L’exil climatique sera-t-il la prochaine étape ? Montée des eaux, longs jours de sécheresses ou encore multiplication des moussons et des catastrophes naturelles sont à l’origine d’un bouleversement qui creuse les inégalités. Il polarise (encore) davantage la planète. D’un côté, les pollueurs occidentaux disposant des moyens de luttes, et de l’autre les principales victimes climatiques, moins disposées à faire face à cette crise.

exil climatique

L’aggravation du dérèglement climatique confronte les populations à un exil forcé. Selon Norman Myers, professeur à l’université d’Oxford, 200 millions de réfugiés climatiques devront trouver un nouveau point de chute d’ici à 2050. Ces centimètres de terres avalés petit à petit par les océans touchent principalement les îles et atolls. Ces derniers sont, notamment au Pacifique, sous le coup d’une disparition complète, amplifiant les migrations spectaculaires vers d’autres pays. Ainsi, le dérèglement qui pèse sur le football est aujourd’hui inéluctable. Ses conséquences dramatiques sur le jeu, amateur comme professionnel, ne semblent pas s’atténuer.

Un football isolé sur son rocher

Lorsque l’on pense aux îles du Pacifique, on ne fait pas allusion au football. Pourtant, c’est le sport le plus populaire dans nombre de ces pays océaniques. Les Tuvalu en font partie. En 1979, au lendemain de l’indépendance du territoire, l’équipe nationale participait déjà aux Jeux du Pacifique. C’est quasiment en même temps que leur voisin kiribatien qu’ils deviennent membre associé de la Fédération océanique de football, en 2007.

Le football est suffisamment ancré dans le spectre social tuvaluan. Si bien qu’il est encore aujourd’hui « très actif, avec une ligue en cours, la plupart du temps avec deux divisions », selon Ola Bjerkevoll, journaliste sportif et fondateur de Football in Oceania. À chaque club s’ajoute aujourd’hui une équipe féminine, dont le football « est également très actif avec sa propre ligue », insiste-t-il. Étant seulement membre associé de l’OFC et non un membre à part entière, l’équipe nationale ne peut participer à la Coupe d’Océanie, et les clubs ne peuvent pas disputer la Ligue des Champions.

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Néanmoins, l’équipe nationale peut disputer la coupe du monde de la ConIFA, mais notamment les « Jeux du Pacifique tous les quatre ans, [où] elle a tendance à être compétitive avec des équipes comparables comme les Tonga et les Samoa américains », comme le précise le spécialiste. Ils ont notamment réussi l’exploit de faire des matches nuls dans ces jeux contre Tahiti en 2007, ou contre les Samoa américaines en 2019.

Aujourd’hui, l’objectif est toujours de rejoindre la Fifa en tant que membre. Cependant, le rapprochement coince toujours à cause de la faible capacité d’accueil du pays et du stade national. Comme beaucoup de suiveurs du football océanien, Ola Bjerkevoll est très sceptique à ce propos. Malgré tout, il ne désespère pas. « Un jour nous verrons une confédération océanienne avec autant de nations que possible. » Cela arrivera-t-il avant ou après la submersion de l’archipel ?

Tuvalu, paradis isolé dans l’immensité du Pacifique, dont les cartes postales allient mer bleue turquoise et sable blanc, rappelle que la délicate beauté de notre planète est fragile. Les neufs atolls qui composent l’archipel sont en danger de submersion à cause de l’augmentation du niveau marin. En 2007, le Giec indiquait un taux d’élévation du niveau de la mer moyen d’environ 3 mm par an. Il recensait aussi le double (5,6 mm) pour les Tuvalu, au courant de la même année.

Durant les prochaines décennies, ce risque va menacer des habitants qui ne vivent qu’à un ou deux mètres au-dessus du niveau des océans. Par ailleurs, le phénomène El Niño va amplifier les nombreuses catastrophes météorologiques qui touchent déjà Tuvalu. La multiplication de ces événements météorologiques extrêmes engendre des submersions marines et donc la salinisation des sols et des nappes phréatiques. Le potentiel d’eau douce, nécessaire à la survie sur ces territoires isolés, diminue dangereusement.

La vie ici est-elle durable ? Des démarches ont déjà été mises en place entre nations, afin de favoriser une migration future. Kiribati, autre grand archipel du pacifique, a par exemple fait l’acquisition en 2014 de 2000 hectares de terres sur la deuxième plus grande île des Fidji. Ces terres avaient pour objectif l’accueil des réfugiés climatiques kiribatiens, mais sont toutefois devenues des terres agricoles, sous l’impulsion de la Chine, chaînon des conflits d’influences qui se jouent au Pacifique.

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Sur Tuvalu, le processus de migration est depuis quelques années en route. Un programme associant la Nouvelle-Zélande permet l’accueil de 75 immigrants tuvaluans sur une période de 30 ans. Cet exil reste cependant à but économique. Les jeunes tuvaluans migrent vers la Nouvelle-Zélande afin d’y travailler ou d’y étudier, permettant le transfert du know-how ainsi que des technologies afin d’aider les Tuvalu à contenir et affronter les catastrophes environnementales et la montée des eaux.

Ces dernières années, les décisions se sont multipliées. Un projet d’adaptation des côtes de Tuvalu a été financé à hauteur de 3 millions de dollars par le Fonds vert pour le climat, afin d’adapter la population et les territoires aux risques côtiers. Ainsi, 7,8 hectares de terres élevées sont construites à Funafuti, l’atoll le plus densément peuplé. Des barrières sont installées le long des estrans d’îles comme Nanumaga ou Nanumea.

En septembre dernier, le secrétaire général de l’Onu, Antonio Guterres, alarmait les grandes nations : « Les décisions que les dirigeants du monde prendront dans les années à venir détermineront le sort, d’abord des insulaires du Pacifique, et ensuite du reste du monde. » Cependant, face à la multiplication des épisodes catastrophiques et l’inaction des puissances occidentales, îles et archipels du Pacifique n’ont d’autre solution que de réfléchir et travailler conjointement.

Le monde du football, comme tout secteur, est aux prises avec les effets néfastes du changement climatique et les risques qu’il engendre. La pratique sportive va être remise en question par l’augmentation de la fréquence des jours de canicule. Dans un scénario à plus 4 degrés, chaque année, nous serons témoins d’une hausse pouvant aller jusqu’à 66 jours durant lesquels la température dépassera 32 degrés, soit la limite conseillé à la pratique sportive.

Le footballeur sera-t-il toujours capable de pratiquer son sport pendant 90 minutes dans les prochaines décennies, voire années ? Lorsque l’on sait que lors d’un scénario dans lequel la température planétaire atteint +2°C, 648 stades du sud de la France subiront 20 à 30 jours en vagues de chaleur supplémentaire selon la WWF, la question des capacités physiques des sportifs se pose.

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Pour Justine Birot, co-pilote du projet « Décarbonons les Stades » du Shift project, la principale menace est la dépendance du football à de nombreux secteurs, et donc le risque dit de transition. Elle ajoute que « 60 % de l’impact du football est dû aux transports auxquels le football est dépendant, que ce soit pour les pratiquants, pour aller au stade ou aux entraînements, mais également pour les spectateurs ». Les coûts qui accompagnent la réparation de structures après un événement météorologique, ou une transition pour les éviter, ont un fort effet négatif sur les modèles économiques des acteurs du football.

La pratique du football elle-même n’est rien sans son enceinte, qui est plus que jamais au cœur de la menace. Sans stade, pas de match. Et ces dernières années, les inondations, les détériorations dues à la sécheresse ou les pelouses malades ont été croisée en Europe, et cela ne va pas en s’améliorant.

Le stade de la Mosson à Montpellier a été noyé à mainte reprise entre 2014 et 2017 par la rivière éponyme qui le jouxte, poussant les Montpelliérains à évoluer chez le voisin du Montpellier Hérault rugby. La pelouse de la Mosson avait par ailleurs été ravagée par le champignon Phythium, apparaissant lors de fortes périodes de hautes températures. Aujourd’hui, le club se tourne vers un nouveau stade, éloigné des risques de submersion. Cela n’est pas sans conséquence, puisque le déménagement des infrastructure à un coût. Verra-t-on ces situations s’accentuer d’ici 2050 ?

Les côtes françaises et anglaises vont se retrouver sous les eaux, et avec elles les stades de foot construits en zone inondable. Depuis quelques années, Climat Central recense les terres qui devraient être inférieures au niveau de l’océan d’ici 2050. Le constat est édifiant. Ces inondations toucheraient 23 stades d’équipes professionnelles d’ici 205, partiellement ou totalement.

D’ici 2025 et selon Climat Central, les stades de Fulham, Chelsea, Millwall et West Ham devraient être les pieds dans l’eau, tandis que l’enceinte The Valley de Charlton y échappe à quelques mètres près.

Stamford Bridge, antre de Chelsea, risque d’être renversée par la Tamise, à l’instar du Cardiff City Stadium au Pays de Galles. Mais le plus surprenant reste l’actuelle construction du nouveau stade d’Everton, livré pour décembre 2024, à quelques mètres de la rivière Mersey. En France, alors que le Matmut Atlantique vient de retrouver ses occupants, le stade n’a jamais été si proche des flots de la Gironde.

En Europe, ce sont les clubs néerlandais qui souffriront le plus. (©Climat Central)

Le football amateur n’est aujourd’hui pas en reste. Les pelouses engazonnées ne peuvent faire face à la sécheresse et au stress thermique qui l’accompagne. L’élévation prolongée des températures supérieures à 32°C le jour et 24°C la nuit renforce le stress hydrique, entretenu par les restrictions d’eau qui en découlent.

À l’été 2022, elles ont été mises en place dans tout le pays pour faire face à la sécheresse. Une décision vitale, mais de mauvaise augure pour les clubs amateurs. Le FC Grand Charmont – pourtant habitué aux épisodes enneigés – et son président Zaheir Mekki, se confiait à France Bleu Belfort sur les décisions excessives qu’il avait dû prendre. « Pour éviter que nos jeunes joueurs se blessent sur un terrain très sec, j’ai décidé d’arrêter les entraînements jusqu’en septembre. » Pour remédier au problème des terrains âpres et jaunâtres, la WWF voit deux options. La première consiste à poursuivre sur cette surface arrosable qu’à la sortie de l’été. La seconde passe par une refonte totale du terrain, qui est très coûteuse. Ces options et ces coûts font jaser les clubs amateurs, qui s’interrogent sur leur survie économique.

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Ces pelouses qui grillent au soleil, au-delà de l’impraticabilité du terrain, sont une crainte financière importante pour les dirigeants. Les clubs amateurs ne sont pas favorisés par les dérogations. Ils rencontreront « davantage de difficultés, car ils peuvent déployer bien moins de moyens pour faire face aux évènements climatique », assure Justine Birot, contrairement aux clubs professionnels, qui bénéficient de politiques RSE. Ces terrains impraticables creusent les trésoreries des clubs amateurs. Thibault Deslandes, président du FC Saint-Lô s’en inquiétait à France 3 Normandie en 2022. « On sera obligé d’aller sur un synthé voisin et donc pas de billetterie, pas de buvette. Un jour comme celui-là, c’est pour nous un gros billet qui rentre dans la caisse. Ce sera ça encore en moins dans notre trésorerie. »

Sans solution miracle, l’exil semble être le moyen le plus adéquat, dans un monde où les clubs amateurs perdent en moyenne cinq semaines par saison à cause des aléas climatiques. La récurrence des annulations de matches entraîne une délocalisation massive d’équipes vers les seuls terrains encore praticables durant ce laps de temps, les synthétiques. Mais les clubs sont ainsi éloignés de leurs structures habituelles et de leur ville.

Les villes côtières et fluviales vont, à l’image des Tuvalu, repousser leurs installations un peu plus au cœur de l’Hexagone, s’éloignant toujours un peu plus de leurs origines. Face à une crise climatique, notamment dans le monde amateur, la priorité est la gestion à court terme du problème. Préserver la santé des bénévoles et des adhérents tout en rétablissant la stabilité financière le plus rapidement possible.

Le mauvais accompagnement de ces clubs et la désertion des grandes instances, renforce, toute proportion gardée, l’instabilité d’un secteur économique sous tension. Puisque les instances incitent à réduire la consommation des ressources dans leur cahier des charges, la rentabilité les incitent à augmenter le nombre de matches et la fréquence des compétitions. Ils s’enlisent un peu plus dans la contre-productivité.

Le synthétique assure la praticabilité sur le court-terme. L’enquête du Shift project introduit une comparaison entre les terrains engazonnés et synthétiques. « Le résultat nous a montré que le synthétique émet moins que le nature », affirme la co-pilote de l’enquête. Les chiffres révèlent une empreinte carbone d’environ 50 à 65 t d’émissions de CO2 sur 10 ans pour le synthétique, tandis que le gazon émet environ 75 à 100 t d’émissions de CO2 sur la même période. « Mais il [le synthétique] a un plus grand impact sur la santé et sur la biodiversité. » Le synthétique, qui a pour avantage de ne pas consommer d’eau et d’être praticable sur une longue période de l’année, accumule cependant la chaleur. Il crée des îlots plus élevés que la température du gazon naturel et augmente le stress thermique des joueurs, qui favorise les blessures.

L’enquête insiste sur les capacités d’adaptation du football. Justine Birot l’explique, « pour réduire cette vulnérabilité, il faut travailler sur plusieurs leviers comme celui des transports en favorisant certains transports plus souple ».

Une baisse à hauteur de 82 % des émissions de GES liées aux déplacements est réalisable d’ici 2050. L’objectif est d’inciter l’utilisation de moyens de locomotion plus doux. Les spectateurs visiteurs sont en première ligne et peuvent utiliser le train ou le car. La promotion des transports en communs pour l’accès au stade peut passer par sa gratuité pour les titulaires de billets pour le match comme c’est le cas à Angers ou à Nantes, ou celle du covoiturage que s’efforce d’encourager StadiumGO. Justine Birot met également en exergue « le levier de l’alimentation au abord du stade qui se doit d’être moins carboné. »

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Pour s’adapter et réduire l’exposition aux risques, le football doit questionner son recours aux énergies fossiles dont il est encore bien trop dépendant. Justine Birot insiste sur la nécessité d’un changement à tous les niveaux, en insistant sur « des changements structurels plus profonds. » Une modification des calendriers assurerait une révolution dans le secteur du transport. Le football ne doit pas subir cette transition, qui requiert de mieux prévoir les crises pour « ne pas être pris de court ».

Dans ce marasme environnemental, le football, piégé entre la montée des eaux et les terrains brûlés, se doit de faire partie de la solution. Comme au Tuvalu, le football peut être un moyen de reconnaissance auprès d’un public international que les canaris du Pacifique se doivent d’influencer. Ce sont ceux qui en premier voient les conséquences du dérèglement climatique et sont en mesure de prévenir ceux qui vont devoir affronter ces bouleversements partout sur les littoraux de la planète. Ainsi, une reconnaissance de la Fifa peut propulser le pays au devant de la scène internationale et encourager une réaction de ceux qui, par leurs émissions, ont embourbés ces îles et atolls.

Éviter l’exil, c’est travailler sur le long-terme à une restructuration complète de tous les secteurs qui alimentent nos vies. Cette recrudescence de nouvelles interrogations doivent rapidement intégrer celles en cours d’évaluation. Sans préparation face au problème, les répercussions seront davantage néfastes. L’âme du football – qui passe au travers de la ville et de son appartenance par les fans – va devoir être remis en question.


Eliott Schiets

Membre du peuple jaune et vert, j'attends avec impatience le naufrage de notre évadé fiscal préféré et de sa marionnette : son coach du moment. J'essaie de noyer mon éco-anxiété avec mon stylo estampillé Football Écologie France en main.

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Après Chido, comment Mayotte va relever son football ? - Fausse Touche · 01/03/2025 à 17:10

[…] À LIRE SUR FAUSSE TOUCHE – Le football à l’épreuve du bouleversement climatique […]

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