Le cécifoot a connu un véritable succès lors des derniers Jeux Paralympiques. Contre tout attente, les Bleus ont emporté le titre olympique face au Argentine et ont fait vibrer un stade plein à craquer. Cette victoire récompense un investissement important, financier, humain et matériel dans la pratique du cécifoot depuis plusieurs années. Auréolés, les joueurs et les bénévoles ont repris le cour de leur vie. Pourtant, certaines tares sont toujours là et les promesses de développement ont vite disparu, la liesse passée.

Juin 2022. Pour la première fois, Fausse Touche vous propose un dossier complet sur la pratique du cécifoot en France. La discipline est alors très peu connue. Bien accompagnés en vu des Jeux Paralympiques, certains clubs reçoivent de belles infrastructures pour s’entraîner et d’autres deviennent populaires dans leur région. Malgré cela, la pratique est loin d’être professionnelle et souffre d’un retard criant par rapport aux autres nations. Les locomotives sont les mêmes qu’au football : Brésil et Argentine. Depuis l’été dernier, nous avons repris contact avec le monde du cécifoot et les choses ne sont pas aussi belles qu’elles auraient dû l’être.
Un parcours plein de promesses
Paris, ville d’accueil de ces Jeux Paralympiques 2024, avait vu les choses en grand. Un stade magnifique, aux pieds de la Tour Eiffel, est en mesure d’accueillir plus de 10 000 supporters. C’est deux fois plus qu’à Rio en 2016, alors que la sélection brésilienne est déjà multi médaillée et que le pays est aussi terre de cécifoot. Cette ambitieuse capacité tiendra toutes ses promesses, puisque chaque match des Bleus s’est joué à guichets fermés.
Côté terrain, la France a fait pleuvoir les étoiles sur les supporters. « Il y a un monde où on ne gagnait pas et ce monde était bien plus important. La différence de structuration entre la France et ses concurrents est très importante », glisse Rémi Garranger, sélectionneur de l’équipe de France Espoirs et responsable des opérations techniques cécifoot pour Paris 2024. Ici, tout repose sur un « formidable » volontariat. Les joueurs ont leur travail à côté et s’entraînent durs, entourés par des bénévoles. La pression des stades pleins a d’abord pesé sur leurs épaules mais a surtout transcendé le collectif : « les supporters ont apporté une telle énergie qu’au fil de la compèt, tu te dis que tu es imbattable. » Et c’est bien cet état d’esprit irréprochable qui a porté les joueurs jusqu’à un sacre plus que mérité.
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Dans le stade, c’est Frédéric Villeroux, leader de l’équipe, qui harangue la foule. Charly Weber, speaker tout au long de la compétition, raconte : « sur corner, je n’ai plus besoin de prendre le micro. Les gestes des bras de Fred et de ses coéquipiers incitent le public à faire trembler l’enceinte. » Et le coach des gardiens lui confirme que le public aura été une « aide précieuse. » Le soir de la finale, le 7 septembre, les abords du stade sont aussi en feu. Le parvis de la Tour Eiffel est plein à craquer, les hourras fusent du stade et résonnent jusqu’au haut de la place du Trocadéro, de l’autre coté de la Seine.
Cet engouement populaire envoûte aussi les français et les françaises devant leur télé. La finale de cécifoot a connu des pics à 5,3 millions de téléspectateurs. C’est l’une des plus grosses affluences des Jeux Paralympiques, derrière les cérémonies d’ouverture et de clôture et devant les autres finales d’athlétisme et de natation, pourtant très appréciées. Ce soir-là, France 2 écrase les parts d’audience face aux autres chaînes.

Cécifoot, enfin la reconnaissance ?
Depuis cette finale, le cécifoot a gagné en popularité. Lors des dernières journées de championnat, où se jouent plusieurs rencontres, disputées à Bondy, Lens ou Nantes, nombreux étaient les supporters présents. Le FC Nantes cécifoot a même reçu un invité de marque, en la personne de Riri, mascotte des Canaris. Pour Jérôme Pénisson, international français et joueur et éducateur au club, jamais il ne l’aurait imaginé auparavant. « Médiatiquement, les Paralympiques ont changé quelque chose. » Les supporters sont très fidèles et cette vague de popularité a attiré de nouveaux visiteurs.
Le FC Nantes a d’ailleurs surfé sur la ferveur. Lors de la précédente journée de compétition, des animations ont fleuri entre deux matches : jeux en bois, football pétanque et tennis ballon étaient proposés aux petits comme aux grands. « Pour la prochaine journée de championnat à domicile, en avril, les animations sont même déjà prévues. » Et lors de la réception de Saint-Étienne à la Beaujoire fin septembre dernier, des initiations ont été proposées avant le coup d’envoi.
La sensibilisation n’a jamais été prise à la légère par les clubs de cécifoot. Ces dernières années, les initiations se sont multipliées. La différence aujourd’hui, selon Jérôme Pénisson, c’est que le grand public connaît désormais le cécifoot. Le média lensois Culture sang & or a été accueilli par la section cécifoot du RC Lens afin de se prêter au jeu. Le club est par ailleurs associé au collège Descartes Montaigne de Liévin depuis deux ans. Le Sport athlétique Mérignacais propose régulièrement des activités de sensibilisation et dispose d’un service cohésion sociale, qui salarie le joueur star et champion paralympique Frédéric Villeroux. Les clubs interviennent en entreprises et opèrent un travail de pédagogie et de passation de témoin…
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Hors terrain, ce succès facilite les rencontres, notamment avec les financeurs. Pour certaines structures, les entreprises ont revu leur aide à la hausse depuis septembre dernier. Les sponsors viennent plus facilement vers les clubs et toute la partie séduction n’est plus toujours nécessaire. Pour une poignée de clubs, les Jeux ont ouvert des portes. Dorénavant, les entreprises connaissent le cécifoot et sont prêtes à investir. « Les salariés ont découvert la discipline et en parlent au boulot. Ils poussent les dirigeants à sponsoriser les clubs, les joueurs, les événements. De plus en plus d’entreprises changent leur approche du mécénat et veulent donner du sens à leurs projets », résume-t-on. Ils espèrent aussi que cette pression sociale aura un effet boule de neige et incitera les pouvoirs publics à subventionner les clubs à hauteur des ambitions affichées.
La plupart des collectivités jouent le jeu et récompensent des clubs de vingt (Nantes), dix (Lens) et presque quarante ans (Saint-Mandé) d’existence. À Rezé, au sud de Nantes, de nouvelles infrastructures et un nouveau terrain, homologué cécifoot, ont été inaugurés en décembre 2023. Des vestiaires neufs seront livrés prochainement. Même chose à Lens, où un terrain repensé accueille les matches à domicile depuis avril 2023, tandis que la mairie de Paris a récemment construit la première surface adaptée à la pratique handisport sur sa commune, où évolueront les joueurs de Saint-Mandé. Rémi Garranger est très optimiste. Selon lui, la prochaine étape est la naissance de nouveaux clubs puisque la région de Montpellier, de Marseille et de Nice est « déserte ».
Face cachée du cécifoot, des moyens dignes du monde amateur
Toutefois, il existe une autre réalité. Jusqu’à la construction de ces infrastructures, des décennies durant, les joueurs se sont entrainés sur des terrains inadaptés. Et pour certains, c’est toujours le cas. Alexis Salles, secrétaire général au Toulouse football cécifoot, peut en témoigner. « Du côté de Toulouse, on s’entraîne depuis dix ans sur les terrains synthétiques du Stadium. On a toujours pas un terrain aux normes sur lequel jouer et recevoir. » En 2016, un joueur licencié au club parisien de l’association Valentin Haüy a alerté sur les conditions d’entraînement de ses coéquipiers. Leur stade leur sera finalement livré à l’été 2024. Au contact des bénévoles, c’est l’amertume qui domine.
Les moyens financiers sont minimes et le cécifoot est porté à bout de bras par les bénévoles. Ils restent une année, puis une deuxième, et abandonnent. Le constat est même alarmant : l’élite du cécifoot est au même niveau de développement que le football amateur, au mieux.
Aux yeux d’Alexis Salles, la solution est évidente. « Il faut professionnaliser le cécifoot. Avoir des salariés dédiés, des athlètes rémunérés, qui ne cumulent plus avec leur job à côté. Pour devenir compétiteurs, nous devons restructurer la base. » Les clubs se déplacent partout en France et facturent eux-mêmes les nuits d’hôtel comme des équipes professionnelles, mais sans les budgets. Quid des grandes promesses des décideurs politiques ?
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Notre ambition budgétaire n’a jamais été aussi élevée. Elle a progressé de près de 65 % sur la période 2020-2024. Enfin, vous pouvez compter sur moi pour que cet élan se poursuive, bien après le 8 septembre 2024, jour de clôture des Jeux paralympiques, afin de parachever la construction de notre nation sportive.
Déclaration de Amélie Oudéa-Castéra, ministre des sports et des Jeux olympiques et paralympiques, sur l’exécution budgétaire de la mission sport, jeunesse et vie associative, à l’Assemblée nationale le 28 mai 2024.
Bien loin se trouve la Grande cause nationale 2024 (promotion de l’activité physique et sportive) clamée à qui voulait l’entendre. Le financement du sport et parasport a été raboté de près de 130 millions d’euros. Même chose pour les collectivités territoriales. Un pas en arrière de quatre, cinq ans, pour certains bénévoles rencontrés sur les terrains. À Toulouse, Alexis Salles considère d’ailleurs que ces Jeux n’auront été qu’une vitrine, sans la volonté de construire un héritage et de pérenniser les investissements. « Les Jeux Paralympiques sont tous les quatre ans. On ne s’arrête pas de jouer après Paris 2024. Notre vie continue et derrière, il y a Los Angeles 2028 » déplore-t-il.
Vidéo Germain et Rose Aguesse – Et le cécifoot féminin dans tout ça ?
Aujourd’hui, l’un des principaux problèmes du développement du cécifoot est la territorialité des initiatives. L’accompagnement des équipes dépend aussi bien de l’intérêt de la commune, du Département et de la Région, tout comme du dynamisme des associations du secteur. À Bordeaux, l’Unadev (Union nationale des aveugles et déficients visuels) est très impliquée dans la progression du club. À Toulouse, c’est moins le cas, car l’association prend en charge beaucoup plus de personnes âgées.
Si le cécifoot n’a pas entièrement profité de l’exposition des Jeux Paralympiques, les joueurs, les bénévoles et les staffs ne baissent pas les bras pour autant. Les initiatives pleuvent et leur engagement et leur motivation restent imperturbables, malgré les désillusions politiques.
Sportivement, cette victoire olympique donne à l’équipe de France une nouvelle dimension. La considérations des autres équipes sera différente, à n’en pas douter. Les démarches d’inclusion se multiplient, comme à Toulouse. Le club sensibilise les écoles des quartiers populaires au monde du handisport. Cette mobilisation cherche à vaincre l’invisibilisation du handicap et invite les familles à s’ouvrir plutôt que cacher leurs enfants.
Le développement du cécifoot doit aussi passer par un profond engagement envers les équipes féminines, qui voient peu à peu le jour. Sport inclusif, il ne doit fermer de portes à personne et s’ouvrir à tous et toutes. Rendez-vous donc dans un an, pour l’Euro 2026 qui se déroulera en France. Nous ferons à nouveau le bilan.
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Weuro 2025. Le projet Legacy fait résonner de nouvelles voix féminines dans les stades suisses - Fausse Touche · 06/07/2025 à 17:03
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