En novembre, presque tous les derniers tickets pour le mondial nord-américain ont été offerts. La semaine prochaine, les dernières équipes auront droit à une last dance mexicaine pour décrocher les lots restants. Parmi eux, un Suriname conquérant ou une Jamaïque en doute. Comme d’autres pays de la zone, ils ont pu profiter de l’absence d’un « big three » surdominant pour saisir leur chance dans l’un des continents où le niveau entre les sélections est le plus disparate. À l’approche de ce rendez-vous d’une vie, un état des lieux s’impose. En particulier pour les Suriboys et Brian Tevreden, qui nous ont fait part du travail accompli par la fédération pour le sport surinamais.

En CONCACAF, pourquoi autant de surprises parmi les qualifiés ?
Avec l’organisation en vue, les USA, le Mexique et le Canada ont donc troqué leur place qualificative CONCACAF pour une série de matches amicaux. En dehors d’être un mondial sur trois territoires, ce sont surtout trois indéniables pays leaders du chapeau 1 qui permettront à trois autres équipes d’obtenir leur ticket. À titre de comparaison, c’est comme si l’Europe organisait une compétition en France-Espagne-Angleterre qui se retiraient des phases qualificatives. Contrairement à l’Europe, il y a un énorme fossé entre les nations dominantes et le reste du continent.
Les USA se classent 15ème au classement FIFA ; le Mexique 16ème et le Canada 27ème. Ensuite, le Panama arrive 30ème, suivi par un Costa Rica 50ème qui ne cesse de dégringoler et le Honduras 64ème, qui profite de sa Gold Cup réussie. 17 des 23 autres équipes se trouvent au-delà de la 123ème place. Il y avait donc des trous d’air dans les qualifications en dehors d’un Panama, seul réel favori.
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Pour les plus curieux, la CONCACAF procède à la méthode que l’on qualifiera « asiatique ». Plus bas sera son coefficient FIFA, plus tôt un pays entrera dans la compétition. La première confrontation aller-retour était un surprenant derby des Îles Vierges entre américains et britanniques, donnant pour vainqueur les Anglais au tirs-aux-buts. Après ces rencontres, une première phase de groupe élargie a vu s’affronter des équipes différentes, de Montserrat à Panama. Une nouvelle phase de groupe s’est ouverte en septembre entre les deux premiers de chaque groupe. Trois groupes de quatre équipes ont été aménagées pour l’ultime combat.
Pour un passionné de football exotique, c’est l’extase. Diffusé gratuitement sur la chaîne YouTube CONCACAF (comme toutes les compétitions de la fédération), les matches s’enchaînent sur trois mois et laissent des outsiders se permettre de lutter jusqu’à la dernière journée, car encore neuf équipes sur douze pouvaient espérer à la dernière journée. Finalement, chaque groupe a vu ses peines et ses surprises.

Curaçao, la surprise légitime
Malgré un nom portugais, Curaçao est étroitement liée à l’histoire néerlandaise, notamment son époque coloniale. Son statut « d’État autonome au sein du royaume des Pays-Bas » explique aujourd’hui la présence massive de ses joueurs dans le championnat néerlandais. Dick Advocaat, légende des Pays-Bas et plus vieux entraîneur du Mondial, devait coacher la plus petite équipe du Mondial en termes d’habitants, deux records pour une première : c’était en effet ce qui était prévu, mais l’entraîneur a dû renoncer pour prendre soin de sa femme, souffrante. Après un match peu palpitant (0-0) contre la Jamaïque, l’île a pu fêter jusqu’au bout de la nuit cet extraordinaire événement.
« On a d’abord travaillé sur les relations et la confiance mutuelle. Ensuite des règles. Dick, une figure paternelle pour la sélection, a créé une atmosphère David contre Goliath pour chaque match… Les fonctionnaires ont obtenu une demi-journée de congé. L’île est en feu. Le baseball n’est plus le sport national à Curaçao… C’est un soulagement en pleine guerre. Les États-Unis luttent contre les transports présumés de drogue au Venezuela. Cela crée nombreuses tensions dans les Caraïbes, le football a fait tout oublier aux habitants », relatait la presse locale le lendemain.
La force de la Blue Wave, c’est son histoire et sa modernité. Depuis 2015, le responsable du projet n’est autre que Patrick Kluivert. Avec une entrée historique en Gold cup notamment, il a réussi à faire progresser l’équipe nationale au fur et à mesure avec des binationaux. Seul Tahith Chong (joueur de Manchester United) est né dans la capitale avant de faire ses valises pour l’Angleterre assez tôt. À part cela, l’équipe est sur papier assez jolie avec des noms comme les frères Bacuna, Armando Obispo ou encore Shurandy Sambo.
Dans le groupe C, l’inattendue victoire d’Haïti
Dans le dernier groupe, trois nations se sont disputées jusqu’au bout la dernière part du gâteau, puisqu’un Nicaragua inférieur est resté sur la touche. Le Costa Rica est bien loin de ses belles années et cette génération peine à marcher dans les pas de la précédente, tandis qu’une demi-finale historique en Gold Cup cette année avantageait le Honduras. Finalement, Haïti, heureuse lauréate, a laissé ces deux adversaires bien loin, les empêchant d’accéder au barrage.
Gagnant contre l’Azerbaïdjan, contre le Costa Rica et une défait d’un seul but contre l’ogre américain, les Grenadiers ont fait fort en 2025. Les précédentes années, la sélection n’a pas forcément toujours été vernie, contrairement à Curaçao, et n’a pas un exemple de structure claire établie pour rayonner sur le long terme. Récemment, plusieurs binationaux sont arrivés, comme Hannes Delcroix (une sélection avec la Belgique) ou Jean-Ricner Bellegarde, joueur des Wolves. Il existait même une possibilité pour Odsonne Edouard, actuel numéro 9 de Lens et meilleur buteur de l’Equipe de France espoirs.
Cette première place semble inespérée pour des Haïtiens, qui voient habituellement se succéder les crises, du tremblement de terre meurtrier de la décennie 2010 à l’explosion de la criminalité depuis 2020, faute d’un pouvoir fort et conséquence de l’abandon du territoire par la communauté internationale. Sa capitale est contrôlée, le stade inaccessible et l’équipe doit évoluer à l’étranger depuis 2021. Pour ne rien arranger, les scandales pleuvent dans la fédération, des valises de la FIFA lors des scrutins électoraux aux révélations d’abus sexuels par des hauts placés dans la structure…
« L’objectif du Suriname a toujours été 2026 »
Non loin de là, au Suriname, Brian Tevreden est un ancien joueur, mais surtout entraîneur des jeunes à l’Ajax. Après une reconversion, cela fait maintenant quatre ans qu’il exerce dans la fédération surinamaise, passant de conseiller stratégique à véritable CEO pour l’équipe nationale. À l’aube de ses qualifications, le Néerlandais a répondu à nos questions.
Le Suriname, petit pays d’Amérique du Sud, se retrouve en zone CONCACAF, exactement comme l’Australie en Asie. Et ils ont failli réussir l’impossible. Les pensionnaires d’Eredivisie (19 joueurs de l’équipe actuelle y sont passés, 20 si on compte la formation, 6 y jouent encore actuellement) tenaient la première place jusqu’à la dernière journée, avant de lâcher contre le Guatemala (3-1), après une série invincibilité ayant duré toute la phase de groupe. « La foi demeure, mais la force manquait », titrait le média local Trouwle au lendemain de la défaite.

« L’objectif à toujours été la qualifications directe au vu des absences. Malheureusement, on a perdu le dernier match. Il nous restera les barrages, mais cela reste possible. Le pays était derrière nous durant les qualifications et l’ambiance était belle. On a même du construire plus de tribunes pour les matches. Le stade se remplissait toujours en moins de 24 heures. »
Brian Tevreden, directeur exécutif
« Dans le processus pour atteindre la Coupe du Monde, nous avions fixé un plan clair il y a deux ans. De quoi avions nous réellement besoin et ce qu’il fallait améliorer pour 2026 pour saisir l’opportunité. On est passé par divers étapes: réorganiser le staff, ajouter une cellule data, professionnaliser le championnat, convaincre certains joueurs…» Les joueurs comme Van Dijk, Wijnaldum ont d’ailleurs bien poussé leur pays originaire via les réseaux ou des déclarations. Ils ne sont cependant pas aussi courageux que les joueurs comme Sheraldo Becker, Jean-Paul Boetius ou Ridgeciano Haps.
La binationalité, un atout prometteur pour les sélections nationales
Comme beaucoup de petits territoires semi-indépendants, la sélection internationale repose surtout sur les origines des expatriées et l’envie des joueurs de revenir sur les terres, bien loin des conflits africo-européens sur les binationaux. Mais comment convaincre des internationaux potentiels venus des championnats européens ? Pour Brian Tevreden, c’est l’honnêteté qui doit primer. « Je connais déjà pas mal de joueurs par mon passé d’entraineur de jeunes à l’Ajax. J’ai aussi joué contre des jeunes prometteurs, donc il a été facile pour moi de nouer les contacts. On est directement assez honnête envers eux. Donc on plan en tête et on explique d’où l’on vient et ce qu’on vise, pour le joueur et pour la sélection, pourquoi lui et son apport dans le groupe.» Pour lui, « il n’y a plus vraiment d’inconvénients comme avant. Les joueurs ont des hôtels, des équipes médicales, des terrains d’entraînements et un bon accueil par le groupe ».
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Néanmoins, si la sélection attire de plus en plus, c’est aussi permis par un travail déterminant dans le scouting et la recherche de joueurs qui vont se donner à 100 % pour l’équipe nationale, sans penser à un plan B. « On travaille maintenant par catégorie. Avant, sans manquer de respect, on avait des joueurs de catégorie D. Aujourd’hui, nous sommes dans le B, on commence à attirer des joueurs des plus grands championnats. Il y a un véritable travail sur l’aspect physique des joueurs, car on veut qu’ils donnent tout pour nous. La personne est aussi importante » explique Terveren.
L’attrait binational est-il un frein pour le développement des jeunes ?
Le besoin d’une internationalisation d’un championnat ou d’une sélection s’accompagne souvent de la baisse du nombre de talents locaux, comme l’Arabie Saoudite l’illustre parfaitement. Au Suriname, une académie était dans le plan de développement du football, même si les progrès doivent encore être réalisés. « L’académie représente notre futur. On part de loin, mais on effectue aussi un beau travail et on se donne un délai de trois ans pour tout professionnaliser. Dans le futur, on aura une vraie formation et une équipe féminine bien meilleure. La ligue est indépendante, mais travaille bien avec le budget, j’ai entièrement confiance ».
À l’heure actuelle, tous les regards sont tournés vers une sélection surinamaise qui pourrait encore changer d’ici juillet 2026, avec un nouveau staff depuis décembre, suite à la déception de la non qualification. « Le nouveau coach a travaillé au Mexique pour préparer au mieux la qualification. On a déjà suivi les Boliviens dans leurs matches récents, on doit absolument s’améliorer. Ils ont arrêté leur championnat local pour la sélection avec une tournée de matches amicaux en décembre. Notre équipe est malheureusement éparpillée, donc nous ne pouvons pas faire cela, mais les joueurs sont suivis et des nouvelles têtes pourraient encore arriver. »
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Avec un coach nouvellement nommé et un groupe toujours à la recherche d’améliorations, il y a une véritable et agressive envie pour le Suriname de saisir l’opportunité d’aller à la Coupe du Monde 2026. Coaché depuis maintenant quatre ans avec cet objectif ultime, le petit pays d’Amérique du Sud n’en a jamais été aussi proche. Mais pour décrocher le précieux sésame, le Suriname devra donc défaire les Boliviens, et l’Irak.
Pour les Surinamais, pouvoir mettre le pays sur la carte du monde et suivre l’exemple d’Haïti ou Curaçao pourrait être la suite logique. Les nations outre-Atlantique profitent toutes de la fenêtre 2026 pour écrire l’histoire . Un comble quand on sait que l’organisateur principal de la compétition est leur principal bourreau dans la région.



