Salaires conséquents, cadres de vie favorables, médiatisation à outrance et opportunités uniques, la vie de footballeur professionnel peut paraître idyllique, quand la réussite est au rendez-vous…  Seulement, comme toute carrière professionnelle, un imprévu, un trou d’air ou une situation entrepreneuriale difficile peut amener une carrière à basculer… alors, pour redresser la barre, un chemin possible : l’UNFP FC.

Ici, ces imprévus, ce sont les blessures, les méformes, les relations difficiles avec les entraîneurs qui peuvent faire tourner une carrière parfois très bien installée. Il s’agit aussi de rappeler que la situation financière dépeinte plus haut ne concerne qu’une minorité de joueurs, celle des stars des meilleurs clubs. De nombreux joueurs, évoluant dans des championnats élite mineurs ou dans les divisions inférieures françaises, sont loin de prétendre à ces émoluments.

Dès lors, une situation peut très vite basculer, si ces joueurs ne sont pas titulaires de contrats conséquents, qui peuvent leur permettre de faire face (financièrement et donc mentalement) à une passe difficile. Le salaire moyen d’un joueur de Ligue 1 se situe autour de 100.000 euros par mois. 67.000 si on met à part le PSG, aux moyens démesurés comparés aux 19 autres pensionnaires. Au contraire, le salaire médian de l’élite se situerait autour de 40.000 euros par mois selon l’Institut Préparatoire au métier d’Agent de Football (IPAF). À titre de comparaison, le salaire médian en Ligue 2 se situerait autour de 7.500 euros brut par mois, autour de 5.000 euros brut pour le National. Une raison supplémentaire pour eux de vouloir inverser une situation difficile, qui peut parfois vite s’avérer précaire… 

Le rôle capital l’UNFP

Seul syndicat français du football professionnel, l’UNFP est créé le 16 novembre 1961 par Eugène N’Jo Léa, le juriste maître Jacques Bertrand et un certain… Just Fontaine. Le trio fait équipe et met son savoir sportif et juridique en commun afin de venir en aide aux joueurs. Le syndicat va changer le football professionnel dans l’hexagone. Dans les années 1950/1960, la situation des footballeurs professionnels évoluant en France est médiocre. L’immense majorité des joueurs sont sous contrat à vie. Ils étaient soumis au marché des transferts, et leurs salaires ne pouvaient pas être 20% supérieurs au salaire minimum.

Dans la même logique d’engagement, l’UNFP remplit son rôle de manière complète. Organisateur depuis 1988 des trophées UNFP du Football, le syndicat organise surtout, depuis 1990, des stages d’été afin d’offrir une opportunité aux joueurs en fin de contrat qui n’ont pas trouvé un club pour la saison prochaine. 

L’UNFP est doté d’un staff comparable à celui d’un club professionnel, à la tête duquel figure le coach Patrice Beaumelle (ancien entraîneur de la Zambie, du Maroc ou de la Côte d’Ivoire). Cette structure mise en place par le syndicat permet à 30 joueurs professionnels libres de tout contrat d’effectuer une préparation physique, technique et mentale. Ils y tentent de se rendre attractifs sur le marché des transferts, et peuvent espérer recevoir des offres pour relancer leur(s) carrière(s). 

Si parmi l’effectif de l’été 2022 certains joueurs n’ont pas (encore) eu la chance de lancer leur carrière au plus haut niveau, d’autres ont eu l’occasion de connaître les ligues professionnelles, en France ou ailleurs. Samuel Allegro, ancien joueur du FC Metz et actuellement chargé de mission pour l’UNFP, nous a communiqué la dernière mise à jour en date de fin octobre. Sur les 25 joueurs du stage UNFP FC de juin 2022, 85% ont à ce jour trouvé un contrat.

Renouer avec le plaisir, et le travail l’objectif de l’UNFP FC

S’il y a bien un point commun à chaque promotion, et à l’écrasante majorité des stagiaires, c’est le plaisir de faire partie de l’aventure, de s’entraîner, de côtoyer des joueurs de qualités, parfois riches en conseils pour accompagner les plus jeunes, riches en fougue, pour redonner ou entretenir la motivation de joueurs ayant déjà une grande expérience. Évidemment, les infrastructures s’y prêtent, et les joueurs y sont sensibles. Évoluer sur les mêmes pelouses que les Kylian Mbappé ou encore Karim Benzema, et ainsi arpenter les mêmes couloirs et les mêmes salles est forcément gratifiant, motivant et plaisant à vivre.

Autre point commun, la dimension sociale et psychologique du stage. Loin d’une sécurité de l’emploi, la preuve étant leur présence au stage, la santé et la stabilité mentale des joueurs peut être mise à rude épreuve lors de départs, de rupture de contrats à l’amiable, ou forcée… Le fait de rester sans club pendant une durée relativement prolongée peut forcément impacter la dynamique et la motivation des joueurs, et le soutien mental est donc primordial. 

Pour les joueurs, et pas que…

Arriver à Clairefontaine sous les couleurs de l’UNFP FC, c’est également une bouffée d’air frais au niveau psychologique. L’UNFP met donc également l’accent sur cet aspect, avec l’aide psychologique de Thomas Aupic, ancien gardien professionnel passé par Chambly, Colmar ou encore Strasbourg et le Paris FC.

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L’encadrement, les infrastructures, l’environnement propice à l’émulation permet d’entretenir le professionnalisme ainsi que les capacités individuelles et collectives des joueurs qui y passent. Akim Zedadka et Florent Ogier ont fréquenté le campus d’été 2018 de l’UNFP, avant de retrouver un contrat professionnel. Tout deux ont faire figure de tauliers lors de leur passage à Clermont. Le premier, fort d’une saison remarquable, a rejoint les rang du LOSC cette saison, et a même connu ses premières sélections avec l’équipe nationale d’Algérie.

Enfin, l’UNFP ne profite pas seulement aux joueurs. C’est également l’occasion pour des membres de staff de se mettre en avant. Jean-Luc Vasseur avait pris les rênes du stage d’été après son mandat à la tête de l’Olympique Lyonnais féminin, tandis que Patrice Beaumelle est à la direction de l’équipe cette année après ses différentes expériences africaines. Si Thomas Aupic met gracieusement son expérience de footballeur professionnel à disposition de l’équipe UNFP, exercer auprès de joueurs professionnels met également en valeur sa nouvelle activité de coaching sportif et mental, entamée après sa retraite professionnelle. 

L’UNFP ou comment préparer l’après carrière

Samuel Allegro travaille pour l’Europ Sport Reconversion (ESR) de l’UNFP. Une équipe de cinq intervenants sillonne les clubs professionnels français, par zone géographique. Leur mission ? Former les joueurs à la réinsertion après leur carrière professionnelle. Basé au Mans, il parcourt la Bretagne, la Normandie, le Nord du territoire et la région parisienne. L’équipe suit environ 600 joueurs en activité ou en cours de formation. Le discours s’adresse à tout le vestiaire et le travail de sensibilisation commence dès 20 ans. Et bien plus tard après la fin de carrière, puisque des anciens joueurs de 50 ans font appel à leurs services.

Comme nous l’explique Samuel, « les conseils sont spécifiques à chaque joueur, le suivi est personnalisé ». Par exemple, si un joueur est introverti, timide, il sera pas aiguillé vers une formation de commercial. « C’est anodin mais nous aiguillons les joueurs en fonction de leur personnalité ». Chaque formateur entretien un contact régulier avec les joueurs. À l’aide d’un planning, l’UNFP les accueille, et les échanges se multiplient avec eux.

Notre investissement est pointilleux pour aider au maximum les joueurs. L’initiative doit venir de lui. À aucun moment le joueur est forcé, sinon ça ne marchera jamais.

Prévoir pour souffler

La majeure partie du temps, les joueurs qui entrent en contact avec l’UNFP pour planifier leur après-carrière savent déjà comment l’envisager. Leur projet est un peu dessiné. Ils cherchent un soutien pour être formés, pour recevoir des conseils techniques. Des tendances se dégagent. Samuel Allegro constate que « les secteurs d’activité les plus récurrents sont l’immobilier et l’entrepreneuriat. Les joueurs veulent créer leur société, lancer un magasin ». Souvent, un ancien joueur possède des finances de côté et peut apporter un petit capital de départ, obtenir des crédits pas trop importants. « C’est plus facile que de se lancer en étant un citoyen non-footballeur. Il y a toute sorte de demande, nous avons des boulangers, paysagistes » conclue-t-il sur le sujet des choix d’après-carrière.

Sans surprise, beaucoup de joueurs veulent rester dans le domaine sportif. Le football représente toute leur vie et ce n’est pas évident de décrocher. Certains n’ont connu que ça. Par conséquent, sont formés entraîneurs, recruteurs, directeurs sportifs. Au contraire, d’autres ne veulent plus du tout rester dans le foot. « Ils sont usés physiquement et psychologiquement« , cherchent à repartir à zéro. Le point commun à toutes ces situations est le rôle de la famille. « Hyper important » affirme le membre de l’UNFP. La carrière de joueur est instable. Les déménagements s’enchaînent, les enfants vont d’école en école, les épouses changent de travail. La plupart souhaitent trouver de la stabilité.

L’UNFP dans la tête des joueurs

« Nous sommes honnêtes lorsque nous nous entretenons avec eux. Devenir entraîneur, c’est reprendre le mode de vie de joueur« , un mode de vie instable. Déménager, être au stade toute la journée, voir des matches le week-end.

« C’est à nous de leur donner tous les points de vue pour que leur choix soit le plus éclairé possible » selon Samuel Allegro. Dans ces circonstances, le rôle de conseiller n’est pas négligeable. Parfois, bien que cela ne soit pas dans leurs compétences, « il faut un peu faire de prépa mentale« . Leurs expériences personnelles, leur expérience auprès de joueurs leur permettent de répondre présent. Avant de diriger les joueurs vers des organismes spécialisés.

À LIRE – Un après-carrière flou dès le centre de formation. Entretien avec une psychologue du sport

Notre échange nous apprend que bon nombre d’entre eux ne pensent rien savoir faire à part du football. Pourtant, un footballeur a l’habitude d’évoluer sous pression. Il serait alors en mesure de se coordonner et travailler en groupe. Il peut développer des qualités de meneur d’hommes. Ce discours des chargés de mission de l’UNFP rassurent leur interlocuteur, les épouses, la famille. C’est tout l’objectif de l’ESR. Les joueurs bénéficient de formations courtes, des petits modules, de remises à niveau de français. Des apprentissages nécessaires pour s’insérer dans le monde inconnu de l’emploi.

Parce que la réalité, c’est aussi les joueurs qui n’ont pas anticipé. Eux doivent trouver un emploi dans l’urgence. Ils se lèvent le matin avec une boule au ventre. Cette transition dure au niveau mental, ne plus se retrouver dans le vestiaire. Compétition, vestiaires, plusieurs mois de difficulté.

Les femmes en bon élève

En moyenne, sur un effectif, 12 joueurs participent à la réunion par vestiaire. Finalement, quatre enclenchent une formation puis se forment. Certains n’ont pas besoin d’entretiens. Ils ont une idée précise de leur projet. Ils savent ce qu’ils veulent faire, une formation leur suffit. Concernant les joueurs étrangers, l’UNFP reste limitée. Ils sont souvent de passage, et terminent leurs carrières dans leurs pays d’origine. Néanmoins, ils sont demandeurs des formations en langue, en français ou en espagnol. « Lorsque les clubs ne mettent pas en place un suivi de la langue, nous organisons des cours collectifs« .

Le message à faire passer est le suivant : nous sommes là.

Samuel Allegro

Chez les femmes, c’est l’exact opposé. 100% des joueuses entrent en contact avec le syndicat. Précisément, « dès qu’une joueuse nous sollicite, elle se forme par la suite« . Systématiquement. Cela s’explique par différents facteurs, indique le chargé de mission :

« D’une part, les joueuses deviennent professionnelles souvent avec un bagage universitaire. Elles sont déjà diplômées d’un bac + 2, ont fait des études. Ensuite, leurs rémunérations sont dérisoires face à celle des hommes, et leur carrière est plus courte ».

Toujours est-il que les femmes sont une nouvelle fois les bonnes élèves… Depuis l’an passé, Guillaume Stephan, un autre collaborateur, passe dans les centres de formation. Il fait suivre les informations aux jeunes. L’UNFP leur recommande d’aller au moins jusqu’au bac et les renseigne sur la poursuite d’études. Les parents sont informés, évidemment.

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L’UNFP travaille pour la protection des joueurs dans le football professionnel français. Luttant pour l’amélioration de leurs conditions depuis sept décennies, le syndicat effectue depuis 32 ans ce stage d’été. Il a permis à de nombreux joueurs de trouver un contrat professionnel. Travail, progression, environnement sportif et psychologique sain, tout est fait pour que les stagiaires reprennent le cours de leur carrière.

Les places sont chères, et les heureux élus le savent. Seulement 30 joueurs sont enrôlés, et le choix se fait à la vitesse du signalement effectué. Il faut être membre du syndicat UNFP et se signaler auprès de l’organisme comme voulant faire partie du stage. C’est une raison supplémentaire qui justifie la motivation accrue des joueurs à faire de leur passage à Clairefontaine une réussite, pour peut-être espérer y revenir, sous d’autres auspices. 


2 commentaires

Hadrien Agnew François, Her Game Too : “le sport est une ouverture possible vers l’égalité”  - Fausse Touche · 21/01/2023 à 17:01

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Her Game Too (HGT) : mission, développer le football féminin - Fausse Touche · 08/03/2025 à 11:01

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