Son cas divise de plus en plus sur la Canebière. Il amène même des grèves de la faim. Le lien semble rompu entre Leonardo Balerdi et les supporters de l’Olympique de Marseille. De retour ce dimanche après sa suspension intervenue suite à son expulsion face à Strasbourg, la première de la saison en Ligue 1, l’argentin subit-il un traitement justifié ?

Un tir au but manqué face à Annecy, un carton rouge reçu face à Strasbourg, et il n’en a pas fallu davantage pour devenir le bouc émissaire du Stade Vélodrome, à la suite d’une longue disette olympienne à domicile. Huées, insultes, demandes de départ, tout y est passé ou presque. Un supporter a même entrepris une grève de la faim devant le centre d’entraînement Robert-Louis Dreyfus en guise de réquisitoire contre le défenseur argentin.
Balerdi, cible automatique ?
Alors, ses coéquipiers et le staff marseillais sont montés au créneau. Jean-Pierre Papin, récent transfuge de Chartres vers l’OM, a partagé sa « peine » concernant son défenseur. Face au néo-gréviste, Mattéo Guendouzi l’a défendu en argumentant que tout le monde pouvait faire des erreurs. Si l’Argentin de 24 ans commet souvent des dites « erreurs », quelle est la raison de sa constante utilisation, consécutivement par Jorge Sampaoli puis par Igor Tudor ? Pourquoi un joueur qui semble si mauvais aux yeux de la communauté marseillaise intéressait-il l’Ajax Amsterdam il y a trois mois ?
Ce qu’il faut tout d’abord noter, c’est la surexposition crescendo des erreurs de Leonardo Balerdi. Dans l’inconscient collectif marseillais, c’est le joueur qui est le plus sujet à ces boulettes, alors chaque fait et gestes est davantage scruté. Tout est décortiqué, pouvant donner cette impression d’abondance. La saison dernière, Duje Caleta-Car a commis des erreurs, même chose pour Samuel Gigot lors des premiers pas de l’exercice 2022-2023. Seul Chancel Mbemba, sûrement le meilleur marseillais cette saison, parait être imperméable à ces erreurs individuelles, pourtant dans un système qui expose énormément les défenseurs centraux.
Suspendu face au Reims de Will Still, l’Argentin n’a pas eu l’occasion de priver l’OM de potentiels points. Le dernier sujet épineux en date a eu lieu une semaine plus tôt contre Strasbourg. Quelques jours plus tôt, il manquait un penalty décisif face au FC Annecy, replongeant l’OM dans son habitude de se faire sortir par des clubs plus « petits » en Coupe de France. Le tout en étant huitième tireur. Une semaine plus tard, à Rennes, il était probablement le meilleur phocéen sur la pelouse.
Une confiance jamais remise en question
Alors, Leonardo Balerdi mérite-t-il ce traitement ? Est-il un poids pour l’Olympique de Marseille cette saison ? L’argentin a fait et fera encore des erreurs, cela semble indéniable, il a tendance à bien trop apprécier le recul-frein, c’est indéniable, mais apporte-t-il plus à son équipe qu’il ne coûte ?
Pour tenter d’apporter un élément de réponse concret, il est possible de comparer ses performances avec deux de ses coéquipiers. Samuel Gigot et Chancel Mbemba sont deux choix logiques au vu de leurs positionnement et temps de jeu. Les prestations étant toujours sujettes à interprétation, subjectives, concentrons-nous sur des éléments statistiques. Pour une fois, l’adage « les hommes mentent, pas les chiffres » aura un semblant de vérité. Celles qui seront utilisées ci-dessous sont uniquement basées sur la saison de Ligue 1 2022-2023. Exclusivement sur le temps de jeu en tant que titulaire.
Cette saison, Leonardo Balerdi c’est 27 matchs dont 24 titularisations. Les seules rencontres qu’il a manqué sont les dernières en date, contre Reims et Montpellier, après son carton rouge reçu face à Strasbourg. Quand l’ancien de Boca Juniors est disponible, il joue, et longtemps. Igor Tudor lui accorde sa confiance, comme Jorge Sampaoli l’a fait il y a un an à peine, malgré des suspicions qui ne datent pas d’hier. Il a disputé 80 % des minutes jouées par l’OM cette saison. Au club, on considère d’ailleurs que l’acharnement contre Balerdi vient de personnes « qui ne comprennent pas le football« . Le board s’attend à recevoir encore quelques offres pour lui, selon RMC, alors que l’ex-international espoir n’était « pas si loin d’intégrer la sélection argentine » avant la Coupe du monde.
Une progression palpable chez Leonardo Balerdi
De manière générale, l’Argentin progresse, et statistiquement, il réalise la meilleure saison de sa carrière, tout en ayant explosé son nombre de minutes jouées. Malgré son physique longiligne et plutôt frêle, le point fort de Leonardo Balerdi, outre son utilisation du ballon la plupart du temps cohérente est, étonnamment, sa capacité à remporter des duels. Il a souvent l’occasion de faire plus de différences avec ballon, mais les prises de risques manquent. Il réussit presque une passe progressive en moins par match par rapport à la saison dernière (3,10/3,87).
Avec le ballon, il fait mieux -presque- partout comparé à ses précédentes saisons. Il a quasiment doublé son nombre de passes clés en un an, tandis qu’il améliore progressivement son importance dans les constructions marseillaises : en atteste son xGBuildUp/90 (0,34), une unité obscure qui comptabilise les chaînes de passes qui se terminent par un tir mais sans prendre en compte les deux derniers maillons – tir et dernière passe -. Elle mesure alors les milieux de terrain, les défenseurs centraux ou les latéraux qui ont une influence importante sur les possessions de leur équipe. Dans ce compartiment, Mbemba et Gigot sont respectivement à 0,30 et 0,31 xGBuildUp/90. Les trois sont largement au-dessus de la moyenne en Ligue 1 à ce poste (0,14), mais c’est l’argentin qui s’en sort le mieux.
Balerdi vs Mbemba/Gigot
Sans le ballon, Leonardo Balerdi a doublé son nombre de tacles réussis par 90 minutes (1,14), ce qui le place dans le top en Ligue 1 dans ce compartiment du jeu. Le plus étonnant, en tout cas visuellement, c’est que dans chaque mesure défensive, Leonardo Balerdi fait partie de ce qui se fait de mieux en Ligue 1. Parmi tous les facteurs comptabilisés par le très reconnu site Fbref, excepté le nombre de dégagements par match (ce qui n’est pas forcément négatif), il n’est jamais situé en dessous de la moyenne à son poste. Quand il ne fait pas d’erreurs qui sautent aux yeux, il est alors un défenseur de qualité. Peut-être pour cela que l’Ajax Amsterdam est venu aux informations cet hiver.


Sur les deux graphiques ci-dessus, Leonardo Balerdi est en confrontation directe avec ses deux compères de la défense à trois d’Igor Tudor, où l’argentin a au fur et à mesure de la saison été décalé côté gauche. Ici aussi, c’est au niveau défensif que le joueur de 24 ans se démarque. En réalisant moins de tacles que ses coéquipiers, il en réussit davantage. Il réussit 67 % de ses tentatives, 52 % chez Samuel Gigot, et 64 % pour Chancel Mbemba. Même constat concernant le nombre d’actions défensives fructifiées. Cela met alors en lumière le nombre bien plus faible de duels disputés par Chancel Mbemba. Même s’il en dispute bien plus que ses coéquipiers phocéens, il garde tout de même un % de réussite de duels aériens très proche de ces derniers, synonyme d’une belle consistance dans le domaine.
As de l’interception ?
Aussi étrange que cela puisse paraître, il est tout simplement dans le haut du panier parmi les intercepteurs d’Europe à son poste. Comme on le voit dans les deux graphiques, avec le principe de possession ajustée, il se situe toujours au-dessus de ses deux coéquipiers. La possession ajustée fonctionne avec l’idée que vous ne pouvez apporter une contribution défensive que lorsque vous n’êtes pas en possession du ballon.
Par conséquent, lorsque vous recherchez des valeurs défensives élevées, vous ne rencontrez normalement que les défenseurs des équipes les plus faibles : leurs défenseurs sont dominés par une équipe en possession du ballon et donc obligés de faire plus d’actions défensives (duels, interceptions, tacles glissés, etc.). Les défenseurs des équipes qui ont la possession du ballon en font naturellement moins. L’ajustement de ces valeurs à la possession (comme si le match était joué avec une possession de 50 %/50 %) est censé être plus représentatif du réel apport des défenseurs d’équipes plus proactives avec le ballon.
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Au niveau de l’impact brut, Leonardo Balerdi est loin de l’OVNI que représente Chancel Mbemba. C’est simple, quand l’ancien défenseur du FC Porto est sur le terrain, l’Olympique de Marseille marque un but de plus par 90 minutes que quand il n’est pas là. Pour Balerdi, cette statistique est neutre, très légèrement positive. Elle est plus salée pour Samuel Gigot, car sur l’ensemble de la saison, les hommes d’Igor Tudor sous-performent faiblement quand il est titulaire.
Même en cherchant, aucun point noir à signaler côté Leonardo Balerdi si l’on se cantonne aux analyses statistiques. Qui sont donc une analyse partielle. Si la statistique est un éclairage certain, elle n’explique pas tout, nos yeux font le reste du travail. Balerdi est capable de bonnes choses. De très bonnes choses mêmes. Plusieurs fois cette saison, il a prouvé qu’il savait être à la hauteur. Mais les erreurs fatales peuvent vite arriver, c’est la loi du haut niveau. Il faut tout de même noter qu’elles sont moins présentes cette saison. C’est pourquoi pour passer un palier, il se doit de corriger certaines « mauvaises » habitudes. Comme ses pertes de concentration parfois lunaires. Sans prochaines erreurs manifestes, l’argentin de 24 ans gardera la confiance accordée par Igor Tudor. Avant de recevoir de nouvelles convoitises cet été ?
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