Couvrir l’information écolo-sportive, c’est le domaine d’Ecolosport. Notre dossier débuté il y a maintenant plusieurs semaines le démontre, le football doit changer et amorce petit à petit sa transition, mais est-ce assez ? Quelles conséquences auraient un non-changement de cap ? Rencontre avec Michael Ferrisi, fondateur du média Ecolosport.

Quel est le contexte de la naissance d’Ecolosport ?
Ecolosport est né en mai 2020, après le premier confinement, suite à des réflexions que j’ai mené personnellement sur les thématiques de sport et de développement durable. J’ai créé un blog et petit a petit j’ai senti un certain attrait de la part des lecteurs. Je me suis empressé de recruter des rédacteurs bénévoles et aujourd’hui on est 25 à écrire sur Ecolosport. À partir de la rentrée le média ne fera plus partie de l’association mais d’une agence qui accompagne les clubs dans leur transition écologique, et l’association fera de la sensibilisation, notamment au niveau des jeunes.
Quel était objectif derrière le média au moment du lancement ?
L’idée est de sensibiliser le monde du sport qui est très bon et engagé sur les questions sociétales type égalité, homophobie, racisme. L’écologie est en général le parent pauvre des stratégies RSE, mais j’ai l’impression que le covid a changé les choses et fait que l’écologie fait vraiment partie des stratégies. Nous on essaye de sensibiliser en partageant les bonnes pratiques, en questionnant les acteurs ou des membres de clubs ou fédérations. On vise les pratiquants mais aussi les professionnels du sport.
Quel public vise Ecolosport ? Le grand public ou une niche déjà consciente du défi écologique ?
La volonté initiale était de toucher les plus jeunes, mais on a pas forcément fait ce qu’il fallait les toucher. Aujourd’hui on est majoritairement suivi par les professionnels du sport, c’est pour ça qu’à partie de la rentrée on prend un virage en visant de nouveau les plus jeunes, avec du contenu dont ils sont plus friands, type audio ou vidéo, avec davantage de professionnalisé. Le podcast devrait voir le jour fin 2022, la vidéo est en projet. Aujourd’hui, on a beaucoup d’idées mais pas vraiment les finances qui vont avec…
Vous annoncez intervenir dans des collèges ou lycée au nom d’Ecolosport. Pourquoi ?
Avec les changements de la rentrée, l’association va perdurer sur des actions sur le terrain, en sensibilisant les fans, en allant dans des centres de loisirs ou dans des écoles. C’est en projet, c’est quelque chose qu’on est en train de construire aujourd’hui.
Ce sont des jeux ludiques principalement, en gardant cette touche positive, pour essayer de créer un petit engouement de manière positive et vertueuse. On est basé du côté de Toulouse et de Montpellier, donc l’association aura une vocation uniquement régionale pour le moment.
On quitte Ecolosport. Pensez-vous qu’il y a une réelle prise de conscience quant au développement durable dans le sport ?
Oui et non. Oui parce que les questions environnementales n’existaient quasi pas dans les stratégies RSE des clubs, et ça s’est développé ces deux ou trois dernières années. Il y a une stratégie importante qui est en train de se faire, surtout dans certains clubs, je pense à l’Olympique Lyonnais. Elle est plus légère dans beaucoup d’autres clubs.
Souvent, ça va être lié au tri au stade ou à l’eau, c’est quelque chose qui ressort souvent, mais ce n’est pas suffisant du tout. Il faut une réelle stratégie avec des vrais moyens derrière. Aujourd’hui, les 3/4 des émissions d’un évènement sportif viennent des transports, sauf que peu de choses sont faites à ce niveau, ou du moins pas suffisamment.
Ça va de mieux en mieux certes, mais c’est parfois un petit peu lent. Il faut être plus ambitieux, il faut plus de moyens pour accélérer cette transition. Il y a aussi un vrai besoin de sensibiliser les supporters.
Si demain un club souhaite être plus respectueux de l’environnement, quels leviers doit-il actionner pour être plus vert ?
La mobilité est importante. Tout n’est pas du fait des clubs : si les transports en commun desservent mal un stade, le club va avoir du mal à changer les choses, il a besoin des collectivités. On peut très facilement mettre en place une plateforme de covoiturage, ou favoriser la mobilité douce. Il faut agir sur les transports mais surtout montrer l’exemple. On ne peut plus prendre l’avion pour aller de Paris à Lille ou Paris à Rennes, ce n’est plus possible. Certains clubs compensent à le comprendre. On ne peut plus mettre non plus sur Instagram des joueurs qui prennent un jet pour une demie heure.
Si demain on demande aux supporters d’être plus écolos, de venir en vélo, en train, en covoiturage mais que le lendemain les joueurs partent en avion pour faire 200 kilomètres, le message est brouillé et on perd totalement l’aspect sensibilisation.
L’énergie est aussi un levier sur lequel les clubs doivent appuyer, avec des panneaux solaires ou de la récupération d’eau, la gestion de déchets. Mais avant de les gérer correctement, il faut surtout les réduire. Sur la partie merchandising, il y a beaucoup de maillots ou de produits dérivés qui ne sont pas éco-conçus.
Le Real Betis a décidé de voyager en train en déplacement, pensez-vous cela possible en France ? Ecolosport a justement relayé cette information.
Un Marseille-Paris, c’est fait en 3 heures en train, je ne pense pas que ça soit problématique pour les joueurs. Le système ferroviaire français est plus important que l’espagnol, et pas forcément plus abîmé. C’est une question de volonté de la SNCF et des clubs. Si la SNCF déploie la possibilité, à des coûts abordables, parce que la privatisation d’un train ou du moins quelques voitures, c’est beaucoup plus cher que la location d’un avion privé. La SNCF ne fait pas l’effort pour rendre ces voyages possibles, au contraire de son pendant en Espagne, qui souhaite avoir le plus de partenariats sportifs. A Troyes ou Auxerre, évidemment ça sera bien plus compliqué mais dans la majorité des villes il est facile de s’y rendre en train.
Une fois ça, à mon avis les clubs s’y mettront, parce que c’est un levier de communication important. On leur a assez tapé dessus pour leurs trajets en avion, je pense qu’ils s’empresseront de dire qu’ils prennent si c’est bien rendu possible.
A propos du train, le PSG avait fait le buzz en prenant l’avion pour un voyage jusqu’à Lille…les mentalités ont-elles changées depuis ?
En l’occurence, je ne pense pas que le PSG ait beaucoup changé. On comprend qu’il y ait des problématiques de sécurité, on ne déplace mais Mbappé et Neymar comme on déplace tous les joueurs de Ligue 1 c’est évident, donc il faut trouver des parades en gare. On demande pas que les joueurs traversent l’Europe en train, mais plutôt sur des trajets de moins de 4 heures.
Certains communiquent là-dessus, notamment le Stade Rennais, qui est allé à Paris en train, alors qu’au match aller le PSG avait voulu faire le même trajet en avion, mais il y avait eu une panne et ils étaient partis en minibus. En terme de sécurité ça n’a pas beaucoup de sens non plus…mais il n’y a pas non plus 1000 exemples.
J’ai pas l’impression qu’il y ait un changement de mentalité important mais j’espère que l’exemple du Real Betis va monter à la tête des dirigeants. Sachant que Séville n’est pas au centre de l’Espagne, pour aller à Bilbao par exemple le trajet ne doit pas être simple mais il est quand même fait. Ceci étant dit, un Marseille-Lille n’est pas inenvisageable, comme un Rennes-Strasbourg.
En termes de respect de l’environnement, comment classer et placer le football ?
Le football amateur est intéressant, notamment via l’association Football Ecologie France. Il y a une prise de conscience parce que ce football est aussi éducatif qui fait qu’on parle de plus en plus d’écologie. Le football professionnel est parfois hors-sol, pour l’énième fois le trophée des champions se joue ailleurs dans le monde. La Coupe du monde de football, je passe, tout a été dit, ça montre bien que le football professionnel n’est pas mature sur ces sujets là. Je pense tout de même que si aujourd’hui il y avait une décision à prendre, elle ne serait pas la même, j’espère en tout cas [rires]. Les considérations écologiques n’étaient pas les mêmes au moment de l’attribution de la Coupe du monde, c’est certain.
À LIRE – Entretien avec l’association Football Ecologie France
Existe-t-il alors un championnat professionnel non hors sol quant à ces sujets ?
C’est une excellente question. Il y a des compétitions internationales tout le temps, de plus en plus, je pense au tennis, à la Formule 1 ou au rugby avec des déplacements internationaux qui s’ajoutent. Aucune discipline qui peut se targuer de ne plus faire prendre l’avion à ses athlètes, ils sont un peu tous sur la même ligne. Il n’y a pas de sport qui se détache.
Pour prendre l’exemple de la Formule 1, l’impact écologique est catastrophique, et je ne parle pas des course. Aujourd’hui, il y a beaucoup de circuits qui tendent à être plus responsables dans leur gestion, les voitures sont hybrides. La course représente 0,7% de l’impact carbone total. Ce n’est la pas la course le problème, mais le transport et la logistique qui vont avec, comme le football.
La campagne « objectif zéro carbone » qu’affiche la F1, comme beaucoup d’autres organisations, ça s’apparent à du greenwashing évident, parce qu’il n y a pas de volonté de réduction. Ils parlent pas zéro carbone car ils vont compenser à grands coups de millions d’euros, en plantant des arbres, en lançant des programmes écologiques mais ça sera uniquement une compensation. On ne peut pas atteindre zero carbone c’est impossible, le seul fait de vivre en produit.
Mais si on réduit ces émissions par deux ou par trois et que derrière on compense, la ce n’est pas du greenwashing. Ce n’est pas parce qu’on plante des arbres que la planète va aller mieux, il faut réduire et être plus sobre dans la gestion.
La FIFA s’y connaît en greenwashing.
Ce qu’a fait la FIFA avec le greencard, c’est le greenwashing par excellence, comme pour la Coupe du monde au Qatar. Et aller au Qatar ou en Arabie Saoudite, pour reprendre l’exemple de la Formule 1, on se doute bien que ces deux pays ne sont pas écologiques surtout avec le sponsor Aramco derrière.
D’ailleurs, il faut arrêter avec ces slogans « neutre en carbone en 2050 », parce que ça n’a aucun sens d’un point de vue sportif. Ca s’entend à l’échelle d’un pays ou d’une ville mais pas d’un sport. Dire que l’on va réduire par deux, trois ou quatre nos émissions, c’est déjà un petit peu plus honnête et c’est plus facilement communicable. Je pense qu’il faut être le plus honnête possible dans la sensibilisation auprès des supporters, pour éviter d’être taxé de greenwashing
À LIRE – La Coupe du monde au Qatar, une catastrophe écologique
Réduire ses émissions carbone par deux, trois ou quatre, est-ce vraiment possible à court terme ?
Oui, s’il y a une stratégie ambitieuse mise en place derrière. Aucun problème à la mettre en place mais il faut des moyens financiers et matériels importants. Je pense aux JO de Paris 2024 qui ont annoncé réduire les émissions carbone par deux par rapport aux éditions de Tokyo ou Londres. Ils ont promis cela, et derrière ils utilisent 95% d’équipements existants, donc très peu de constructions. Sur l’alimentation ils ont développé tout un programme éco-reponsable très intéressant, très local, bio et végétal. Ils sont en train de mettre en place tout un tas d’actions qui tendent à cela, donc on voit que c’est possible. En parallèle, ils vont compenser parce qu’ils vont émettre des émissions avec les transports pour venir voir les Jeux etc…pour l’instant il n’y a pas de greenwashing pour Paris 2024, et j’espère que ça va montrer la voie à tous les autres évènements.
Quel futur doit prendre le football dans les 5, 10 ou 30 prochaines années ?
Idéalement, ce que doit être le football dans le futur : moins de compétitions, l’idée d’une Coupe du monde tous les deux ans c’est typiquement ce qu’il ne faut pas faire, et les sportifs seront très contents d’arrêter de faire 60 matchs par an. Aussi mieux organiser les trajets, typiquement en Ligue 1, s’il y a 3 matches en une semaine, si le samedi Marseille joue à Rennes, ça serait bien que l’OM se déplace à Lorient ou Nantes dans les jours qui suivent pour leur permettre d’éviter des déplacements inutiles.
C’est peut-être un petit peu idéaliste, mais je pense qu’on doit tendre vers ça. Il faut comprendre aussi que la planète se réchauffe, et qu’on va perdre des jours de compétitions. WWF disait que dans un monde à +2C°, on perd jusqu’à 24 jours de pratique sportive, et a +4° quasiment 2 mois. Ca veut dire qu’en juin on ne joue plus, et en août/septembre presque plus non plus. Les Coupes du monde en juin, ça deviendra compliqué à certains endroits du globe. La reprise des championnats en août, ça va être quasi impossible parce qu’il va falloir procéder à dix pauses fraîcheur par match.
On va tendre vers des compétitions d’octobre à mai si on continue comme ça, parce qu’après il fera beaucoup trop chaud. Dans un monde à +4°, il sera impossible de faire jouer des sportifs de haut niveau, avec toute l’intensité que ça demande, sous des chaleurs pareilles. Soit on anticipe, soit on réagit seulement une fois qu’on est dans la merde, et beaucoup d’acteurs du sport vont perdre de l’argent.
Les clubs pourraient alors décider de tout climatiser, entre autres.
Ca peut être la solution facile, mais j’ai du mal à croire que les citoyens laisseront passer, surtout quand je vois la mobilisation face au Qatar aujourd’hui. Surtout si on se dirige vers un monde plus chaud, avec plus de catastrophes climatiques, ce qui devrait arriver. A un moment donné les gens vont se dire « vous êtes sympas avec votre football climatisé mais ce n’est plus possible« . Les collectivités ont aussi un rôle à jouer, et ne devraient pas autoriser ce genre de dépenses financières et énergétiques pour avoir quatre matches de plus dans l’année.
Au niveau des joueurs, existe-t-il des exemples impliqués sur la cause environnementale ?
Globalement les joueurs sont encore hors-sol. Je prends un exemple extrême, mais quand Neymar termine un match à Paris et prend son avion privé pour aller en Espagne avec sa famille pour le weekend avant de rentrer, ce n’est plus possible. Et j’imagine que c’est seulement ce qu’on sait, et qu’il y a des déplacements qu’on ne sait pas. Kylian Mbappé qui, sur Instagram, met qu’il prend son avion privé pour aller un peu partout dans le monde…le problème c’est que ces gens sont des influenceurs. En mettant le fait que ça soit super cool, parce que ça l’est, de prendre son jet pour une journée, on tire une balle sur la planète.
Il y a quand même des joueurs qui sont sensibles, et si je les connais c’est parce qu’ils se comptent sur le doigt d’une main. Je pense à Thorsby de la Sampdoria, à Hector Bellerin ou Wendy Renard et Delphine Cascarino et quelques joueurs de plus petites divisions, mais c’est à la marge. Tant que les grandes stars ne prennent pas la parole, on avancera pas. On leur demande pas d’être exemplaire, juste de faire plus attention.
En quittant les joueurs, quels sont les clubs, championnats en fédération en avance ?
En France, il y a quelques clubs qui commencent à s’y mettre, en plus de l’Olympique Lyonnais. Je pense à Saint-Etienne, je pense à Marseille, à Strasbourg, Toulouse s’y met pas mal aussi. Le Real Betis en Espagne est très engagé. Il y a aussi autre chose, qui n’est pas assez mentionnée à mon gout, et qui représente pourtant l’avenir, c’est le modèle de la Bundesliga : elle a mis en place un système où l’engagement environnemental est inclus dans l’attribution de la licence en Bundesliga 1 et 2.
Cela veut dire que le Bayern, Dortmund, pour pouvoir avoir cette licence, doivent respecter cette éco-conditionnalité. Dans la note complète, on prend en compte l’engagement environnemental des clubs allemands, et ça je pense que c’est l’avenir, toutes les ligues et les fédérations vont s’y mettre à un moment donné pour délivrer les licences et la possibilité de jouer.
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