Au début de la décennie, le football chinois touchait le fond. Des clubs en crise et une sélection vieillissante à la folie des grandeurs qui a laissé place à une politique d’austérité. Le pays est devenu l’un des symboles de l’échec du football business. S’en est suivie pour la fédération une remise en question, et le retour d’un projet plus raisonnable. De quoi reconquérir des fans très critiques et moqueurs envers leur football.

Le premier chantier se situe du côté du championnat. Sa perte de vitesse est consécutive, entre autres, aux nombreuses faillites de clubs. Le ridicule atteint son paroxysme en 2020, lors du titre du Jiangsu Suning. Le club de Nanjing est quelques mois plus tard dissout, à cause de ses difficultés financières. Depuis peu, les clubs de Chinese Super League tendent à se stabiliser financièrement, notamment chez les relégués. En 2025, Meizhou Hakka et Changchun Yatai ont terminé aux deux dernières places de CSL. Les deux clubs ont néanmoins pu repartir au deuxième échelon cette saison. Idem la saison précédente avec Nantong Zhiyun. Un regain de stabilité, puisqu’en 2022 et 2023, les cinq relégués ont déposé le bilan. Directement après pour Hebei FC, Wuhan FC, Dalian Pro et Shenzhen FC. Et après deux ans d’agonie pour Guangzhou FC

Malgré tout, l’ombre de certaines disparitions, assez récentes, plane encore. Guangzhou FC est un exemple marquant. Connu dans les années 2010 sous le nom d’Evergrande, le mythique club, titré à maintes reprises et vainqueur de l’Asian Champions League en 2013 et 2015, a disparu à l’issue de la saison 2024. Un choc, marquant définitivement la fin d’une ère. Le Wuhan Three Towns, champion en 2022, est aussi passé proche de la catastrophe en 2023, avant d’être finalement racheté. Un énième naufrage évité de justesse. Ce cas est intéressant, puisqu’habituellement, quand un club chinois vacille, un autre club de la ville prend sa place, récupérant les fans et parfois les infrastructures. Three Towns, a lui-même profité du déclin du Wuhan Zall.

Le football chinois, outre la purification financière, a surtout dû s’infliger un processus de dératisation. Pour se débarrasser de nuisibles bien plus embarrassants que les rongeurs : les officiels corrompus. Soixante-treize hauts dignitaires, anciens membres de staff et autres personnalités importantes ont été suspendus. Certains ont parfois été condamnés à des peines judiciaires. Treize clubs professionnels ont été condamnés à des retraits de points et des amendes pour cette saison 2026. Cette opération nécessaire, mais surtout spectaculaire, est le fruit du nouveau cap stratégique voulu par le gouvernement. De quoi envoyer un message fort pour regagner la confiance du public.

La reconstruction du championnat refidélise petit à petit les fans de football. Mais en Asie, le football de sélection a encore une place très importante. Et c’est certainement son meilleur atout pour reconquérir le grand public. Et la Chine a la chance de voir émerger deux générations très intéressantes.

En 2026, deux Coupes d’Asie ont eu lieu en catégories jeunes. D’abord, celles des U23 en janvier, où l’équipe sort deuxième d’un groupe composé de l’Irak, de la Thaïlande et surtout de l’Australie. Les jeunes chinois, portés par le défenseur Peng Xiao, éliminent ensuite l’Ouzbékistan, un des deux favoris, puis le Vietnam. Le tout sans encaisser le moindre but. Néanmoins, la défaite en finale 4-0 face au Japon a un peu refroidi les supporters. Mais ce parcours héroïque jusqu’à la finale, la première de l’histoire de la sélection U23, a déclenché un nouvel engouement autour de l’équipe nationale. Engouement qui s’est confirmé pour la Coupe d’Asie U17 en mai, grâce à un nouveau parcours brillant jusqu’en finale, éliminant notamment l’Arabie Saoudite et l’Australie. Malheureusement, le Japon douche encore leurs espoirs. Les Nippons gâchent la fête, s’imposant de justesse trois à deux.

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Les succès chinois sont cependant à nuancer. Les sélections jeunes produisent un jeu très pragmatique, avec un bloc bas qui laisse assez peu de place pour exprimer la créativité des joueurs offensifs. C’est un système qui fonctionne contre les autres équipes asiatiques, mais qui n’a pas encore prouvé son efficacité hors du continent. Pendant le tournoi Maurice Revello, les difficultés de l’équipe U19 ressortent, puisqu’elle n’arrive presque pas à porter le danger sur le but adverse.

Les prochaines années seront celles ou non de la confirmation pour ces générations talentueuses. En sélection senior, Wang Yudong, immense espoir, s’est déjà installé. Le gardien Li Hao a récemment connu sa première cape. Et d’autres devraient bientôt arriver, mettant fin à la génération des Wu Lei, Yan Junling et autres Wei Shihao, qui a parfois fait vibrer le peuple chinois, mais qui l’a aussi beaucoup déçu.

Ce peuple chinois qui commence à voir différemment son football. Très méprisé ces dernières années, le championnat avait une image de nid à corruption. Notamment liée aux paris sportifs, un fléau local. Il était aussi vieillissant, pas franchement spectaculaire, et traînait encore le fardeau de l’échec de la dernière décennie, avec sa folie des grandeurs virant au fiasco.

La vague de condamnations pour corruption, l’incorporation de jeunes talents, et surtout une prise de conscience de la nécessité de soutenir les clubs pour éviter leur disparition ont créé une nouvelle vague d’engouement autour des clubs, et en particulier des stades. Le nombre de spectateurs est en constante hausse, dépassant les affluences de la période dorée. En 2026 par exemple, le club du Beijing Guoan voit en moyenne 49500 personnes garnir le Gong Ti, le Stade des Ouvriers.

D’autres chiffres viennent témoigner de la mobilisation massive des supporters. Le club du Dalian Yingbo, fondé en 2021, et qui a récupéré la fanbase de Dalian Pro, va sûrement devenir cette année le premier club de l’histoire de la CSL à franchir la barre des 60000 spectateurs de moyenne. Enfin, le chiffre le plus parlant concerne l’affluence moyenne du championnat. Elle est passée d’environ 19000 spectateurs par match à plus de 30000. Une hausse fulgurante que l’on observe nulle part ailleurs en Asie.

Ce regain d’intérêt autour de la CSL concerne cependant surtout les fans de football. Le grand public, lui, conserve encore une image assez mitigée de la compétition, et de son niveau qui ne rivalise pas avec la JLeague et la KLeague, les championnats du Japon et de Corée du Sud. Ce qui importe pour lui, ce sont les résultats de la sélection. Les bons parcours des équipes jeunes ont beaucoup fait parler. Beaucoup plus qu’habituellement. Pas tant pour la performance en elle-même que pour la fierté patriotique. Néanmoins, une majorité de Chinois reste assez tiède, car des années de crises ne s’effacent pas par quelques bons résultats.


Le football chinois est à un tournant sportif mais aussi pour son image. Si le championnat a su reconquérir ses amoureux et même se créer une nouvelle fanbase, on ne change pas l’opinion publique si facilement. Les bons résultats des équipes U23 et U17 ne sont qu’un début. Un bon parcours en Coupe d’Asie début 2027 permettrait donc non seulement de confirmer les progrès sportifs, mais aussi de prouver à la population que le ballon rond chinois est important dans le paysage continental. Que la Chine, malgré la domination du basket-ball, est aussi une terre de football. Il faudra donc du temps.


killianbesson

Bonjour, je m'appelle Killian/キリアン/किलियन et je suis fan de football asiatique, surtout japonais et singapourien. Je suis aussi passionné de géopolitique et de gastronomie, et scout amateur. Je supporte le Vissel Kobe en D1 japonais pour le meilleur et surtout pour le pire.