Le 10 octobre dernier, le World Mental Health Day célébrait ses 30 ans. Pourtant, de la presse spécialisée aux réseaux sociaux, cet événement a-t-il été porté à votre connaissance ? Ou plutôt, le 10 octobre dernier, la France du football s’est-elle préoccupée de la journée mondiale liée à l’éducation et à la sensibilisation de la santé mentale ? La réponse est non, encore une fois.

En Angleterre, de nombreux clubs de football professionnel, toutes ligues confondues, ont publié un message pour exposer l’importance de la santé mentale, à l’instar de la Formule 1 si l’on doit faire un tour d’horizon sportif. Harry Kane a officialisé la création d’une fondation à son nom, et la santé mentale figure parmi les missions principales. Les messages restent malgré tout résiduels, sont pris en compte aussi. Lors de l’étude menée en 2015 par le syndicat de footballeur FIFPRO, 38% des joueurs professionnels ont montré des symptômes de dépression. Selon l’OMS, elle est la première cause d’incapacité dans le monde. C’est comme si, parmi le 11 type de votre équipe favorite, toute la défense à quatre était touchée. Quatre atteints de symptômes, et sept sans, il ne vous reste donc plus beaucoup de joueurs à 100% de leurs capacités… Un nombre conséquent, plus élevé que la moyenne nationale.

Si la question de la santé mentale dans la vie de tous les jours semble se démocratiser, dans le football, elle éclot à peine. Nous avons rencontré Caroline Fanciullo, psychologue au pôle espoir de la Ligue Provence, à Aix-en-Provence, pour mettre des mots sur une pathologie prégnante et élucider les mystères de la santé mentale dans le football.

La différence est parfois floue entre le métier de psychologue et le métier de préparateur mental. Comment les différencient-ont ?

Ce sont deux métiers distincts. Par conséquent, deux cursus distincts. Le psychologue passe nécessairement par une faculté de psychologie. Il est diplômé d’un bac +5, c’est-à-dire d’un master avec un concours reconnu par l’État. La profession de psychologue est encadrée, protégé sur le plan légal. Seuls les professionnels ayant fait licence + master dans le cursus complet de psychologie peuvent l’obtenir. À côté, le titre de préparateur mental ne dispose pas du même encadrement. Il existe des préparations de type master, notamment en STAPS, ainsi que des DU. La formation est ouverte à tout type de personne, quel que soit leur cursus initial. Certains proviennent de la psychologie, d’autres pas.

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La différence réside dans les connaissances des mécanismes psychologiques, psychopathologiques. La formation de psychologue permet de déterminer des troubles identitaires, analyser les effets des fonctionnements groupaux, qu’ils soient de nature familiale, institutionnelle ou autre. Tandis que les fonctions de préparateur mental ne sont pas adossées aux connaissances du fonctionnement psychique. Son savoir sera plutôt porté sur comment apprendre les techniques pour mieux préparer une compétition, comment gérer sa concentration, sa confiance en lui, travailler sur la fixation d’objectif. Il accompagnera l’athlète pour détecter les signes de l’anxiété, mais ne pourra pas travailler sur les causes structurelles profondes, chose que le psychologue lui peut faire. Une fois l’anxiété identifiée, le préparateur met en place les outils de régulation de cette anxiété : cohérence cardiaque, relaxation, méditation…

Au pôle France de Châtenay Malabry (Île de France), le responsable médical souhaitait l’intervention de psychologues pour coordonner le travail des préparateurs mentaux. Le préparateur mental et le psychologue sont complémentaires. Pourtant, aujourd’hui, le psychologue conserve encore une représentation ancienne et erronée, liée à l’origine de la psychologie qu’était la psychopathologie. Or, les psychologues spécialisés dans le sport sont des atouts dont il est dommage de se priver.

Selon vous, la santé mentale des footballeurs est-elle suffisamment prise au sérieux ?

Je peux constater une évolution. Malheureusement, le temps qui nous est consacré ne suffit pas toujours à établir un travail suffisamment profond. Ni pour un suivi individuel et transversal, ni sur le plan de l’apport en complémentarité dans les staffs de la transmission de connaissances sur le fonctionnement psychique en jeu dans toutes relations humaines. L’équilibre psychique est encore grandement négligé. Changer la culture des clubs vis-à-vis de la psychologie suffirait-il à faire changer les regards ? Les connaissances du fonctionnement psychologique sont loin de figurer au premier plan dans un club.

Pour que la vision change, il faut donner des outils pour que le staff puisse plus s’impliquer, notamment en préparation mentale. Évoquer des sujets tels que l’anxiété du joueur et ses effets sur sa performance, notamment lors de la présence des sélectionneurs, pourrait être un sujet initial. Puis, poursuivre en mettant en lumière l’intérêt de transmission d’outils de régulation, par exemple, pour optimiser les conditions mentales, nécessaires à l’expression du potentiel, voire, la réalisation d’une performance sportive. Ce lien est intéressant et s’enrichit grâce aux retours du staff, de tous les encadrants. Au sein du pôle football du CREPS d’Aix-en-Provence, nous privilégions l’échange plutôt que des tests, qui nécessitent une mise à distance et par extension rendent les joueurs moins à l’aise.

Comment s’y prend-on avec des jeunes ? Sont-ils plus réceptifs ?

Lors des années au pôle espoir, les jeunes passent un entretien dans l’année, à réaliser avec un psychologue. Sur d’autres sites, s’il manque des psychologues, ce sont les médecins qui réalisent ces entretiens. La demande légale de bilan psychologique est pourtant hors de leur champ de compétences, le psychologue le fait de manière plus profonde. Sur le CREPS d’Aix, je réalise les bilans psychologiques. Les jeunes restent deux ans sur le pôle et bénéficient d’un entretien en début d’année. Certains sont sur la retenue et il faut travailler plus pour les mettre en confiance et favoriser leur expression. Cela peut nécessiter plus de temps, alors que d’autres sont très demandeurs. Les entretiens se concentrent sur leur arrivée au centre, la façon dont est vécue la vie à l’internat, les journées chargées, l’éloignement avec la famille. L’équilibre personnel peut s’en trouver chamboulé.

Depuis, le pôle football d’Aix a développé l’aspect psychologique. Un travail soutenu par le staff et les dirigeants. Ce travail permet au collectif de bénéficier non seulement d’un entretien individuel « classique », mais aussi de trois sessions de groupe. Les joueurs sont accompagnés tout le long de la saison. Des temps d’échanges pour les encadrants ont été mis en place afin d’apporter un éclairage sur les besoins psychologiques évolutifs dans l’année. Ces échanges permettent de mieux les aider à comprendre et accompagner les joueurs mineurs. C’est une très jolie avancée qu’il faut mettre en lumière.

Les situations d’échec peuvent être redoutable dans la construction d’un jeune sportif. À quel point constituent-il un danger ?

Lors d’un échec, la descente émotionnelle est haute. Le joueur vit une désillusion émotionnelle brutale. La difficulté consiste à l’exprimer, ne pas garder cela au fond de lui comme quelque chose de honteux ou interdit, mais, au contraire, de légitime au vu de son fort investissement initial. Le joueur ne doit pas laisser ses pensées bouillonner à l’intérieur. Se fermer ne permet ni la régulation des tensions, ni l’apprentissage. Au contraire, se fermer peut contribuer à dégrader l’image de soi, ainsi que la confiance en soi, à moyen terme.

La principale conséquence pourra se manifester dans le fait de se focaliser sur un détail qui devient trop prépondérant, voire de surinterpréter, de ne plus savoir remettre les éléments en perspective. La moindre remarque de l’entraîneur, du préparateur physique fera penser au joueur « je n’ai pas bien fait ». Le joueur se dira sans cesse qu’il n’est pas au niveau. Il vivra mal les situations, sans pour autant les exprimer verbalement. Cela peut davantage se manifester au travers de son discours intérieur, qui va impacter sa lucidité, sa disponibilité psychique, sa capacité d’apprentissage en conséquence.

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Je vais prendre l’exemple des gardiens. De part leur statut, ils ressentent une pression phénoménale, tout en étant peu mis sur le premier plan. On constate une maturité avancée, des comportements pas forcément visibles chez les coéquipiers du même âge, comme un perfectionnisme un peu plus présent. Si le joueur n’a pas suffisamment travaillé à l’accompagnement des tensions consécutives à ce perfectionnisme, il pourra toucher un plafond de verre. Cela peut se traduire sur le plan symptomatologique par des insomnies, de l’anxiété exprimée sous forme cognitive, par des ruminations mentales, ou sur le plan somatique, par des boules au ventre, de la crispation, des difficultés au relâchement physiologique. Par ailleurs, c’est aussi vrai chez les sportifs professionnels qu’en sénior. Le joueur avec une très bonne place dans son équipe peut être amené à ressentir une énorme pression sur ses épaules.

Comment introduisez-vous l’échec auprès des joueurs ?

Au pôle espoir d’Aix, beaucoup de place est accordée à la réussite scolaire. Les emplois du temps sont conçus sur-mesure. Au temps d’études se succède le temps de repos, avant de se coucher tôt le soir. L’objectif du pôle est de travailler à la prise en compte de l’équilibre scolarité et sport, cela soutient et soulage déjà concrètement les sportifs dans leur quotidien. Par ailleurs, le staff sur place est très attentif à l’évolution des jeunes. Il se questionne et répond en permanence à leurs besoins. Aussi bien sur le plan physique, avec les prises en charge coordonnées des kinés, du médecin, du suivi en nutrition, que sur le plan psychologique, avec l’introduction d’un projet plus global, mais aussi sur le plan des relations aux familles, les dirigeants faisant le lien avec les parents qui confient leur ado, mineurs, aux cadres du pôle.

Une autre approche consiste à identifier le discours intérieur, qu’il soit lié à la scolarité, comme à la performance sportive, et de pouvoir transformer progressivement un « je suis nul » vers un « je n’ai pas réussi à ce moment-là » pour ensuite arriver à une analyse des causes pour améliorer le résultat la prochaine fois. Dans notre discours, nous expliquons que les émotions sont naturelles. C’est ok. « Je vais craquer, pleurer », ça fait partie des besoins psychophysiologiques.

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On peut le prendre avec humour, et dire par exemple que les glandes lacrymales sont bien « de séries » sur TOUS les corps humains… Ce n’est pas une « option », ni ne sont réservés aux femmes, et cela ne sert pas qu’à enlever la poussière dans les yeux ! Il faut briser ce tabou des émotions. Le football est un milieu plutôt machiste.

La colère peut être plus valorisée aux yeux des plus jeunes, car elle incarne l’agressivité, la hargne. Au contraire, la tristesse, le doute, la peur sont refoulées. Il faut pouvoir s’exprimer là-dessus, sans que ça soit omniprésent. Rendre l’acceptation et la légitimité de tous les vécus émotionnels plus naturels permet une remobilisation plus rapide. Le psychologue peut aider à mettre du sens, tandis que le préparateur mental peut travailler sur des repères, avec des feedbacks concrets. Ce qui permet de visualiser un cap, sans se focaliser sur l’événement du match dernier. Ce cap nous donne une vision qui va plus loin, qui ne se limite pas à une contrariété, à un épiphénomène (comme un contrôle, une mauvaise nuit, un conflit).

Quelle place occupe le plaisir dans vos entretiens avec les joueurs ? Par extension, quelle place occupe le plaisir dans leur rapport au football ?

Cette problématique ressort souvent. Autant auprès des jeunes que chez les plus confirmés. Y compris dans d’autres domaines sportifs. La notion de performance remplace facilement le plaisir. Avoir un toucher avec la balle irréprochable, interagir avec ses coéquipiers. Le plaisir s’efface devant le besoin de réussir, de briller, de donner le meilleur. Le poids de la rivalité nationale avec les autres jeunes, celui des sélections, du devoir de compétition peuvent quelquefois être écrasant. Cela crée une pression. On peut observer une focalisation disproportionnée, de la part des joueurs eux-mêmes, sur le résultat, qui engendre une perte de la notion de plaisir.

Cela marque la naissance de réactions anxieuses, de troubles du sommeil. Le joueur se repasse les matches, encore et encore. Il ressasse et se déconnecte de la réalité, plutôt qu’être dans ses sensations, dans son corps, au moment présent de l’action. Il se prive donc de son plaisir physique d’une part, et psychologique, au travers du jeu, par exemple du collectif, d’autre part.

Dans ces conditions, il devient difficile de progresser. Le joueur touche ses limites, et ne parvient pas à franchir des caps techniques et mentaux. Progresser sur le plan mental signifie intégrer la notion d’échec comme un apprentissage, dans le but de trouver du plaisir. Trouver du plaisir dans le fait d’être persévérant, d’être fier de soi, d’apprendre à regarder les choses à plus long terme, élaborer une stratégie, avoir une démarche pour le faire, créer un nouvel état d’esprit. L’échec n’est pas évident à valoriser chez les jeunes.

L’entourage familial a-t-il un rôle à jouer dans le développement du l’adolescent et de sa santé mentale ?

En tant que psychologues, nous travaillons avec les moyens à disposition. Les parents font partie de ces moyens. Nous faisons des points avec les parents de temps en temps. C’est important que la famille ait son rôle de soutien, notamment éducatif, pour une bonne santé psychique. Mais l’éloignement, le manque de contact ne permettent pas d’avoir la main sur certains facteurs, comme l’hygiène de vie, qui est confié aux encadrants de l’internat.

L’entourage familial joue beaucoup dans la construction du joueur et dans son état de santé psychique. Je suis déjà intervenue lors de sélections. La pression parentale est parfois flagrante. Ce n’est pas forcément explicite, toutefois assez facilement identifiable. Les parents vivent la réussite de leur enfant par procuration. Parfois en tant qu’ancien sportif qui n’a jamais fait carrière. Parfois en provenance d’un milieu économique et socioprofessionnel modeste. La notion de sacrifice commence très tôt pour ces joueurs. Ils ont la charge de la famille sur les épaules. Or, la réussite uniquement par le sport est nocive. Il y a beaucoup de demandes pour peu d’élus, le taux d’échec est colossal. La chute est rude, la déception de la famille est un poids supplémentaire.

Les parents, garant de la santé mentale de leurs enfants

En cabinet, quand des parents nous amènent les enfants, c’est qu’ils perçoivent que ça ne va pas, que les résultats ne vont pas. Alors je me renseigne sur la dynamique intrafamiliale. Je fais venir les parents pour essayer de comprendre avec eux, qu’elle est leur part dans le développement psycho-affectif des enfants, puis, nous pouvons aborder des éléments de connaissance psychodéveloppementaux, notamment à l’adolescence, comment la biologie des hormones, comment les processus neuro-développementaux agissent sur la dérégulation émotionnelle, quels effets cela produit dans les relations parents-enfants, et sur le plan identitaire.

J’essaie de faire prendre conscience aux parents de l’effet sur leurs enfants de leurs propres attentes et de leurs propres éprouvés émotionnels. Il n’est pas non plus toujours évident pour eux d’être au bord du terrain, de vivre ces montagnes russes émotionnelles, et de ne RIEN pouvoir faire pour leurs enfants. C’est là que des apports en psycho-éducations peuvent les aider, eux-mêmes, à accompagner cette traversée des émotions, de leurs enfants, et les leurs, sans les dénier, les étouffer ou chercher à les sur-compenser par le contrôle, l’injonction plus forte, l’omniprésence inutile. Quelques fois, il faut juste laisser leur enfant vivre et traverser ses émotions. Tout simplement, tout naturellement. L’humilité des parents doit être invoquée.

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Néanmoins, ceux qui osent venir dans le cabinet d’une psy sont souvent capables de l’entendre. Bien souvent, ils font évoluer leur positionnement, pour le plus grand bien de toute la famille. Eux ne vont plus systématiquement sur toutes les compétitions, et se privent moins de ce qui contribuent à leur équilibre dans leur vie d’adulte, de couple, d’individu. Par conséquent, les temps partagés avec les enfants peuvent être aussi plus diversifiés. Ils peuvent jouer à des jeux de société ensemble, aller faire une balade, bref, vivre aussi avec leur enfant qui n’est pas QUE sportif. Finalement, garder des relations parentales plus profondes et moins exclusives à un rôle de « pseudo-coach »‘ de leur enfant.

Dans le documentaire exclusif « Silence, je tombe » réalisé par BeIN SPORTS France au sujet de la dépression dans le football, Cécile Traverse, docteur en psychologie, disait qu’un joueur oubliait son identité de personne pour ne devenir qu’un joueur de football. À la fin de sa carrière, il arrête d’être joueur et se retrouve devant le miroir à se questionner : « qui suis-je ? »

Comment lutter contre la dépression dans un environnement qui l’ignore ?

Effectivement. Je rejoins ce constat-là. Pas seulement pour les sportifs professionnels, mais aussi pour les amateurs. Lorsque les joueurs n’ont aucune autre activité, aucun autre exutoire pour s’épanouir, ni de perspectives professionnelles, familiales, si le domaine principal s’évanouit, c’est toute la vie qui peut s’effondrer, et cela peut devenir vertigineux.

Le footballeur entretient une relation exclusive au sport. Le jeune est éloigné de sa famille, de ses amis. Pour les adultes, il est possible qu’entretenir une vie de couple soit plus compliqué. En effet, le sport est un monde à part. C’est d’ailleurs une des raisons pour lesquelles les sportifs ont plus facilement des relations de couple entre eux. Ils gravitent autour de personnes comme eux, avec une lecture de la vie peu différente. La construction identitaire doit être saine, établie dès le départ. C’est de là que naît la difficulté de trouver un équilibre personnel.

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Le sportif doit se rendre compte de la différence entre le résultat effectué et l’« être ». Différencier « l’être » et le « faire ». L’être, cela représente les constituants de leur identité, le faire, cela représente le résultat d’une action. Il est donc utile de savoir dissocier l’être et le faire. Pour l’illustrer, tu as fait un bon résultat, par exemple, tu as marqué des buts. Qu’est-ce qui t’a permis de le faire ? Ton courage. Il faut souligner un caractère immuable, comme le fait d’être endurant, stratège, soutenant, généreux, avoir du leadership. Le joueur, pour pouvoir être plus stable, devrait être capable de restituer ses caractéristiques personnelles, celles qui existent sans les résultats, avant de travailler le transfert de ces capacités dans d’autres domaines.

Sur la trentaine de joueurs du pôle, la plupart ont une vision quasi inexistante en termes de projets alternatifs. Très peu ont une idée de ce qui est appelé l’« après carrière ». Les exemples de choix d’orientation de métier qui reviennent sont proches comme entraîneur, kiné. Rarement autre chose. La peur de l’échec est ancrée chez les joueurs si leur après carrière n’est pas en lien avec le football. Il y a très peu de maturité là-dessus. Ce qui s’entend, au vu de l’âge, du caractère élitiste, de la période de recherche d’idéal pour se réaliser, liée à l’adolescence.

Que pensez-vous de la libération de la parole des joueurs sur la santé mentale et précisément la dépression ?

S’émanciper du regard de l’autre, pouvoir parler de ses fragilités sans être jugé, peuvent être des questions qui taraudent les jeunes. « Cela va-t-il porter préjudice à mon parcours ? ». Parler d’une souffrance peut-il être considéré comme un déficit de confiance et faire manquer la sélection ? Dans un cadre où là compétitivité est omniprésente, les calculs sont rapides et les émotions passent à la trappe. Aucun risque n’est pris et cela n’aide en rien à libérer cette parole. Le public aussi s’en moque, si un joueur ne va pas bien, il est mis de côté. Sa santé mentale n’est pas leur problème.

Il faut aussi se demander quelles sont les démarches « éducatives » effectuées en direction du public, et, comment les médias utilisent l’image des sportifs, sous le versant brillant. De plus en plus apparaît aussi le revers de la médaille, les périodes difficiles que les sportifs traversent. Encore faut-il qu’ils ne perdent pas l’estime de leur fan s’ils passent par des périodes difficiles. Il y a donc, dans le champ de la santé mentale, tout un versant éducatif à continuer de faire évoluer. Aussi bien au plus près de l’encadrement des sportifs, qu’auprès de l’entourage familial, des sportifs, et, à plus grande échelle, du public de passionnés ou d’amateurs, pour une vision encore plus saine et éthique du sport.

La dépression, ignorée ou inconnue ?

Dans la vie de tous les jours, la dépression intervient souvent lorsqu’un événement de vie nous met dos au mur. À la perte d’un emploi, lors d’un deuil, d’un problème de santé. Chez les sportifs adultes, ce mal qu’est la dépression est évoqué comme « un manque d’envie », « une perte de goût ». La dépression est évoquée pudiquement. Les sportifs viennent à notre rencontre parce qu’ils veulent comprendre ce qu’il se passe, comprendre pourquoi n’arrivent-ils plus à performer.

La libération de la parole chez les sportifs est nette depuis les derniers Jeux olympiques de Tokyo. La gymnaste Simone Biles, la tenniswoman Naomie Harris ont à plusieurs reprises communiqué et alerté sur les ravages des problèmes psychologiques. Après son élimination à Tokyo, l’escrimeuse française Ysaora Thibus s’est épanchée sur cette « désillusion » et le tabou qu’était la santé mentale dans les sports, la difficulté à « maintenir son investissement après un échec ». Les clubs et les dirigeants ne mettent pas la santé mentale au premier plan. Les études demandées sur la notion d’emprise, de l’entourage par exemple, les travaux sur les violences sexuelles dans le sport sont quasi inexistants (le film Slalom, primé et nominé à de nombreuses reprises entre 2020 et 2022 relate l’histoire d’une jeune skieuse sous l’emprise de son coach et victime de violences sexuelles).

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Les paroles prennent plus de poids, mais tout dépend encore des directions de pôle. Depuis 10 ans, il y a du mieux, mais très peu comparé à d’autres sports. L’escrimeuse Astrid GUYART a œuvré au niveau du ministère pour que la blessure chez les sportifs puisse être considérée de manière équitable en termes de couverture sociale. Actuellement, ce sujet est également repris par des athlètes professionnelles américaines qui mettent en avant le droit à la maternité (Serena WILLIAMS, Shelly-Anne FRASER PRYCE, Allysson FELIX, ou Cléopatre DARLEUX en France dernièrement), tout en restant joueuses de haut niveau. Si tant est que les clubs pro qui les emploient soient soutenant dans ces périodes.

Nous pourrions faire le rapprochement avec les contrats professionnels hors sport, et se questionner. Dans le domaine sportif, le « droit du travail » n’est pas autant appliqué que pour un travailleur. Et même si les joueurs peuvent être des salariés. Quel club serait prêt à payer un joueur absent des terrains trop longtemps ? Encore plus pour un problème lié au « mental » ?

Merci à Caroline Fanciullo pour son aide précieuse.


Alexandre Bonnot

Fier représentant du grand Olympique de Marseille. Je mouille ma plume avec mes larmes... Je sillonne les matches de district le dimanche midi histoire de faire passer le temps.

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