Le football féminin se popularise depuis des décennies, mais vit encore dans l’ombre de son homologue masculin. Dans un monde régit par le patriarcat, pas de surprise. Son développement s’est néanmoins accéléré ces dernières années. En cause, une médiatisation plus importante et les bons résultats de l’Équipe de France. En filigrane, la position de la femme sur un terrain de football est la même dans la société. Dans un cercle comme dans l’autre, leur légitimité est continuellement questionnée. Les récits ne manquent pas. Témoignages non loin de la frontière allemande, à quelques kilomètres de la Méditerranée ou encore en pleine Beauce.

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En France, les équipes féminines de football apparaissent au début des années 1910. Mais, il faut attendre 1917, dans le contexte de la Première Guerre mondiale, pour voir s’opposer deux équipes, à Paris. Ce n’est qu’en mars 1970 que le Conseil fédéral de la Fédération française de football (FFF) va reconnaître son existence. Elle met en place l’équipe nationale féminine. Plus de 100 ans après le premier match, le football féminin est toujours assigné aux mêmes clichés, apportant leur lot de violences. Les femmes sur un terrain de football et en dehors subissent le même type de brutalité : un manque de reconnaissance, des inégalités avec les hommes, les clichés sur une supposée condition physique inférieure, parfois même l’impression qu’elles ne peuvent pas faire les mêmes choses que les hommes. Ces derniers invalident leur pratique, invalident leurs ressentis. Sur ce terrain, elles ne seraient pas égales aux hommes.

La médiatisation de la pratique depuis quelques années a permis d’apporter un nouveau regard. Regard bénéfique pour les jeunes filles qui veulent s’y intéresser, mais aussi pour les fans du sport. « Je n’ai pas forcément eu de figures dans le foot féminin. À l’époque ce n’était pas vraiment médiatisé. Donc, je ne regardais pas souvent les filles jouer. Je trouve ça dommage, parce que c’est assez important d’avoir l’image d’une grande joueuse pour essayer d’avancer et de s’améliorer », déplore Sarah Nicolas, 21 ans, joueuse à Monteux (Vaucluse) pendant 10 ans. « Maintenant, je pense que ça a changé et les jeunes joueuses ont plus de chance de pouvoir s’appuyer sur des figures dans le foot féminin », poursuit-elle. Rassurant ?

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La pratique du sport aide les jeunes filles à grandir, à s’émanciper et à prendre confiance en elles. Le football féminin n’échappe pas à cette règle. Mais il y a encore quelques années, elles étaient moquées et pointées du doigt lorsqu’elles avaient simplement envie de taper dans un ballon. Obligées de jouer dans des équipes mixtes, avec pratiquement que des garçons, elles jouaient et jouent encore peu et peuvent être mises à l’écart.

« À cet âge-là, les garçons sont assez moqueurs et ne se rendent pas forcément compte qu’ils peuvent être blessants et vexants. Ça aide aussi pour essayer de se renforcer et de grandir. Ça m’a peut-être finalement aidé à être plus forte », précise Sarah. « Pour les garçons de l’équipe, on reste une fille, ce n’est pas forcément normal de jouer au foot. En général, on est la seule fille, c’est assez complexe de faire sa place », se remémore-t-elle.

« Avec des équipes mixtes, c’est très difficile de garder nos joueuses. Je n’ai eu qu’une féminine dans mon groupe cette année, débutante qui plus est. Les autres sont parties à l’intersaison précédente, pour des raisons diverses. Elle a largement réussi à faire sa place, mais a eu tendance à se marginaliser, rester à l’écart. Les filles partent souvent de plus loin que les garçons du fait de leur manque de saisons dans les jambes, mais leur sérieux a tendance à les faire progresser très vite », souligne un éducateur du district d’Eure-et-Loir.

Aujourd’hui, de plus en plus d’équipes féminines se forment (malgré un manque de moyens récurent) et gagnent à aimanter des supporters, des personnes qui viennent assister au match. Certains clubs essaient de mettre en avant toutes leurs équipes. « Dans le club où je suis actuellement, et ça a été une surprise pour moi, tout le monde est derrière l’équipe à chaque match. Je pense que le club fait tout pour que son équipe féminine soit autant visible que sur ses équipes masculines », se réjouit Manon Hellegouarch, joueuse à l’ES Maintenon-Pierres au niveau départemental. Mais, si dans ce club, les équipes féminines sont mises en avant, ce n’est pas le cas partout. Ici, pas de question financière qui pourrait théoriquement justifier une exposition plus importante pour les équipes masculines. Alors, quelle raison ?

« On va avoir tendance à mettre un ordre de priorité sur les équipes masculines par rapport aux féminines. À Maintenon, c’est un club familial, et on a toujours du monde pour venir nous encourager mais je ne suis pas sûre que ce soit le cas dans d’autres clubs, et ça, ça créé un sentiment d’abandon par son équipe. On ne se sent pas soutenu par son propre club et ça peut créer certaines tensions et être compliqué à vivre », explique Lina Le Seac’h, également joueuse de Maintenon, dans le Centre Val de Loire. Les ordres de priorité viennent surtout des clichés existants. « Les gens comparent le foot masculin et féminin, surtout pour critiquer le second et le pointer du doigt. Alors qu’il y a des aspects qu’on ne retrouve pas chez les hommes. Mais malheureusement les clichés et les aprioris font que les gens n’ont pas forcément envie de s’y intéresser », explique Sarah.

Assile Toufaily, ex-joueuse libanaise et doctorante en football féminin, le confirme. Elle constate que les infrastructures, les terrains ou les salles de sport, sont prévues avant tout pour les joueurs. Au point de parfois demander aux joueuses de revenir plus tard. Et ce, aussi bien club qu’en sélection nationale à un degré de compétition beaucoup plus élevé que les rencontres régionales ou départementales en France.

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Dans la société, les femmes se battent depuis des décennies pour l’obtention de certains droits. Si des inégalités demeurent encore aujourd’hui, les différences avec la gente masculine se sont largement restreintes. Les femmes ont prouvé qu’elles avaient des qualités physiques, qu’elles pouvaient très bien jouer et en équipe. Mais, là aussi, elles souffrent d’un manque de moyens et de médiatisation. Un rapport de l’UNESCO le souligne. « La médiatisation est une clé de voûte du développement de la féminisation du football, ayant un impact à la fois sur l’accroissement du nombre de femmes investies, sur la représentation sociale de ce sport, mais également sur l’image que l’on renvoie des femmes ».

À l’image des problèmes dans la société, les mentalités évoluent, mais pas encore assez vite. Les femmes doivent encore parcourir un long chemin pour prouver qu’elles sont tout autant légitimes. « Dans mon dernier club, on s’entraînait au même créneau horaire que les seniors masculins et sur le même terrain. Ils prenaient tout le terrain et on avait un petit carré, on devait avoir 1/8ᵉ du terrain. C’est le cas dans la majorité des clubs, bien que certains les mettent les filles en avant. Et pour connaître des filles qui font du basket et du hand, on retrouve ça que dans le foot », déplore Chloé, joueuse dans un club de Lorraine. « J’ai commencé à jouer au foot à 14 ans en équipe féminine. Mais on avait qu’un entrainement par semaine, contrairement à l’équipe masculine, alors j’allais m’entraînais avec eux », poursuit Manon.

Le développement du sport féminin, surtout dans le football, a pu être freiné par des discours très virils. Dans les années 1920, l’hostilité venait aussi des médecins et éducateurs sportifs. Le football était une pratique de « garçons manqués ». Il pouvait rendre stérile. Jusqu’en 1989, elles ne jouaient qu’avec les ballons n°4 (les plus petits), utilisés par les jeunes garçons classés jusqu’en U13. Les joueuses des années 60 expliquaient même qu’on les incitait à porter des prothèses protectrices pour la poitrine, puisque les hommes accordaient une grande importance à cette partie du corps. Elles jouaient, en somme, pour le plaisir du regard masculin…

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Aujourd’hui on entend, certes, beaucoup moins ces clichés et on retrouve plus de clubs amateurs et professionnels. N’importe quelle fille peut se permettre de pratiquer le football. La société évolue. Mais on retrouve, malgré tout, une différence de niveau dès le plus jeune âge : dans la cour de récréation, ce sont surtout les garçons qui y jouent.


Océane B.

Océ, 24 ans, étudiante en journalisme de temps en temps. Sillonne l'Europe pour visiter de nouveaux stades. Il m'arrive d'écrire des articles.

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À Marseille, le tournoi MUST ouvre le football à tous.tes - Fausse Touche · 08/11/2024 à 08:58

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