Vous l’avez forcément déjà vu quelque part. Ce magnifique cliché, où un stade trône fièrement entre les roches, l’océan et les glaciers, au bout d’une presqu’île. Vous l’avez peut-être même vu récemment. À tout hasard, sur les réseaux sociaux ou chez votre libraire. Et c’est bien normal. L’ouvrage Le Tour du monde en 80 stades, écrit par Vladimir Crescenzo, vient de sortir aux Éditions du Chemin des Crêtes. L’auteur vous plonge dans 80 décors de folie, 80 anecdotes à travers le globe.

Vladimir Crescenzo est journaliste sportif, pigiste. Vous avez pu le lire chez France Football, Onze Mondial, Slate, Le Temps, entre autres. Il écrit essentiellement sur le football, à propos de sujets habituellement qualifiés d’exotiques. Appellation qu’il n’apprécie guère. Trop réductrice. Le terme football peu médiatisé lui convient mieux. Nous avons échangé avec Vladimir à propos de ce projet né il y a un peu plus d’un an.
Quand on t’écoute te présenter, on sent que le projet de ce livre ne naît par hasard.
C’est vrai. Et pourtant, projet me tombe un peu par hasard, à l’origine. J’ai eu la liberté de construire le bouquin comme je l’entendais. J’ai eu le choix des histoires, des stades mis à l’honneur. En fait, j’ai croisé le patron de la maison d’édition à un évènement. À ce moment, il a déjà une idée dans un coin. Publier un ouvrage sur les stades les plus spectaculaires de la planète. Son idée reste vague, tout comme la direction qu’il souhaite lui donner. À ce moment-là, je travaille sur un autre projet. Je voulais partir jouer la Ligue des Champions d’Océanie, avec Pago Youth, un club des Samoa américaines. C’est d’ailleurs le dernier stade, celui qui clôture le bouquin. Il est assez pittoresque et assez impressionnant.
C’est donc un projet que j’ai dans un coin de la tête. Sur le coup, je lui parle de ce stade-là, je lui évoque mon pari. Une semaine plus tard, j’étais à la maison d’édition pour discuter plus en profondeur du livre. Comme je le disais, j’ai eu totale carte blanche pour sélectionner les photos, les stades, les anecdotes.
Jouer la Ligue des Champions d’Océanie, c’est un pari fou. Et en même temps, c’est le football « peu médiatisé » dont tu parlais. Comment un tel projet naît-il dans ta tête ?
Je regarde la Ligue des Champions d’Océanie depuis plusieurs années. C’est la Ligue des Champions la moins médiatisée, où le niveau est le plus faible. J’aimais particulièrement regarder les tours préliminaires. On y retrouve le club champion des Samoa, des Samoa américaines, des îles Tonga et des îles Cook. Plusieurs années d’affilée, l’équipe de Pago Youth a représenté les Samoa américaines. Elle enchaînait les défaites.
À force de les voir jouer, j’ai réalisé que leur niveau n’était pas si éloigné de celui que je pouvais connaître en amateur, en France. En tout cas, cela semblait faisable et atteignable, sans prétention. Un pote à moi était partant et nous avons monté ce projet. Préparation sportive, boîte de production, le projet part sur de bon rail. C’était sans compter sur le COVID et les reports de compétition, les non-qualifications, ma blessure. Le projet est en stand-by et m’a permis de me consacrer entièrement au bouquin. Ce qui n’est pas plus mal.
Définitivement, tu aimes le football qui ne fait pas les grosses affiches.
J’aime le football dont on en entend pas parler. Le football océanien m’intéressait parce que les équipes de Nouvelle-Calédonie et de Polynésie française y jouaient. Les clubs ultramarins est un sujet qui m’intéresse de manière générale. Je trouve d’ailleurs que ces clubs n’ont pas l’exposition méritée. C’est dommage de ne pas mettre à l’honneur des clubs qui représentent des territoires français. J’ai cette curiosité d’aller creuser des sujets qu’on on a pas l’habitude de connaître.
Le Tour du monde en 80 stades paraît pendant la Coupe du Monde. Ce timing était réfléchi ?
Avec mon éditeur, nous avions la volonté d’arriver d’arriver entre le CDM et les fêtes. Cela nous offrait un environnement favorable et la possibilité d’en parler. En effet, c’est un livre qui est un peu à contrepied du football business, à contrepied de la CDM au Qatar. Dans l’intro, je parle de ces stades construits au milieu du désert, des stades climatisés, dont l’utilisation après l’événement est peu connue. Cela étant dit, ce n’est pas un sujet propre au Qatar. De la Russie au Brésil, c’est un problème rencontré un peu dans tous les grands évènements sportifs. De grandes constructions qui ne servent plus à grand chose une fois la compétition finie. Le Dynamo Saint Petersbourg a été déplacé jusqu’à Sotchi pour occuper le stade. Soit à plus de 2000 kilomètres de distance.


Un tel ouvrage demande une grande logistique j’ai l’impression ?
Exactement. En effet j’ai dû en premier lieu faire énormément de recherches, trouver les 80 stades susceptibles de compléter le livre. J’en connaissais quelques uns, c’était une première petite base. Ensuite, il a fallu que je prenne contact avec tous les photographes, leur expliquer le projet. Un certain nombre d’entre eux a accepté que leurs photos figurent dans le livre, gratuitement.
Je devais trouver cet équilibre entre stades spectaculaires et histoires avec du fond, des sujets sociétaux, culturels, géopolitiques et d’autres sujets un peu plus léger. Le projet devait être cohérent.
Les sujets sociétaux sont importants pour toi ?
C’est un aspect du football qui m’intéressait beaucoup. Découvrir comment les liens entre football et société, politique s’entremêlent. Ces domaines m’intéressent plus que ce qu’il peut se passer sur le terrain, pendant un match. J’aime bien raconter la société au travers du football. La football s’infiltre partout et c’est en ça que le football est universel. Tout le monde y joue, même dans les coins les plus reculés de la planète. C’est ce qui a rendu possible ce projet.
J’ai découvert des histoires variées, c’est difficile d’en sortir une du lot. Une d’entre elle m’a marqué, celle du stade Pedro Arrispe en Uruguay, à Montevideo. C’est l’histoire d’un père et d’un fils, supporters chacun de clubs rivaux de la ville. Les clubs de Rampla Juniors et de Cerro. Le fils est décédé et le père a décidé de changer de club et d’aller voir les matches de son équipe rivale, à la mémoire de son fils. C’est une histoire forte qui raconte comment on peut parfois dépasser les antagonismes du football.


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Avec en prime, leur décryptage de cet ouvrage.
Nous voulions que le livre soit un « beau-livre », avec un format à l’italienne, une couverture cartonnée et du papier de qualité pour mettre en avant les photographies des stades. Nous avons travaillé avec un jeune graphiste talentueux, Mehdi Daas, qui a designé les cartes du monde et choisi des couleurs par continent. Enfin, ce sont bien sûr les photographies qui font toute la beauté du livre puisque Vladimir Crescenzo a sélectionné avec soin des prises de vue capturées par des photographes passionnés du monde entier. Nous voulions leur faire honneur en laissant toute la place nécessaire aux images.
Juliette Kermarrec, assistante d’édition aux Éditions du Chemin des Crêtes
As-tu de nouveaux projets dans le futur ?
Ce livre projette le regard que j’ai toujours essayé d’avoir sur le football. J’ai conforté ce regard que je portais le football. J’ai pris beaucoup de plaisir à faire ce bouquin et ça m’a donné envie de continuer dans l’écriture, en plus du journalisme.
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Un grand merci à Vladimir Crescenzo et à l’équipe des Éditions du Chemin des Crêtes pour leur disponibilité.
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Aux Samoa américaines, la diaspora est-elle l'unique chance de sauver le football sur l'archipel ? - Fausse Touche · 05/10/2024 à 17:00
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