À 38 ans, Alexandre Raineau co-gère aujourd’hui le centre bien-être/sport/santé “Terapeya”, avec son épouse. Les diverses thérapies proposées sont désormais son quotidien, contrairement au football. Passé par le centre de formation puis l’équipe fanion du Stade Malherbe de Caen pendant plus de 10 ans, la natif de Puteaux a connu la Ligue 1 et la Ligue 2. Il jouera ensuite ses dernières saisons en National et en Ligue 2 avec La Berrichonne de Châteauroux.

Alexandre Raineau

Alexandre Raineau évoque une longue carrière, sans regret, qui aurait pu prendre une autre tournure. Retrouver ici la première partie de notre entretien avec Alexandre Raineau « Je vais peut-être en choquer plus d’un mais je n’ai jamais voulu devenir joueur professionnel. »

Certaines similitudes se retrouvent entre les deux postes, comme la nécessité de rigueur dans le placement, l’importance de la relance ou encore d’accompagner les offensives, mais les efforts sont différents et changent radicalement l’approche du poste. C’était un concours de circonstance. Après ma signature en pro, j’ai joué mes premiers matches et mes premières saisons en tant que milieu. Avec la montée en Ligue 1, l’effectif a été renforcé. Grégory Tafforeau, arrivé au club pour occuper le couloir gauche s’est blessé longuement et il n’y avait pas vraiment de remplaçant au sein de l’effectif. Le coach Franck Dumas m’a replacé à ce poste et j’ai vite donné satisfaction.

J’ai acquis le profil et la réputation de joueur polyvalent. Cela s’est notamment vu lors de mon arrivée à Châteauroux, où j’alternais entre les deux postes. En fonction de leur ressenti, les différents coaches avaient plusieurs options avec moi, mais j’ai toujours eu cette capacité à jouer à plusieurs postes. Lors de la remontée dans l’élite, une concurrence s’installe avec Grégory Tafforeau, Aurélien Montaroup ou encore… Raphaël Guerreiro, qui était très jeune à cette période.

Je pense que c’est peut-être le seul regret que j’ai eu. J’étais peut-être devenu trop un joueur “club”. J’allais faire le boulot, être régulier, sans être turbulent. Le staff était peut-être tombé dans cette lassitude et j’aurais peut-être dû penser à quitter Caen pour redonner du dynamisme à ma carrière. Les résultats sportifs n’étaient également pas forcément bons et c’est la vie d’un club de football, avec les recrues, les départs et les arrivées. J’ai toujours bien vécu l’explosion de Guerreiro. Sur le papier, il avait une maîtrise du poste (de latéral gauche, ndlr) supérieure à moi. Je n’en gardais aucune amertume, et je savais que j’étais un joueur “club”.

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Si j’étais sur le banc, je savais aussi que c’est parce que j’avais fait ce qu’il faut pour que mes coéquipiers soient performants pour le week-end. C’est aussi une question d’éducation et de personnalité. J’ai toujours vu le football par sa dimension collective. Je me suis toujours dit que si j’étais bon, mes coéquipiers l’étaient également, et que s’ils l’étaient, j’aurais une meilleure opportunité d’être bon à mon tour. Je n’ai jamais eu cette pensée ni cette envie de “tout briser” pour tirer mon épingle du jeu.

Oui, cela faisait de moi une recrue de choix, mais c’était aussi pour moi un vrai pari, puisque je pensais que Châteauroux devait se stabiliser en L2. À ce moment, la proposition de contrat que je reçois comprenait une année avec 3 ans en option si le club montait en Ligue 2. J’aurais pu avoir des offres de clubs de L2, mais pour une année seulement. J’ai donc voulu privilégier un projet intéressant sur le papier, dans l’optique de m’inscrire dans la durée.

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Je ne me suis jamais considéré comme un gladiateur qui va de club en club. Je voulais toujours prendre le temps de connaître mes coéquipiers et l’environnement du club pour pouvoir être au meilleur niveau. J’avais d’autres qualités, avec les expériences que j’avais pu avoir, qui faisait de moi un leader du vestiaire. C’est aussi pour cela que Châteauroux m’a proposé ce projet. Cette arrivée coïncide aussi avec le basculement vers la deuxième moitié de votre carrière. Dans les dernières années d’un contrat, on pense forcément à la reconversion, la carrière de footballeur semblant éphémère en comparaison de la durée de la vie active.

Il y a eu des discussions et des choses étaient en place. Je me sentais très bien au club et je pense aussi avoir été apprécié pour mes qualités humaines. J’avais pour projet d’intégrer le CDES de Limoges pour passer le diplôme de directeur sportif et essayer un jour de prendre la suite de Jérôme Leroy ou d’Aldo Angoula, en place à Châteauroux. Le club a ensuite été racheté par un conglomérat saoudien, et ce rachat a remis en cause le projet en place avec l’ancien président. On m’a indiqué qu’il ne serait pas possible d’aller plus loin. Je ne voulais pas rester dans un club ou l’on me disait quoi faire. Si j’étais resté aussi longtemps tout en m’investissant autant, c’était pour qu’on me fasse confiance. Je me suis dit que ce n’était pas grave et j’ai aussi vécu cela comme une sorte de déclic.

Je me suis dit, “ce n’est pas grave, j’ai profité de cette carrière pendant 20 ans, une page se tourne, il est peut-être temps de prouver que je peux faire autre chose”. J’ai toujours eu cette envie de faire autre chose de ma vie, de mettre ma tête en marche, de faire quelque chose avec ma femme aussi, qui a consacré énormément de son temps pour s’occuper de notre famille et de moi. C’est comme ça qu’est né ce projet Terapeya. Cela n’a pas tous les jours été facile, mais on a créé quelque chose de concret. Même si l’on ne peut pas encore parler de réussite, je pense que cette transition qui a pris du temps, environ deux ans et demi, est réelle. Je me sens vraiment éloigné du monde du football qui ne me manque pas, même si je prends toujours plaisir à regarder les matches.

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Quand je suis autour des stades avec mon fils de 10 ans, énormément de choses ne me manquent pas. Le football amateur et la course à la réussite sont tellement remplis de mauvaises personnes et de mauvaises intentions, de mauvais exemples et de réflexes donnés à des jeunes qui veulent seulement prendre du plaisir… Il y a plein de choses qui font que je ne me reconnais pas dans le football d’aujourd’hui et qui renforcent ma satisfaction de faire autre chose. Je garde néanmoins un souvenir exceptionnel de ma carrière, et je suis heureux et fier d’avoir pu vivre ça, c’est un souvenir qui aura marqué toute ma vie.

Ce passé ne va pas s’afficher tout de suite. Nous souhaitons d’abord tenter de créer une véritable proximité et un lien avec le client, pour ensuite pouvoir prendre la parole et leur insuffler cette connaissance du haut niveau qui a fait de moi la personne que je suis aujourd’hui. La vie de sportif professionnel est obligatoirement suivie d’une hygiène de vie irréprochable. C’est elle qui permet de tenir.

C’est une routine : s’entraîner, manger, jouer, récupérer, et ainsi de suite. Le football est une éternelle répétition de gestes techniques, d’un état physique. Quand on observe la société française et/ou mondiale, on voit énormément de gens déboussolés, stressés voire en burnout. Ce sont des mots et des états qui sont forts.

Mon arrivée au club est plus liée au contexte familial, puisque mon beau-frère et mon neveu étaient licenciés au club. À notre retour dans la région, mon fils a également évolué un an au club avant de partir. Ce départ est d’ailleurs lié au manque de structuration. Le club n’avait plus assez d’éducateurs, il y‘avait trop de joueurs et les meilleurs éducateurs sont partis suite à un projet axé sur l’équipe séniors de l’ancienne équipe dirigeante, au détriment de l’école de foot.

C’est un sentiment de responsabilité et de transmission de ce que j’ai pu connaître en termes de formation et d’approche du football, pour pouvoir permettre à Rambouillet de retrouver un club familial avec une qualité d’entraînement de bonne facture avec des éducateurs de bonne facture. Étant commerçant à Rambouillet, qui plus est dans le sport, il était inconcevable pour moi que le club de la ville soit une “bérézina”. C’est un côté de moi qui me permet de garder un pied dans le football, puisque j’aime ça aussi.

Le projet est vraiment de créer une belle école de foot, où les joueurs peuvent venir travailler comme joueur de foot, mais également acquérir des valeurs qui nous sont chères. L’acronyme du FCRY signifie: Famille, Confiance, Respect et Youth’s Formation (Formation des jeunes). On retrouve des valeurs obligatoires également dans le domaine de l’entreprenariat. On veut également qu’un joueur qui a fait ses classes au FCRY puisse, en fonction de son intérêt pour le foot, puisse revenir jouer en séniors ou en vétérans après avoir expérimenté d’autres avenirs que “simplement” du football loisir.

Un grand merci à Alexandre Raineau pour sa disponibilité.


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