’année prochaine. Car sans elle, le train de vie de l’OM et les millions lancés par les fenêtres ces dernières années font que son système n’est pas viable. Frank McCourt ne veut plus signer de chèques en blanc. Si une saison tourne mal dans une Ligue 1 toujours plus incertaine, c’est la catastrophe. C’est ce qui plonge le club dans cette perpétuelle urgence. Et pour cela, un projet devant durer plusieurs années a été envoyé aux oubliettes.
Pourtant, du fait du profil de l’entraîneur, la direction savait que le plan de jeu pourrait prendre du temps à être correctement formulé et appliqué. Peut-être n’aurait il jamais fonctionné, après un an et demi il était légitimement possible de se poser la question, mais cette instantanéité chronique fait partie des facteurs qui amènent à réaliser que l’OM est dans une boucle infinie depuis trop longtemps maintenant. Les difficultés souvent énoncées (turbulences, pression, poids du maillot, tribunes censées être hostiles) par les médias au moment de l’arrivée d’un joueur à Marseille sont la plupart de temps alimentées par le club lui-même, ainsi que ses supporters. L’art de rajouter de l’instabilité à l’instabilité.
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Alors, non, l’Olympique de Marseille n’est pas – encore – structurellement en capacité de concurrencer le PSG, même quand il a un coup de moins bien. Et il faut arrêter de penser comme tel à chaque fois qu’une dynamique positive sur cinq matches est enclenchée. Cela fait près de 15 ans qu’un titre n’a pas été remporté ! Le centre de formation ne fonctionne pas, aucun jeune du cru très performant n’a été sorti depuis Bouba Kamara. Pourtant, les minots pourraient éviter au club d’envoyer de nouveaux millions sur des joueurs moyens.
Les ambitions et fantasmes sont trop importants pour ce que cette structure est capable de réaliser. Fans, Longoria et Benatia basent la politique sportive du club sur une idée de l’Olympique de Marseille qui n’existe plus depuis bien longtemps. L’OM doit prendre le temps de travailler, sur le long terme, pour se donner les moyens de ses ambitions et tenter de (re)devenir un club de premier plan à l’échelle nationale et européenne. Changer la moitié de l’effectif tous les étés ne coche pas cette case, encore moins avec un coach comme De Zerbi, qui a des velléités complexes. Vivre avec hyper-émotivité à chaque contre-performance non plus. Les supporters ont ce doit, pas la direction.

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