Tout juste revenu d’un stage en équipe de France à Lens, Jérôme Penisson a déjà la tête tournée vers les Jeux Olympiques de Paris 2024. Une revanche pour un joueur de cécifoot au destin quelque peu…chamboulé.

Un contrôle, une passe, un appel de balle. A Nantes, tout semble normal lors de cet entraînement de football en ce bel après-midi de mi-janvier. Pourtant, le ballon qui navigue fait un bruit strident de grelots, et tous les joueurs portent un masque au niveau des yeux… Au milieu de cette étrange séance, Jérôme Penisson, 33 ans, est le capitaine de ce FC Nantes un peu étrange. Lui aussi porte l’un de ces bandeaux. Et pour cause, il a perdu la vue il y a plus de 15 ans… Pourtant, difficile de percevoir qu’il est aveugle, tellement son regard ne semble pas altéré.
Deux vies
La première de ses deux vies. Jérôme Penisson nait le 11 mars 1989 en Vendée, à la Roche-sur-Yon. Passionné de football, il tâte le cuir de ses 6 à 13 ans, avant de craquer pour le basket. Retenez, c’est important pour la suite. Tout autant attiré par la mécanique, il se lancera dans des études automobiles après le lycée. Il deviendra apprenti en mécanique. C’est à ce moment-là que tout bascule. Du fait de son cursus, un rendez-vous médical avec la médecine du travail est planifié chaque année.
En 2006, avant ce rendez-vous, alors qu’il s’apprête à passer le permis de conduire, il remarque que sa vision d’un œil baisse. Lui pense à une simple fatigue. Cependant, un diagnostic bien moins optimiste va être confirmé par les différents spécialistes rencontrés par la famille Penisson, de l’ophtalmologue au neurologue généticien : le nerf optique de Jérôme est touché, une maladie génétique héritée de son oncle. Entre août 2006 et février 2007, la vue de l’adolescent va progressivement flancher, au point de presque disparaître. « Si une vision normale est à 100%, moi je suis à 2% » explique le Vendéen.
Un traitement expérimental est d’abord prescrit. Jérôme doit avaler jusqu’à 20 pilules par jour pour tenter de « bloquer le processus de baisse de la vision ». Problème, cela n’aura aucun effet, et la tentative sera stoppée au bout de quelques mois. Et 15 ans plus tard, les traitements de ce type se multiplient encore, sans résultats plus probants.
L’ombre avant la lumière, rencontre avec le cécifoot
Forcément, la situation est difficile à accepter. Imaginez-vous, à 17 ans, devoir vous résigner à vivre le restant de votre vie dans l’ombre quand vous avez goûté à la lumière. Si lui l’a « plutôt bien pris », en partie grâce à l’exemple de son oncle, il y a eu « beaucoup de pleurs au début » du côté de son entourage. Les proches de Jérôme ont fait un travail sur eux pour « rester forts » et ne pas s’effondrer face à leur fils ou leur frère. Ils ont été rapidement positifs, présents pour l’emmener, ou pour lui décrire ce qu’il ne pouvait plus observer.
« Je ne leur en ai pas vraiment parlé depuis mais je pense que ça a été plus dur pour [ma famille] que pour moi ».
Depuis, l’actuel joueur de cécifoot a démarré une nouvelle vie. Selon ses propres termes, sa vision est constituée d’un cercle flou au centre (un « brouillard »), et de nuances de gris, de noir et de blanc en périphérie, qui lui permettent de percevoir des ombres en ouvrant les yeux. Il a perdu la distinction des couleurs.
Contrairement à un aveugle de naissance, Jérôme Penisson a des souvenirs mémoriels en forme de photos, ce qui lui permet encore recréer des images proches de la réalité. « Quand un avion passe dans le ciel je ne le vois pas mais je le projette. Quand je vois mes parents je les imagine comme quand j’avais 17 ans » explique-t-il. Aujourd’hui, il vit à Nantes (en partie pour ses transports en commun) avec sa compagne et ses deux enfants, des jumeaux de 5 ans, qui comprennent désormais la situation. Ils ont maintenant l’habitude que « je leur demande si mes chaussettes sont de la même couleur [rires] ».
Le cécifoot comme escalier
Après son diagnostic en 2006, il part dans un institut spécialisé pour apprendre le braille, à se déplacer. C’est à cette période qu’il décide de ne pas se laisser couler : « Là-bas j’ai vu des gens moins bien lotis que moi, donc je me suis dit autant bien le prendre sinon la vie va être longue ».
Durant ce séjour, il fait quelques recherches sur l’existence ou non d’un football pour les personnes non-voyantes. Bingo, même s’il est encore très peu médiatisé en France, le cécifoot existe. Lui qui s’est redirigé vers des études de massage dans la capitale, il se lance dans ce qui deviendra son futur métier dans le club de l’AVH Paris. On est en 2009. Il faudra 4 ans de plus à Jérôme pour atteindre l’Équipe de France de cécifoot.
Depuis, l’armoire à trophées du Vendéen s’est bien remplie : un championnat de France, une Coupe de France, trois participations et une finale aux championnats d’Europe, ainsi que 70 sélections avec le maillot Bleu, le tout avec le brassard de capitaine du FC Nantes cécifoot, son club de cœur, sur le bras. C’est en observant les joueurs de l’Équipe de France, avec qui il joue aujourd’hui, qu’il s’est demandé « pourquoi pas moi ? ».
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« Je n’aurais jamais imaginé faire tout ça, surtout à 17 ans, et le handicap m’y a poussé«
Pour lui qui était destiné à devenir mécanicien avant que son nerf optique ne vienne bousculer ses plans, le rebond semble presque irréel. Irréel, comme la sensation de « chanter la marseillaise avec le maillot de l’Équipe de France cécifoot ». Quelque chose dont il « rêvait depuis petit ».
Jérôme Penisson se dit « fier » de sa carrière, à l’instar de sa famille et ses amis qui le « suivent depuis toujours ». Même avec le recul, il trouve ça « tellement fou », au contraire de ses proches, pour qui « ça fait presque dix ans donc ça leur parait normal ». Aujourd’hui, il a laissé de côté le massage pour se concentrer sur le football.
De la mécanique aux Jeux Olympiques
Les J.O auront lieu dans un peu plus d’un an, et avec eux, les Jeux Paralympiques de Paris 2024 sont bien évidemment en ligne de mire, « c’est clairement l’objectif » glisse-t-il, alors qu’il a participé à toute la préparation du dernier Euro en Italie il y a quelques mois. Finalement, il n’a pas été appelé dans le groupe final. Avec ses plus de 70 sélections, Jérôme a le pedigree pour faire partie des 8 chanceux qui embrasseront le coq sous la tour Eiffel, théâtre des matchs de cécifoot.
« Plus les années passent, plus les objectifs se rapprochent » avoue le défenseur de l’Équipe de France, qui pensait il y a encore dix ans qu’il serait trop vieux pour ne serait-ce qu’envisager une participation aux Jeux. C’est comme ça depuis ses 17 ans : se rendre compte qu’on peut viser plus haut chaque année. Se rapprocher de la lumière chaque année. Le tout en ayant perdu toute perception des couleurs.
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Cécifoot et Jeux Paralympiques, une victoire en trompe-l'œil ? - Fausse Touche · 11/02/2025 à 09:58
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