Le supporter est un « amateur de sport qui manifeste son soutien à un sportif, une équipe, un club qui a sa préférence » selon le CNRTL, qui définit le supporterisme comme l’action de supporter. Terme désignant également un sympathisant ou un partisan, il est aujourd’hui devenu un usage récurrent sur le territoire du sport français, où de nombreux sports collectifs sont à l’honneur. Cependant, le supporter de football semble bien différent d’un supporter de volley-ball. À la recherche de la bonne définition du supporter de football en France, sa représentation par le reste de la population et ses patterns sont aujourd’hui le sujet d’un large débat qui ressort dans une opposition entre les manifestations d’une passion et les attentes et définitions des autorités.

Une définition jamais loin du football sur l’attachement puis l’action
La première chose à savoir est qu’un supporter peut aussi bien être un cadre dans les loges VIP qu’un ultra en virages, démontrant un visage pluriel. La recherche en sociologie a défini le supporter dans une typologie à cinq catégories « selon la nature de la participation ». Nicolas Hourcade insiste par ailleurs sur le fait que « l’intensité de la participation ne préjuge en rien l’attachement au club ». Être supporter n’est ni plus ni moins qu’une posture affective envers un club dans le football moderne, d’où la possibilité de supporter plusieurs clubs, du moins à des degrés différents (penser une échelle d’affection pour des clubs), ou l’intensité différente entre les différents supporters.
Ces derniers, dans un même club, développe un échange plus ou moins actif avec le club. Nicolas Hourcade développe alors cinq catégories : le spectateur, simple adorateur du jeu, ayant des préférences liées au spectacle offert, ne participe que peu à l’animation en tribunes ; le supporter « classique », se concentrant sur les performances de son équipe, qu’il veut voir gagner, parfois au détriment du jeu ; le kopiste, l’oublié actuel qui se distingue du supporter classique par son engagement physique (match debout, chants, etc.) et présent dans les virages ; l’ultra, fervent supporter s’organisant dans un groupe structuré qui planifie le soutien à l’équipe ; puis le hooligan, ou le hool, qui se valorise par la confrontation physique avec son homologue adverse plutôt que par leur soutien.
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Le prisme, croissant dans la participation à l’ambiance, de la modération à l’agression, permet de distinguer les présents au stade. Les télésupporters, prenant de plus en plus de place dans l’identification du supporter de football durant les deux dernières décennies, n’est pas présent au stade. Ici, l’article porte à différencier les disciples du hooliganisme des autres supporters qui se rendent au stade. Cette réflexion nécessaire sur l’utilisation œcuménique du terme de supporter pour désigner les actes de violence dans les stades ou aux alentours dans les médias est d’actualités.
En la prenant au sens strict, la définition du terme affirme qu’il s’agit d’apporter son soutien à une équipe. Ainsi, pouvons-nous par exemple qualifier ceux qui caillassent des bus à l’extérieur d’un stade de supporters de football ? Rien ne le prouve. Si certains supporters ont participé, d’autres peuvent profiter d’un rare consensus à la rivalité pour défouler leur haine de manière physique.
Si le ballon rond a de nombreuses qualités, il subit à la fois son universalisme et son caractère sportif. Il est connu un peu partout sur le globe et, comme tous les autres sports, joue de l’esprit de concurrence et du résultat. Même si le match nul existe, il y a toujours un vainqueur à la fin, que ce soit au terme des 38 matchs de championnat ou de la séance de tirs au but. Cette dernière vision se calque en tribune sur des supporters cherchant à animer la rencontre pour encourager leurs joueurs, parfois aux détriments des homologues adverses (sifflets, chants ostentatoires voire des bagarres). L’universalisme procure au football une vitrine, que les investisseurs ont bien identifié et dont les médias connaissent l’intérêt. La lutte contre les supporters actifs est confondue avec la sécurité d’un stade et de la société.
La stigmatisation d’un ensemble au détriment d’une traque responsable
Les plateaux télévisés et les articles de presse ont largement relayé les événements tragiques survenus en amont du duel entre l’Olympique de Marseille et l’Olympique Lyonnais. Le terme employé pour identifier les importuns qui ont caillassé les différents cars lyonnais en dehors du stade fut le mot si vaste de « supporter ». Il y a maintenant sept ans, la presse avait pourtant qualifié les affrontements en marge du match de poule de l’Euro 2016 opposant les sélections russes et anglaises à Marseille de bagarres entre hooligans, n’utilisant guère la commune formule du supporter.
Même constat en parlant du supporter anglais en marge de la finale de la Ligue des Champions organisée à Saint-Denis en 2022, qualifié par Gérard Darmanin comme fauteurs de trouble. Ainsi reconnu à l’extérieur du pays, le hooligan ne l’est pas vraiment en France car il est trop volatile, fondu dans un décor à la « Où est Charlie ? ». Il semble que reconnaître ces agresseurs comme des hools, ou du moins comme des disciples, n’est pas envisagé et permet de revoir émerger la violence à de nouveaux stades.
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Si le match à Marseille est rejoué avec l’ensemble des supporters marseillais, les supporters lyonnais ne furent pas du voyage le 6 décembre dernier. La Ligue de Football Professionnel (LFP) sanctionne de manière collective les tribunes des clubs à domicile quand les instances gouvernementales restreignent ou interdisent des déplacements de manière répétitive dans un contexte de crise sécuritaire depuis 2015, comme le rapportait Marie-Laure Buffet et Sacha Houlié à l’Assemblée nationale en 2020. Ce même rapport a démontré l’utilisation abusive des IAS (interdiction administrative de stade) aux détriments des IJS (interdiction judiciaire de stade), découlant d’un procès pénal, notamment en terme de durée (36 mois parfois avec pointage à chaque match) et pour des motifs qui sont loin d’être des questions de sécurité.
Se trompe-t-on de cible ?
Selon les préfectures, la violence n’est le motif d’uniquement 5 à 30 % des IAS quand la détention ou l’usage de fumigènes est à l’origine de 30 à 46 %. Instituées pour lutter contre la violence, « les Rapporteurs ont le regret de constater que les IAS sont devenues davantage un moyen de sanctionner la détention ou l’usage de fumigènes que de prévenir la commission des violences ». Dans le cas du match reporté, les IAS puis IJS auraient un sens certain pour les supporters lyonnais auteurs d’insultes racistes en parcage, tout comme les potentiels « supporters » de l’OM ayant pris part au caillassage des bus. Le sens des interdictions y serait pleinement rempli.
Pourtant les sanctions collectives pleuvent alors qu’on arrive aujourd’hui à attraper les fautifs : exemple à Montpellier où le lanceur du pétard a été interpellé rapidement, aussi vite que la LFP a sanctionné collectivement la tribune, d’où le jet a été réalisé, de deux huis clos. La répression ne fait qu’augmenter le sentiment d’animalité que les supporters peuvent subir. Même, la tendance à utiliser le terme de supporter amène certains d’entre eux à la morale, en la prêchant à toute personne défendant les animations en lien avec l’extra-sportif en tribunes.
Malheureusement, les huis-clos partiels démontrent la reconnaissance des autorités envers ceux qui gênent. Le ciblage de l’ensemble d’une tribune condamne à la fois les ultras et tous ceux qui aiment donner de la voix à l’amour ressenti pour le club. Compter sanctionner collectivement mais de manière ciblée stigmatise toujours le même profil de supporters et toute personne stigmatisé peut ressentir un mal-être. Reconnaître l’existence de supporters très actifs amélioreraient probablement grandement les choses. Evidemment, ce n’est pas une action envisagable.
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Si l’opinion souhaite responsabiliser le supporter de manière collective, il n’en est pas moins vrai que les autorités ne doivent pas fuir leurs responsabilités en se facilitant la tâche aux détriments de la passion de certains contribuables. Le supporter de football, passionné, reste pour la plupart du temps un citoyen de droit. Quelque soi sa participation au stade, chacun d’entre eux doit pouvoir se rendre au stade sans subir les agissements violents et dangereux de personnes isolées.
En recentrant la lutte autour et à l’intérieur des stades sur les dangers potentiels, notamment sur le hooliganisme sous-jacent, plutôt qu’à travers une lutte inutile face aux fumigènes à coup de sanctions économiques ou collectives, les autorités pourraient faire un grand pas. Le supporter reste un acteur essentiel dans un stade de football, le faisant vivre au delà des limites du terrain. Si la France n’est pas un pays de football, c’est en grande partie à cause de l’entêtement de ne pas reconnaître la différence entre un ultra et un hooligan, stigmatisant ainsi un acteur important des virages.
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