Dans une ville historiquement ancrée à gauche et soutien de la Palestine, la venue de Manor Solomon, joueur israélien et sioniste, à l’AC Fiorentina, ne fait pas l’unanimité. Alors que la Fio est actuellement en grande difficulté sportive, l’arrivée du joueur a déclenché une vive controverse au sein du club et parmi les politiciens locaux…

L’arrivée de Manor Solomon à l’AC Fiorentina, ailier gauche israélien prêté par Tottenham, ne fait pas l’unanimité. Les différents groupes d’ultras ont toujours adopté une ligne apolitique. Pourtant, les tribunes ont, à plusieurs reprises, montré leur soutien aux Palestiniens vis-à-vis du génocide perpétré par Tsahal. « Le sentiment des groupes, ainsi que de nombreux citoyens et supporters, a été celui de l’indignation et de l’incrédulité face à une décision aussi forte et politique que celle d’accueillir dans l’équipe un sioniste », témoigne Lorenzo, supporter actif de la Fiorentina et habitué du stade.

Depuis le 7 octobre 2023, le génocide en Palestine a pris une plus grande ampleur. Il ne se limite plus seulement à la politique internationale, mais existe beaucoup plus dans le débat public italien. De Rome à Livourne, en passant par Bari ou Gênes, l’Italie est le théâtre de fortes mobilisations. Le 22 septembre dernier, des manifestations ont eu lieu dans tout le pays, regroupant des dizaines de milliers de personnes. Dans les villes portuaires, les dockers ont notamment bloqué les quais du port. La Toscane, bastion de la gauche, où le Parti communiste italien a été créé et terre de la résistance antifasciste, reste fidèle à son histoire. Florence, en tant que capitale régionale, ne déroge pas à cette règle. Le 3 octobre, deux millions de manifestants ont bloqué, dans les deux sens, l’axe autoroutier Florence-Pise-Livourne, en soutien à la Flottille pour Gaza.

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Benedetta Albanese, adjointe aux droits et à la culture de la mémoire de la municipalité de Florence, rappelle sa ligne politique « claire et enracinée ». Elle condamne des violations des droits humains en Palestine et défend la solution – contestable – à deux états. Elle a également appelé à préserver le sport comme espace d’union. En effet, le débat public déborde très souvent sur le rectangle vert. Après des prises de positions de Manor Solomon en soutien au gouvernement Nethanyahu et à la politique meurtrière menée par Tsahal, la réaction de certains élus à été immédiate. « Qu’on le veuille ou non, quiconque n’a jamais caché son soutien aux politiques génocidaires de Netanyahu n’est pas le bienvenu à Florence. Il ne peut représenter ni notre ville ni la Fiorentina », a écrit Jacopo Madau, conseiller à la culture de Sesto Fiorentino, sur son compte Instagram.

Historiquement apolitiques, les tribunes de la Viola ont néanmoins ouvert le débat sur une potentielle politisation du stade. « Certains ont qualifié la contestation initiale d’une partie de la ville contre Solomon de colère aveugle et xénophobe à l’encontre d’un jeune joueur qui n’aurait aucune responsabilité liée à sa nationalité, s’est insurgé Lorenzo. Des personnes ont tenu ce discours en voulant ignorer la question politique extrêmement grave du génocide en cours contre le peuple palestinien. Mais aussi le passé de Solomon ainsi que ses déclarations ». Au sein même de la Curva Fiosele, des tensions existent quant aux contestations possibles à l’encontre du joueur israélien.

Les ultras de Florence ont déjà pris la parole contre Israël. Notamment avant un huitième de finale de la Conférence League, le jeudi 14 mars 2024, contre le Maccabi Haïfa. Après une victoire 4 à 3 à l’aller, les Florentins ont publié un communiqué univoque. Ils dénoncent « une équipe qui vient d’un pays qui se dit “en guerre”, mais qui massacre en réalité une population civile et sans défense ». Ils rappellent que plus de 10 000 enfants ont été tués — un bilan qui s’est depuis largement alourdi — et critiquent le « deux poids, deux mesures » qu’ils attribuent à l’UEFA. En effet, ils ont exclu les équipes russes à la suite de l’envahissement de l’Ukraine. La rencontre s’est finalement déroulée et s’est terminée par l’élimination de l’équipe israélienne, après un match nul, un partout.

Les premières minutes de jeu de Manor Solomon se sont déroulées pendant un match à l’extérieur, face à la Lazio. « La réaction des supporters n’a pas été une réaction d’accueil, ni de bienvenue ou d’encouragement à son égard », se souvient Lorenzo. « Mais ce sont les supporters de la Lazio qui se sont le plus fait entendre dans la contestation contre Solomon. Ils l’ont sifflé et ont montré plusieurs drapeaux palestiniens », a-t-il précisé. 

Cette opposition vient s’ajouter à un lot de conflits. Les groupes de supporters et le club entretiennent des relations tendues depuis plusieurs mois. En cause, la restructuration du stade, le prix des abonnements et la situation sportive. La Fiorentina, actuellement 18ème et premier club relégable, s’approche de la crise. « C’est précisément en raison de ce climat qu’une prise de position forte contre le joueur israélien peut, pour certains, être difficile à adopter à un moment où les tensions avec la direction du club sont déjà très élevées », déplore l’italien.

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Le rapport avec les supporters a toujours été un peu fluctuant. Comme dans le cas de la contestation contre le directeur sportif Daniele Pradè. Fin 2025, les ultras se sont montrés extrêmement critiques sur la gestion sportive du club. « Ils ont pointé du doigt dans un communiqué fin décembre le président Commisso, désigné comme principal responsable de la situation. La sonnette d’alarme était vraiment tirée. “aujourd’hui, il y a toutes les conditions réunies pour aller en Serie B” », précise Valentin Leonardis, fondateur du média L’Arena sur YouTube. Dans ce contexte, les supporters ont pris à partie Daniele Pradè et Ferrari, le directeur général. Il faut rappeler également que la Viola n’a plus quitté la Serie A depuis 2004.

Les relations ne sont pas tendues seulement avec la présidence de la Fiorentina. Les travaux de rénovation du stade prennent plus de temps que ce qui était prévu. Le club va donc devoir fêter son centenaire dans un stade encore en chantier, ce qui n’aide d’ailleurs pas à améliorer les relations entre les groupes et la ville. De plus, les groupes italiens subissent une forte répression par la police. Les autorités ont interdit aux supporters de la Viola de se déplacer jusqu’à la fin de la saison, après des affrontements avec les tifosi de l’AS Roma sur l’autoroute. La question du boycott pour Manor Solomon s’installe donc dans un contexte très particulier.


Océane B.

Océ, 24 ans, étudiante en journalisme de temps en temps. Sillonne l'Europe pour visiter de nouveaux stades. Il m'arrive d'écrire des articles.