Les Diables Rouges sont de retour sur le devant de la scène. Le FC Kaiserslautern a dressé le petit ogre de la Pokal pour valider un ticket pour la finale. S‘il ne s‘agit plus d‘un club de l‘élite allemande, il reste à jamais l‘un de ceux qui ont écrit sa légende. Pour les néophytes ou les amoureux de tragédie allemande, nous vous présentons un monument presqu’en ruines aujourd‘hui, le 1. FC Kaiserslautern, qui affronte le samedi 25 mai, l’un des nouveaux ouvrages du football allemand, le Bayer Leverkusen.

On peut résumer la saison du 1.FC Kaiserslautern à l‘ouverture d‘une bouteille de champagne qui n‘en finit plus d‘exploser. Les Diables ont fini par s‘éclabousser. S‘ils ont débuté tambours battants en occupant la troisième place au terme de la neuvième journée, un hiver glacial les a fait descendre à une inquiétante quinzième place juste avant la trêve. En ne prenant qu‘un seul point en neuf journées (alors qu‘ils en avaient pris dix-sept lors des neuf précédentes), l‘ambiance n‘était pas au beau fixe.

Alexandre, un grand fan de Kaiserslautern de père en fils et co-gérant du compte X (ex-Twitter) @BetzeFr, voit, au soir du 21 octobre 2023, « le tournant de la saison, à Düsseldorf, un samedi soir où l’on mène 0-3 à la trentième minute. On était tout en haut, troisième du championnat. Puis on a assisté à un effondrement total, en perdant ce match. » Suivi d’un nul offert au Hamburger SV sur une boulette du gardien rouge.

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C’est le début d‘un long calvaire. Malgré une fulgurance contre Schalke 04 dans le chaudron (4-1) fin janvier, il ne prit fin qu‘au printemps. Il aura fallu des virées au bord de la mer Baltique pour respirer ; tout d‘abord en avril, pour maintenir à distance le Hansa Rostock (0-3), puis dans la rade de Kiel, pour mater le leader chez lui début mai (1-3).

Au final, le 1. FC Kaiserslautern aura perdu la moitié de ses matches en championnat. Il s’est fait une immense frayeur malgré une équipe pétillante. Avec 59 buts inscrits, les Diables profitent d‘un recrutement astucieux et à bas coût. Les deux armes fatales furent Ragnar Ache, qui, recruté pour un petit million d‘euros à l‘Eintracht Frankfurt, a planté 16 buts en 26 matchs, et le Polonais Tymoteusz Puchacz, prêté par l‘Union Berlin, qui a offert sept passes décisives. N‘oublions pas Marlon Ritter, vif et efficace en milieu offensif, ou Kenny-Prince Redondo, capitaine d‘un Lautern créatif quand il a la possession du ballon.

Malheureusement, ce football champagne finit par éclabousser, encore. En 34 journées, le 1.FC Kaiserslautern a vu ses filets trembler lors de 32 rencontres. En encaissant la bagatelle de 64 buts, Lautern est la deuxième pire défense du championnat. La paire Tomiak-Elvedi, si efficace offensivement avec six buts inscrits, a beaucoup moins tenu la baraque de l’autre côté du terrain. Le pauvre Julian Krahl est le gardien du championnat qui a ramassé le plus souvent le ballon au fond de ses filets. Pire encore, c’est aussi l‘équipe avec le plus de pénalties concédés, et convertis (un 8/8) cette saison. Un déséquilibre probablement à l‘origine d’une « une situation complètement paradoxale », selon Alexandre.

Dans ce marasme, quelques soirées de coupe illuminent une saison très ombragée. Tout d‘abord à Coblence, où les joueurs du Palatinat ont tenu en respect le FC Rot-Weiss (0-5) pour passer le premier tour. Au suivant, ce fut une toute autre paire de manche. Le Betzenberg est témoin d’une victoire étonnante (3-2) face au 1.FC Köln. En huitième, les Roten Teufel reçoivent de nouveau. Cette fois-ci, le travail est très bien fait face au 1.FC Nürnberg pour filer en quart de finale (2-0). L‘épopée en coupe contraste alors avec la série de défaites en championnat durant l’hiver. La marche suivante est franchie magnifiquement à l‘Olympiastadion face à un Hertha Berlin maladroit. Le 1.FC Kaiserslautern, réaliste, s‘impose dans la capitale (1-3). Ils aimeraient bien y revenir fin mai et l‘idée semble germer dans les têtes, malgré la priorité du maintien en Bundesliga 2.

Le 2 avril 2024, le 1. FC Kaiserslautern se présente au Ludwigspark-Stadion, théâtre d‘un rêve éveillé pour le FC Saarbrücken. Cette antre a vu tomber le Bayern Munich, l‘Eintracht Frankfurt et le Borussia Mönchengladbach lors des trois derniers tours, une série d’exploits historiques. Les Diables Rouges ne tremblent pas, s‘imposant grâce à une passe décisive et un but d‘Almamy Touré (0-2). Le bourbier évité offre alors une finale de coupe d‘Allemagne à un club historique, pourtant en proie à la relégation. La situation rappelle alors tout un club et toute une une ville à un fantastique passé, qui ressurgit dans une saison atypique, aux airs de déjà-vu.

Kaiserslautern, qui doit son nom à l‘empereur Frédéric Ier Barberousse qui y fît bâtir en 1152 sa résidence impériale, et à la rivière qui la traverse, la Lauter, est une ville insignifiante pour les amoureux de statistiques et de géographie. Seulement 82e au classement des villes les plus peuplées de la République fédérale, la ville du Palatinat rhénan peut pourtant se vanter d‘un environnement plutôt sympathique : forêts et vignobles parsèment ses environs. Avec 101 228 habitants en 2022, la ville reste active et à taille humaine. Et tout cela malgré une destruction quasiment intégrale de son centre-ville, qui lui retira son charme architectural d‘antan. La ville s‘est alors appuyée sur le football, en plein essor, afin de se reconstruire dans les années 1950.

Créé le 2 juin 1900, les comptes sont assez simples. Dans sa 124e année d‘existence, le 1. FC Kaiserslautern, qui ne prit ce nom qu‘en 1931 après de nombreuses fusions, est soutenu par tout le Palatinat. Pour saisir l‘importance du club dans la région, le Fritz-Walter Stadion, appelé Betzenberg, surplombe la ville. Alexandre se souvient même d‘un article du Monde, qui « écrit en 2006 quelque chose comme “les villes ont des stades, mais à Kaiserslautern le stade a une villeˮ. Je trouvais ça super beau car le stade est sur une colline, avec la cité à ses pieds ».

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La moitié de la population peut combler les gradins de ce stade mythique, qui a connu de nombreux miracles. Le Real Madrid y a subi une manita en 1981, sa plus lourde défaite en Coupe d‘Europe à ce jour. Ouvert en 1920, il a traversé les âges grâce à de nombreuses rénovations. Il reste encore aujourd‘hui le dixième plus grand stade du pays, devant le Weserstadion de Brême ou la RB Arena de Leipzig. Unique en son genre, le club souffre malgré tout de cette infrastructure bien trop grande pour son rang actuel.

« C‘est cette même enceinte qui a malheureusement précipité la chute de Lautern. Sans faire offense à Mayence, la seule ville qui pouvait accueillir la coupe du Monde était Kaiserslautern dans le Länder et il a fallu des travaux conséquents dans le stade pour le mettre aux normes de la FIFA. »

Alexandre Duchenne, supporter du 1.FC Kaiserslautern

Aujourd’hui, les supporters de Kaiserslautern comptent encore les dettes de leur club. Avant même l’euphorie de l’été 2006, « le club a été au bord de la faillite à cause de ces modernisations ». Une ville éloignée des standards va petit à petit rentrer dans le rang. Les actionnaires étrangers ne tapent pas souvent à la porte. Le club survivra toujours grâce à ses associés locaux, qui connaissent l’aura de l’institution dans le Palatinat. Remonté l’an passé dans l’antichambre de l’élite allemande, ce n’est toujours pas la vie en rose. Le maintien acquis lors de la 33e journée n’est qu’un répit. La DFB-Pokal a peut-être apporté du beurre. La victoire finale, quasi impossible, leur offrirait un argent inattendu. Une qualification européenne n’est plus arrivée à Kaiserslautern depuis 2004. Celle-ci sonnerait davantage comme un coup de pouce financier plutôt qu’un magnifique clin d’œil au passé rouge et blanc.

« Financièrement, on ne roule pas sur l‘or. Le club a eu la chance d‘avoir le Covid-19, qui a influencé la Fédération à laisser la possibilité à certains clubs de déposer le bilan sans sanction. Le 1.FCK a profité cette aubaine car il traînait des dettes depuis des années. Cela a donné une bouffée d‘air frais, notamment au niveau sportif, avec une montée en 2. Bundesliga (saison 2021-2022), qui a attiré des investisseurs. »

Alexandre Duchenne, supporter du 1.FC Kaiserslautern

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Les difficultés financières sont le témoignage du délabrement constant qu‘endure ce bastion du football. Les Roten Teufel étaient autrefois des habitués de la Bundesliga. De 1963 à 1996, les diablotins du Palatinat vagabondaient de stade en stade, de Munich à Hambourg, de Dortmund à Stuttgart, en accueillant toutes les deux semaines les meilleures équipes de RFA. Aujourd‘hui, ils se battent pour leur survie face à Magdeburg ou Rostock, d‘anciens clubs d‘Allemagne de l‘Est. Les temps changent, mais die größe Vereine sterben niemals (les grands clubs ne meurent jamais) !

La 2.Bundesliga est l‘une des antichambres européennes avec le plus de clubs titrés dans l‘élite : Schalke 04 (7 titres), le HSV (6) et les Roten Teufel détiennent 17 Meisterschale à eux trois. Elle compte même une majorité de stades qui accueilleront l’Euro 2024. Et c’est en tant que représentant honorable de ce refuge pour clubs malades que Kaiserslautern se rend à l’Olympiastadion. L‘histoire a voulu qu’il affronte un nouveau venu fracassant dans le palmarès de l‘élite allemande : Leverkusen.

Les joueurs de Xabi Alonso, tels un bulldozer collectif, roulent sur toutes les équipes qui se dressent face à eux. Comme clamé partout dans les médias, qui s’intéressent depuis quelques mois aux performances d’Odilon Kossounou ou Exequiel Palacios, ils n‘ont concédé aucune défaite en compétition officielle jusqu‘à présent. Et le calendrier est alléchant pour le Bayer. Une finale de C3 les attend mercredi 22 mai, puis, un déplacement dans la capitale pour y soulever la Pokal. Sur le papier, il n‘y a pas photo face à leurs adversaires, eux aussi rouges.

Mais comment ne pas reconnaître dans cette affiche un duel fabuleux, quasiment tiré des contes des Frères Grimm ? Le petit poucet rêvant de retrouver les sommets face à l‘éternel second qui a enfin vaincu la malédiction. La saison exceptionnelle, soldée par une invincibilité, démontre tout le talent de Xabi Alonso et ses hommes, qui rêvent d’un triplé en concluant face à un club largement inférieur. Cependant, le football rappelle parfois l’histoire sur les pelouses.

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Dans les années 90, ce sont les Roten Teufel qui impressionnaient sous l’égide d’Otto Rehhagel. Oui, le même coach allemand qui a raflé l’Euro 2004 avec la Grèce. Une petite descente regrettable en 1996 s’est soldée, deux ans plus tard, par une remontée triomphante. 1998 est l’unique année où la Bundesliga a vu un promu soulever le Meisterschale dans son histoire. Lautern reste à part.

A l’été 1998, même Youri Djorkaëff y signe. Malgré une Ligue des Champions qui échappe au club pendant deux ans, les supporters se rappellent encore les dribbles endiablés du Snake. La France n’est pas loin, les supporters entretiennent une amitié avec les supporters grenats du FC Metz. Sur bien des aspects, entre maintien et quête de renouveau. Les années 2000, plus difficiles, verront le club rejouer une finale face au Bayern en 2003. Une vingtaine d’année plus tard, c’est de nouveau le champion qui lui fait face.

En DFB-Pokal, au XXIe siècle, les deux équipes vont s‘affronter pour la quatrième fois. Loin d‘être des classiques, il y a parfois eu match. En 2015, le Werkself avait éliminé le FCK, mené notamment par Willi Orban et Kerem Demirbay. La marche semble plus ardue quand on remonte les confrontations pour le Bayer. L‘année précédente, en 2014, le club du Palatinat passait en demi-finale en éliminant la bande à Lars Bender sur un but de Ruben Jenssen, en prolongations. En 2009, le Bayer s‘inclinait au Betzenberg dès le mois de septembre. En février 1996, au stade des demi-finales, le 1.FC Kaiserslautern éliminait les Rouges et Noir pour remporter le trophée face au Karlsruher SC. Alexandre glisse d’ailleurs une anecdote croustillante sur cette saison 1995-1996 :

« Pour l‘ironie de l‘histoire, le maintien s‘est joué à la dernière journée en déplacement à Leverkusen, également menacé. Ils pouvaient se maintenir avec un nul, tandis que Kaiserslautern devait l‘emporter. On a ouvert le score mais le Bayer a égalisé dans les dernières minutes. Une image mythique existe au coup de sifflet final avec Andreas Brehme dans les bras de Rudi Völler, qu‘il a connu avec la Mannschaft. Une semaine après, on joue la finale de la Pokal face à Karlsruhe, favori et qui avait fait une bonne saison. Finalement, Kaiserslautern l‘emporte sur un coup-franc de Martin Wagner. La saison de 1995-1996 ressemble grandement à l‘actuelle. ».

Alexandre Duchenne, supporter du 1.FC Kaiserslautern

Samedi, ce sera Andreas Brehme, le dernier capitaine à avoir soulevé la Pokal, qui ornementera le maillot d’une finale où il n’y n’aura rien à perdre. La légende, décédée le 20 février dernier, fut le héros de la Coupe du Monde 1990 face à l’Argentine.-En faisant les comptes, le 1.FC Kaiserslautern a remporté deux fois le trophée (1991 et 1996) mais il a surtout échoué cinq fois en finale (1961, 1972, 1976, 1981 et 2003). Le Bayer ne fait pas mieux, lui qui s‘est rendu quatre fois à Berlin, pour la remporter une fois en 1993. Avec un bilan supérieur de finales perdues, ces deux institutions composent, avec le Fortuna Düsseldorf, le 1.FC Köln et le FC Schalke 04, le cercle fermé de ceux qui repartent bredouille de Berlin.

La finale, qui a déjà des airs de conte, pourrait bien tourner en tragédie de Kleist. Les joueurs du Betze devront inviter une histoire enfouie pour s‘élever au rang d‘un démon du football contemporain. Ils pourront compter sur le soutien d‘une marée rouge qui compte bien savourer chaque instant de cette heure de gloire conjuguée au présent.


1 commentaire

1.FC Kaiserslautern. « Peu de gens croient qu‘on puisse faire l‘exploit mais beaucoup se réjouiraient qu‘on le fasse » - Fausse Touche · 23/05/2024 à 18:24

[…] À LIRE – Notre article complet sur l’historique saison du 1.FC Kaiserslautern […]

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