Clémentine Deshayes est sage-femme depuis 26 ans, dont 20 ans de salle d’accouchement. Sportive, elle s’est naturellement intéressée au lien entre activité physique et maternité. Si l’accouchement est une épreuve particulièrement éprouvante pour toutes les patientes, Clémentine se rend compte que les sportives n’étaient pas suffisamment entraînées. Elle s’installe en libéral pour faire de la préparation à l’accouchement et encourager les sportives à se mobiliser afin de se trouver fin prête à relever ce grand défi.

« C’est une épreuve d’endurance et pas du tout une épreuve de vitesse » introduit Clémentine au téléphone. Les joueuses doivent être conditionnées avec une activité physique et une alimentation saine et équilibrée pour se retrouver dans les meilleures conditions et affronter au mieux cette aventure. Cette expérience auprès des sportives de haut-niveau, ce regard de spécialiste acquis toutes ces années durant lui ont valu d’être sollicitée par le ministère des Sports et de la Santé pour intervenir dans un groupe de travail et élaborer un guide pour conserver une activité physique pendant la grossesse. Clémentine Deshayes nous raconte.
Face à la maternité, quelles sont les peurs développées par les joueuses ?
« La femme enceinte fait face à de nombreux freins. Tout d’abord, des freins qu’elle s’impose, d’elle-même, par crainte pour son bébé. Des freins de la part de l’entourage ensuite, qui tente de la mettre dans un cocon. Par conséquent, les proches ont du mal à la laisser agir. Des freins aussi venus des professionnels du sport. Les clubs, dirigeants, entraîneurs, staff médical ou préparateurs physiques sont encore mal informés ou mal formés sur l’activité physique relatif à la femme enceinte et à la jeune maman. Tous ces parties-prenantes craignent, chacune avec leurs raisons, que la femme prenne un coup, qu’elle perde son bébé ou fasse une fausse couche. Les éducateurs sportifs adaptés et spécialisés le disent eux-mêmes, la prise en charge demeure compliquée.
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Les sportives de haut niveau ont toujours peur pour leur carrière. Peur de devoir la suspendre ponctuellement et de ne pas être capable de récupérer leur niveau, peur d’être lâchées par les sponsors, les clubs. Pourtant, lorsqu’une femme enceinte accouche et qu’elle se trouve encore dans la phase ascendante de sa carrière, elle retrouve son niveau d’avant la grossesse. Voire même, est meilleure. En revanche, si la joueuse attend trop longtemps et qu’elle est sportivement sur le déclin, c’est en effet compliqué pour elle. Logiquement. Ces sportives doivent donc se demander quand ont-elles vraiment envie d’avoir un bébé. En 2023, c’est quand même dommage d’avoir encore à faire un choix entre la maternité ou sa carrière. D’autant plus que le chronomètre joue dans les deux sens. Après la grossesse, il est moins facile d’avoir un enfant. Les sportives font face à d’autres difficultés.
Quels peuvent être les impacts d’une grossesse sur la performance ?
La grossesse développe d’autres qualités que celles travaillées par les sportives. Le mental déjà. Devenir maman, c’est une sacrée aventure, et le post-partum est aussi une sacrée aventure. La détermination et l’abnégation se retrouvent renforcées. À côté de ça, l’allaitement est une composante peu évoquée.
Pour les sportives de haut niveau, l’allaitement représente une lourde logistique. C’est un facteur contingent, la joueuse doit pouvoir se libérer pendant son activité physique lorsque c’est nécessaire, car ce n’est pas possible de rester à côté de son bébé. Une tierce personne doit être en mesure de prendre en charge le bébé et de s’en occuper. Ce n’est pas si évident à mettre en place.
En revanche, l’allaitement peut aussi avoir des bénéfices. Les femmes qui allaitent intégralement, sur une longue période, sont sujettes une perte de densité minérale osseuse. Or, l’activité physique aurait un effet préventif sur cette perte de densité et aurait même un effet positif pour les sportives et leur santé.
La pratique sportive et la grossesse sont donc deux notions compatibles ?
En suivant les recommandations et les contre-indications, il n’y a aucun risque pour la femme enceinte. Au contraire, les bénéfices sont pléthores, tant pour la mère que pour le bébé. Le sport chez la femme enceinte prévient la prise de poids et les baisses de moral, le diabète et l’hypertension. Qu’en au bébé, il jouira d’un meilleur développement neurologique.
À ce sujet, des études montrent que le QI des enfants de femmes actives est supérieur à celui des femmes sédentaires et que le développement du langage est supérieur. La pratique sportive doit toutefois rester adaptée à la grossesse. Le football n’est pas l’activité qu’il faut recommander, à cause des risques de contact et de chute. Pour autant, on peut continuer à courir, puis faire de la marche sportive, du renforcement musculaire et de la natation, jusqu’à la fin. La joueuse sera plus à même de retrouver sa forme et son activité telle qu’elles étaient au préalable.
La grossesse alourdit la charge mentale des sportives, car elle favorise les fuites urinaires chez les sportives. Un sujet très tabou.
L’activité physique et la grossesse sont les deux plus gros pourvoyeurs de fuites urinaires : l’activité physique peut être poursuivie pendant la grossesse, mais doit être adaptée, avec les bons exercices. J’ai de plus en plus de jeunes patientes, qui ne sont pas enceintes, sujettes à ces fuites urinaires. Une nouvelle fois, c’est parce que les coaches ne sont pas formés. C’est pour ça que tout ne peut se faire sans l’information et la formation.
Comme si ces charges mentales précédemment citées ne suffisaient pas, ces joueuses sont souvent mises sur la touche.
Tous les témoignages de sportives de haut niveau, généralement anonymes, y compris les footballeuses, sont touchants. Ils font prendre conscience à quel point les joueuses peuvent être lynchés par leurs entraîneurs, à quel point leurs coaches leur mettent des bâtons dans les roues. Parfois, rien n’est fait pour les accompagner. Elles sont abandonnées et se retrouvent vraiment seules, pendant et après la grossesse. Elles vivent avec cette peur de ne pas être réintégrées au club. Il y a réellement du travail à faire là-dessus.
Quand j’échange avec mes sportives, que je leur demande si elles en parlent entre elle, je constate qu’elles sont terrorisées, qu’elles se cachent. Finalement, c’est pour elles une fatalité, où il n’existe pas d’autres options. Je trouve ça terrible. »
Un grand merci à Clémentine Deshayes pour sa disponibilité.
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