Thierno Barry, jeune attaquant de Villarreal, incarne le parcours atypique d’un joueur qui a su gravir les échelons à force de travail et de persévérance. Du haut de son mètre 95, ce Franco-Guinéen au gabarit imposant s’impose doucement comme l’un des jeunes talents prometteurs du championnat espagnol.

Il y a encore trois ans, il évoluait au SC Toulon, un club amateur. Aujourd’hui, il est attaquant à Villarreal et pourrait même rejouer une compétition européenne avec le « Sous-marin jaune » la saison prochaine. Mais avant d’arriver là, Thierno Barry a connu un début de carrière semé d’embûches.
C’est au cœur de son quartier, sous les couleurs de l’AS Montchat, que le jeune Thierno Barry chausse ses premiers crampons en U11, avant d’intégrer l’AS Saint-Priest, en banlieue lyonnaise. Passionné et déterminé, il trace son chemin dans l’univers du football. En 2019, il pose ses valises au SC Toulon. Avant d’atteindre la ville varoise, il a dû surmonter plusieurs obstacles.
D’abord recalé du Pôle Espoirs de Dijon, puis du Clermont Foot, il essuie des refus successifs. Comme si cela ne suffisait pas, ses résultats scolaires vacillent, tandis que le divorce de ses parents pèse lourd sur ses épaules. Pourtant, Thierno ne flanche pas. Il s’accroche, persévère, tente sa chance à l’ASPTT Dijon… mais essuie un troisième échec. Malgré tout, il continue d’y croire.
Le passage au SC Toulon : le moment de la dernière chance
En juin 2019, la journée de détection au SC Toulon représente une ultime opportunité pour Thierno Barry de concrétiser son rêve. Youssef Sif, éducateur-formateur qui deviendra plus tard son entraîneur, se souvient qu’il avait passé ces tests, accompagné de son ami Joseph Mendy. Pour eux deux, « c’était certainement leur dernière chance de signer, car la détection se déroulait en fin de mercato. » Malgré tout, le jeune homme était dans un bon état d’esprit, persuadé que ce n’était pas la fin de l’histoire. « Il a un mental, il ne lâche pas et n’écoute pas les critiques. », témoigne Joseph Mendy.
Finalement, Barry rejoint le club varois, intégrant d’abord l’équipe U18 avant de rapidement évoluer avec les U19 nationaux. Son adaptation ne s’arrête pas là. « Thierno, quand il arrive chez nous, c’estplus un milieu relayeur, voire défensif », explique Youssef Sif. Au fil des mois, le staff décide de le repositionner, le faisant progressivement évoluer jusqu’à devenir un attaquant axial. Ses qualités physiques sont indéniables : il excelle dans le jeu aérien et supporte les duels, bien qu’il manque encore d’explosivité en un contre un.
Pourtant, le caractère et le comportement du jeune joueur peuvent parfois être un frein. « Peut-être aussi qu’à ce moment-là, on n’a pas su l’écouter correctement », reconnaît Sif. Avec le temps, il forge son style et son mental. Et ce dernier est une arme redoutable. « C’est quelqu’un de très confiant, très sûr de lui. Pour le déstabiliser, c’est compliqué. Par moments, on a l’impression que c’est de l’arrogance, alors qu’en réalité, c’est juste qu’il connaît ses forces », souligne Sif. Cette confiance inébranlable, Thierno l’emmène partout avec lui. « Ça vient un peu de son père, qui a été sportif, il a la même mentalité que lui. Ce n’est pas de l’arrogance, mais de la confiance en soi », appuie son ami.
Un pari gagnant en Belgique
Après Toulon, Thierno Barry attire l’attention de clubs professionnels. En 2021, c’est le FC Sochaux-Montbéliard qui lui ouvre ses portes. Dans un club reconnu pour son centre de formation et sa capacité à faire émerger de jeunes talents. Il est intégré à l’équipe réserve, mais il n’évolue jamais avec l’équipe première, faute de temps de jeu. En quête de responsabilités et de temps de jeu, il fait alors le choix audacieux de rejoindre le KSK Beveren, en deuxième division belge.
Deux mois avant la fin de son année à Sochaux, j’ai une discussion avec leur directeur sportif, le responsable du recrutement. Il me dit qu’ils n’ont pas prévu de le faire signer maintenant, mais en décembre. À ce moment-là, Thierno a des tests à faire, dont la Belgique, au SK Beveren. Sochaux lui pose un ultimatum. Il doit leur donner une réponse à une certaine date, après quoi il ne serait plus considéré dans les effectifs. Et il ne restait plus qu’une semaine. Je lui dis écoute, Thierno, donne une réponse parce qu’il ne faut pas que tu perdes tes tests et ton club en même temps. Il a pris le risque. Il n’a pas donné de réponse, Sochaux ne l’a pas gardé et Beveren l’a pris
Youssef Sif, son entraîneur au SC Toulon
« Il l’a su tard qu’il partait en Belgique, on était en vacances. Donc pendant un moment, il était sans
rien, mais il y croyait toujours », témoigne Mendy. Ce pari, loin des projecteurs des grands championnats, s’avère payant. Chez les voisins, Thierno Barry explose littéralement. Dieumerci Mbokani le prend sous son aile et dès sa première saison, le franco-guinéen empile les buts (20 buts en 33 matches) et se fait remarquer par ses qualités physiques et sa progression fulgurante dans le dernier geste.
Du FC Bâle à Villarreal : l’Europe en ligne de mire
Son passage à Beveren ne dure qu’un an, mais il marque un tournant décisif dans sa carrière. Il devient un attaquant capable de faire basculer des matches. À l’été 2023, il s’engage avec le FC Bâle et découvre la Coupe d’Europe, en Conference League, sous les ordres de Fabio Celestini. Dans un club habitué aux joutes européennes, il continue d’affiner son jeu, devenant plus complet, plus précis. Mais alors qu’il semble s’inscrire dans la durée avec Bâle, une nouvelle opportunité se présente. Avec les départs de Sorloth (Atletico Madrid) et de Filip Jörgensen (Chelsea), Villarreal s’offre deux attaquants : Thierno Barry (pour 14 millions d’euros) et Ayoze Perez. « Il est allé dans le club dans lequel il avait les plus grandes chances de jouer tout de suite », justifie Sif. Pourtant, il était sur les tablettes de plusieurs clubs comme Saint-Étienne, mais aussi d’autres en Angleterre et en Allemagne notamment.
En Liga, il entre dans l’un des championnats les plus exigeants d’Europe. Cette saison, avec le Sous-marin jaune, il a inscrit 8 buts et 3 passes décisives en 26 matches. Mais, fidèle à lui-même, il aborde cette nouvelle étape avec confiance et détermination. Ses qualités ? « Son gabarit. Il est assez vif, assez puissant, assez rapide. Ce qui est rare pour une personne de grande taille. La puissance et la technique, aussi. Il est quand même à l’aise au niveau des deux pieds même s’il le montre un peu moins parce qu’il vient de débuter dans le monde professionnel. Il doit jouer avec des restrictions. Ce qui est normal parce que c’est un jeune professionnel », explique son ami.
Ambition tricolore
Ses performances ne passent pas inaperçues, surtout sur la scène internationale. Barry est né à Lyon, de parents guinéens, dans une famille de sportifs. Sa mère pratique l’athlétisme, tandis que son père, Amadou Korka Barry, est basketteur, et est même sacré meilleur joueur de basket de Guinée en 1998. Naturellement, Kaba Diawara, sélectionneur de la Guinée, tente à plusieurs reprises de l’attirer. D’abord pour les U23, puis pour l’équipe A. Il est même convoqué pour disputer les Jeux Olympiques avec le Syli national, mais décline l’invitation. Son objectif est clair : il veut intégrer l’Équipe de France Espoirs.
Au mois de novembre 2024, il est convoqué par Gérald Baticle pour les matchs amicaux. « Je l’ai appris à la télé, je n’ai pas eu d’appel du coach. Je ne savais même pas quand sortait la liste. Pour moi, c’était loin, car le mois d’avant (en octobre, ndlr), je n’avais pas été sélectionné » raconte-t-il sur sa chaîne Youtube. « J’étais en mode ‘wow, c’est réel, je n’y crois pas’. C’était inimaginable parce que les joueurs de l’Équipe de France Espoirs sont des joueurs que j’ai toujours vu jouer alors que moi j’étais dans un club amateur et eux étaient déjà des joueurs phares de leurs équipes. Ça m’a boosté dans mon égo. Je n’oublierai jamais ce jour-là. »
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Mais lors du dernier match en club avant d’aller en sélection, le joueur se blesse. Il se rend tout de même à Clairefontaine pour faire constater sa blessure. « J’étais déçu. Personne n’avait le droit de me gâcher ce moment-là, parce que je m’étais battu pour l’avoir. Je me suis dit, ‘t’es arrivé jusque là et tu reviens en arrière ?’ Je n’ai parlé à personne pendant deux jours. Puis, j’ai réfléchi et je me suis dit que j’étais dans le système et que maintenant, on me connaissait. Avoir vu Clairefontaine alors que quatre ans avant, c’était inimaginable, je n’avais plus de limites. »
Le temps lui a donné raison, puisqu’il a été rappelé pour participer au deux matches amicaux de l’Équipe de France Espoirs contre l’Angleterre et la Slovaquie en mars. « Il était heureux. Mais il le dit lui-même, ce n’est que le début. Il a été sélectionné, mais ça ne lui assure pas une place de titulaire », tempère Mendy.
Thierno Barry, une histoire de travail et de persévérance
Son parcours, atypique, illustre parfaitement sa détermination. « Il a un parcours similaire à celui de Morgan Guilavogui. Et encore, Morgan n’a pas joué au foot pendant un an. Il n’y a pas de mauvais joueurs, je pense qu’il y a que des mauvais contextes », affirme Youssef Sif. Thierno, lui, ne se cherche pas d’excuses. Il sait d’où il vient et ce qu’il veut accomplir. « Le foot, c’est ce que je sais faire de mieux. C’est ce qui me donne le plus d’émotions. Je peux aimer, rire, pleurer, m’énerver, avoir mal. Quand tu aimes quelque chose, tu ne peux pas le lâcher », confie le principal intéressé dans une interview pour La Bande à Bonal.
Cette passion, il veut la transmettre. Parce que lui s’est construit loin des centres de formation traditionnels et, à force de travail, s’est imposé dans le football professionnel. C’est d’ailleurs pour ça qu’il a lancé sa propre chaîne Youtube, à travers laquelle il ouvre les portes de son quotidien. On peut le voir à l’entraînement, à l’heure du repas avec son cuisinier personnel, dans sa salle de sport, lors de ses séances de récupération. « Je veux que quand on prononce mon nom, on se dise qu’on peut faire comme moi, que je n’ai pas fait tous les clubs pro, que je me suis arraché en amateur », insiste-t-il toujours dans la même interview.
La chaîne Youtube, c’est la continuité d’une démarche déjà entreprise sur Tiktok, où il avait raconté son histoire. « Il avait envie de motiver les plus jeunes, ceux qui ne passent pas par des centres de formation, etc. Leur dire de continuer à travailler,de ne pas lâcher, tout en leur conseillant de continuer à l’école. Il le dit : ce n’est pas parce que lui a fait le choix d’arrêter et que ça a marché que ça va être le cas pour tout le monde. », ajoute Joseph Mendy.
Sur le terrain, ses inspirations sont claires : Erling Haaland et Cody Gakpo. Des attaquants puissants, efficaces, capables de peser sur une défense et d’être décisifs. Deux profils dans lesquels il se reconnaît et vers lesquels il tend. Travailleur acharné, compétiteur né, Thierno Barry ne cesse de gravir les échelons. « Il travaille énormément. C’est une machine. Aujourd’hui, quand on prend Ronaldo la star, il a un petit peu le même fonctionnement », affirme Youssef Sif.
Mais derrière cette détermination et cette ambition, se cache aussi un homme de valeurs. « Il est très reconnaissant envers les gens qui l’ont accompagné », ajoute son ancien coach. Thierno est aussi un grand chambreur d’après son ami, mais aussi quelqu’un qui veut gagner ou rien, « il n’aime pas perdre, quel que soit le domaine. Il a le même état d’esprit que sur le terrain : sortir du lot et faire ce que les autres ne font pas. »
Thierno Barry, c’est l’histoire d’un gamin qui a refusé qu’on lui dise non. De Toulon à Villarreal, de l’ombre à la lumière, il a pris des coups, encaissé les refus, mais n’a jamais lâché. Aujourd’hui, il n’a plus besoin de prouver qu’il a sa place. Il veut juste continuer à avancer, à marquer, à inspirer. Parce que pour lui, chaque porte fermée n’a été qu’une invitation à en forcer une autre.
Gnamé Diarra
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