25 avril 2024. En fin de soirée, Alexandre Duchenne, fan du 1.FC Kaiserslautern et co-gérant du compte @BetzeFr sur le réseau social X (ex-Twitter), se confie sur son club de cœur à quelques semaines d’un rendez-vous avec l’Histoire. Pas encore maintenu en 2.Bundesliga au moment de l’interview, son ressenti témoigne d’un héritage humble, valeur d’un club à part dans le paysage du football allemand.


Quand la Bundesliga a été créée au début des années 60, le FC Kaiserslautern fut un membre fondateur et s‘est maintenu dans l‘élite pendant plus de 30 ans. La première fois qu‘on a été relégué, c’est en 1996. Pour l‘ironie de l‘histoire, ça s‘est joué à la dernière journée en déplacement à Leverkusen, également menacé. Ils pouvaient se maintenir avec un nul, tandis que Kaiserslautern devait l‘emporter. On a ouvert le score mais Leverkusen a égalisé dans les dernières minutes. Une image mythique existe au coup de sifflet final avec Andreas Brehme dans les bras de Rudi Völler, qu‘il a connu avec la Mannschaft. Une semaine après, on joue la finale de la Pokal face à Karlsruhe, favori et qui avait fait une bonne saison.

Finalement, Kaiserslautern l‘emporte sur un coup-franc de Martin Wagner. La saison de 1995-1996 ressemble grandement à l‘actuelle. On avait une équipe de qualité : on joue tous les ans la Coupe d‘Europe dans les années 90, on gagne des trophées. L‘accident de parcours amène à la relégation. Beaucoup de joueurs sont restés (Andreas Brehme, Miroslav Kadlec, Pavel Kuka), se disant que le club est descendu par leur faute. On remonte tranquillement l‘année suivante. On a fait le grand coup avec la remontée et la victoire en Bundesliga, chose jamais faite encore aujourd‘hui par un promu.

Il arrive après l‘Euro 2000 et reste deux saisons. On le fait venir pour se qualifier en Ligue des Champions, mais on a fait deux fois cinquième. Si c‘est une déception, on parle toujours de Youri Djorkaeff à Kaiserslautern. C‘était un joueur insaisissable et qui gagne des matchs tout seul : on joue Tottenham en Coupe de l‘UEFA. On perd d‘un but à l‘aller. Au match retour, sur deux actions initiées par le Snake, on met deux buts en toute fin de match et on élimine les Spurs.

Au meilleur de sa forme, il était un top joueur et les gens n‘ont pas pu l‘oublier. Après on a eu d‘autres Français, le plus récent étant Nicolas de Préville. Il a joué la deuxième partie de saison l‘année dernière. Il est arrivé libre et ça a été difficile au niveau physique. Quand il a joué, on voyait un talent certain : il finit par marquer un magnifique but contre le Hamburger SV. Il voulait rentrer en France en fin de saison pour se rapprocher de ses proches à Metz.

La RFA a gagné la coupe du Monde en 1954 contre toute attente. La moitié de l‘équipe joue en club à Kaiserslautern : le capitaine Fritz Walter et son frère Ottmar, Werner Liebrich, Werner Kohlmeyer et Horst Eckel. Le titre est à tout jamais associé au nom du club, c‘est d‘ailleurs le meilleur d‘Allemagne après guerre. En 1951 et 1953, Kaiserslautern remporte le titre ancienne génération, avec des championnats régionaux et un système de play-offs.

Il est donc membre fondateur de la Bundesliga au début des années 1960, durant lesquelles le club joue souvent le maintien. Ca va beaucoup mieux au début de la décennie suivante, où on signe le meilleur gardien au monde, Ronnie Hellström, qui fait un Mondial 1974 époustouflant. Les dirigeants avaient eu le nez creux en le signant juste avant. Avec lui, on s‘est qualifié pour des coupes d‘Europe et au début des années 1980, on inflige au Real Madrid, ce qui reste aujourd‘hui sa plus cinglante défaite au niveau continental, une manita au Betzenberg !

« Au début des années 1980, on inflige au Real Madrid, ce qui reste aujourd’hui sa plus cinglante défaite au niveau continental : une manita au Betzenberg ! »

Le 1. FC Kaiserslautern se détache du Real Madrid en quarts de finale de la Coupe UEFA 1981-1982 (6-3 sur les deux confrontations) mais s’incline face au futur vainqueur, l’IFK Göteborg en demi-finale.

À LIRE – Notre article complet sur l’historique saison du 1.FC Kaiserslautern

Le stade s‘est développé au cours des décennies. Il faut en parler; car le journal le Monde avait écrit en 2006 quelque chose comme „les villes ont des stades, mais à Kaiserslautern le stade a une ville“. Je trouvais ça super beau car le stade est sur une colline, avec la cité à ses pieds. Pourtant, c‘est cette même enceinte qui a malheureusement précipité la chute de Lautern.Avant la coupe du monde 2006, le stade appartenait au club. Le président de Rhénanie-Palatinat, Kurt Beck, voulait absolument que l‘événement se joue dans son Land.

Sans faire offense à Mayence, la seule ville qui pouvait accueillir la compétition était Kaiserslautern. Il a fallu des gros travaux dans le stade pour le mettre aux normes de la FIFA. Le club a été au bord de la faillite en 2003 à cause de ces modernisations. On a pu sauver le club grâce à la vente des droits de Miroslav Klose, alors jeune talent, à une société privée pour recevoir rapidement de l‘argent. En 2004, on le vend au Werder Brême.

C‘était le début de la fin pour le club malgré une finale de coupe d‘Allemagne contre le Bayern en 2003. On descend logiquement en 2006 en Zweite Bundesliga. En 2010, on remonte et on inflige d‘entrée une première défaite au Bayern Munich et on fait une saison honorable en finissant 7e. On fait alors dernier la saison d‘après et on quitte l‘élite, qu‘on n‘a plus revue depuis. Ce sont surtout des décisions économiques qui ont pesé. A l‘échelle allemande, 100 000 habitants ce n‘est pas une grosse ville qui intéresse les sponsors et investisseurs. L‘argent est le nerf de la guerre.

Oui et d‘ailleurs, jusqu‘au début des années 90, des soldats français étaient stationnés à Kaiserslautern et c‘est pour ça que je suis fan du club. Mon père y était affecté. La communauté française était bien présente à l‘époque, avec la frontière non loin de la ville. Il existe aujourd’hui une amitié avec les supporters du FC Metz.

Au niveau régional, malgré Mainz 05 en Bundesliga, le premier club du Länder reste le 1.FC Kaiserslautern. C‘est un des meilleurs publics d‘Allemagne, même en Zweite. Ceux qui connaissent le football allemand disent que le club mérite l‘élite car l‘ambiance en est digne. Le stade est souvent rempli et à l‘extérieur, le contingent de places est souvent totalement pris. A Wiesbaden (seulement à 100 kilomètres au nord), on a quasiment joué à domicile. C‘est un club effectivement très réputé pour ses parcages.

On ne va pas se mentir : la priorité absolue est le maintien malgré notre première finale de coupe en 21 ans. La 3. Bundesliga est un coupe-gorge avec de grands clubs comme Munich 1860 ou le Dynamo Dresden. Ce championnat est très difficile et ressortir par le haut est tout sauf simple. La situation n‘est pas bonne mais je préfère perdre 5-0 contre Leverkusen mais qu‘on se maintienne. Financièrement, on ne roule pas sur l‘or. Le club a eu la chance d‘avoir le Covid-19 qui a influencé la Fédération à laisser la possibilité à certains clubs de déposer le bilan sans sanction. Le 1.FCK a utilisé cette aubaine car il traînait des dettes depuis des années. Cela a donné une bouffée d‘air frais, notamment au niveau sportif avec une montée en 2. Bundesliga, qui a attiré des investisseurs.

« La situation n‘est pas bonne mais je préfère perdre 5-0 contre Leverkusen mais qu‘on se maintienne. »

Le 1.FC Kaiserslautern s’est maintenu aisément dans les dernières journées de la saison en prenant 10 des 15 points possibles, et en inscrivant 13 buts. Ils ont notamment battu le Holstein Kiel, promu en Bundesliga, au Holstein-Stadion (1-3).

Il y a maintenant deux types d‘investissements à Lautern : un groupe asiatico-américain qui investit aussi dans d‘autres clubs et un groupe d‘entrepreneurs locaux. Avec une métropôle de taille moyenne, c‘est peu intéressant pour les grands annonceurs mais il s‘agit d‘un club avec une énorme aura pour la ville et la région. Son ancrage local nous permet donc d‘avoir une garantie malgré une possible descente.

En début de saison, je n‘étais pas confiant. La deuxième saison comme promu est toujours plus difficile. Malgré tout, on a réussi à remplacer des cadres comme Terrence Boyd par Ragnar Ache, recruté à l‘Eintracht et qui a joué aux Jeux Olympiques 2020. Offensivement, on n‘est pas mauvais mais défensivement, on est une vraie passoire. Seul Osnabrück a fait pire. Le tournant de la saison a lieu selon moi à Düsseldorf un samedi soir où on mène 0-3 à la trentième minute. On était tout en haut, troisième du championnat. Puis on a assisté à un effondrement total, en perdant ce match. On reçoit Hambourg la semaine d‘après, et une boulette de Julian Krahl offre le point du nul au HSV. Ragnar Ache s‘est blessé lors du premier de ces deux matchs pour deux mois, pendant lesquels on ne glâne aucun point.

Un but toutes les 112 minutes

C’est la fréquence de buts en minutes de Ragnar Ache, recruté à l’Eintracht Frankfurt, en 2. Bundesliga cette saison. C’est le meilleur attaquant dans ce domaine avec le buteur de Karlsruhe Budu Zivzivadze et devant Haris Tabakovic (117 minutes) du Hertha Berlin. A titre de comparaison, c’est la même fréquence que Victor Okoh Boniface en Bundesliga.

On finit par limoger Dirk Schuster, avec qui nous étions remontés, pour recruter Dmitrios Grammozis. A partir de là, on n‘a plus eu de concept de jeu. C‘est là que la Pokal a un effet négatif : on se qualifie, on n‘est pas si mauvais. En championnat, on fait quelques coups d‘éclat, en battant Schalke 04 à la maison par exemple, mais sans jamais enchaîner. On se retrouve alors dans une situation complètement paradoxale. On n‘a qu‘un seul match où on n‘a pas encaissé de but cette saison. Cette statistique fait froid dans le dos.

Le sort de la finale peut être lié au maintien. Mon grand espoir reste qu‘on se maintienne sans passer par les barrages et que Leverkusen joue la finale d‘Europa League trois jours avant la finale. Bien sûr, je souhaite que la bande à Xabi Alonso gagne le titre, fasse la fête comme il se doit et qu‘ils arrivent crevés en Pokal. Le barrage pour nous doit être programmé la veille de la finale, et si Lautern doit jouer les barrages, ce sera trois jours avant la finale (ndlr. : aujourd‘hui, Kaiserslautern est assuré de se maintenir en 2. Bundesliga). La plupart des joueurs vivront le plus grand match de leur carrière ce jour-là et seront forcément motivés.

Si le maintien est assuré, il y aurait une douce euphorie dans la ville. La peur la freine, on a la tête au maintien. Je pense que beaucoup de gens vont croiser les doigts pour le plus petit en finale. On n‘est pas n‘importe quel petit poucet : on a écrit des pages majeures de l‘histoire du football allemand. Le club a toujours une côte de sympathie en Allemagne malgré le manque de succès depuis deux décennies. Mark Forster, l‘un des chanteurs en vogue en Allemagne, est un grand fan du club et il fait de temps en temps un peu de publicité sur les plateaux télés. Beaucoup de célébrités ne se cachent pas d‘être supporter. Ce n‘est pas un club oublié. Peu de gens croient qu‘on puisse faire l‘exploit mais beaucoup se réjouiraient qu‘on le fasse.

Je me demande si le laron de l‘histoire ne serait pas le Wehen Wiesbaden, que je trouve en perte de vitesse et qui doit jouer le Holstein Kiel puis le Sankt Pauli pour la dernière journée.

On perdra assez nettement si on descend directement, 3-0 ou 3-1. Si on est en barrage, je considère que ça changerait rien au résultat. Si on se maintient, je pense qu‘on peut gagner. il y aura un soulagement énorme et la Pokal serait la cerise sur le gateau. On n‘aura plus rien à perdre et on a démontré sur certains matchs qu‘on est capable de faire de belles choses. On peut gagner 2-1.


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