Le 21 février dernier, Tom Hallé, fondateur de la Ligue S, ligue de football en salle dans les Urban de Paris, a organisé, pour la deuxième année consécutive, une cérémonie afin de remettre les trophées aux meilleurs joueurs de la saison. Une soirée conviviale au Théâtre de la Clarté Boulogne-Billancourt, où toutes les équipes se sont retrouvées pour partager un bon moment ponctué d’humour.
Vendredi 21 février, au théâtre de la Clarté à Paris. Tom Hallé, jeune homme de 23 ans, originaire de région parisienne et étudiant en master de sciences politiques, arrive vers 18 heures en costume, ses fiches à la main. Grand sourire en poussant les portes du théâtre, il salue la responsable du lieu et rentre dans la salle qui accueillera dans quelques heures une centaine de personnes. Il prend quelques minutes avec les régisseurs afin de vérifier que tout fonctionne, avant de ressortir et prendre l’air. La tension monte, mais il a hâte.
Le point de départ du projet
Après une puis deux cigarettes pour évacuer le stress, il revient sur ce projet qu’il a lancé il y a trois ans. « Je jouais énormément avec mes potes dans des fives, c’était vraiment premier degré, très compet’, et puis un jour, je me suis dit que ça ne coûtait rien de noter les points, de filmer les matches et de créer un championnat ». De cette idée, naît alors la Ligue S. D’une aventure entre potes sort de terre un projet où des joueurs de toute la région parisienne et même au-delà se regroupent pour partager leur amour du ballon rond.
Pour découvrir la Ligue S : https://www.instagram.com/ligue._s/
Le format de la ligue est assez simple. Neuf équipes s’affrontent durant six mois sous la forme de matches de classement. Au rythme de deux matches par semaines, la physionomie du classement final s’est dessinée petit à petit. Au terme des 18 journées de la phase qualificative, les trois dernières équipes sont éliminées. Débutent alors les play-offs. Le 6ème rencontre le premier et ainsi de suite, jusqu’à la finale. Cette année, au terme d’une saison sans surprise, tant ils ont dominé, les Todo Bien Do Brazil, originaires du 20ème arrondissement de Paris, l’emportent face au FC Zatar Cosmic.
Une grosse organisation
Cette ligue, Tom la gère presque seul. Chaque semaine, il se charge du planning, des réseaux sociaux, de filmer les matches, de les commenter et de veiller à leur bon déroulement. Pour le reste, certains de ses amis viennent l’aider, notamment cette année. « Pour la première fois, nous avions des magazines qui revenaient sur l’actualité de la ligue pour tous les proches des joueurs », indique-t-il. « J’écrivais des articles, mais c’était une amie à moi qui mettait tout en page ». Entre humour et comptes rendus des matches, chaque numéro s’attarde sur la semaine d’une équipe en particulier.
Tom reconnaît que sans cette aide extérieure et sans la détermination des joueurs, rien ne serait possible. Il a lui-même pris une année sabbatique pour réussir à tout gérer. D’autant plus que Tom fait partie d’une des équipes de la ligue, l’Olympresque : « En plus de tout organiser, je joue, mal, mais je joue. L’année dernière, on a fait une super saison, mais cette année pas du tout ». Son équipe a terminé en effet dernière du championnat avec seulement sept petits points. Un résultat qu’il commente avec le sourire.
Venir pratiquer le football qu’ils aiment…
Lorsque les joueurs ont décidé de rejoindre la Ligue S, certains faisaient déjà partie d’un club, mais recherchaient un moyen de pratiquer un football différent. Un football qui leur plaît, loin de la mentalité compétitive parfois démoralisante des attentes dans leurs clubs. Tom l’assure, la Ligue S représente « le parfait mix entre l’amusement et la compétition, ils se la donnent à fond, et à la fois, quand le match est fini, tout le monde rigole .»
L’intérêt de rejoindre la ligue, c’est aussi le sentiment de jouer une compétition « suivie par beaucoup de monde », puisque de nombreux amis regardent parfois des matches ou suivent le classement. Des gens viennent aussi voir les rencontres, donnant l’impression aux joueurs de réellement jouer dans un championnat.
…En maintenant l’objectif de victoire
Pourtant, venir rechercher l’amusement n’écarte pas les réflexes acquis en club. Chaque équipe établit son programme d’entrainement en organisant des amicaux pour préparer les matchs. « Parfois, on fait des analyses vidéos des matches pour savoir les points faibles et fort des adversaires », précise l’un d’entre eux.
Malgré les 1 000€ répartis entre les joueurs de l’équipe gagnante, Tom précise tout de même que « les joueurs ne sont pas là pour le cash prize ». Cependant, « l’enjeu, c’est d’être premier ». Les joueurs préfèrent en effet briller par leur niveau et prouver sur le terrain qu’ils méritent le titre. Après les matches et en dehors, l’esprit de compétition n’empêche pas la création de relations entre les joueurs. « Ils finissent tous par bien se connaître, ils veulent triompher les uns sur les autres », ajoute-t-il.

Tom Hallé, fondateur de la Ligue S
(Crédit Photo : Hugo Morin, https://www.instagram.com/hugomomo/ )
Changement de dimension
La première saison a rassemblé cinq équipes, et puis grâce au bouche-à-oreille, deux puis quatre autres équipes ont rejoint l’aventure. Avec neuf formations, cette saison n’a pas été de tout repos. Pendant six mois, chacune d’entre elles a joué deux matches de 50 minutes par semaine. Alors, pour professionnaliser toute cette organisation, Tom Hallé a décidé de confectionner des maillots : « Avant, tout le monde venait avec un code couleur, mais on a eu envie de créer des identités visuelles plus lisibles pendant les matches. Les équipes étaient vraiment reconnaissables ».
La Ligue S a aussi gagné en visibilité sur les réseaux sociaux. En effet, les matches étaient filmés par Tom lui-même et montés pour être diffusés sur Youtube. Avec quelques centaines, voire milliers de vues, Tom se félicite de la dimension qu’a prise son projet. Le magazine a aussi été l’occasion de faire suivre l’avancée du championnat et de renforcer le lore autour des équipes, leurs rivalités et leurs résultats. Les 18 numéros du magazine ont été rassemblés en un seul et même exemplaire, qui retrace toute cette saison. Pour financer la cérémonie, ils ont été proposés à la vente aux joueurs et à leurs proches. Un poster avec les 18 Unes a aussi été créé.

La Une des 18 magazines réunies sur un poster
Le plafond de verre ?
Qui dit nouveautés dit aussi investissements, coûteux puisque Tom a sorti 2 000€ de sa poche pour tout financer. Même si la Ligue S était accompagnée d’un sponsor cette saison, le projet n’est pas rentable. Le fondateur a en effet souhaité que les joueurs paient le moins possible. Pas de cotisation, maillots offerts, seul le prix de la réservation du terrain incombait aux équipes. Pour ce dernier, le plus important était de permettre à tous de jouer sans se soucier des détails techniques.
Assis sur le bord de la scène, Tom se confie sur ce changement de dimension. « Ce n’est plus vraiment tenable, moi mon but, c’était que cela prenne de l’ampleur chaque année, mais ça grossit un peu trop rapidement. On a dû sélectionner neuf équipes pour ne pas se faire dépasser ». Une organisation difficile qui fait craindre d’avoir atteint un plafond de verre, notamment sur le plan financier. À terme, il espère trouver un modèle plus viable pour faire perdurer le projet. Pour l’heure, il ne sait pas s’il y aura une quatrième saison. « Je préfère ne rien annoncer pour ne pas faire de déçus. On verra bien, mais ce n’est pas sûr que la Ligue S aura une suite ».
Faire comme les pros, mais à leur niveau
Cette soirée, c’est aussi l’occasion de se remémorer les meilleurs moments de la saison. Comme lors de la cérémonie du Ballon d’Or, les joueurs et leurs proches arrivent dans leur tenue de gala.
Entre deux photos, ils sont enthousiastes à l’idée de se réunir. « On va se régaler », confie Angebin. De son côté, Nico, joueur de l’ENSAD 2.0, fait le bilan de la saison. « On a repris l’équipe en milieu de championnat, c’était une bonne saison, on a du mal à trouver un équilibre, mais on finit 6e ».
Chacun y va de son pronostic pour les prix. Les grands gagnants de la soirée seront sans doute les Todo Bien Do Brazil. Avec une deuxième coupe en trois ans, Marwan et son équipe sont « tranquilles », ce soir, ils sont venus « pour célébrer »… Vers 21 heures, tous les joueurs se dirigent dans le théâtre, c’est au tour de Tom de faire son entrée. Ici, il n’y a ni médaille, ni trophée. Les joueurs se contenteront donc d’une poignée de main et Tom des rires du public. Une cérémonie du Ballon d’Or sans or donc…
Une cérémonie aux allures de one-man-show

Crédit Photo : Hugo Morin (https://www.instagram.com/hugomomo/)
Beaucoup d’humoristes ont foulé les planches de la scène du théâtre de la Clarté. La distribution des prix est ponctuée de discours des joueurs, des plus éloquents aux plus brefs. Passer sur scène est aussi l’occasion pour les joueurs de participer à la fête. Chacun y va de sa petite blague et le public est réceptif. À l’image de la saison, la cérémonie se déroule dans une ambiance chaleureuse et conviviale.

