Le Sporting club de Toulon (National 2) a toujours connu beaucoup de difficultés, entre deux liquidations judiciaires et un retour au football amateur. Cela n’empêche pas les supporters d’être toujours au rendez-vous et d’espérer le retour d’une grande équipe. Mais comment continuer d’aimer son Sporting, de se rendre au stade et de pousser les joueurs dans ces conditions ? Comment se matérialise la vie dans un groupe d’un club autant en difficulté ?

Sporting Club Toulon, un club amateur depuis 30 ans
Le déclin du Sporting Club de Toulon, actuellement en National 2, ne date pas d’aujourd’hui. Pourtant, le club peut compter sur le soutien de ses supporters et de ses groupes, toujours présents. Fondé en 1945, le club a connu dix ans dans l’élite du football français, de 1983 à 1993, sans interruption. Après une liquidation judiciaire en 1998, les Toulonnais repartent dans le football amateur, en division d’honneur (sixième division). Depuis, le club végète entre National et CFA. Il évolue en N2 depuis 2020.
Alors qu’arrive le match face à Istres, ce samedi, il est légitime de se demander si les supporters ont encore la foi de se déplacer et de venir chanter au stade. En moyenne, sur l’année 2024, 551 personnes se rendaient aux matches, dans un stade de 8 200 places. Beaucoup de groupes de supporters se sont créés à Toulon, puis se sont dissous. Aujourd’hui, trois bâches sont déployées au stade : celle des Old Clan, anciens Irréductibles 93 dissous en 2014, les Amoureux du Passé composé de jeunes n’ayant pas connu les années en professionnel et le Bloc D, avec d’anciens Fedelissimi (dissous en 2022), mais aussi des joueurs des équipes jeunes du club.
Plus de contact avec le club
Finalement, leur patience a des limites. En 2023, ils entament la campagne « Toulon mérite un grand Sporting ». L’objectif était de construire un projet ambitieux pour ramener leur club dans le monde professionnel. « À l’occasion des 30 années passées depuis le dernier championnat de Ligue 1 disputé par le Sporting, nous lançons un appel à la mobilisation générale : il est temps que le Sporting retrouve un club de football de haut niveau », écrit le collectif dans un communiqué. Ils appelaient notamment les joueurs, anciens ou actuels, les dirigeants et les responsables politiques, de mettre leur énergie dans ce projet commun.
La banderole a été brandie un peu partout, de Toulon à Paris, jusqu’à Glasgow et l’Italie, par leurs amitiés. Plusieurs anciens joueurs, des rugbymans du RCT et des commerçants ont affiché leur soutien aux supporters azur et or. « Elle a permis de multiplier les moments conviviaux aux quatre coins de la ville. C’est déterminant pour nous », s’est réjouie un supporter.
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Après le succès de leur campagne, les Toulonnais ont préféré rompre toute collaboration avec le club. « Leur Sporting n’est pas le nôtre », déplore-t-il. Beaucoup d’amoureux du club ont décidé de ne plus venir au stade tant que Claude Joye sera aux commandes du club (propriétaire et président depuis 2011). « D’autres, dont nous faisons partie, décident de continuer à venir et à se faire entendre, à domicile comme à l’extérieur quand nous nous déplaçons », poursuit le supporter. Pendant chaque match, les ultras demandent le départ de leur président, en chantant « direction démission ! ».
Le manque d’ancrage local du Sporting Club de Toulon
Grâce à celle-ci, plusieurs repreneurs se sont manifestés, dont deux locaux. Toutes les propositions ont été refusées par le propriétaire, qui demande six millions d’euros. Les fans attendent un actionnaire local, qui comprendrait l’importance du club pour les Toulonnais. « Aucun ancien joueur du club n’est dans la direction, une véritable anomalie selon nous par exemple. Les supporters se sentent pris en otage pour des raisons qui leur échappent », regrette l’amoureux du club.
La direction refuse tout extra-sportif. En dehors des matches au stade de Bon Rencontre le samedi à 18 heures, rien n’est organisé. Mais, s’il est dur de se rendre aux rencontres sportives, c’est tout ce qui se passe autour du club qui peut continuer de le faire vivre et de transmettre la passion aux plus jeunes. Les groupes de supporters organisent donc des événements, autour du club, mais sans lui. A l’occasion des 85 ans du club, en collaboration avec la Ville, une exposition est prévue, en mai, sur l’histoire du Sporting. « Pour améliorer la situation, il faudrait redonner du sens à ce club, de l’ancrage local et historique. Que les gens puissent de nouveau s’identifier à l’équipe », explique le passionné.
Pour un club de National 2, l’un des points les plus importants est une forte proximité. La plupart des joueurs viennent des départements voisins, la chance n’est pas donnée aux jeunes du centre et aucun toulonnais n’est dans la direction. Difficile pour les Toulonnais de se sentir concernés et représentés par ce club. « Le Sporting évolue comme un club quelconque de National 2. Un véritable gâchis », reproche-t-il à la direction.
Maintenir leur flamme grâce aux amitiés
La passion du football et du mouvement ultra persiste malgré tout. Pour un club en difficulté, qui végète dans les divisions amateures depuis 30 ans et qui ne connait plus aucune belle épopée, c’est l’extra-sportif et les liens avec leurs amitiés qui maintiennent leur flamme. Toulon entretient des amitiés avec la Curva Nord de Cosenza (Serie B), les Ultras Grigi d’Alessandria (Serie C), la Green Brigade de Glasgow et les Tigris Mystic de Paris (dissout en 2006). « Ça permet de se retrouver autour des valeurs du mouvement. On participe à des tournois et des fêtes commémoratives. Ça renforce les liens », se réjouit le Toulonnais.
Pour que l’histoire du Sporting Toulon se poursuive, les jeunes doivent s’intéresser à son histoire, le faire vivre et « s’alarmer de patience ». « On leur explique que la période actuelle n’est qu’un passage compliqué », positive le supporter azur et or. « Si j’avais un jeune en face de moi, je lui offrirais notre bouquin sur l’histoire des tribunes toulonnaises et je lui dirai que c’est à lui d’écrire les prochaines pages », poursuit-il.
En arrivant à la tête du club en 2011, Claude Joye avait promis la Ligue 2 en cinq ans. 10 ans après, le Sporting est toujours en division amateur. En attendant des jours meilleurs, le soutien des supporters est la clé pour lui redonner sa gloire.
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