Plus des deux – tiers des matchs de Ligue 1 ont été joué. Les objectifs des uns et des autres semblent peu à peu se dessiner dans ce championnat. Du côté de la Bretagne, un club s’est peu à peu retrouvé à une place inattendue. Jusqu’à ce début mars, nous nous demandions ce qui pourra les empêcher de jouer en Coupe d’Europe la saison prochaine. Ce club, c’est le Stade Brestois. En effet, si les finistériens faisaient figure de surprises en début de saison, ce n’est plus le cas. Les Ty’Zefs ont désormais montré au suiveurs du football français que la chance n’avait plus vraiment sa place dans une telle réussite.

Entre effectif construit de manière intelligente, joueurs qui dépassent les attentes, expérience acquise en Ligue 1 et ambitions futures prometteuses, étude des différents facteurs qui permettent aujourd’hui aux joueurs brestois de rêver d’une qualification européenne. Qualification qui serait historique pour un club plutôt prétendant au maintien qu’en course pour les places d’honneur.
La « surprise » Éric Roy
Si le Stade Brestois affiche aujourd’hui un visage rafraîchissant, qui porte ses fruits, c’est en grande partie grâce au travail d’un homme en qui peu croyait à son arrivée. Éric Roy. Débarqué en Bretagne au tout début de l’année 2023 pour sauver Brest d’une relégation qui se rapprochait à grand pas, l’ancien joueur de l’OGC Nice et de l’OM avait dû faire face à un vent de critiques envers lui et le club. Comme le montrait alors un sondage effectué sur la page X de BrestOnAir, seuls 6 % des supporters étaient heureux de son arrivée.
En effet, une majorité de consultants français et des supporters ne comprenaient pas sa nomination. Roy n’entraînait plus depuis 2011. C’était lors d’une unique expérience à Nice. En ramenant les joueurs aux fondamentaux et en apaisant un club qui s’était perdu parfois dans des conflits internes nauséabonds, il permet finalement au club de se maintenir dans l’élite en finissant à une 14ème place. Au cœur d’une saison de tous les dangers ou descendraient quatre équipes. N’ayant signé à l’origine que pour une durée de 6 mois, l’ancien consultant de France Télévision et le club décident finalement de poursuivre l’aventure. Elle se renouvelle jusqu’en 2025.
À l’aube de cette saison 2023-2024, tout le monde promettait à Brest la lutte pour le maintien. Il est vrai que son effectif ne changeait guère par rapport à la saison précédente. Pourtant, dès la première journée, les bretons s’offrent le scalp du vice-champion de France. Ils renversent Lens, en rattrapant deux buts. « Cette équipe, du fait du management positif de Roy, comprend qu’elle peut faire des choses positives et que rien n’est jamais perdu ». Voilà comment les supporters analysent cette capacité brestoise à ne rien lâcher.
Data Football – Une maîtrise défensive remarquable, un excellent pressing, clés du succès ?
Mieux encore. Les rouges et blancs affichent de belles intentions dans le jeu au sein d’un 4-3-3 (se transformant en 4-2-3-1 dernièrement) parfaitement huilé. Loin d’une révolution tactique, « chacun sait ce qu’il doit faire ». Et c’est une réussite. Pour preuve, à la J23, Lyon et Marseille sont rentrés bredouilles de Francis Le Blé quand le PSG, Rennes ou encore Nice ont perdu des points face aux hommes de Roy. Il a su créer une équipe qui repose notamment sur une assise défensive impressionnante.
Deuxième meilleure défense du championnat, l’arrière-garde brestoise garde sa cage inviolée à 12 reprises en championnat, depuis le début de saison. Soit un match sur deux. Pour BrestOnAir, c’est notamment dû au fait que le bloc défensif soit très compact. Sans oublier que le positionnement de Pierre Lees Melou en sentinelle apporte énormément de sérénité. Il faut aussi noter que l’entraîneur a su remettre à l’endroit des joueurs en difficulté comme Lilian Brassier ou Mahdi Camara, qui sortait de saisons compliquées à l’ASSE. Néanmoins, il ne faut pas réduire non plus Brest à une équipe qui défend.

Sans être l’équipe qui produit le plus beau football du championnat, Brest empile 35 buts. Et le club met régulièrement en difficulté ses adversaires dans le jeu. C’est à domicile qu’ils sont le plus efficace. Les Brestois ne comptent qu’une défaite face à Paris. D’ailleurs, les hommes de Roy ont réussi ce qu’il y a peut-être de plus beau pour un club. Ils font vibrer la ville au rythme des victoires de son équipe. Cela se ressent par exemple dans les tribunes de Francis Le Blé mais aussi en ville avec de plus en plus de maillots rouge et blanc arborés.
Lorenzi, architecte du projet Stade Brestois
Si Roy apparaît comme l’homme de cette saison, une autre personnalité se démarque, un historique de la maison : Grégory Lorenzi. Ancien défenseur central du club, le natif de Bastia est revenu au club en 2016 pour occuper le poste de Directeur Sportif, sous la présidence de Denis Le Saint, alors fraîchement intronisé. De la même génération que Florian Ghisolfi, autre dirigeant français qui attise des intérêts en Europe, Lorenzi a peu à peu posé sa patte sur l’effectif brestois en recrutant malin. Si l’effectif actuel semble totalement équilibré, il faut noter que c’est un travail de plusieurs années, depuis la remontée du club en 2019.
Parmi les joueurs titulaires, nombreux sont ceux qui sont à Brest depuis plusieurs saisons. Bizot, Magnetti, Del Castillo, Mounié ou encore le valeureux capitaine Brendan Chardonnet. Le club sait garder une ossature solide de cadres, au gré des départs. Sur ces dernières années, les départs des maîtres du jeu offensifs de Brest ont systématiquement permis à d’autres de prendre la lumière, s’affirmer et porter le club. Le départ de l’excellent Romain Faivre permet à Franck Honorat de devenir dépositaire du jeu, auteur d’une saison remarquable l’an passé. Son départ à Mönchengladbach est cette saison remarquablement remplacé par Romain Del Castillo

À leur côté, le recrutement semble tout à fait réfléchi. Conscient de ne pas avoir le budget des gros de ce championnat, Brest montre qu’avec un travail anticipé, il est tout à fait possible de former un effectif largement au niveau de la Ligue 1. Lorenzi sait débusquer les bonnes affaires. Bradley Locko et Mahdi Camara proviennent de Reims et l’ASSE en échange de 3.5M€. Jonas Martin arrive de Lille libre, Kamory Doumbia de Reims par prêt. Ces dernières années, Pierre Lees Melou rejoint le club pour une somme dérisoire depuis Norwich, Lilian Brassier de Rennes. Aucun de ces joueurs n’étaient destinés à se battre aujourd’hui pour les places européennes. Preuve ultime de ce travail efficace, plusieurs joueurs sont suivis par des cadors européens. Brassier (Milan, Porto, …), Lees Melou (Rennes), Locko (OM)…
À VENIR – Interview Stade Brestois avec le média BrestOnAir
Les nombreuses convoitises, avec des offres semblant parfois compliquées à refuser pour un club au budget serré, n’ont pourtant pas déstabilisé les Finistériens. Le club n’est pas dans l’obligation de vendre cette année. Notamment grâce aux départs de l’été dernier comme celui de Franck Honorat au Borussia Mönchengladbach pour une somme autour des 8M d’euros, Lorenzi et les dirigeants se sont montrés intransigeants et personne n’est parti. Cette volonté de privilégier le sportif au financier est à souligner pour un club qui ne roule pas sur l’or. Il faut également noter que Brest sait vendre ses joueurs phares.
Outre le cas Honorat, citons Romain Faivre qui s’envole pour 15 millions d’euros à l’OL en 2022. Ou encore Romain Perraud, dont le transfert à Southampton rapporte 12 millions d’euros à Brest. Pour autant, il faudra aussi s’interroger sur la suite de l’aventure brestoise de Lorenzi. Habitué à devoir travailler avec très peu de moyens, il pourrait avoir à terme avoir l’ambition de viser plus haut, dans des clubs aux capacités financières plus larges. Ce serait une « déception » pour Yann de BrestOnAir, qui souhaiterait que le bastiais reste au moins jusqu’à la livraison du nouveau stade, projet du président qui l’a ramené au club. Ce serait une belle façon de « boucler la boucle ». Mais au sein d’un club où il a énormément de libertés pour manœuvrer, il pourrait aussi s’inscrire dans la durée. Cela serait sans doute une excellente nouvelle pour les bretons.
Une suite naturellement radieuse ?
La saison est encore loin d’être finie. Et on se refuse pour le moment à parler de Ligue des Champions sur les bords de l’Atlantique. Pour autant, il fait peu de doutes que la plus belle compétition européenne investit lentement les discussions au sein du vestiaire breton. Dans une saison où les quatre premiers (3+1 en barrage) du classement se qualifieront en C1 et où les habitués au podium montrent de grosses difficultés, les Brestois savent qu’il y a un coup à jouer. Avec encore 11 journées à disputer et un calendrier plutôt corsé, malgré un sprint final qui semble plus abordable, il faudra assurément que la régularité caractérisée des hommes d’Éric Roy se poursuivent. Pour autant, sans parler de Ligue des Champions, une qualification européenne en C3 ou C4 serait déjà une vraie réussite.

Il faut rappeler qu’en 70 ans, Brest n’a jamais fini mieux que 8ème. Si une qualification européenne de Brest semble effrayer certains « experts » du football français, les mêmes qui trouvent fantastique la saison de Girona en Espagne ou de Bologne en Italie (à juste titre), cela viendrait récompenser le travail d’un club qui s’est installé dans la paysage du football français depuis quelques années. Un club avec de belles ambitions. À la question de savoir si les Brestois tiendront la cadence, BrestOnAir soutient l’idée que « l’expérience des sprints finaux pour le maintien » sera un vrai plus pour son équipe. Aussi, Brest ne court derrière personne et a de l’avance sur ses nouveaux concurrents. Selon lui, si l’on prend l’exemple du match contre Lens, la pression se situe plus chez les sangs et or. ils ont le devoir de gagner.
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Pour Brest, un match nul suffirait à satisfaire. Les supporters brestois peuvent être confiants quant à une fin de saison heureuse, même s’ils savent que l’équipe sera désormais plus attendue qu’auparavant. La saison « d’après » est souvent compliquée à assumer. Les exemples ne manquent pas. D’Auxerre 2011 à Montpellier 2013 en passant par Clermont et Lorient cette saison. « Le maintien redeviendra la priorité à Brest » la saison prochaine. La saison actuelle du Toulouse FC est l’exemple à garder en tête. Toujours dans la lutte pour le maintien, les violets sont bien partis pour s’assurer une place en Ligue 1. Mieux, leur parcours européen est une franche réussite, avec une victoire extraordinaire contre Liverpool et une double confrontation impressionnante, malgré l’élimination, contre le Benfica.
Quel Stade Brestois pour demain ?
À plus long terme (8-9 ans), l’exemple serait plutôt Reims. L’ambition sera alors de s’incruster dans la lutte pour les places européennes (UEL / UECL). Mais pour cela, tout est « conditionné à la saison prochaine » et à la gestion d’un nouveau statut. Chose intéressante et qui montre la splendeur de cette saison, les supporters brestois, Yann en tout cas, se disent prêt à retourner en Ligue 2. « La saison qu’on vit actuellement vaut largement 4-5 saisons en Ligue 2 ». On ne leur souhaite pas. L’espoir peut tout de même être de mise quant à un futur heureux sur la pointe du Finistère.
Si qualification européenne il y a, les revenus et le budget seront plus important qu’à l’accoutumée. La marge de manœuvre sur le prochain mercato augmentera. Il sera effectivement compliqué de garder les meilleurs éléments du onze de départ face aux sirènes de clubs pouvant offrir de meilleurs salaires et un projet peut être plus attrayant. Si Lillian Brassier a déjà un bon de sortie pour cet été et qu’il partira presque à coup sûr, d’autres pourraient suivre le pas. Comme Locko ou Lees Melou. Mais la perspective de jouer une compétition continentale après cette merveilleuse saison pourrait pousser certains à rester dans un club où ils seront assurés de jouer.
Écofoot – Quels enjeux pour la nouvelle enceinte du Stade Brestois ?
Autre signe d’une ambition intéressante, le Stade Brestois souhaite évoluer dans un cadre nouveau prochainement. Impressionnant dans leur stade Francis Le Blé, le Stade Brestois pourrait ne pas faire de vieux os dans cette enceinte d’environ 15 000 places, plus vraiment dans l’ère du temps. Le Stade Brestois y joue actuellement sur dérogations. Un stratagème qui manque de fiabilité pour faire évoluer le projet. Les dirigeants veulent donc voir plus haut, après avoir fait évoluer le centre de formation et le centre d’entraînement ces dernières années. Les dirigeants ont présenté leur projet de nouveau stade et souhaitent sa livraison pour 2027. Projet vieux de 20 ans, et volonté assumée du président Le Saint lors de son arrivée il y a huit ans, il pourrait enfin voir le jour d’ici peu de temps.
Le projet du nouveau stade permettra au club « de se standardiser et de se mettre au niveau des plus grands ». En somme, de passer un cap avec la possibilité d’accueillir plus de monde et de placer Brest parmi les futurs outsiders du championnat. Ou du moins, de se pérenniser en Ligue 1, en y devenant une figure de longue date. Il semble donc que tout soit réuni pour que Brest poursuive sur cette lancée. Il faudra pour cela que le club et toutes ses composantes garde la tête sur les épaules. L’objectif premier sera sans doute encore le maintien la saison prochaine mais avec un projet aussi éclairé, Brest pourrait prendre encore plus de lumière lors des prochaines années.
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Brest : une surprise qui n'en n'est plus une. · 13/03/2024 à 19:46
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