À Lyon, il n’y a pas que l’Olympique. Dans le 8e arrondissement de la Ville Lumières, le FC Lyon 1893 a installé ses quartiers depuis 129 ans maintenant. Depuis, le club a beaucoup évolué, sportivement comme socialement. Il a pris un grand virage environnemental et plus particulièrement sur le développement durable, pour être l’un des clubs français les plus avancés dans le domaine. Pour évoquer ce changement de cap, rencontre avec son directeur général, Yvan Claudey.

Comment définiriez-vous le FC Lyon 1893 en quelques mots ?
Nous avons deux particularités, la première notre date de création, 1893, qui fait de nous le troisième plus vieux club français. La deuxième, c’est notre taille, nous avons environ 1400 adhérents, ce qui fait 1250 joueurs et joueuses. Nous sommes basés dans le 8ᵉ arrondissement de Lyon.
On a un double projet, le premier est évidemment sportif, avec une section handifoot qui va être opérationnelle en septembre, avec de l’e-sport aussi. La particularité du projet associatif, c’est qu’il y a un axe de développement éco-social. C’est un programme d’action sur cinq thématiques, à savoir l’éducation, la culture, la solidarité, le développement durable et l’employabilité. On combine les deux.
D’où vient cette attrait pour le développement durable ?
L’idée est venue d’une réflexion globale à l’échelle du club, en se demandant quel modèle on voulait avoir pour les années à venir. Très rapidement, on a compris que notre volonté était d’augmenter le niveau sportif, mais aussi aux regards d’enjeux sociaux et de développement durable. Sur ce dernier point, l’idée est de se dire qu’on souhaite une croissance pour notre club et nos activités, mais en même temps, on est sensible à ces enjeux, climatiques notamment, de biodiversité… donc comment on pourrait organiser nos activités avec ça en tête, et il a été décidé de mener un véritable plan d’action.
Tout ce qu’on développe comme projet, et donc parfois des nuisances, on va le contrecarrer par une approche anglée sur le développement durable. Pour cela, on a mené un gros travail avec Football Ecologie France, avec qui on est club pilote. Avec eux, on a fait un autodiagnostic de nos activités, qui nous permettait d’estimer les revers de notre croissance, que cela soit les déchets, la mobilité, les achats, le gaspillage, les espaces verts… une fois cela effectué, on a mis en place un plan d’action, sur 5 ans. Maintenant, dans tout ce que l’on entreprend, on veille à cocher un maximum de bons points écologiques.
Nos évènements sont plus en phase avec le développement durable, et on s’est rendu compte que c’était pas compliqué, même si ca demande un peu de travail.
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Comment sont nés les liens avec Football Écologie France ?
Ils nous ont directement contactés puisqu’ils se sont aperçus qu’on avait déjà un petit peu entrepris une réflexion à ce niveau-là. À partir de là, on est devenu club pilote, c’est-à-dire qu’on a été les premiers à réaliser leurs différents ateliers, notamment la fresque écologique. En tout, on a conduit une cinquantaine de fresques, en sensibilisant à peu près un millier de personnes, que ça soit des licenciés, mais aussi des partenaires, économiques ou publics. C’est important de réunir tous les acteurs de l’écosystème pour les sensibiliser.
On s’est fixé un plan sur tous les thèmes : les consommations, les achats, le tri des déchets… on favorise l’achat local avec des aliments le moins transformé possible, avec des partenaires qui cochent ces cases-là.
Avec la ville de Lyon, qui est propriétaire de nos installations, il y a un grand projet de refonte qui est imaginé pour rendre le site beaucoup plus vert, qui limitera les chaleurs et favorisera la biodiversité, avec des ponts sociaux vers une ouverture sur le quartier.
On a la volonté de devenir l’un des clubs phares en matière d’écologie, pas uniquement pour notre intérêt à nous, mais aussi pour montrer aux autres clubs que c’est possible. On veut transmettre ce qu’on a appris à travers nos actions pour que ça puisse être généralisé.
Ce n’est pas une compétition que de devenir un « club écologique » à tout prix, le but est surtout d’amener tous les acteurs du club vers une progression. Tout ça prend du temps, mais on est sur la bonne voie.
Avant la saison, vous vous étiez fixés des objectifs écologiques et de développement durable à atteindre avant la fin de la saison ? Les pensez-vous atteints ?
Ils sont quasiment tous réussis, à l’exception du zéro déchet. On a très nettement limité nos déchets, à hauteur de 60 à 75%. Le restant est le plus difficile à éliminer.
Pour ce qui des infrastructures, le plus gros frein est économique. C’est un très gros projet, les montants de la restructuration sont très importants. Le premier enjeu est d’arriver à convaincre les politiques de notre commune et les mettre en ordre de marche avec nous. On a des partenaires privés qui sont d’accord pour nous accompagner, mais tout se fait au regard de la ville de Lyon, car nous ne sommes que locataires. La réalisation des travaux sera une autre étape, mais pas forcément la plus complexe.
Justement, le fait de s’être lancé dans le développement durable en a-t-il apporté de nouveaux ?
De manière générale, nos sponsors sont là davantage pour ce qu’on fait au niveau environnemental et social plutôt que sportif. Oui, ça attire, et c’est amené par les valeurs que l’on a. La notion de développement parle à beaucoup d’entrepreneurs et ils nous suivent dans cette voie-là. Le but du jeu est aussi de les associer à nos réflexions. Ces liens sont même plus solides puisqu’ils ne sont pas liés à des résultats sportifs.
La théorie passée : Comment protégez-vous factuellement l’environnement via ce développement ?
Déjà, il y a des actions de sensibilisation et de communication. Ce n’est pas à sous-estimer parce qu’il faut éveiller les consciences, c’est un premier pas vers l’action. On le fait au quotidien avec nos équipes, sur nos évènements, nos soirées partenaires ou nos stages educafoot.
En terme d’actions favorables à ce développement, il y en a plusieurs. Sur le thème de la mobilité, on a fait une grosse campagne d’incitation au covoiturage et à l’utilisation d’autres modes de déplacement. À côté de ça, on a tissé un lien avec une entreprise tierce qui fabrique des trottinettes électriques à Lyon, pour qu’on puisse en avoir un maximum à disposition à l’entrée du stade.
On a commandé deux bus moins polluants, et puis, on va grouper des déplacements d’équipes via des bus communs qu’on va également optimiser avec les supporters pour éviter qu’ils se déplacent avec plein de voitures.
Vos diagnostics pointaient plutôt du doigt votre gestion des déchets et des consommables…
Sur la partie des achats et consommations, on a revu toute notre grille d’offre alimentaire. On a des partenariats avec des revendeurs bio. Pour donner un ordre d’idée, avant, on pouvait commander 2 500 kilos de frites à Promocash, maintenant, on les achète chez un producteur à moins de 8 kilomètres des infrastructures.
Pour le gaspillage, deux associations locales vont pouvoir récupérer soit nos invendus, dont les dates de péremption ne sont pas passées, soit des aliments dont les dates sont dépassées, qui vont être transformées pour pouvoir resservir à la restauration. On s’est équipé d’écocups réutilisables, on a éliminé tout ce qui est paille et couverts plastiques, remplacés par « moins », et par des éléments en bambou ou carton réutilisables.
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Ensuite, on a entamé un travail de végétalisation avec la ville de Lyon, et l’autre point positif, c’est que ça isole du bruit, donc limitation des nuisances pour le voisinage. On est aussi sur un projet de jardin partage, dont l’arrosage viendra de la récupération d’eau de pluie depuis une de nos tribunes.
Depuis 2 ans, on a divisé par 12 nos consommations de papier et d’encre en se digitalisant. On s’est aussi attaqué aux consommations d’eau pour tenter de limiter le gaspillage, ça fait partie des actions concrètes.
Le plus important dans tout ça reste le projet de restructuration, puisqu’on est limité par les infrastructures qu’on a disposition, le vrai sujet est là : comment moderniser notre stade avec une éco-conception et un respect du développement durable ? Cela nous permettra d’être beaucoup plus performants.
Je suppose que vous connaissez les Forest Green Rovers, pensez-vous que c’est un modèle à suivre ?
Je trouve leur modèle formidable, mais j’apporte une nuance : nous, on a fait de l’écologie un enjeu de notre projet, mais le projet dans sa globalité est conçu au regard de tout l’écosystème. La réalité des uns n’est pas forcément celle des autres. Ce club est un modèle dont on s’inspire, mais on ne va pas copier leurs opérations. On les adapte à notre situation.
Qu’est-ce qui vous différencie de ce club ?
Ce que j’en déduis, c’est qu’eux se sont construits sur la base de ce sujet-là, nous la notion de développement durable est arrivée alors que le projet avait déjà 125 ans. Ce n’était pas quelque chose d’inné.
Avez-vous un devoir d’enseigner la protection de l’environnement chez vos plus jeunes ?
Notre job, c’est de faire du football, mais on est un tampon dans la société, un maillon d’une chaine. Un club de foot doit absorber des problématiques plus complexes qu’il y a 30 ans. On a un rôle beaucoup plus social, au regard aussi des défaillances de l’État.
Ce que l’on remarque, c’est qu’on a plus de 1000 mineurs au club, qui vont passer de 14 heures au club par semaine. Après l’école, nous sommes le deuxième lieu d’éducation en France, donc c’est une responsabilité très importante. À travers le football, on se doit de former des sportifs, mais aussi des citoyens. Une fois qu’on s’est dit ça, on peut se demander « comment ? », et nous notre « comment », c’est notre programme écosocial en cinq piliers dont je parlais tout à l’heure, dont le développement durable.
Quelque part, c’est un petit peu notre devoir de faire de l’écologie, mais pas que. Notre devoir, c’est d’utiliser la passion des gamins pour pouvoir enseigner des choses qui leur serviront dans leurs vies de citoyens ?
Tous vos licenciés ont été ok avec ce changement de direction ?
Il y a des avis différents, certains ne sont là que pour la partie football, même des coachs, les autres aspects ne sont pas forcément naturels. Mais nous en tant que dirigeants, on doit aller au-delà. Si on apporte un réel accompagnement pour le joueur, on augmente les chances qu’il reste plus longtemps au club, et ça constituera peut-être le bénévole de demain.
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Ca n’a pas forcément été naturel d’intégrer l’écologie dans nos actions, mais on a su prouver que ça servait à tout le monde, en tout cas à l’association.
Les valeurs du club se sont elles transposées dans la vie privée de vos licenciés ?
C’est très difficilement quantifiable, mais nos observations démontrent qu’il y a peut-être un petit peu moins de voitures, on a supprimé quelques places de stationnement et ça ne pose pas franchement un problème. On ose imaginer que ça a eu un impact direct sur la vie des gens.
Avez-vous déjà eu des contacts avec d’autres clubs voisins qui ont apprécié votre démarche et souhaiteraient se lancer aussi ?
Oui, bien sûr, on collabore avec eux facilement. Mais pour l’instant, on s’occupe de nous et dans un deuxième temps, on aura un support référentiel pour aider concrètement les autres clubs. Pourquoi ne pas imaginer le lancement d’un accompagnement. De manière générale, on tend à faire bénéficier les autres des réflexions qu’on a pu avoir, on pense que ça peut servir et on nous le fait surtout sentir.
En prenant l’exemple de votre projet « Ballon lyonnais » : vos engagements environnementaux au niveau du développement durable et sociaux intimement liés ?
Le but est de faire un maximum de ponts, on a plein de projets qui sont transversaux entre les deux. Le ballon lyonnais est un petit peu particulier, il est né pendant le premier confinement. C’est parti d’un constat simple : on est en partenariat avec des bureaux étudiants de Lyon, qui en couvrent 350 000, qui nous ont remonté une problématique. Les étudiants avaient du mal à boucler leurs fins de mois et il y avait cette question des frais de protection périodiques, qui représentent un cout important. Après réflexion, on est rapidement arrivé sur l’idée d’un ballon symbolique, qu’il va falloir vendre à travers une campagne de dons.
Il fallait un joli ballon, donc on s’est basé sur un collectif d’artistes lyonnais comme on voulait mettre la ville en avant, c’est pour cela que le ballon est designé avec des monuments. On voulait travailler sur une pièce écologique, oui ça a un cout important, mais on a pu trouver un fabricant « Fair Trade » avec qui on a pu concevoir le ballon. On est parti d’une idée de solidarité et on a pu rejoindre des questions de développement durable.
Il y avait 250 ballons, beaucoup plébiscités par des influenceurs ou chefs d’entreprises, et ça a permis de récolter des fonds pour couvrir les frais de protection périodiques.
En parlant de la ville de Lyon, la municipalité a-t-elle conscience du problème ?
Qu’elle soit au courant du problème, je n’en doute pas une seule seconde, on est sur une mairie écolo. Dans les faits, je n’ai pas la sensation que le sport fasse partie de leurs enjeux prioritaires, et ils sont confrontés aux réalités où on se rend compte que ce n’est pas évident de tout miser sur l’écologie. C’est aussi une histoire de budget. Nous, ce qu’on met en évidence, c’est qu’avec plus de moyens, on pourrait conduire nos projets. On peut faire des choses que les collectivités ne sont pas capables de faire, donc donnez nous juste les moyens financiers ou des libertés de gestion des équipements ou de personnes.
Merci à Yvan Claudey, directeur général du FC Lyon 1893, pour le temps accordé.
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"Je pense qu’une marque digne de ce nom, dans le futur, devra aussi exister par les projets sociétaux qu’elle porte" : Kipsta enclenche son virage environnemental - Fausse Touche · 09/10/2022 à 19:06
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