La Premier League verse des « parachute payments » ou paiements parachute aux clubs relégués en Championship. Ce procédé a pour but de pallier le gouffre financier séparant les deux divisions. Que nous apprennent-ils sur la politique sportive et financière en place depuis maintenant 30 ans au sein du football anglais ? Nous nous sommes entretenu avec Daniel Plumley, chercheur et professeur à la Sheffield Hallam University et coauteur de l’étude “Parachute Payments in English Football: Softening the Landing or Distorting the Balance?” à propos des parachute payments et de leur impact sur le football anglais.

La première question que j’ai est assez générale. D’où est venue l’idée de ce sujet [les paiements parachute et leur impact sur la balance sportive] pour vous et vos collègues ? Comment en êtes-vous arrivé là ?
Nous faisions partie d’un corps de travail plus vaste dans lequel je m’implique depuis près de dix ans maintenant. Le sujet était lié à mon doctorat dans le domaine du football, de la finance et de l’étude de nouveaux modèles pour mesurer les performances sportives et financières. Nous avons donc beaucoup travaillé sur la santé financière, avec analyse de ligues et de sports. Nous nous sommes ensuite diversifiés, en s’intéressant à un aspect élargi de l’économie du sport, c’est-à-dire en examinant l’équité sportive.
Pour ce travail, nous nous sommes concentrés sur tous ces aspects cités : les différents facteurs qui influent sur l’équilibre sportif, avec principalement les cadres réglementaires et la gouvernance des ligues et des compétitions, et nous avons travaillé de la même manière sur le fair-play financier et d’autres aspects du football qui consument en quelque sorte l’industrie sportive moderne.
Les paiements parachute nous intéressaient dans ce cadre-là, et ce parce que nous avions remarqué qu’au fur et à mesure que leur valeur avait augmenté, en lien avec les augmentations des accords de diffusion TV, il y avait beaucoup de discussions sur l’importance et le but des dits parachute payments. L’article représentait un corps de travail et de recherches élargis, mais nous nous sommes concentrés sur un aspect particulier : les problèmes financiers et les problèmes liés à l’équilibre compétitif de la Championship causés par ces parachute payments.
Vous avez donc fait des recherches sur l’équilibre compétitif seulement dans le football ou aussi dans d’autres sports et d’autres ligues ?
À ce jour, la majorité de mes recherches ont été dans le football, mais j’ai aussi publié une ou deux recherches sur le cricket et j’espère m’intéresser au rugby à XV prochainement. Nous avons un doctorant qui vient d’obtenir son diplôme et qui travaille exclusivement sur le rugby à XV. Nous avons couvert le football, le rugby à XV, le rugby à XIII et le cricket dans ce pays [l’Angleterre] et nous avons travaillé un peu avec des collègues aux États-Unis autour de la MLS et de l’équilibre compétitif au sein de cette ligue. Donc, oui, j’essaie juste de continuer à me diversifier et à étudier d’autres sports et d’autres ligues.
C’est en étant passionné de sport et de finance que vous entreprenez ces recherches ?
Oui, c’était en quelque sorte le pourquoi de mon parcours. J’ai donc commencé un programme de doctorat en finance du sport qui est devenu un doctorat où je me suis spécialisé en finance du football, puis j’ai par la suite continué en enseignant des modules liés à la finance du sport dans le cadre d’un programme de gestion du commerce du sport à l’Université de Sheffield Hallam. J’ai commencé à donner des conférences à plein temps, mais j’ai toujours en quelque sorte dirigé le programme de recherche centré sur l’analyse financière au sens large dans les organisations sportives et sur l’équilibre sportif, ainsi que sur l’impact des cadres réglementaires autour du sport.
Pouvez-vous me définir les paiements parachute ? De quoi s’agit-il ? Pourquoi ont-ils été implémentés ?
Les paiements parachute sont des paiements financiers versés aux clubs qui sont relégués en Championship, le deuxième niveau du football anglais, depuis la Premier League. Donc, ce qu’ils sont censés faire ou ce qu’ils ont été conçus pour faire plutôt, c’est atténuer le choc financier causé par la relégation. Un club reçoit un parachute payment, d’un montant fixe et versé sur un certain nombre d’années. À l’heure actuelle, avec l’accord de diffusion télévision de la Premier League le plus récent, un parachute payment équivaut à environ £90 millions par club. Ce versement s’échelonne sur une période de trois ans. Le club obtient donc environ £40 millions la première année, puis environ £35 millions la deuxième année, et enfin environ £16 millions la troisième année.
Et comme je l’ai dit, leur but était d’atténuer le choc financier conséquent à la relégation. Pour un club, l’écart de revenus entre le Championship et la Premier League est d’environ £100 millions à l’heure actuelle. Il y a donc un grand écart financier, et il y a aussi une grosse chute de revenus si vous êtes relégués. Ces paiements existent depuis le début des années 2000. À l’origine, ils étaient répartis sur quatre ans et avaient une valeur inférieure, puisqu’ils étaient d’environ £65 millions au total. Au fur et à mesure que la valeur des accords de diffusion télévision ont augmenté, les paiements parachute ont augmenté et les conditions d’attribution ainsi que leur répartition ont changé.
J’ai lu quelque part qu’au début des paiements parachute, pour la saison 2006-2007, ces derniers distribués seulement pendant deux ans après la relégation ?
Oui. Il y a eu plusieurs changements. Au début, c’était deux ans. Puis quatre ans, puis trois ans. Mais c’est à la discrétion de la Premier League. La ligue est l’organe directeur pour ces paiements parachute, et, avec un vote de ses clubs membres, décide de la structure des paiements. Je pense qu’ils sont probablement passés à trois ans maintenant parce que l’accord de diffusion télévision est aussi négocié par blocs de trois ans. Le contrat de télévision est signé pour trois ans et les paiements de parachute s’alignent en quelque sorte sur cette même période.
Les paiements de solidarité sont inhérents aux paiements parachute. Pourriez-vous nous expliquer en quoi consistent ces paiements ? Quel est l’objectif et tout ce qui s’y rattache ?
Le paiement de solidarité est un paiement lié au même contrat de diffusion télévision de la Premier League que celui utilisé pour verser les parachute payments. Mais contrairement aux parachute payments, il s’agit d’une somme pour tous les autres clubs de l’English Football League ne bénéficiant pas de ces derniers. Les clubs concernés sont donc ceux de Championship, de League One et de League Two, qui composent les quatre premières divisions du football anglais. Encore une fois, l’objectif était qu’une partie de l’argent généré par la vente des droits TV de la Premier League soit versée à la Football League afin d’assurer le phénomène de ruissèlement des richesses.
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Cependant, ce que nous avons vu, si nous comparons les paiements de solidarité par rapport aux parachute payments au sein de la Championship, c’est qu’un paiement de solidarité versé à un club qui ne bénéficie pas de parachute payments vaut actuellement £6 millions par club et par an. Et si nous regardons un parachute payment de première année, ce dernier représente environ £40 à £44 millions par club. Nous nous retrouvons donc dans une situation où, dans la Championship, des clubs reçoivent des paiements parachute à hauteur de près de £44 millions par an pendant que d’autres clubs se voient eux versés un paiement de solidarité de £6 millions sur la même période. Il y a donc une grande différence entre la valeur d’un paiement de solidarité et celle d’un paiement parachuté.
Néanmoins, ces solidarity payments ont été conçus, comme je l’ai dit, pour que le flux financier généré par la vente de droits de diffusion télévision ne reste pas seulement dans la Premier League, mais puisse aussi ruisseler jusqu‘à la Football League.
Ce qui est également stupéfiant, c’est que pour certains clubs de Championship, les paiements parachute valent plus que les revenus totaux de certains autres clubs du championnat, et ce chaque année.
Oui, absolument. En principe, les revenus moyens dans la Championship oscillent entre £25 et £30 millions, mais si nous excluons les parachute payments et que nous regardons les revenus moyens des clubs qui n’en bénéficient pas, ils sont plus proches de £11, £12, ou £13 millions. Donc, oui, nous avons un problème récurrent qui est que n’importe quel club recevant des parachute payments de première année et ce n’importe quelle saison est susceptible de percevoir £15 à £20 millions de plus que d’autres clubs en termes de revenus.
Dans votre article de recherche, pour mesurer l’équité sportive, vous mentionnez deux techniques différentes, qui sont l’hypothèse de l’incertitude du résultat (l’UOH ) et l’analyse de l’équilibre concurrentiel (l’ACB). Pourriez-vous différencier les deux ?
Oui, pas de problème. La première des deux techniques est l’UOH. Si les lecteurs sont familiers avec le modèle des sports collectifs professionnels en Amérique du Nord, c’est de là qu’il tire son nom. C’est là qu’il a été développé par les économistes du sport nord-américains dans les années 1950 et 1960. Nous examinons essentiellement la compétitivité entre les équipes, mais surtout, avec cette technique d’analyse, nous mesurons la compétitivité en nous basant sur l’affluence des fans et les chiffres d’audience télévisée, afin de déterminer l’attrait du produit à regarder, qu’il s’agisse du point de vue d’un spectateur au stade ou d’un spectateur qui regarde depuis une télévision à la maison ou ailleurs.
L’ACB est une théorie similaire dans la mesure où elle est conçue pour examiner la compétitivité de la concurrence. Mais ce que fait l’ACB, c’est suivre les ligues au fil du temps et de rechercher les tendances en termes de proximité de la compétition et de compétitivité, et cela en se basant seulement sur la performance sportive, indépendamment d’autres facteurs comme l’affluence ou l’audience. Et cela vous permet également d’examiner, comme nous l’avons fait dans cet article, les changements structurels dans la ligue et les réglementations qui peuvent avoir un impact.
L’arrivée d’un système de paiements parachute, est-ce que cela va changer l’équilibre sportif ? Y-a-t-il une différence entre avant la mise en place de ces derniers et après ? Alors oui, ce sont deux sortes de théories d’analyse très respectées et différentes l’une de l’autre. Mais, dans le cadre de notre recherche, nous nous sommes davantage concentrés sur l’ACB au fil du temps au sein d’une ligue, et donc moins sur la présence des fans en direct ou sur l’audience télévisée.
Ce système aident les clubs qui passent de la Premier League à la Championship. Ils doivent faire face à des coûts plus élevés et à des revenus plus faibles. Ce qui a parfois eu des conséquences catastrophiques. Comme à Bradford avec les « six weeks of madness », à Portsmouth ou bien encore Leeds. Nous voyons encore des clubs en difficulté comme Derby County. Pensez-vous qu’à cet égard, les parachute payments ont été un succès ?
Je pense que le système actuel fait en sorte qu’en tant que club, vous devez trouver un équilibre entre les risques pris et les récompenses éventuelles. Nous nous retrouvons donc avec un certain nombre de clubs qui vont recevoir des parachute payments ou qui vont accepter qu’il y ait une probabilité que s’ils montent en Premier League, ils redescendent un jour ou l’autre. Ils ne vont donc pas nécessairement avoir tendance à prendre trop de risques et vont envisager la situation d’une manière un peu plus axée sur une bonne gestion économique. Un club comme Norwich City en est un bon exemple, un club qui a fait le yoyo entre la Premier League et la Championship, mais qui a réussi à rester relativement stable financièrement.
Vous avez d’autres exemples du contraire, où nous savons que cela ne fonctionne pas de cette manière et nous obtenons donc ce genre de situations catastrophiques, comme l’exemple de Leeds United, même s’il n’était pas seulement lié à des parachute payments mais aussi à des rêves de Ligue des Champions et d’autres paramètres. Mais il y a aussi des exemples plus récents comme Sunderland, qui descend deux fois de suite. Les Wolves et Wigan ont fait de même. Donc, les statistiques que nous avons dans le papier de recherche vous diront que c’est un cas de figure peu probable, mais il y a toujours un risque que vous descendiez une fois et que vous descendiez encore l’année d’après.
Je pense que ce à quoi nous assistions maintenant, c’est que les parachute payments récompensent l’échec et ce car il y a tellement d’argent à la clé que les clubs n’ont presque pas à se soucier d’ennuis financiers.
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Si vous obtenez £90 millions sur trois ans, c’est une somme d’argent considérable. C’est presque comme si vous saviez que vous pouvez être relégué et que cela n’a pas vraiment d’importance. Mais tous les clubs ne le voient évidemment pas de cette façon. Je pense donc que nous pouvons considérer que les parachute payments ont potentiellement fonctionné pour les clubs et ils ont en quelque sorte rempli leur objectif principal. Mais je pense aussi qu’il y a un autre aspect à cela, c’est-à-dire que les clubs font des paris sur leur futur de par l’argent qui est en jeu. Et je pense qu’encore une fois, c’est acceptable d’un point de vue individuel, mais une partie de notre argumentaire de recherche était : « Qu’en est-il du reste de la Championship ? Comment font-ils pour rattraper leur retard ? »
Et je pense que l’enjeu de combler le gouffre financier entre les clubs est plus important pour moi. Ces clubs bénéficiaires des parachute payments choisissent de faire ce qu’ils veulent avec, ça ne regarde qu’eux. Le problème pour moi, c’est qu’il y a des clubs derrière eux dans cette ligue qui ne peuvent tout simplement pas rivaliser et ce n’est pas de leur faute. C’est la faute à un système et un engrenage qui ont existé tout au long de l’histoire de la Premier League. Il y a un problème avec les parachute payments, oui. Mais il y a aussi un problème plus général. C’est le gouffre financier entre les ligues, et je pense que si nous parvenions à combler ce gouffre, même partiellement, nous verrions moins de clubs risquer le tout pour le tout afin d’obtenir une promotion à l’échelon supérieur.
Vous avez parlé d’un système qui récompense l’échec. Luton Town est un exemple particulier. Le club ne s’attendait certainement pas à monter en Premier League l’année dernière et nous l’avons vu cet été parce qu’ils n’ont pas dépensé d’argent ou peu. Ils ont procédé comme s’ils étaient encore en Championship, et c’est financièrement bon pour eux parce que même s’ils redescendent, ils recevront énormément de paiements parachute. Ce sera l’un des clubs les plus riches de Championship. Ils auront peut-être de meilleurs moyens de retourner en Premier League et d’être ensuite mieux préparés pour rester en Premier League. Qu’est-ce que vous pensez de tout ça ?
Je pense que c’est délicat, parce qu’il s’agit souvent d’une décision personnelle prise par le club. Vous avez raison. De la même manière que Luton, quand Huddersfield Town a été promu, le club est passé de revenus d’environ £10 millions à £120 millions du jour au lendemain. C’est tant mieux pour le club. Et vous savez que vous avez ce coussin de parachute payments, ce qui est encore une fois génial pour le club. L’histoire de Luton est fantastique, mais nous ne nous attendions pas à ce qu’ils en arrivent là et ils s’occupent de leur club et ils le gèrent de manière durable et viable.
Et c’est absolument la bonne manière d’opérer et la marche à suivre. Je suppose que le problème dans l’autre sens est que l’écart financier entre les ligues est si grand que vous avez des clubs qui risquent leur viabilité financière pour essayer d’obtenir une promotion. Ce sont les clubs qui font ça qui sont plus à risques dans ce système parce que s’ils échouent, ils se retrouvent avec des problèmes financiers importants et vous n’avez qu’à regarder certains des clubs qui ont essayé cela et échoué récemment. Si vous regardez les clubs qui ont fait de paris sur trois ans, je pense à un Sheffield Wednesday, un Derby County, un Reading, ou encore un Blackburn, qui ont tous essayé et n’ont pas décroché le jackpot.
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Je suppose donc que nous devons accepter que, d’une certaine manière, pour chaque Luton, il y a toujours un autre club qui opérera de manière opposée. Je pense que le problème est le suivant : il y a un problème avec les paiements parachute. Mais il y a aussi un problème plus large. Il faut combler l’écart financier entre les ligues. Pas totalement, mais au moins partiellement, vous verriez moins de clubs risquer le tout pour le tout dans le but d’essayer d’être promus en Premier League.
Dans votre article, vous mentionnez que de 2006 à 2016, en moyenne, 18,9 % des clubs bénéficiant de parachute payments ont pu remonter en Premier League. De 2006 à 2022, 14 clubs rétrogradés en Championship ont pu retrouver la Premier League la saison suivante, soit près d’un par an. Nous avons vu des clubs comme Norwich, Burnley, même Newcastle passer d’une ligue à l’autre chaque année. Craignez-vous que les paiements parachute aient créé une sorte de troisième ligue entre la Premier League et le Championship ?
Tu as mentionné des exemples et les médias en Angleterre utilisent aussi l’expression « faire le yoyo » pour ces clubs, ceux qui vont se trouver entre la Championship et la Premier League. Et nous devons être conscients que c’est en partie à cause des paiements parachute, car si un club est promu puis relégué, il se retrouve avec un budget plus important que les autres clubs de Championship, ou, la plupart du temps, avec bien plus de chances d’être promu à nouveau. Ce club peut garder certains de ces meilleurs joueurs. Il a aussi un meilleur effectif que certains autres clubs de Championship.
Je pense que beaucoup de clubs de Championship sont tout à fait honnêtes sur le fait qu’ils ne se battent pas pour entrer dans le top six, ils se battent pour être premier parmi les douze derniers et ce sont des attentes réalistes en raison des finances des clubs contre qui ils doivent se battre. Donc oui, je pense qu’il y a certainement des arguments pour soutenir cette narrative de différentes ligues au sein d’une même ligue. Vous avez par exemple les six à sept derniers de la Premier League qui forment une ligue, ainsi que les six à sept premiers de la Championship.
Quand nous voyons un club descendre de la Premier League, nous sommes toujours assez surpris dans le mauvais sens du terme quand tout ne va pas parfaitement bien pour ce dernier en Championship et qu’il est en difficulté. Nous nous attendons toujours à ce que les clubs relégués soient en tête du championnat, ce qui ne devrait pas être le cas.
Ce que je veux dire, c’est que si nous regardons cette saison, c’est un bon exemple, n’est-ce pas ? Nous avons les trois clubs qui ont été promus en Premier League [Burnley, Sheffield United, Luton Town NDLR] qui sont les trois derniers du championnat, si je ne me trompe pas. Burnley et Sheffield United étaient en Premier League récemment et ils sont descendus et ils sont remontés. Leicester va remporter le titre de Championship facilement parce qu’ils n’auraient pas dû être relégués avec l’effectif qu’ils ont.
Tu as mentionné Newcastle, qui a été relégué il y a quelques années mais qui avait par la suite remporté le titre en Championship facilement. Cette année encore, Leeds sera dans la course à la promotion et Southampton sera également dans le coup. Et puis, il y a d’autres clubs qui sont des clubs bénéficiaires de paiements parachute de deuxième année et ceux bénéficiaires de paiements parachute de troisième année qui sont aussi dans la première partie du tableau. Et, oui, cela va rester comme ça jusqu’à ce que le système change.
Dans votre recherche, vous avez recommandé un système de déduction de points, que j’ai trouvé très intéressant. Auriez-vous une autre idée sur la façon de changer le système et son fonctionnement à l’heure actuelle ? Parce que ce système ne marche clairement pas.
La recommandation formulée dans le papier de recherche en faveur d’une déduction de points ne se concrétisera jamais, et nous en sommes très conscients. Les clubs ne vont pas voter pour cela. Mais il y a des choses que nous pouvons chercher à proposer. Je pense que la proposition la plus réaliste est l’une des deux choses suivantes : un examen plus large du mécanisme de distribution des parachute payments dont nous avons déjà parlé, pour combler l’écart financier entre les ligues, ce qui commence à devenir une option sérieuse à cause de la menace pressante de la réglementation indépendante et de l’implication du gouvernement pour réguler le football professionnel anglais, ce que la Premier League craint.
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Une autre proposition réaliste serait de se débarrasser complètement des parachute payments et de les remplacer par une règle de contrôle de coûts, par laquelle vous faites en sorte que, quel que soit l’écart financier entre les différentes ligues, les clubs puissent augmenter le coût de leur équipe de X pourcent dans cette ligue, mais qu’ils doivent aussi le réduire de X pourcent en cas de relégation. Et cela devrait être quelque chose que les clubs font même sans réglementation, mais parfois ils ne le font pas. À titre d’exemple, Leeds United l’a fait cette saison. La plupart de leurs joueurs disposaient d’une clause de réduction de salaire dans l’éventualité d’une relégation en Championship, preuve que les clubs s’améliorent dans ce domaine.
Mais en ayant une vraie règle concernant les coûts de l’équipe, prenant en compte les salaires des joueurs, les frais de transfert, et avec une mise en place par les ligues dans l’objectif d’avoir un meilleur cadre de gouvernance, alors à mon avis, nous n’avons pas besoin de parachute payments, et ce, parce que les clubs ont alors déjà pris en compte la hausse des revenus ou la diminution de ceux-ci dans la structure de leur budget.
Oui, je pense que c’est clair qu’un changement est nécessaire. Je crois que depuis peu, pour le Fair Play Financier en Europe, avec l’UEFA, les clubs doivent avoir un ratio salaire/revenu qui doit être inférieur à 70 % ?
70 %, oui. C’est intéressant, ce n’est pas directement lié à ce qui se fait en Angleterre, mais bien sûr qu’un rapport existe. Toute la situation du fair-play financier au sein de l’UEFA a changé pour devenir ce que nous appelons une réglementation de viabilité financière, où une règle selon laquelle le coût de l’équipe ne doit pas dépasser 70% du chiffre d’affaires a été intégrée. Mais pour le moment cela ne s’applique que si vous jouez dans les compétitions de l’UEFA. La Premier League n’a pas encore changé ses règlements, tout comme la Football League n’a pas changé ses règlements. Il sera donc intéressant de voir si ces règlements changeront dans les années à venir.
Il existe un fonctionnement identique en League Two. Seulement, c’est une recommandation et non une obligation. Il s’agit donc d’une sorte de plafond salarial souple. Les clubs sont donc d’accord pour le faire, mais il n’y a pas de punition si ils ne respectent pas ce plafond. Donc, vous avez juste les clubs les plus riches dans cette ligue qui vont briser le plafond sans craindre de punition derrière.
Il y a par exemple une règle selon laquelle un club ne doit pas dépasser £5 millions de pertes chaque année, mais ce plafond de perte peut être modifier pour atteindre £100 millions sur une période de trois ans si le propriétaire investit financièrement dans le club. C’est comme si les effets dissuasifs disparaissaient.
Oui, et c’est là que c’est délicat, lorsque vous soulevez la question des recommandations sur ce qu’il faut faire avec les parachute payments. Nous sommes également très conscients que pour faire passer ces changements, à l’instant T, vous devez faire en sorte que les clubs votent en faveur de ces changements. Maintenant, pouvons-nous avoir une majorité de clubs de Premier League et de Championship votant pour supprimer les parachute payments ? Non, parce que ceux qui les reçoivent voudront naturellement garder cet argent. Alors oui, à moins de tout effacer et de tout recommencer, il y a des propositions que nous pourrions faire, mais la réalité est que dans le cadre de la structure de gouvernance actuelle, les clubs ne vont pas voter en faveur de ces changements.
Pour aller un peu plus loin, si je vous dis tout de suite que la lutte pour l’équilibre compétitif a été perdue lorsque la Premier League a été créée il y a 31 ans, qu’en pensez-vous ?
C’est une très bonne question, et je pense donc que la réponse honnête est probablement oui si nous nous fions à ce que nous voyons actuellement. Nous avons fait un autre article sur l’équilibre compétitif au sein de la Premier League, enfin autour du football anglais en général, mais sur la Premier League en particulier pour le 30e anniversaire de cette dernière. Ce que nous avons fait, c’est analyser les 30 premières années de la Premier League et les 30 ans avant l’établissement de la Premier League. Et encore une fois, la tendance est que l’équilibre compétitif a diminué durant l’ère de la Premier League. L’hypothèse émise correspond donc aux données que nous avons.
Je pense que nous voyons cela seulement maintenant avec le recul, bien sûr. Je ne pense pas que nous savions en 1992 que cela se produirait, principalement parce que je ne pense pas que la Premier League était consciente de la croissance économique qu’elle pouvait générer grâce notamment aux droits de diffusion TV, ce qui est bien sûr un facteur majeur du changement de l’équilibre compétitif. Pendant ce temps-là, la Premier League n’a fait que se développer exponentiellement. Je pense donc qu’il y a là un argument fondé sur des preuves pour dire que la Premier League a provoqué un certain déclin de l’équilibre compétitif dans le football anglais.
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Le problème avec cela et le contre-argument que nous avons mis en avant dans certains de nos papiers de recherches, c’est que le débat autour de l’équité sportive arrive à un moment où l’argent présent et généré par le football ne cesse d’augmenter. Il y a donc un défi dans le système actuel, qui est que l’équilibre compétitif est vraiment important, et il diminue, pendant que l’argent présent dans le football anglais, lui, ne fait qu’augmenter.
La Premier League devrait-elle être responsable d’une certaine manière de ce genre de situation désastreuse où certaines ligues sont déficitaires alors que les clubs de Premier League ont toujours plus de richesses et qu’elles ne sont pas distribuées de manière équitable.
Non, je ne pense pas que la Premier League devrait être tenue responsable de cette situation dans le sens où cette dernière a apporté beaucoup de croissance économique au football anglais. Oui, une grande partie de cet argent est restée au sein de la Premier League. Mais vous savez, certaines des choses positives créées par la Premier League ont également été ressenties par la Football League. Je pense donc que le mot « rendre des comptes » n’est probablement pas le bon.
Mais je pense que nous devons être conscients maintenant qu’il y a un grand écart financier et un déséquilibre financier et que nous devrions nous efforcer de combattre cela. Mais vous ne pouvez pas vraiment blâmer la Premier League d’avoir fait ce qu’elle a fait, et elle l’a plutôt bien fait pour être tout à fait honnête. Nous en revenons toujours à une question plus large autour de la gouvernance du football anglais.
Pour revenir un peu sur les paiements de solidarité, pensez-vous que les augmenter pour les clubs de Championship, de League One et de League Two serait une solution pour restaurer l’équilibre compétitif ? Est-ce possible dans un avenir proche ?
Oui, je pense que la réduction de l’écart économique contribuerait dans une certaine mesure à restaurer l’équilibre compétitif. Cela ne résoudrait pas entièrement le problème, et je ne plaide pas pour une distribution totalement égalitaire parce que nous n’utilisons pas le même modèle que celui des sports américains. Mais je pense que la réduction de l’écart financier contribuerait grandement à restaurer la balance compétitive. Le défi, que nous mentionnons énormément dans le travail que nous avons fait, c’est que vous ne pouvez pas simplement donner de l’argent aux clubs pour aucune raison.
Nous devons nous pencher sur le contrôle des coûts, qu’il s’agisse d’instaurer une règle sur le coût de l’effectif ou une règle similaire que celle proposée par l’UEFA. Parce que le danger, c’est que si vous donnez £5 millions de plus par an à un club de League One, qu’est-ce qu’il va en faire ? Il est probable qu’il le dépense pour les salaires des joueurs et les transferts. Je pense qu’il doit y avoir un équilibre là-dedans. Il faut se rendre compte que, oui, la réduction de l’écart financier devrait contribuer à l’équilibre compétitif. Mais nous devons également mettre en place un mécanisme de contrôle des coûts afin que l’argent distribué ne soit pas simplement gaspillé en salaires ou en transferts.
Nous avons principalement parlé du lien entre le Championship et la Premier League, mais pensez-vous que cette situation concernant les paiements de solidarité et les paiements parachute modifie également l’équilibre entre le Championship et la League One ? Un fossé financier se creuse-t-il également entre ces deux ligues ?
Si vous regardez les chiffres, l’écart de revenus entre le Championship et la League One est de l’ordre de £7 à £10 millions. Et encore une fois, c’est directement lié aux accords de diffusion télévision. Parce que si nous revenons sur les paiements de solidarité, ils sont d’environ £6 millions par club en Championship. Le même paiement à un club de League One est d’environ £1 à £1,5 million. Vous avez donc un écart de £5 à £6 millions pour le compte des revenus de la télévision, puis vous avez un potentiel supplémentaire pour générer des revenus les jours de match en Championship par rapport à la League One et une exposition commerciale supplémentaire qui vous aide à générer plus de revenus.
L’écart financier global entre la League One et le Championship est donc d’environ £7 à £10 millions. Et encore une fois, certains clubs peuvent combler ce fossé parce que vous avez de grands clubs en League One qui ont traversé une mauvaise période sportive, mais qui restent de grands clubs et qui ont de riches propriétaires qui peuvent permettre au club d’absorber des dépenses dans une certaine mesure. Vous avez beaucoup d’autres clubs en League One où le revenu moyen sera de £3, £4, £5 millions. Donc, vous mettez un club qui a des revenus de £5 millions, et pour passer à la ligue suivante, il y a un écart financier de £10 millions. Comment combler ce fossé ?
Le travail de recherche de Daniel Plumley est disponible ici
Je pense qu’il y a absolument cet écart financier entre les ligues et ce problème de concurrence entre les ligues. Et encore une fois, la seule vraie façon de changer cela, c’est soit de détruire tout le système de gouvernance actuel et de recommencer à zéro, soit de chercher à combler l’écart financier entre les ligues, ce qui ne résout pas l’entièreté du problème. Nous devons être conscients que pour certaines équipes, la ligue d’au-dessus est inatteignable parce que l’écart en termes de revenus est trop grand.
La Premier League et l’English Football League vendent leurs propres droits TV, chacun séparément. Une gestion commune de leurs droits de diffusion permettraient peut-être que l’écart financier se réduise de la sorte ?
C’est faisable et c’est quelque chose que nous avons à nouveau recommandé dans notre papier de recherche. Ils commencent maintenant à en parler. Vous avez probablement vu certains des articles de presse qui disent que cela pourrait être mis en place à partir de peut-être pas 2025, mais de 2028 et au-delà. C’est absolument quelque chose que les ligues peuvent faire et je pense qu’une partie de la raison pour laquelle nous voyons maintenant cela est que le gouvernement pourrait envisager une réglementation et une régulation indépendante, en faisant en sorte qu’un organisme extérieur dirige la Premier League.
Je pense donc que la Premier League ne veut pas de cela et s’ils peuvent donner plus d’argent à la Football League et conclure un accord avec eux, alors la menace d’une réglementation indépendante disparaîtra peut-être. Il y a donc des sous-intrigues intéressantes à cela. Mais en tant que proposition, c’est tout à fait faisable. Cela ne s’est jamais produit parce que la Premier League et l’English Football League ont toujours fait les choses séparément.
Il y a des clubs qui voudront voter pour l’action et le bien collectif, mais d’autres voudront faire passer leur intérêt personnel avant le bien-être du reste du football anglais, d’où les problèmes récurrents.
Merci à Daniel Plumley pour cet entretien.
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