Président de l’US Endoume depuis novembre 2024, Mathias Petricoul a pour projet de faire renaître le club. Ses défis sont de le restructurer, le réintégrer dans la vie du quartier et développer l’équipe féminine. Tout cela se fait en essayant de palier la gentrification du quartier.

Premier club amateur de la région
Créé en 1925, l’Union sportive Marseille Endoume Catalans (USMEC) se situe au cœur du 7e arrondissement. Près du bord de mer, non loin de la Corniche, son stade, Francis Di Giovanni, est bien connu, puisque l’équipe joue en contrebas de Notre-Dame de la Garde, l’un des spots mythiques de la ville. Deuxième club de Marseille, après l’Olympique de Marseille, ils ne va pourtant pas suivre les mêmes trajectoires. Malgré quelques moments forts, comme l’élimination de Cannes, alors en D1, en 32e de Coupe de France, en 1988, l’US Endoume ne fera pas mieux que de la Nationale 2. L’USMEC stagne en Régional 1 depuis 2020.
Malgré des saisons compliquées pour l’équipe première, l’ancrage dans le quartier a toujours été un point clé pour la vie du club et sa structuration. Le nouveau président, à la tête depuis novembre 2024, a bien connu ça, lorsqu’il était enfant. « Le club a toujours été historiquement très lié au quartier. Tous les enfants jouaient au club. Tout le monde venait le week-end les voir. Il y avait une très forte adhésion de tout le monde. Cela s’est perdu au fil du temps », précise-t-il, alors qu’il souhaite retrouver ce lien. « On ouvre le club à tous les pratiquants de football. On a mis l’accent sur les stages pour que les enfants qui ne jouent pas pendant l’année puissent venir quand même pendant les vacances scolaires.», poursuit-il. Et l’association tente de multiplier les événements sur ses stades, qui sont ouverts à tous.
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Sous l’ancienne présidence, l’Union sportive Marseille Endoume Catalans avait perdu ce lien avec le quartier. Il est donc important de le retrouver, mais cela se fait petit à petit. « Nous avons dirigé le club jusqu’en 2013. À cette époque, le club comptait 800 licenciés. Celui-ci avait atteint un tel niveau sportif qu’il était devenu le 2ème club de Marseille et le 1er club amateur de la région. En 2013, nous avons confié les rênes du club à Monsieur Michelucci. Mais à l’arrivée de la nouvelle présidence en novembre 2024, dix ans après, il ne restait que 250 licenciés. C’étaient essentiellement des enfants de 6 à 13 ans et nous n’avions plus d’équipes à 11 », s’insurge Patrick Campagna, membre du conseil d’administration et au club depuis plus de 40 ans.
Des lourds défis
La nouvelle gouvernance, issue, pour la plupart, du quartier, a avant tout restructuré l’organisation financière et épuré les dettes de l’association. Puis, avec la sincère volonté de faire reconnaître le football féminin au même titre que le football masculin, a créé une section féminine. « Ça a été mon plus gros sujet lorsque j’ai repris le club. Je voulais absolument qu’on développe la section féminine de l’US Endoume. Marseille, de manière générale, a beaucoup de retard sur le football féminin. Donc c’était vraiment un axe de développement très important. J’ai d’abord recruté une responsable pour développer cette section féminine, qui s’appelle Sylvie Abulus, et qui était présidente de l’association MUST », explique Mathias Petricoul.
En parallèle, toujours en suivant l’objectif de développer le football féminin et d’être plus inclusif, le club a deux partenariats avec les structures MUST et Manita. La première souhaite permettre à ses adhérents et adhérentes de pratiquer un sport de manière conviviale et sans discriminations. La dernière, basée à Paris et Marseille, s’adresse à toutes les femmes qui ont envie de découvrir le football, sans s’engager sur une année entière. Le but est de les initier, pour tous les niveaux, de la manière la plus adaptée aux contraintes et aux emplois du temps de chacune, selon le travail ou les enfants. Elles ont donc chacune des créneaux dans la semaine pour jouer sur le stade de l’équipe.
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En parallèle, les quartiers d’Endoume et des Catalans se sont gentrifiés en très peu de temps. Depuis la pandémie du Covid-19, de nombreux magasins pour les touristes ont vu le jour. Regain du quartier, mais peut-être un peu trop pour certains habitants ou commerçants locaux, qui voient de nombreux « bobos parisiens » s’installer dans le coin. Marseille devient de plus en plus « cool » et ce quartier est vu comme de plus en plus chic. Les problématiques sont les mêmes pour les rouges et noirs, qui tentent de faire revenir du public, alors que les habitants ont changé. « La mentalité a changé. Le quartier s’est boboïsé. Il faut attirer les habitants mais de façon différente à celle du passé. Cela fonctionne puisque nous sommes revenus à environ 600 licenciés », se réjouit Patrick Campagna.
Déjà, dans le quartier du Panier, très populaire, les boîtes des logements Airbnb ont submergé les rues. Chacun craint donc que Endoume connaisse le même sort. Le plus gros défi pour le président est de « conserver et transmettre l’âme du quartier aux nouveaux arrivants, tout en mélangeant les enfants favorisés du 7e avec les enfants moins favorisés du 1er ». Leur maillot anniversaire, en partenariat avec Kappa, fêtant les 100 ans du club, avait comme but de transmettre cette idée.
Un maillot qui a placé Endoume sur la carte
Inédit pour un club amateur, l’équipementier s’est associé à l’US Endoume à l’occasion du centenaire. Entre tradition et renouveau, deux maillots sont sortis. Un rouge et noir, couleurs historiques du club. Un blanc et or. Pour en faire la pub, l’équipementier et le club ont pris des photos dans plusieurs coins de la ville, avec des habitants mis en lumière. « On avait envie de renouer avec les racines du club, avec ce qui a fait son histoire. Les quartiers d’Endoume et des Catalans ont vu une grande diaspora d’immigration italienne s’installer. Le club avait cette connotation italienne assez marquée en lui. Donc on voulait renouer avec ça. C’est pour cela qu’on s’était dit que Kappa, en tant qu’équipementier italien, pouvait être ce clin œil », précise le président.
Le prochain gros projet pour le club, à mettre en place dès la saison prochaine, est de pouvoir inscrire une équipe féminine en compétition chez les seniors et de pouvoir ouvrir des sections de jeunes filles pour les enfants. Un grand tournoi aura lieu le 31 mai, pour la Fête des mères : les enfants le matin et les seniors l’après-midi.
Un nouveau maillot devrait également voir le jour, toujours avec Kappa, pour essayer de mettre encore plus le football marseillais sur le devant de la scène. Le club s’inscrira-t-il dans cette tendance qui voit les maillots se multiplier comme des petits pains ?



