L’Olympic Charleroi est un humble club de deuxième division belge. La saison venant de se finir restera, à jamais peut-être, marquée par la honte. Il s’est pourtant relevé il y a un an, en s’assurant la montée depuis le troisième échelon du pays et un retour au statut professionnel. Nouveau stade, nouvel investisseur et une ferveur populaire retrouvée, les Dogues aspiraient à revenir sur la scène belge.

Le retour du mastodonte
Géant historique du championnat, le club de l’Olympic Charleroi (ROCC) était un habitué du top niveau dans les années 50, bien avant son voisin du Sporting. Comme d’autres avant lui, divers rachats et faillites ont condamné le club. Après une prise en main turque et une plongée dans les divisions non professionnelles, c’est grâce à diverses fusions avec des clubs locaux et son passé historique que l’Olympic Charleroi évitera la faillite en 2016, et repartira petit à petit sur de nouveaux rails. À l’aube de la saison 2025-2026, le club a retrouvé la D2 belge, synonyme de statut professionnel. Un retour historique pour l’ancien ténor du championnat, alors présidé par Claudio Florică.
Un statut professionnel obtenu dans le dur, alors que le club se voulait rassurant. Il faut savoir qu’en Belgique, la montée en D2 est bloquée si le club n’obtient pas l’accréditation professionnelle. Sauvé en deuxième instance et assez tard, le ROCC devait assurer en retour la reconstruction de son stade, des financements et diverses garanties administratives. La saison suivante débutait donc avec la vente d’une grosse partie de l’effectif et des rencontres dans le stade du rival local, le Sporting, en attendant le nouvel écrin.
Le club a organisé un match d’honneur contre l’OM en pré-saison (où de nombreux supporters marseillais ont confondu l’Olympic Charleroi avec le Sporting, autre club du Pays noir) avec un accrochage au score prometteur pour la suite de la saison. Pourtant, ce feu de paille s’est vite éteint.
Une grosse gêne en interne
Du côté des supporters, l’ambiance était pourtant là, comme témoignent certains habitués, qui ont préféré rester anonymes. « La saison passée, on a senti quelque chose, avec des victoires inédites. On a gagné un match avec trois cartons rouges, il se passait un truc. Le club, je le supporte depuis petit, c’est un héritage. Dès le début de saison, il y avait un flou. Entre le statut du club et plusieurs mouvements particuliers », réagit un fervent supporter de l’Olympic. « Un jour avant la reprise des entraînements, le staff de la montée est parti. De là, il y a eu un effet domino sur les joueurs, et on ne comprenait pas l’arrivée du nouvel investisseur et ses méthodes. Tout virer un jour avant, c’était le premier signal d’alarme ».
Dans un championnat en constant changement, où même les fans les plus assidus ont du mal à saisir les règles, la bataille pour le maintien est d’autant plus compliquée, notamment du fait de la disparité des finances entre Wallons et Flamands. Plus riche que son voisin du sud, la Belgique flamande offre donc de meilleures alternatives, en découlent des meilleures formations, école de jeunes… Cette disparité sportive est un juste reflet de la situation belge, où même la fédération divise ses branches entre les deux entités. Un PIB par habitant plus élevé, une population presque double, un meilleur financement…
Rajoutez à cela une nouvelle règle où il faut minimum quatre équipes U23 en deuxième division belge, leur permettant donc d’éviter la relégation si aucune autre équipe de jeunes n’est en capacité de prendre leur place. Ce changement a d’ailleurs suscité des problèmes auprès de la fédération, alors que des clubs risquaient de se voir infliger une amende. Finalement, une nouvelle réglementation a été votée le 31 mars dernier pour la saison prochaine, même si celle-ci reste tout de même floue, à l’image d’une fédération qui a changé la formule de ses championnats trois fois en cinq ans.
Olympic Charleroi, autopsie d’une saison ubuesque
Cette saison, la première victoire de Charleroi a été obtenue en novembre, lors du derby. À domicile, l’équipe a fait chou blanc. Avec 16 points et trois victoires seulement, la réforme n’a pas changé grand-chose, et le club de Charleroi retrouvera bien la division amateur à la rentrée. Au-delà d’un championnat difficile à décortiquer, le premier responsable pointé du doigt par tous est l’investisseur.
Venu pour « sauver » le club et lui permettre d’avoir une licence et un stade homologué, il est finalement vu comme le fossoyeur de l’institution. Chez les supporters mais aussi au sein même du club, où il en a dégouté plus d’un cette saison. L’investisseur a vite posé ses conditions, au détriment du club. « On a vendu l’âme du club. Le président/investisseur a un fils (Luca Floriça, NDLR), qui est titulaire indiscutable, mais il est loin du niveau. On passe comme des guignols sans éthique. Des joueurs ont été sur le banc juste parce que le fils devait jouer ! », souffle le supporter.
D’ailleurs, a seulement 23 ans, Luca a déjà dépassé la dizaine de clubs…dont six sur une seule saison.
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Un match disputé fin janvier incarne cet épuisement, cette colère et cette incrédulité. Alors que Charleroi s’est incliné face à un concurrent direct à la descente, plusieurs joueurs sont venus échanger avec les supporters à la fin du match. L’incompréhension régnait alors sur les visages. « Cette mauvaise ambiance, on la vit en interne et c’est malsain », râlait un joueur. « À la mi-temps (0-0), le président appelle l’entraîneur pour qu’il fasse rentrer son fils, pourtant malade et absent à plusieurs entraînements dans la semaine ». La rupture est totale. Les joueurs ne se déplacent plus avec le bus du club mais bien en véhicules privés, de quoi agacer encore plus les supporters, et créer un climat cancérigène au cœur d’un moment important de l’histoire du club.
Une fin de saison catastrophique
Dans ses péripéties, le club a même failli connaître un nouvel investisseur, un Irakien prêt à faire rentrer de l’argent à la seule condition qu’il bénéficierait de temps de jeu. « On a connu cinq entraîneurs cette saison. On a bien gagné avec Arnauld Mercier, mais les pistonnés n’étaient plus titulaires. À cause de ça, il a été viré après une victoire », argumentait un fervent supporter des Dogues.
A l’occasion du dernier match à domicile, deux joueurs ont accepté de se confier. « Il résume bien notre saison. On joue bien mais on n’y arrive pas. Il y a un blocage. Il faut espérer administrativement, moi je suis arrivé en janvier. Je n’ai pas forcément d’avis mais c’est compliqué pour un groupe, tout le monde en souffre à sa manière. On a tout donné pour nos supporters », explique le premier, le latéral Mike Betinger.
Pour l’attaquant Niklo Dailly, la saison était difficile mentalement, et les corps ont juste suivi. « Il n’y a pas que la direction, il y a plein d’autres choses. On a les joueurs, mais beaucoup trop de choses ont changé. C’est la vie et cette année on a pris beaucoup dans le mental. Les joueurs peuvent être fiers d’eux avec tout ce qu’on a vécu. On est payé et on ne peut rien faire d’autre à part se taire et travailler ».
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Ce sont les supporters qui résument le mieux la situation. « On verra si les investisseurs restent en D1 amateur. Luca Floriça s’est fait une page Transfermarkt, donc peut être qu’il va partir. L’ambition n’existe pas s’il reste. Le système des play-offs est très compliqué et vu comment on s’est ramassé en D2, cela m’étonnerait. On avait de très bons joueurs, mais qui va rester ? Autant se stabiliser avec des investisseurs locaux. La gestion du club a dégouté les joueurs. Ils ne veulent plus connaître cela ».
Au pays noir, le ROCC prendra du temps à retrouver sa grandeur. Il va peut-être descendre pour mieux repartir de l’avant. Les fans préféreraient une stabilité ou même une descente quitte à perdre les investisseurs et un staff éteint qui n’ont pas cherché à redresser la barre. Du côté des joueurs, le peu qui se sont révoltés ont vite reçu un écartement du groupe par courrier recommandé.



