Selon une enquête du Guardian, 6 500 travailleurs de nationalités différentes sont morts pour que des footballeurs et leurs fans puissent disputer la Coupe du Monde dans des stades qataris climatisés, il y a quatre ans, en plein hiver. Ajoutez à cela les conditions d’attribution de cette édition que l’on pourrait qualifier de douteuses, pour ne pas dire plus, et il n’en avait fallu pas plus pour que se multiplient les appels au boycott de cet événement planétaire. Édito.

Évidemment, et sans grande surprise, l’ultra majorité des suiveurs potentiels de la Coupe du Monde n’a pas gardé sa télé éteinte, tandis que Lionel Messi ou Kylian Mbappé en profitaient pour crever l’écran, à l’occasion de l’un des plus grands matches de l’histoire de la compétition. Cela aurait été hypocrite d’aspirer au contraire. Malgré tout, impossible de nier que cette petite dynamique populaire lancée par les personnalités ou organisations comme Éric Cantona, Jean-Luc Mélenchon ou Virginie Despentes, avait connu un petit écho médiatique, permettant de mettre – un tout petit peu – en lumière le calvaire de ceux qui ont payé de leur vie l’organisation de cette Coupe du Monde, dans l’ombre.
Mais disons le, appeler à boycotter un événement prenant place chez les méchants dictateurs musulmans du Moyen-Orient, c’est plutôt facile. Comme en Arabie Saoudite, ces États sont déjà vilipendés – à raison – pour leur violation des droits humains, de la presse ou du travail. Alors, une attaque de plus ou de moins…
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Cette Coupe du Monde, plus que tout autre événement sportif ou culturel avant elle, cristallise des atteintes intolérables à la dignité et aux libertés humaines (…) À partir d’aujourd’hui, il n’y aura plus dans ces colonnes et sur notre site Internet aucun article ni annonce publicitaire évoquant l’aspect sportif de ce Mondial-2022.
Éditorial sur le site lequotidien.re, 13 septembre 2022.
Maintenant, il va falloir rester droit dans ses bottes, et attendre de chaque personne qui a appelé au boycott de la Coupe du Monde au Qatar, la même chose que l’immondice qui s’annonce cette année. Non pas uniquement à cause du désastre écologique annoncé, comme il y a quatre ans, mais car les États-Unis, démocratie ou pas, doivent être traités de la même manière que les régimes autoritaires qui tuent, violent, persécutent.
En théorie, il n’y a ni régime autoritaire organisateur, ni scandale massif comparable sur les droits humains. Et bien si. Les gendarmes du monde sont un régime tout aussi dangereux. Nouvel exemple ce samedi 3 janvier, date à laquelle nos amis outre-Atlantique ont décidé de changer le régime politique du Venezuela (en plus de profiter du pétrole). Un coup d’État, en somme. Dans les minutes et heures qui ont suivies, tous les grands dirigeants néo-libéraux occidentaux avaient déjà pris acte de cet enlèvement, préparant déjà la suite, comme si les Vénézuéliens avaient été sauvés.
Le prix exorbitant des billets était déjà un motif d’appel à boycott, mais l’existence même de la Coupe du Monde dans cet État doit l’être tout autant. Sans tomber dans l’adage ridiculement stupide, le football est bien politique, et si l’on aspire à une société libérée de fascisme(s) ou d’impérialisme(s), collectivement, on doit aspirer à exigence beaucoup plus importante de notre sport. Ne pas accepter l’organisation de la Coupe du Monde aux États-Unis en fait partie.
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Et si les joueurs et sélections ont peut-être davantage entre leurs mains pour peser dans la balance, c’est probablement la seule arme dont les fans de football disposent. Dénoncer, relayer, militer, boycotter. Que Lamine Yamal soit sur le terrain ou non. Dans le cas du génocide en Palestine, les appels au boycott des entreprises alliées et supports du sionisme ont pu, à leur échelle, porter leurs fruits. Starbucks a notamment perdu plusieurs millions de dollars. Si le modèle du boycott a bien évidemment ses limites, il a le mérite de mettre une épine dans la chaussure de ceux qui poussent le monde vers une société de plus en plus fascisée. Ce n’est pas seulement un outil de résistance, mais peut-être aussi un impératif moral.


