Sifflés, insultés par les supporters, bousculés par les joueurs et les coaches… C’est le quotidien des arbitres professionnels, mais aussi celui des plus jeunes qui subissent dès le début de la carrière la pression des acteurs du jeu. Face à des cas de violence verbale ou physique, beaucoup d’entre eux décident d’arrêter en remettant en cause le manque d’accompagnement pour les soutenir. 

« Quand vous avez tout le stade contre vous, vous êtes seuls », c’est de cette manière qu’est décrit le sentiment ressenti par les jeunes arbitres face à la pression lors des rencontres. Si cela ne concernent pas les 23 00 arbitres qui officient dans toutes les divisions du football amateur, l’Observatoire des comportements recense, depuis le début de l’année 2024, plus de 4 000 matches amateurs au cours desquels s’est produit au moins un incident grave. Des incidents pris en charge par les commissions d’arbitrage (CDA) des districts et des ligues régionales. Mais pas suffisamment, d’après les arbitres.

Pour Antoine Brard, 22 ans, arbitrer, « c’était presque évident, mon père l’était aussi. » Selon lui, « c’est une école de la vie qui te fait grandir énormément. » Mais dans son club en Bretagne, il a parfois été victime de pressions. « Un coach est rentré en plein match pour m’attraper l’épaule, je me suis fait insulté par des parents d’enfants de 15 ans, des supporters m’ont attendu près de ma voiture (…) sur le terrain, je peux sortir un carton rouge, en dehors non, alors on fait attention. »

Être arbitre s’apprend, d’après Giovanni Siarras, 23 ans et arbitre depuis 2019. Cette fonction demande de savoir rester impartial et juste en agissant très rapidement sans impacter le cours d’un match. Pour ne pas se faire dépasser par l’enjeu des matchs, ce dernier procède toujours de la même façon. « Le match se prépare bien avant l’entrée sur la pelouse. C’est moi qui fixe le cadre avec les équipes, j’impose ma manière de faire. »

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Et même si la pression des supporters, qui cherchent à influencer les décisions d’arbitrage, fait partie du folklore du football, cela n’empêche par les débordements. « J’ai des collègues qui ont été victimes de violences » déclare-t-il avant d’ajouter que lui aussi a eu peur qu’on s’en prenne à lui lors d’un match. « Lors d’un match tendu entre Argenteuil et Fleury, je siffle un penalty à la 89e minute pour Fleury alors que le score était d’un but partout. Je te laisse imaginer la réaction d’Argenteuil. J’ai même pensé à solliciter la sécurité pour sortir du stade. » Face à ce genre d’incident, « le plus important, c’est d’extérioriser pour passer à autre chose, sans ça, j’aurais déjà arrêté. » 

Ils confient tous les deux que le plus dur est de ne pas sortir de leur match. « Je reste ouvert au dialogue malgré tout, tant qu’il y a du respect, être arbitre, c’est aussi savoir se montrer pédagogue » achève Giovanni Siarras.

Le travail des Commissions d’arbitrage (CDA) consiste à former les jeunes arbitres pour qu’ils puissent très vite être opérationnels sur le terrain. Mais Antoine Brard déplore que la formation reste trop théorique. « Personne ne se soucie de savoir si nous savons arbitrer, nous ne sommes pas formés pour répondre à la pression. On se contente de nous apprendre les lois du jeu, il n’y a pas beaucoup de place pour la pratique. »

Malgré l’existence d’un syndicat des arbitres (UNAF – Union Nationale des Arbitres de Football) qui accompagnent les arbitres pour diverses démarches (dépôt de plainte, frais d’avocat), lorsqu’ils font face à des difficultés durant des rencontres, pour les jeunes arbitres, ce n’est pas suffisant. « À 16 ou 17 ans, comment est-on censé gérer ? » questionne Giovanni Siarras, « certains lâchent l’affaire très vite et sans arbitres, les clubs sont contraints de payer des amendes. » En effet, la moitié arrête avant la fin de leur deuxième saison, regrette Antony Gautier, patron des arbitres à la Fédération Française de Football au micro de France Info. 

Pour Michael Akpoli, Président CDA du district Île-de-France, les arbitres ont aussi une part de responsabilité. « Nous avions eu le cas d’un débutant qui avait été harcelé par un coach. Il n’était pas adhérent à l’UNAF, mais on lui a proposé de l’aide. Il n’a jamais répondu, c’est pour cela qu’il a arrêté. » Le président ne remet donc pas en question les retours parfois négatifs des arbitres. Il apporte toutefois une nuance. « La commission ne peut pas traiter un problème s’il n’est pas remonté, on ne peut rien faire si le rapport (rédigé à la fin du match) n’est pas correctement rempli. » Ce rapport fait foi lors des commissions de discipline. Si un élément manque alors l’incident est minimisé, selon ce dernier. 

La CDA met aussi en place tout un protocole de sensibilisation auprès des clubs pour éviter l’acharnement sur les arbitres. Les clubs sont informés par mails des règles appliquées par les arbitres et des stages de « foot animation » servent à initier les joueurs et les dirigeants à la pratique de l’arbitrage. « La CDA peut se déplacer pour faire de la sensibilisation. Elle l’a déjà fait. Mais l’effort doit venir des clubs et des joueurs. S’ils comprennent l’arbitrage, alors il y aura moins de débordements. » assure-t-il. 

Michael Akpoli déplore cependant que le manque de moyen. Il est impossible d’envoyer un délégué de la commission lors de chaque rencontre pour veiller à la sécurité du corps arbitral. « Il faudrait envisager d’instaurer des protocoles plus pénalisant avec des sanctions financières. C’est le seul moyen de réellement faire pression sur les clubs » conclut-il.


Marius Noël

Étudiant en École de Journalisme et rédacteur occasionnel pour Fausse Touche car il préfère passer du temps derrière une caméra. A parfois de bonnes idées d’article mais elles sont rares.

1 commentaire

Carton vert : un cadeau pour les "petits" clubs ? - Fausse Touche · 01/11/2025 à 17:01

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