Les Tigres vendéens Étoile chaumoise 85, le TVEC 85 pour les intimes, est un petit club amateur situé aux Sables-d’Olonne. Si, sportivement, il ne prétend rien avoir d’exceptionnel, il excelle dans un autre domaine : la protection de l’environnement. Il est l’un des clubs les plus avancés sur la question dans l’hexagone, surtout si on exclut les professionnels. Ce club de l’ouest de la France est d’ailleurs labellisé Fair Play for Planet.

Pouvez-vous nous présenter le TVEC 85 ?
Le TVEC Les Sables-d’Olonne est un club qui a plus de cent ans. Actuellement c’est 600 licenciés, dont une équipe en Régionale 1. On propose du futsal ou du beach soccer comme on est aux Sables-d’Olonne… on essaye de diversifier au maximum notre proposition football.
D’où vient cette volonté de protéger l’environnement ?
Notre comité de direction a beaucoup évolué ces dernières années. Après avoir vécu une période très compliquée sportivement et financièrement, on était dans le creux. Notre fonctionnement était archaïque avec très peu de pouvoirs partagés. On s’est remobilisé et on a redéfini une nouvelle stratégie de fonctionnement, et on s’est appuyé sur la démarche RSE (responsabilité sociétale et environnementale) bien connue dans le milieu entrepreneurial. On a un organigramme avec des rôles participatif et non un système vertical. Au sein de notre comité, il y a maintenant une commission environnementale. Des membres du club, des parents composent cette commission environnementale. L’idée est de proposer et de réfléchir à des actions favorables à l’environnement.
On a voulu réfléchir à notre raison d’être, un club de football ça on sait le faire, mais on s’est interrogés. Pourquoi on en est là, qu’est ce qui a fait que etc. On a inscrit dans nos statuts ce qu’on appelle nos piliers, avec cette sensibilité environnementale. Avec d’autres, le questionnement a été de se demander comment modifier nos comportements, sensibiliser, réduire notre pollution et notre impact carbone
Après ce changement de cap, comment, factuellement, le TVEC 85 décidé de protéger l’environnement ?
On s’est dit que ça serait bien de faire un état des lieux, d’où la mise en relation avec Julien Pierre de Fair Play for Planet, avec qui on a eu des échanges. FPFP a réalisé un audit chez nous avec leur cahier de plus de 250 questions. Elles balayent tout ce qui touche l’organisation du club, les infrastructures ou les consommations. On s’est rendu compte qu’on faisait déjà ces choses, ce qui nous ont permis d’être labellisé. Au-delà de l’audit, ils nous ont donné nos grands axes d’amélioration, avec tous les domaines sur lesquels il était possible de s’améliorer. Ça nous sert encore de base aujourd’hui.
On a une charte au niveau du club qui dit qu’on ne veut plus de bouteilles plastiques. Tous nos joueurs ont leurs gourdes, et quand une équipe extérieure vient, on leur propose des contenants. On a totalement banni le plastique. C’est un des exemples d’actions concrètes.
Les résultats de l’audit vous ont-ils surpris ?
Plutôt dans le bon sens, on s’attendait à ce que ce soit très mauvais, mais il existait des choses. Ils nous ont clairement dit qu’on avait de l’avance contrairement à d’autres structures similaires. Ça nous a confirmé dans l’idée que l’on avait de notre démarche, l’idée d’aller encore plus loin. On est régulièrement en contact avec eux. C’est confortant de savoir qu’il y a des organismes qui nous envoient des signes de reconnaissance par rapport aux actions qu’on peut entreprendre.
Le TVEC a-t-il lancé des projets en partenariat avec FPFP ?
Depuis l’audit, ils sont venus faire un constat en mars dernier, pour voir après un an où est-ce qu’on en était. Par rapport aux recommandations qu’ils avaient envoyées, on avait engagé des actions, pas dans tous les domaines, certes, mais on a avancé. Et quand on a envie de lancer quelque chose, on les contacte : « on a envie de faire ça, qu’est-ce que vous en pensez, comment on pourrait s’y prendre ». D’autant plus que je recherchais des partenaires financiers et ils ont répondu présents pour donner un coup de main. C’est une vraie relation de partenariat.
À la suite de cet audit, dans quels domaines vous-êtes vous améliorés ?
On a un tableau de bord où on consigne toutes les démarches réalisées. Avant l’audit, on faisait quelques actions à droite à gauche mais il n’y avait rien au club qui permettait de tout mettre en commun. On a donc créé un tableau de suivi avec un référent environnement au sein du club. Tout est communiqué sur nos réseaux sociaux ou en interne.
Au niveau de la récupération de tout ce qui est « jouets », en partenariat avec une association locale dont le but est justement de récupérer ces jouets pour les transmettre à des enfants situés en Afrique, on a organisé le temps d’un week-end une grande récupération où tous les jeunes licenciés du club pouvaient en remettre. L’intérêt est d’apporter un « soutien » aux enfants défavorisés mais aussi d’éviter que ces plastiques ou autres traînent ou partent à la poubelle.
On a aussi fait de la récupération de smartphones qu’on a remis à une structure de reconditionnement, mais aussi une opération de sensibilisation à la nature à travers un film orienté écologie appelé « Le Chêne », en proposant un tarif réduit à nos licenciés. On avait privatisé une salle. Plus de 200 personnes, qui ne seraient pas naturellement venues, ont pu visionner ce film-là. Derrière, on a pu amener un petit débat autour de l’environnement en réaction à ce film.
On le sait, les deux plus gros leviers écologiques dans le football sont le transport et l’environnement : qu’est-ce que cela donne dans ces domaines ?
Sur le transport, on a peu avancé ça c’est clair. On a envie et on a pensé à beaucoup de choses, mais qui ne sont pas forcément simples à mettre en place. Je pense notamment à tout ce qui est covoiturage. Les déplacements sans consommations fossiles c’est favoriser le vélo ou la marche à pied… là clairement, on a pas avancé. D’autant plus qu’on est un club multi-sites. Sur les Sables-d’Olonne, on a 4 établissements différents, et donc ça nécessite encore plus de déplacements. Nos équipes jouent souvent en Régional ce qui provoque de longs trajets. Fair Play for Planet dans ses recommandations nous parlait du train, mais quand on est aux Sables d’Olonne, aller jouer dans des petites villes en Mayenne ou dans la Sarthe en train, c’est compliqué.
Sur l’alimentation, on a rectifié certaines choses. Notre démarche est de travailler le plus possible en circuit court, en mobilisant le plus de producteurs du coin possible. Par exemple, au niveau des collations pour les enfants aux entraînements ou aux matchs, avant on trouvait un peu de tout. Aujourd’hui ce ne sont que des fruits locaux, en relation avec un maraîcher. Grâce à ça, on peut proposer une alimentation de qualité tout en réduisant nos dépenses, parce que plutôt que d’acheter des brioches industrielles ou des choses comme ça, les fruits ne coûtent pas cher et c’est particulièrement apprécié par les enfants.
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Autre exemple, tous les ans on fait une collecte de jus de pomme. Une association sur la Roche-sur-Yon propose à d’autres associations comme nous, tous les septembres, de venir avec ses bouteilles pour les remplir, donc on en fait 500 tous les ans. Ça permet d’éviter les sodas.
Notre but premier sur l’alimentation n’est pas financier. On préfère proposer quelque chose de qualité et que ça revienne à un petit peu plus cher. Je pense aussi au futsal -basé dans une salle située dans les Sables d’Olonne- qui s’approvisionne de manière totalement autogérée avec des producteurs locaux, avec une boulangerie-pâtisserie, une boucherie pour les repas puisque les équipes de futsal jouent en semaine en soirée. On peut dire que notre démarche vertueuse au niveau de l’alimentation fonctionne bien.
On a aussi banni les sandwichs et salades sous plastiques, le fait de travailler avec ces locaux a éliminé tout ce plastique. Avant on allait à la simplicité, on allait dans une grande surface ou en vrac, c’est tellement plus simple que faire la démarche toutes les semaines auprès des producteurs du coin. Nos bénévoles sont fiers de proposer des pommes ou des fruits locaux aujourd’hui, mais ça ne s’est pas fait du jour au lendemain.
Quels retours avez-vous reçus de la part de vos joueurs, de leurs parents ?
Au départ, on s’est demandés comment les gamins allaient réagir, mais finalement, ils ne se sont pas posés la question. Après leur entraînement, ils viennent à la collation et ils découvrent ça, finalement on s’est rendu compte qu’on avait pas assez de fruits parce que ça partait trop vite [rires]. On a eu de très bon retours de parents, qui ont apprécié la démarche et qui sont fiers de leur club, et c’est très appréciable.
L’idée de nos « achats responsables » c’est de ne plus du tout entraîner de déchets polluants a postériori sur le long terme, et on a clairement avancé là-dessus, c’est clair. On a encore du chemin à parcourir et on en est bien conscient, on a envie d’aller encore plus loin.
Vous sentez-vous responsable de lancer vos jeunes pousses dans la démarche écologique ?
Les enfants sont dans la démarche, c’est certain. Quand on organise des choses autour de l’environnement, ils adhèrent assez facilement, c’est dans la continuité de l’école. La prise de conscience a beaucoup changé ces dernières années, et nous on suit la tendance. L’enfant qui vient jouer au foot au TVEC, on a le devoir de l’accompagner, de le sensibiliser, de faire en sorte qu’il se comporte bien et qu’il ait envie d’entreprendre des démarches pro-environnement.
Vis-à-vis des enfants ça se passe plutôt bien, c’est plus compliqué chez les adultes. Il n’y a pas eu de résistance mais pour motiver et sensibiliser les séniors c’est beaucoup plus compliqué. J’ai un exemple en tête, une de nos équipes, il y a quelque temps, a ramené des bouteilles plastiques pendant un match, alors qu’on les a clairement bannies. Pour l’opération Le Chêne dont je parlais, la plupart des personnes venues visionner le film étaient des enfants avec leurs parents. Les adultes sont avant tout là pour jouer au foot, et ce qui se passe autour c’est bien plus compliqué qu’un enfant dans une démarche où il apprend des choses. En école de football, on apprend pas que le football, mais aussi de respecter les règles, comment se comporter, vivre ensemble etc…on a un rôle éducatif c’est clair.
C’est plus compliqué chez les seniors, comment l’expliquez-vous ?
La prise de conscience est moins présente que chez les jeunes générations. C’est peut-être à nous aussi de réfléchir à des actions plus tournées vers les séniors. On changera les mentalités quand on donnera du sens à ce que l’on fait : on impose pas les choses et on doit impliquer les gens. On l’a fait au niveau des bénévoles et on a encore du travail à faire sur cette génération sénior moins concernée par le sujet.
Et on termine ce tour des domaines d’améliorations écologiques du TVEC 85 avec les infrastructures…
Le TVEC n’est évidemment pas propriétaires de nos infrastructures, donc on a pas la main. Sensibiliser nos partenaires de la ville, c’est quelque chose qui existe déjà, et ils y sont sensibles, mais on est tributaires de nos propriétaires. L’un de nos complexes va être rasé et refait à 100% dans les années à venir, la ville nous a présenté les plans et on a été écouté sur nos demandes environnementales. J’espère notamment que le site sera équipé d’infrastructures permettant de produire de l’énergie renouvelable.
Moi j’aimerais que notre municipalité fasse plus. Malgré tout, les démarches sont entreprises par les pouvoirs publics parce qu’il y a des objectifs fixés à moyen terme. Ils sont sensibles aux changements d’équipements et d’infrastructures, mais toujours pas assez à mon goût, à mon avis il faut aller encore plus loin avec une démarche encore plus active.
Et qu’en est-il du matériel ? En sachant que de plus en plus d’entreprises françaises se lancent dans des productions sportives plus respectueuses de l’environnement…
Notre équipementier, Adidas, et c’était l’un de nos critères, propose des maillots à base de matières recyclées. On est pas allé à vérifier à quel point la démarche était réelle et à titre personnel, je ne pense pas qu’elle soit excessivement vertueuse [rires]. Mais dans nos critères, le fait qu’Adidas assure utiliser des matériaux recyclés a joué dans notre choix.
On a contacté Vista Ballon pour se fournir en équipements plus verts, nous ne sommes pas allés jusqu’au bout à cause de couacs financiers -le budget du club est de 25 000 euros-, mais c’est clairement le genre de démarches qu’on peut amorcer dans les années à venir pour proposer des consommables plus vertueux.
Vous avez évoqué le ressort économique dans la transition écologique. Attendez-vous plus d’aides, notamment de la part des collectivités ?
Vis-à-vis de la municipalité, c’est sûr que le TVEC n’aura pas d’autres aides supplémentaires. Par contre, on peut emmener des entreprises avec nous, puisqu’on est club partenaire d’un collectif d’entreprises partenaires. On a investi dans des distributeurs d’eau pour arrêter les bouteilles plastiques, et ce sont nos partenaires qui ont financé le projet.
Le TVEC a-t-il vocation à s’inspirer du travail proposé par les Forest Green Rovers ?
Je m’y suis intéressé à ce club il y a peu, il démontre que même au haut niveau c’est possible. C’est intéressant de voir qu’à travers des clubs comme celui-ci, notre démarche n’est pas vaine et qu’on peut aller encore plus loin. L’écologie n’est pas un obstacle au sportif ou au développement d’un club, au contraire, plus on est en avance dans ce domaine, plus on va attirer des licenciés ou des partenaires. C’est un modèle qui mérite d’être mis en avance dans le but de progresser.
Au vu de votre expertise sur le sujet, d’autres clubs sont ils venus aux renseignement ?
Des clubs on e rencontre toutes les semaines, donc certains s’interpellent, donc on peut avoir des échanges. Aujourd’hui le TVEC est identifié auprès du district et de la ligue régionale comme le club le plus avancé dans cette démarche-là, donc c’est vrai qu’on a beaucoup d’échangés là-dessus, on est souvent sollicité. En toute modestie, on a aussi sensibilisé notre district et notre ligue pour entreprendre des projets et les étendre aux autres clubs qui en dépendent.
Le TVEC a gagné deux prix sportifs écolos : une fierté ?
Une fierté oui, mais on va rester humble. On a entrepris des choses, on l’affiche et on en est fiers, on veut être un exemple mais on est loin de l’être à 100%, comme avec l’épisode des bouteilles dont je parlais tout à l’heure. Si pendant ce match ils y avaient des gens venus au stade ce jour-là pour s’intéresser à notre démarche, ils auraient pu se dire « ils annoncent des choses mais ils ne le font pas ». Oui, au TVEC on est fiers de ce que l’on a fait, mais on reste à notre place.
L’image du football n’est pas la meilleure possible, en tout cas, c’est loin d’être le plus vertueux. Écologiquement il y a énormément de choses à faire, si nos instances en prennent conscience, ça sera déjà un grand pas de réalisé. On a été en contact avec la Fédération Française de Football, qui au vu de l’actualité, suit un petit peu le mouvement, quand même, mais le football n’est clairement pas la vitrine d’une réelle démarche écologique, c’est évident.
Merci à Hervé Betou, vice-président du TVEC pour sa disponibilité.
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