Nouvellement créée, l’association W Sports s’est donnée la mission de rendre accessible aux personnes en situation de handicap visuel toutes les enceintes sportives françaises. Déjà forte de neuf membres, journalistes et étudiants journalistes, W Sports a fait de l’audiodescription son cheval de bataille. Si les journalistes classiques, radio comme télé, déroulent des commentaires consensuels, ils sont surtout peu audibles pour les personnes non et mal-voyantes. Face à la pelouse, seul un commentaire précis et détaillé des actions inclue ces personnes dans l’expérience du stade.

Transmettre émotion et savoir
Tandis qu’un match de football est commenté pour plaire au plus grand nombre, l’audiodescripteur se doit de toujours situer le ballon. Le commun des supporters n’attend pas du commentateur qu’il évoque la balle à chaque action – il l’a sous les yeux. Il est nécessaire de le rappeler pour ceux qui ne disposent pas de ce luxe. Fermez les yeux et essayez de suivre les 90 minutes du match ; très vite, vous vous agacez, vous vous y perdez. Mais où est le ballon ? Lorsque Julien Wachowski, fondateur de W Sports forme ses équipes, il martèle : « le cœur du football est de savoir où est le ballon, il ne faut pas le lâcher des yeux. » L’audiodescripteur s’adapte et privilégie d’autres informations. Préférez « il a le ballon sur le côté droit du terrain » plutôt que les dernières actualités à propos d’un joueur.
Cependant, depuis l’Euro 2016, grâce notamment au travail de ASA France – L’audiodescription pour tous pendant la compétition, la pratique est sortie de l’anonymat. Ses codes ont même fait un bout de chemin, puisque les plus informés constatent une amélioration dans le commentaire tout public. Jean Resseguié, commentateur sportif phare, a par exemple été sensibilisé à l’audiodescription. Depuis lors, ce sont tous les contenus football de RMC qui lui ont emboîté le pas et ont essayé de travailler sur leur intelligibilité. Julien complète : « les journalistes doivent se rendre compte que bien situer le ballon bénéficie à tous. » La dimension pédagogique, mais aussi les repères tactiques qu’elle implique sont profitables pour tous les supporters.
À VENIR – Tout comprendre sur l’audiodescription
Le pari de W Sports, c’est l’affranchissement total de cela et un commentaire engagé, passionné, afin de rendre l’expérience immersive et légère. En effet, toute l’équipe de l’association est basée dans le bassin de Marseille. Tous sont fans de l’Olympique de Marseille et commentent les matches. Et leur mission est de commenter les matches de l’OM, pour des marseillais fans de l’OM. Pour accomplir cette mission, l’honnêteté passera avant tout, non sans enjoliver le match. Oublier la neutralité, faire vivre le match avec énergie, humour, donner du cœur à l’ouvrage.
Les supporters doivent se dire, même si l’OM perd 3-0, je reviendrai parce que j’ai passé un bon moment.
À titre de comparaison, les commentaires complètement fous face caméra, sans les images du match, proposés par Yoann Riou et diffusés sur La chaîne L’Équipe sont un exemple de ce que W Sports aimerait proposer. Et à l’avenir, pourquoi ne pas diffuser ces commentaires sur des plateformes pour en profiter aussi chez soi ?
W Sports, l’audiodescription pour tous et toutes
C’est tout naturellement qu’un journaliste est rémunéré pour ses prestations, sous contrat ou par la pige. Il aspire à un statut, indisponible pour l’audiodescripteur aujourd’hui. Pourtant, comme le souligne Julien, « dans la pratique, notre travail est tout proche, sauf qu’on ne s’adresse pas aux mêmes personnes. » Les dynamiques sociales sont par essence paradoxales. Elles se veulent ouvertes au plus grand nombre, tout comme aux minorités. Souvent pensées abordables ou gratuites, non exclusives, elles doivent pouvoir rémunérer leur initiateur. Tout travail mérite salaire et W Sports a pour objectif de professionnaliser le monde de l’audiodescription. Parce que le développement d’une discipline passe nécessairement par une telle structuration.
Ce travail d’équilibre oblige un investissement supplémentaire, celui de l’humain, celui du temps. La préparation des matches, la présence pendant ces matches, le matériel mis à disposition, les déplacements sont autant de charges à prendre en considération. Cette accessibilité pour les usagers se traduira par de nouveaux outils. Le contact avec le supporter est essentiel. Et la présence en ligne en est un premier jalon. Le commentaire devient facile d’accès et gratuit. Des applications, comme Odiho, existent et proposent des services en ce sens. Dans un autre temps, et c’est le vœu de W Sports, leur développement et celui de l’audiodescription passera par l’assaut des plateformes telles que YouTube. Le streaming offre de nombreux atouts. Il est au plus proche du direct, disponible chez soi, il est gratuit et donne la possibilité d’interagir.
Cette réponse adaptée aux besoins de ces consommateurs, très peu considérés jusqu’alors, pourra fédérer et faire communauté. Un porte d’entrée que connaît bien l’équipe, puisque les matches de l’OM de la saison passée étaient commentés sur Twitch.
Le sud-est, futur royaume de W Sports ?
Les ambitions de l’association ne s’arrêtent pas aux sports de la ville de Marseille. L’exaltée cité phocéenne est le terrain de jeu idéal pour lancer le projet. L’audiodescription des matches des Spartiates tiendrait toutes ses promesses. Auteurs d’une saison qui a embarqué les supporters avec ferveur, ce sport s’y prête bien. Sport spectacle importé du système américain, les animations, musiques et shows annoncent une expérience audiodescriptée inédite. Les Jeux Olympiques l’ont aussi montré, les Français ont vibré devant la natation, et le Cercle des nageurs de Marseille, club référence, peut y prétendre.
À terme, et c’est là le défi relevé par W Sports, l’association veut mailler tout le quart sud-est de la France. De Montpellier à Monaco, en passant par Aix et Avignon, du football au rugby en passant par le volley-ball, les opportunités seront nombreuses. À une autre échelle, les clubs montants, comme Martigues et Aubagne, respectivement promus en Ligue 2 et en National, semblent être une marche accessible et locale. Un moyen de s’ancrer dans le territoire. Et comme aime le penser Julien Wachowski, la balle est dans leur camp.
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Selon lui, les clubs ont tout à y gagner. L’investissement des milliers d’euros que représente l’acquisition du matériel n’est pas un poids dans les finances de clubs de l’élite du football. En échange, c’est tout une partie des supporters qui trouvera véritablement sa place auprès de leur club. Les plus grands clubs français actuels, dans le football, ont déjà mis ou sont en train de mettre en place l’audiodescription dans leur enceinte. C’est le cas de l’Olympique de Marseille, l’Olympique Lyonnais, Lens et le LOSC, mais aussi le TFC et le FC Metz. Cet investissement ne peut qu’inciter les autres clubs à suivre cette marche vers l’avant.
Si l’investissement d’origine semble être la dépense la plus coûteuse, elle permettrait aussi aux clubs de ne rémunérer que la prestation de l’association au moment des matches. En même temps, l’association, grâce à des soutiens financiers, aurait tout à gagner en disposant de son propre matériel. Déresponsabilisant à la fois les clubs, et entérinant sa propre autonomie par la même occasion. La couverture des matches, et de n’importe quel événement, deviendrait alors optimale. Quant à la réussite symbolique de leur mission, W Sports rêve de voir tous les clubs de Ligue 1 équipés de leur propre dispositif… Objectif 2030 ?
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