En 1974, en Allemagne de l’Ouest, s’est tenue la dixième édition de la Coupe du monde de football. Cette compétition sera le théâtre de moments gloire d’une forme de football qui a marqué à jamais l’histoire du jeu, le football total. Emmenés par Rinus Michels le coach qui a démocratisé et donné ses lettres de noblesse à cette forme de jeu, les Pays Bas vont émerveiller le monde du football lors de cette compétition.

Les Oranje vont de par leur qualité de jeu largement dominer une compétition au cours de laquelle ils n’étaient pas favoris, jusqu’à échouer en finale. L’héritage laissé par cette équipe sur le football moderne est énorme. Mais tout cela, vous le savez déjà. Aujourd’hui, on observe que de nombreux principes utilisés et poussés à l’extrême par l’équipe de Michels sont devenus des bases du football et sont encore visibles aujourd’hui en 2024, que cela soit chez Klopp ou encore Sampaoli.
Pays-Bas 1974 et football total, le symbole de la liberté
Pour comprendre en quoi cette équipe des Pays-Bas est si particulière, il faut retourner aux origines du football total. On peut considérer que certains principes de cette forme de jeu étaient déjà présents dans les années 50 et la Hongrie de Gustav Sebes. Cependant, le football total dans sa forme finale, apparait dans la fin des années 1960, et est l’œuvre de Rinus Michels et de l’Ajax Amsterdam. Lorsqu’il rejoint l’Ajax, Michels opte dans un premier temps pour un système en 4-2-4 (d’où le parallèle possible avec la Hongrie de Sebes).
En 1969, l’Ajax atteint la finale de la coupe des clubs champions mais s’incline lourdement 4-1 face à l’AC Milan. Suite à cette débâcle, Michels s’adapte et modifie son système de jeu pour passer du 4-2-4 au 4-3-3. Ce changement s’avère payant puisqu’en 1971, l’Ajax domine le Panathinaïkos 2-0 en finale et remporte la première coupe des clubs champions de son histoire. Michels rejoint ensuite le FC Barcelone, et sera le coach de l’équipe nationale des Pays-Bas pour la coupe du monde 1974.
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Lors de cette compétition, Michels reste fidèle à ses principes de jeu et va donner à son équipe un visage à la fois chatoyant et physique ce qui en fait l’une des plus belles représentations de ce qu’est le football total. L’un, si ce n’est le principe fondamental de cette forme de jeu est la liberté donnée aux joueurs dans les déplacements. En effet, dans le football total, les positions ne sont pas figées et les joueurs ne sont pas confinés dans une seule et même zone.
Le plus important est que le système lui ne bouge pas. Le 4-3-3 se transforme en 3-4-3 lors de cette compétition, ne se modifie pas, peu importe quel est le joueur qui occupe chaque position. Si un défenseur central décide de faire une course vers l’avant, cette dernière doit être compensée, couverte par un autre joueur à proximité. C’est pour cette raison que la polyvalence est la qualité la plus importante pour qu’un joueur puisse jouer dans une équipe pratiquant le football total.
L’incarnation de cette notion d’électron libre et de liberté accordée aux joueurs est sans aucun doute Johan Cruyff. Le génial joueur Hollandais est le général en chef de cette équipe magnifique. Sur le papier, Cruyff est un attaquant ou un milieu très offensif, mais dans les faits, il n’a pas de position fixe et se déplace ou il le souhaite, à son bon vouloir. Sa science et sa compréhension du jeu lui permettent de toujours se positionner dans les bonnes zones pour aider son équipe.
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Cruyff n’est néanmoins pas exempté de ses taches défensives. Lorsque le jeu le demande, il doit lui aussi compenser les nombreuses courses de ses coéquipiers pour conserver un équilibre collectif

L’exemple de Cruyff est le plus marquant pour illustrer cette liberté, mais il en va de même pour tous les joueurs de l’équipe.

Cette liberté de déplacement ne peut être efficace que si les joueurs qui incarnent le système sont polyvalents et dotés d’une grande intelligence tactique. Dans le football moderne, cette notion de liberté de positionnement de certains joueurs est devenue très courante et est même devenu la norme avec les systèmes de jeu hybrides et modulables très à la mode ces dernières années.
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Au-delà de ces qualités, les Pays-Bas possédaient des joueurs dotés d’une très grande qualité technique permettant à l’équipe de progresser rapidement et efficacement vers l’avant pour se créer de nombreuses occasions.
Justesse, vitesse et largeur
En plus de cette liberté et de la fluidité que cela amène au jeu, cette équipe des Pays-Bas était surtout belle à voir jouer de par la qualité de ses actions offensives. Guidée par des joueurs dotés d’une qualité technique bien supérieure à la moyenne, les Pays-Bas 1974 étaient capables d’effectuer des mouvements collectifs rapides, justes, et incroyablement modernes pour l’époque. L’utilisation de la totalité de la largeur du terrain qui constitue une des autres caractéristiques du football total et qui est encore un aspect fondamental du football de nos jours a permis aux Pays-Bas de déséquilibrer la plupart des défenses qu’ils ont eu à affronter durant la compétition.




La qualité technique associée à des déplacements souvent très bien sentis permettent aux Pays-Bas de réaliser des modèles d’actions qui ressemblent à des séquences de jeu que l’on peut encore retrouver aujourd’hui en 2024.
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Cette vitesse dans les transmissions et la justesse technique ont permis aux Pays-Bas d’avoir la mainmise sur la quasi-totalité des rencontres de cette coupe du monde. Les Pays-Bas étaient clairement le meilleur collectif de ce mondial, que cela soit avec, mais également sans ballon. En effet, paradoxalement, lorsqu’on pense au football total, on s’imagine un football chatoyant et attrayant avec ballon. Néanmoins, la phase sans ballon est au moins tout aussi importante et cette équipe des Pays-Bas incarne le concept de pressing collectif de manière extrême.
La chasse en avant pour le ballon
L’un des autres concepts « inventés » par Michels et le football total est ce qu’on appellerait aujourd’hui le pressing côté ballon. Le but est de presser en nombre de façon à enfermer l’adversaire l’obligeant soit à allonger et donc dans la plupart des cas à rendre le ballon, soit à commettre une erreur qui permet aux néerlandais de récupérer le ballon haut. Néanmoins, si le concept n’est plus aujourd’hui une surprise, les Pays-Bas l’exécutent sans aucun doute de la manière la plus extrême depuis les prémices du football. On ne parle pas ici de pressing, mais de véritable chasse ou l’ensemble de l’équipe se rue comme un seul homme vers l’adversaire pour récupérer le ballon.



Cette avancée rapide et collective permet à la fois de mettre la pression, mais aussi de pouvoir jouer le hors-jeu à la médiane, comme ici ou plus de la moitié des joueurs de champ uruguayens sont en position illicite.
Sur attaque placée, cette équipe des Pays-Bas était vulnérable. Pour éviter de se retrouver dans cette situation, Michels a opté pour une option extrême avec un pressing tout terrain et un piège du hors-jeu très agressif. Cette tactique était certes risquée, mais a permis aux Pays-Bas 1974 à la fois de récupérer énormément de ballon facilement, et surtout de n’être quasiment jamais mis en danger sur l’ensemble du tournoi (avec seulement un but encaissé en 6 matchs avant la finale).
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La disparition de la règle du hors-jeu passif ne permet plus aujourd’hui aux équipes de presser de façon aussi agressive. Néanmoins, le concept du pressing côté ballon est un paramètre central de la tactique du foot moderne et l’un des meilleurs exemple est sans doute le Liverpool de Klopp.




Cette notion de pressing côté ballon et d’enfermement de l’adversaire dans un petit espace est clairement l’un des héritages les plus importants laissé par les Pays-Bas de Michels. Malgré une qualité de jeu remarquable et un système semblant infaillible, les Pays-Bas 1974 ne seront pas sacrés durant ce mondial. L’équipe chute en finale face aux hôtes allemands.
Pays-Bas 1974, les autres, perdants magnifiques
Au vu de leur tournoi où ils n’ont laissé aucune chance à la plupart des équipes qu’ils ont rencontrés, les Pays-Bas bien qu’outsider en début de compétition faisaient office de favoris pour la finale. Ce match commence d’ailleurs de la meilleure des manières pour les Oranje qui obtiennent et transforment un penalty après moins d’une minute de jeu. Néanmoins, la suite ne se passera pas comme prévu pour les hommes de Michels. Moins inspirés, moins intenses dans leurs courses et gênés par la solidité allemande, les néerlandais vont passer à côté de leur finale. Le maître à jouer Cruyff est coupé de ses coéquipiers et les allemands réalisent le match parfait en s’imposant finalement 2-1.
Une dépendance trop importante à Cruyff, la surprise de rencontrer une équipe aussi solide après un tournoi dominé de la tête et des épaules, un contrecoup physique, nombreuses sont les explications possibles de cette désillusion. Ce qui est sûr c’est que les néerlandais n’étaient que l’ombre d’eux même.
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La frustration et le goût d’inachevé sont énormes lorsqu’on voit la qualité de jeu développée par les Pays-Bas sur ce tournoi, mais les Oranje ont finis par craquer au pire moment marquant également la fin de cette forme extrême de football total. Michels remportera tout de même l’Euro 1988 qui constitue encore aujourd’hui le seul titre majeur des Pays-Bas, mais son équipe se présente cette fois ci en 4-4-2 et est loin de développer le même type de football que l’équipe des Pays-Bas 1974.
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Le parallèle avec la Hongrie de Sebes, également battue par l’Allemagne en finale de la coupe du monde 1954 se renforce par ce scénario tragique. Cette défaite représente néanmoins bien la sélection néerlandaise à travers l’histoire du football, très souvent enthousiasmante, précurseur sur énormément de principes de jeu, mais très rarement victorieuse. On peut penser à l’Euro 2000 ou à domicile, les néerlandais de Bergkamp, Kluivert et Davids se feront sortir aux tirs au but en demi-finale face à une Italie réduite à 10 dès la demi-heure de jeu. On peut aussi penser à la demi-finale de l’Euro 2004 et surtout à la finale de la coupe du monde 2010, les Pays-Bas représentent la parfaite sélection, jouant un football léché mais ne gagnant jamais.
Cette équipe Pays-Bas 1974 ne déroge pas à la règle, néanmoins, elle aura marqué l’histoire de la coupe du monde et du football en général en poussant à l’extrême les principes du football total. Malgré la défaite, cette équipe est restée dans les mémoires de par la qualité du jeu qu’elle développait et a laissé un héritage énorme qui est encore visible dans le foot en 2024. Même si cela ne vaut pas un titre, cette défaite au pire moment contribue également à rendre cette équipe attachante, car c’est aussi ça la caractéristique des perdants magnifiques.
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L'Élégance par la Tactique - Fausse Touche · 10/01/2025 à 15:57
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