L’été 2026 approche à grand pas et comme tous les quatre ans depuis 1930, les meilleures sélections de chaque continent se retrouveront pour disputer un nouveau Mondial. Après la Russie en 2018 et le Qatar en 2022, ce sont trois pays qui accueilleront l’événement : les États-Unis, le Mexique et le Canada. Dans une édition au format nouveau, où 48 équipes seront de la partie contre 32 précédemment, les enjeux sportifs seront bien évidemment cruciaux. Mais les débats ne seront certainement pas centrés exclusivement sur le sportif. En effet, la question climatique viendra à coup sûr s’immiscer dans les différentes discussions, en plus de la terreur répandue par l’ICE. Ces débats auront lieu avant, pendant et après le mois et demi de compétition, du 11 juin au 19 juillet 2026.

Déplacements des délégations et des supporters, construction et/ou rénovation de stades et de centres d’entraînements, consommation sur place mais aussi événements climatiques récents, les interrogations demeurent nombreuses à propos de l’empreinte écologique laissée au sein des différents pays organisateurs, mais aussi plus généralement pour la planète dans sa globalité. Car oui, si pour le président américain, « le concept de réchauffement climatique a été créé par les Chinois, pour les Chinois », il n’en reste pas moins vrai que l’urgence est réelle. La Coupe du Monde 2026 devrait, sans trop de surprises, s’inscrire dans la longue liste des organisations qui participent à la destruction pure et simple de notre lieu de vie. Nous nous sommes ainsi entretenus avec Stuart Parkinson, directeur exécutif de l’organisation Scientists for Global responsibility, qui nous a également fait part de son inquiétude.
Des prévisions inquiétantes
5,25. C’est le chiffre colossal, exprimé en millions, qui représente la quantité totale de tonnes d’équivalent en CO2 que l’organisation de la Coupe du Monde au Qatar a généré il y a maintenant quatre ans. À titre de comparaison, il s’agit d’un bilan carbone bien plus important que les émissions annuelles d’un pays entier comme l’Islande. Si cela semble déjà ahurissant, les prévisions indiquent que la situation sera encore pire lors de l’édition 2026.
Les scientifiques du programme Scientists for Global responsibility (SGR), dont la presse internationale et la BBC ont largement repris les résultats, estiment que ce chiffre devrait doubler. On atteindra alors le seuil des neuf millions de tonnes d’émissions de CO2. Seule l’édition de 2002 avait eu lieu dans plusieurs pays différents, au Japon et en Corée du Sud. Aujourd’hui, nous devons questionner la pertinence de répartir les matches sur trois territoires aussi vastes. La question du transport devient centrale : les équipes et les nombreux supporters utiliseront majoritairement l’avion. Selon les chercheurs du SGR, ce transport aérien représentera à lui seul près de 8 millions de tonnes de CO2.
En un mois de compétition, cela équivaut à la consommation mensuelle d’électricité de 60 millions de foyers français. À titre d’exemple, la Belgique parcourra près de 3 300 km. Elle débutera à Seattle puis se rendra à Los Angeles et finira enfin à Vancouver, au Canada.

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Cela dit, la question des stades pose moins problème qu’en 2022. Tous les stades existaient déjà avant l’événement, mais il faut relever une autre inquiétude. La Coupe du Monde des Clubs, qui a eu lieu aux États-Unis en juillet 2025, devait servir de répétition générale. Et le moins que l’on puisse dire, c’est que cette première édition a mis en lumière la problématique climatique. Pluie torrentielle, chaleur exorbitante, violents orages… près d’une dizaine de rencontres, sur soixante-trois, ont été temporairement interrompues au total. À un an du vrai test, cette tendance n’a rien de rassurant. Mais elle met en avant le dérèglement qui nous touche et qui nous touchera encore plus durement. Cela pourrait permettre aux grandes instances de prendre conscience des enjeux et de les combattre fermement. Mais il ne faut pas trop en attendre, soyons sérieux.
Le choix des sponsors de cette Coupe du Monde 2026 suffit à nous le montrer. Aramco, géant pétrolier saoudien, se signale par exemple par son non-respect des Accords de Paris, comme le relève un article de Forbes, tout comme il bafoue les droits humains. Stuart Parkinson explique que les émissions liées au sponsoring « pourraient être trois fois supérieures à l’ensemble des autres émissions combinées ». Coca-Cola, lui aussi partenaire privilégié de la FIFA, illustre également ces sponsors peu concernés par la crise climatique. Des enquêtes et recherches très abouties, tout comme des associations comme Greenpeace, insistent sur son statut d’un des plus gros pollueurs plastiques de la planète. Unilever, géant de la grande distribution, est aussi critiqué pour cela.
Mais l’exemple de la dernière CAN, sponsorisée par Total Energies, l’un des plus gros pollueurs mondial et fossoyeurs des pays africains, rappelle que les enjeux sont tout autres. On le savait, il ne faut pas attendre quelque chose des grandes instances du football sur l’aspect éthique.
Les promesses des organisateurs

Donald Trump et Gianni Infantino lors de la présentation de la Coupe du Monde 2026, symboles du non-respect des enjeux climatiques (BBC).
Face à cet état des lieux peu glorieux, les organisateurs tentent de se défendre. La FIFA a pris les devants, dès 2021. Dans un rapport de stratégie climatique, elle explique vouloir réduire ses émissions de CO2 de 50 % d’ici 2030. Cela permettrait d’atteindre la neutralité carbone en 2040. L’instance envisagerait de créer une version de marché aux crédits carbone pour compenser les émissions produites. À propos de l’édition 2026, les organisateurs insistent sur le fait de mettre en avant l’utilisation des transports en commun durant les semaines de compétition pour réduire les coûts écologiques. La FIFA prévoit aussi de rendre sa flotte de véhicules 100 % propres.
Gianni Infantino, président de la FIFA, explique sur le site internet de l’instance que celle-ci jouera son rôle. Il l’explique par le fait que « la FIFA compte 211 associations membres, représentant le monde entier ». En coordination avec les 16 villes hôtes, l’objectif est de produire un événement des plus respectueux des enjeux écologiques et sociétaux. C’est ainsi que ces villes doivent répondre à un cahier des charges strict. Cela concerne l’organisation des rencontres et la mise en place des stades. Les organisateurs mettront en place des formations sur place pour sensibiliser les différents personnels aux enjeux climatiques. Peuvent également être citées les mesures prises à propos du tri et du recyclage des matériaux. Cela concernera aussi les aliments sur place, en évitant au maximum le gaspillage alimentaire. L’institution, qui réside en Suisse, laisse penser avoir pris en compte l’enjeu écologique.
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Mais selon Stuart Parkinson, si « la FIFA affirme qu’elle va produire sa propre évaluation des émissions de carbone, elle ne l’a toujours pas fait ». À moins de six mois de l’ouverture de la compétition, c’est un problème. De plus, le choix du lieu et des sponsors de la compétition permettent au mieux de douter des intentions. Au pire, de se rendre compte que tout n’est que communication quand les enjeux économiques sont si importants.
Tous ces éléments sont extrêmement préoccupants. D’autant plus qu’il est déjà question d’étendre la durée de la compétition, à l’avenir.
Stuart Parkinson, directeur exécutif de l’organisation Scientists for Global Responsibility et coauteur de FIFA’s Climate Blind Spot: The Men’s World Cup in a Warming World
L’enjeu principal selon lui est simple : « remplacer les sponsors à forte empreinte carbone par des sponsors à faible émission« . « On observe déjà une évolution dans le sponsoring sportif. De plus en plus d’entreprises ont des empreintes carbone bien plus faibles que les compagnies pétrolières », ajoute-t-il.
Joueurs, fédérations et supporters face à leurs responsabilités

Nous devons alors légitimement questionner le rôle des fédérations dont les équipes sont qualifiées. Sans surprise, aucune d’entre elles n’a ouvertement critiqué les choix de la FIFA. La Fédération française de football (FFF) ne sort pas du lot. Malgré ce qui semble être un intérêt pour la question environnementale, à l’image du bilan publié dans un rapport du Shift Project, tous sont en droit d’attendre de la FFF des prises de paroles plus tranchantes.
Côté joueurs, le Mondial des Clubs 2025 a mis les organismes à rude épreuve. Plusieurs joueurs ont pris la parole, comme Enzo Fernandez (Chelsea), Tijani Reijnders (Manchester City) ou Marcos Llorente (Atletico Madrid). Ces derniers ont notamment mis en avant la chaleur écrasante durant les rencontres. La FIFPro, syndicat des joueurs de football professionnels, s’est montrée également critique. La question du temps des pauses fraîcheurs lorsque les chaleurs sont trop élevées a été évoquée par le syndicat.
L’annonce faite par la FIFA en mars 2023 de créer un groupe de travail sur les principes de bien-être des joueurs n’a pas été suivie d’effet et les demandes de la FIFPRO pour lancer ce processus sont restées sans réponse.
La FIFPro, dans un communiqué paru en décembre 2023 à l’annonce du premier Mondial des clubs à 32 équipes, programmé pour juin-juillet 2025
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Quelques joueurs ont su montrer par le passé que leur parole pouvait servir à traiter de ce genre de sujet. L’ancien latéral d’Arsenal, Hector Bellerin, s’est illustré à plusieurs reprises, ce qui lui a valu un flot d’insultes. Il a en effet mis en avant la responsabilité des joueurs sur cette question à plusieurs reprises. D’autres ont su de temps à autre prendre la parole quand on leur posait une question. Notre société attend des footballeurs qu’ils prennent la parole sur des sujets de société. Mais dès qu’ils le font, ils subissent les critiques de ceux qui se sentent offensés par leur propos…
Dès le 11 Juin 2026, le Mexique ouvrira le bal de la compétition contre l’Afrique du Sud. Sur les terrains, la fête devrait être belle. Mais cette édition pourrait bien être catastrophique d’un point de vue environnemental et sociétal. Certaines prédictions annoncent déjà une hausse de 2,6 degrés en 2100. La tenue d’un tel événement se trouve entachée d’une multitude d’aberrations écologiques. L’enjeu est assez crucial: que l’on puisse encore jouer une Coupe du Monde de football au cours des prochains siècles.

