Au pays de Denis Law, Kenny Dalglish et Scott McTominay, le championnat est depuis 1986 une affaire d’alternance. Au gré des recrutements et des dynamiques, le trophée est baladé entre les mains des deux géants de Glasgow, les Rangers et le Celtic. Entretenant une rivalité qui n’a eu de cesse de gagner en tension et en importance à la faveur d’une domination écrasante, les deux meilleurs ennemis se sont partagés les 39 derniers championnats d’Écosse. Plus impressionnant encore : sur les 134 ans d’existence d’un championnat au pays des Highlands, Celtic et Rangers se sont partagés… 110 championnats.

Rangers FC

Encore mieux – et représentatif de l’effervescence des Old Firm, les matchs opposant les deux rivaux – le Celtic est, grâce à une grande série de titres dans la dernière décennie, revenu à exacte égalité avec son titre de la saison dernière, ajoutant donc un 55ème trophée dans une armoire qui ne cesse de se garnir. Seulement, le pays tremble autant qu’il retient son souffle. Pour la première fois depuis 40 ans, un club situé ailleurs qu’à Glasgow est en position de remporter le Scottish Premiership. Escale à Glasgow pour la première étape de notre périple au pays des Highlands. 

À la relance après une saison 2024-2025 où ils n’ont pu que constater la domination écrasante de leurs rivaux verts et blancs, les Rangers se présentent en août 2025 avec une ambition : celle de reconquérir un titre qui leur échappe depuis cinq saisons (la saison 2020-2021). 

Sans révolutionner leur manière de travailler, les Gers opèrent une profonde refonte de leur effectif. Les départs d’Hamza Igamane (LOSC), de Cyriel Dessers (Panathinaïkos) ou encore de Jefte (Palmeiras) et de Ridvan Yilmaz (Besiktas Istanbul) laissent les pensionnaires de l’Ibrox Stadium orphelins de plusieurs joueurs clés. Les sommes générées par ces transferts (notamment celui d’Igamane, pour 11,5M€, qui représente la vente la plus importante) permettent d’investir et le board se tourne vers une multiplication des pistes low-cost et d’opportunités plutôt que d’opter pour une politique d’investissements massifs. L’attaquant Youssef Chermiti (Everton), les ailiers Oscar Cortes et Oliver Antman (respectivement en provenance du RC Lens et du Go Ahead Eagles Deventer) ou encore le milieu défensif Tochi Chukwuani (SK Sturm Graz) sont les arrivées définitives notables d’un mercato renforcé par de nombreuses arrivées en prêt.

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Les noms les plus ronflants sont ainsi ceux de l’ailier international danois Andreas Skov Olsen (Wolfsbourg), de l’international canadien Derek Cornelius (OM) ou encore de l’arrière latéral anglais Max Aarons (Bournemouth). Arrivé dans un anonymat relatif, l’ailier Djeidi Gassama, titi parisien exilé en Championship (Sheffield Wednesday), fait figure de réelle trouvaille pour la cellule des Gers. Pour une première saison en première division d’un championnat européen, le joueur de 22 ans s’est déjà installé dans le collectif. Auteur de deux buts et de quatre passes décisives, le franco-mauritanien a disputé tous les matches de championnat de son équipe, débutant 22 des 28 rencontres de Premiership. Un mercato intelligent, pour se renforcer en dépensant environ 20 millions d’euros, puisque les 26 autres ont été couverts par les ventes. 

Le mouvement concerne aussi le banc de touche. Exit Barry Ferguson, lointain dauphin du Celtic, bienvenue à Russel Martin. Ancien défenseur central, auteur d’une carrière quasi-exclusivement anglaise, entrecoupée d’un prêt… au Rangers FC en provenance de Norwich durant la saison 2017-2018, le jeune technicien sort d’une aventure contrastée avec Southampton, qu’il a promu en Premier League lors de la saison 2023-2024, mais qu’il n’a pas réussi à maintenir à flot en ne remportant qu’une seule victoire en 16 matches dans l’élite. 

Ses principes sont ambitieux, les Rangers entreprenants, dominateurs et maîtres du ballon. Il semble avoir l’effectif pour mener à bien ses projets. Le premier match officiel de la saison ne le fait pas mentir. Les Gers maîtrisent parfaitement leur entrée dans leur second tour qualificatif pour la Ligue des Champions en étouffant un Panathinaïkos de surcroît réduit à dix (2-0). Le nul (1-1) en Grèce permet aux coéquipiers de Gassama de se qualifier sans problèmes. Toutefois, les bleu et blanc ne surfent pas sur la dynamique.

Pour l’ouverture du championnat, les hommes de Russell Martin trébuchent au Fir Park de Motherwell (1-1) sur une égalisation tardive d’Emmanuel Longelo (87’) alors que l’emblématique capitaine James Tavernier avait rapidement donné l’avantage aux siens au quart d’heure de jeu. Le retour en Ligue des Champions et dans leur antre galvanise les Gers qui se montrent efficaces devant le but (trois buts sur quatre frappes cadrées) dans un match pourtant disputé pour s’imposer largement face au Viktoria Plzen. Comme après le second tour qualificatif, le retour au championnat est difficile, et c’est cette fois le Dundee FC qui vient chiper des points à l’Ibrox, alors que James Tavernier s’est une nouvelle fois mué en sauveur en égalisant à la 92ème minute sur penalty. 

Dans la société européenne estivale, les Gers sont meilleurs hôtes que convives, et les coéquipiers de Youssef Chermiti sont battus (2-1) à Plzen, une défaite qui permet néanmoins leur qualification. Seulement, cette défaite s’avère loin d’être anodine, puisqu’elle marque le début d’une série de six matchs sans victoire. Défaits (1-3) à l’Ibrox face à Bruges lors du match aller du barrage de qualification pour la phase de ligue de la Ligue des Champions, les Gers explosent en Belgique (6-0), sûrement fragilisés par le nul concédé entre-temps à Saint-Mirren (1-1) en championnat. 

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Les résultats sont en berne, Russell Martin impose de moins en moins sa patte. En possession, face à Bruges (match aller) et à Saint-Mirren (championnat), les Rangers sont incapables de se montrer dangereux. En Belgique, les Gers n’ont que très rarement le cuir en leur possession et sont incapable de l’utiliser à bon escient, comme dans un très terne Old Firm (0-0). Finalement dominateurs, les compères de Djeidi Gassama sont transpercés par deux fois dans leur antre par Lawrence Shankland et s’inclinent (0-2) face au leader Hearts.

Buts encaissés, en moyenne par match, sur une saison

Les prestations peu convaincantes et le retard déjà conséquent sur la tête placent Russell Martin dans une position délicate avant l’entrée en lice dans la phase régulière de l’Europa League. Pour le technicien, la scène européenne a fait office de refuge depuis le début de la saison. Pour le troisième match consécutif à domicile, la victoire fuit toujours les pensionnaires de l’Ibrox puisque Genk repart avec les trois points (0-1) de la confrontation.

Les doutes se prolongent et les rumeurs enflent autour de l’avenir de Martin. C’est pourtant lors du match suivant sur la pelouse du promu Livingston que le compteur de victoires en championnat se débloque pour les Gers, au terme d’un match difficile finalement débloqué par un but inespéré de Max Aarons à la 94e minute de jeu (1-2). Si elle représente un fort bénéfice comptable, cette victoire n’apporte que peu de certitudes, tant le contenu fut poussif. Pire, elle n’est qu’une parenthèse enchantée. Battu en Autriche par Sturm Graz (2-1) puis tenus en échec en championnat par l’autre promu Falkirk (1-1), les Rangers n’enchaînent pas et perdent leur entraîneur, qui fait les frais d’un bilan trop pauvre et d’une bataille pour le titre dont les Gers semblent déjà bien loin.

Le banc est alors confié à Steven Smith pour la réception de Dundee United (2-2), avant que Danny Röhl soit intronisé 15 jours après le départ de Martin. Lui aussi ancien défenseur central, l’allemand a démarré sa carrière de manager à Sheffield Wednesday et fut l’un des grands artisans du renouveau du club à la chouette. Si son mandat démarre par une lourde défaite face à Brann en Norvège (3-0), les Gers enchaînent une série de huit matches sans défaite en championnat (six victoires, deux nuls) avant de s’incliner pour la deuxième fois de la saison face au leader à Edimbourg (2-1). 

Si les pensionnaires de l’Ibrox alternent le bon et le moins bon dans le contenu, l’approche de Danny Rölh s’avère plus que pertinente dans le contexte de son arrivée à Glasgow. Sans système préférentiel, le technicien allemand privilégie l’adaptation tactique à son adversaire, pour utiliser le mieux possible les qualités de son effectif. Rölh aligne ainsi ponctuellement un 3-4-3, un 4-2-3-1 et même un 4-1-4-1 lorsque les circonstances l’exigent. L’adaptation concerne aussi les joueurs.

Les défenseurs latéraux occupent tantôt un rôle de défenseur latéral strict, contrôlant les débordements adverses mais aussi apportant le surnombre offensif, tantôt un rôle de piston, qui doit non seulement adopter un rôle polyvalent (ailier en phase offensive, défenseur latéral en phase défensive), mais aussi contrôler la densité au sein du milieu adverse (venir fermer les éventuels intervalles créés par le coulissement du bloc adverse sur le côté opposé de la position du joueur). Les joueurs à vocation offensive sont interchangeables (bien que Rölh conserve un 11 titulaire identifié) et peuvent occuper plusieurs positions. Nedim Bajrami occupe alors tantôt une position de milieu offensif, tantôt une position d’ailier intérieur, tandis que Djeidi Gassama ou Mickey Moore peuvent alterner à gauche comme à droite. 

Si les Rangers doivent encore se montrer plus souverains de manière constante, et si le travail de Danny Rölh s’oriente sans aucun doute dans ce sens, les résultats de la philosophie de l’allemand sont visibles. Si les Rangers terminent à une terne 32e place en phase de ligue d’Europa League (quatre points et une seule victoire), synonyme d’élimination, les Gers entretiennent actuellement une série de 12 matches sans défaite en championnat (huit victoires et quatre nuls), avec notamment une victoire convaincante à l’Ibrox Stadium face au leader Hearts (4-2) grâce à un triplé du portugais Youssef Chermiti.

Laborieux en début de saison et lents à l’allumage, les Rangers ont su se remobiliser à la faveur d’un changement managérial intelligent, qui place les blanc et bleu à six longueurs d’Hearts, à cinq journées de la fin de la phase régulière du championnat, après un nul frustrant face au Celtic dimanche. Forts d’un effectif riche et varié, les Rangers ont toutes les cartes en main pour rester la menace principale du leader. Il faudra pour cela capitaliser sur la bonne forme de Youssef Chermiti, auteur d’un superbe doublé dimanche, et sur l’éclosion de Djeidi Gassama pour continuer à marquer.

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Il faudra néanmoins également savoir conserver plus de pragmatisme pour éviter d’être mené, mais aussi et surtout pour réussir à tenir l’avantage au score. Cette inconstance sur l’ensemble de la durée d’un match est responsable du grand nombre de matches nuls (déjà 12 en 29 journées !), et explique grandement l’écart avec Hearts, qui a pourtant perdu deux fois plus de matchs en championnat (deux défaites pour les Rangers, quatre pour Hearts, mais “seulement” six nuls pour le club d’Edimbourg). Cette problématique s’est encore manifestée lors de la réception du Celtic. Sereinement devant à la pause (2-0), les hommes de Danny Rölh se sont laissés rejoindre pour concéder le nul (2-2) et ainsi rater une occasion de rester à quatre points d’Hearts, mais surtout d’également éloigner de cinq points le Celtic. 

Toujours dangereux et bénéficiant de l’héritage du géant du football écossais, les Gers devront impérativement suivre le rythme du leader sur la fin de la phase régulière pour s’offrir une phase de groupe championnat palpitante.