Le premier acteur du football auquel nous pensons est le club. Il n’est évidemment pas le seul et les institutions, les instances ont autant une carte à jouer dans la sauvegarde de notre environnement. La FIFA, les instances continentales, la LFP, tout comme les gouvernements, les ONG et associations.
Maël Besson a été chef de la mission sport et développement durable au ministère des sports pendant plusieurs années, avant de devenir responsable sport et porte-parole sport de la WWF pendant trois ans. L’objectif était, et est toujours, d’intégrer les questions d’environnement dans les politiques sportives. C’est-à-dire utiliser la puissance du sport pour lutter en faveur de la protection de l’environnement et de la planète, sensibiliser le grand public et faire transiter nos politiques et des stratégies du secteur économique. En somme, utiliser le sport pour atteindre ces objectifs.

Que pensez-vous de l’implication actuelle de l’écologie dans le football ?
Le sujet devient incontournable. La plupart des clubs se mettent à s’y atteler. Ce n’est pas forcément effectué de manière affichée, c’est aussi en off. Malgré tout, le chemin est encore long, il reste beaucoup de choses à modifier. Il faut savoir de quel football on parle. Un club de L1, un club amateur, la Coupe du monde au Qatar, la FIFA, une Coupe du monde tous les deux ans. Un club amateur a peu de leviers pour réduire son impact.
99% des matches de football se déroulent dans des enceintes appartenant à la collectivité. Les dessertes de transport appartiennent à la collectivité. C’est aussi à eux d’agir, les clubs de football ne pourront rien faire. Tant que les sponsors seront des transports aériens, l’idéal de pratique sera la réussite sociale de parcourir la planète, d’aller jouer à l’autre bout du monde, aller faire du jet à l’autre bout de la planète.
De la part des clubs, il existe une sorte d’acceptabilité. Certains sponsors ne devraient plus être acceptables. Des mesures de la convention citoyenne pour le climat vont dans ce sens. Il faut encadrer, voire interdire les publicités de produits néfastes pour l’environnement. Le sponsoring étant de la publicité, doit-on aller vers une interdiction des sponsors aériens, pétroliers, SUV automobiles et que cela veut dire sur le modèle économique du sport.
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Demander à tout le monde de faire en effort, créer une greencard tout ça en collaborant avant des partenaires Coca-Cola Qatar Airways ? J’ai presque envie de demander, comment vont être compensés les milliers de morts sur les chantiers ? Ça n’a aucune crédibilité.
Les joueurs dans tout ça ?
J’ai très peu été confronté aux footballeurs, mais à beaucoup d’autres personnalités sportives. Pour moi, il y a deux éléments. L’athlète est ultra encadré. Il n’est pas tout à fait dans un mode de vie comme nous, citoyens, le connaissons. Il est conseillé sur ce qu’il mange, il n’organise pas ses déplacements, il ne choisit pas ses hébergements. Nous sommes sur un côté déconnecté.
D’un autre côté, les personnalités sportives ont une exemplarité à avoir car ils sont des modèles et sont imités dans leur comportement. Cependant, il ne faut pas mettre l’intégralité de la responsabilité des comportements des sportifs sur le dos des sportifs. Ils évoluent dans un cadre fédéral, de club. Les transports, les sponsors, ce n’est pas eux qui les choisissent. Le sportif est l’élément central de l’écosystème du spectacle sportif, construit par les médias et les autres acteurs. Mais le sportif ne maîtrise pas tout et n’a pas l’influence pour modifier ce spectacle.
Si je synthétise, il pourra avoir toutes les prises de paroles qu’il veut, s’il a un t-shirt avec écrit Emirates Airlines dessus, chaque jeune fan voudra son t-shirt avec Emirates Airlines de dessus. Et s’il y a autant d’équipements avec le sponsor Emirates Airlines dessus, c’est que ça influence le comportement des fans-consommateurs, les comportements de voyages, d’achats.
Récemment, Gianni Infantino a communiqué la mise en place d’un « carton vert », symbole d’un comportement en accord avec les enjeux environnementaux. Qu’en pensez-vous ?
Là, on est clairement dans le greenwashing. Le Qatar, neutre en carbone ? Premièrement, l’ensemble des avis sur le sujet et notamment un avis de l’ADEME dernièrement a rappelé que la neutralité carbone n’avait de pertinence que sur une échelle internationale , voire sur un pays mais absolument sur une entreprise et encore moins sur un événement sportif. La notion d’un événement neutre en carbone c’est de la communication, ça n’a aucun sens.
Deuxièmement, la neutralité sur un Qatar 2022 ne s’atteint que sur de la compensation. Il faut voir comment est fait cette compensation. Clairement, la compensation ne résout pas l’impact. Le terme même de « compensation » est assez trompeur. En effet, ce n’est pas neutre de compenser. L’exemple que je prends est un peu violent. Je vous mets une baffe, je vais m’excuser, vous payer un resto. Ça va compenser mais il ne se sera pas rien passé. Un impact sur l’environnement de manière aussi profonde on a beau compenser, ce n’est pas neutre. Demander à tout le monde de faire en effort, créer une greencard tout ça en collaborant avant des partenaires Coca-Cola Qatar Airways ? J’ai presque envie de demander, comment vont être compensés les milliers de morts sur les chantiers ? Ça n’a aucune crédibilité.
Vous participez à des conférences. On peut imaginer que vous prêchez en majorité des convaincus. Quels sont selon vous les moyens pour véritablement intéresser et engager le grand public ?
On ne parle qu’à ceux qui veulent bien nous écouter. Parler d’environnement à des gens qui sont éloignés de ces sujets-là, c’est une vraie interrogation. Comment a-t-on une communication pro-écologique qui touche et qui fait changer les comportements ? Au contraire, comment éviter de braquer les interlocuteurs et renforcer un effet de déni, voire de remise en question des enseignements scientifiques ? Je n’ai pas la réponse, c’est mon travail d’y remédier. la question est de se demander comment arriver à être audible auprès de personnes très éloignées de ces sujets.
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Déjà, le fait de prendre le sport qui pollue. Le premier partenariat que j’ai signé à la WWF était avec la LFP. Il fallait toucher les personnes très éloignées de la pratique. Il n’y a pas d’intérêt à tisser ce lien avec le club de plongée car son essence même est de montrer et protéger les fonds sous-marins, ce sont des pratiquants avertis. La question est comment fait-on pour que le sujet devienne la norme et plus un sujet militant. Le football -le sport en général- peut être un super outil pour faire sortir un questionnement du militantisme et devienne consensuel.
L’exemple que je prendrai est le burger végétarien de Paris 2024. Paris 2024 ne devient pas militant. Il participe à faire manger végétarien de temps en temps. Ça devient normal. Ça fait parti de la norme. Nous sommes des êtres sociaux, influencés par notre environnement. Nous sommes plus influencés par des biais cognitifs que des raisonnements. Car l’information participe à la prise de conscience, au fait qu’on ait l’intention de penser. C’est une première étape indispensable mais absolument pas suffisante pour créer le changement de comportement. Il faut aller beaucoup plus loin. On a besoin que ça devienne la norme pour que finalement ça devienne valorisant.
La difficulté sur la transition écologique n’est pas spécialement de trouver les solutions techniques mais de faire adhérer à ces solutions. La solution sur les golfs, face à la sécheresse et à la restriction d’eau, c’est de moins arroser. La difficulté est d’accepter d’avoir un décor de golf jaune en été. La zone de jeu reste verte pour qu’elle soit roulante. Le reste est jaune, il n’en a pas besoin, c’est un aspect esthétique.
Pour préserver notre planète, il va falloir accepter qu’on ne fasse plus accéder le monde entier aux grands événements, mais seulement les sportifs.
Quelle est la place de l’écologie dans les institutions sportives ?
D’un ministère à une ONG, d’une institution à l’autre, le rapport à l’environnement n’est pas le même. Ce que j’ai trouvé intéressant, c’est la prise de conscience. « Nous pourrons concilier les deux que si on considère les deux« . On pourra développer, faire connaître au grand public le sport, que si on prend en compte les enjeux liés à l’environnement. Et inversement. Côté ONG, les mesures, les actions mises en place ne vont pas se faire contre une certaine justice sociale, une équité, en plus du pan écologique. Elles doivent permettre à tout un chacun de vivre décemment.
Comment ont pu concrètement se matérialiser les projets en faveur de l’environnement au sein du ministère ?
En 2009-2010, j’ai participé à la mission sport et développement durable, au moment de sa création. C’est une première concrétisation.
J’ai grandi dans un climat familial très observateur et très sensible au milieu naturel. Dans ma pratique sportive, j’ai toujours eu cette recherche-là. J’ai eu ce besoin et cette envie viscérale de d’allier la pratique sportive avec des enjeux environnementaux. Ma pratique de loisir ne doit pas être au détriment de l’environnement. C’est une question de cohérence. S’y investir va vous projeter de projets en projets dans cette sphère professionnelle. Un projet qui porte ses fruits vous emmène vers un projet plus grand.
La question environnementale est présente de plus en plus de manière prégnante dans les politiques publiques, les institutions. C’est intégré de plus en plus régulièrement dans les évaluations des événements, dans l’attribution des subventions, c’est devenu une priorité des différents gouvernements, et de ce gouvernement. La ministre actuelle est en train de construire sa feuille de route et ses priorités sur ces enjeux-là.
Quand les institutions se réunissent et parlent écologie, le sport vient-il rapidement sur la table ?
Quand on est dans les instances, le sport n’est pas un sujet. D’ailleurs, de manière globale, le sport a peu d’impact. Quand on regarde les émissions de gaz à effet de serre dans le monde, le sport ce n’est pas l’épaisseur du trait. Ni face à l’industrie, ni face aux transports, à l’agroalimentaire. Ce n’est pas un sujet, c’est un épiphénomène. Pour avoir travaillé avec l’ONU Climat, l’Observatoire national sur les effets du réchauffement climatique, le sport est vécu comme anecdotique. En termes d’impact. Je comprends, c’est sûr que par rapport à une politique agricole commune, il y a beaucoup plus d’effets de leviers à travailler sur la modification de la PAC que sur les règles d’attribution de tel événement.
Par contre, le football a un caractère symbolique. Il est ultra médiatique, dès que quelque chose est réalisé, sur l’utilisation de plastiques, l’arrosage, sur l’accès à l’eau, c’est vécu comme inacceptable. Notamment à des moments de tensions dans la population. Une partie de la population imitera les comportements montrés dans le spectacle sportif. Le mimétisme se fait par exemplarité. C’est pour ça qu’il y a autant de sponsors, c’est bien parce que les comportements montrés dans le football à travers la publicité sont imités par une grande majorité des citoyens. Forcément ça interpelle.
Quelle est la place occupée par le greenwashing dans l’environnement sportif, en dehors des institutions ?
Il fait d’abord définir ce qu’est le greenwashing. C’est assez subjectif. C’est une communication qui valoriserait des actions éco-responsables insignifiantes ou très infimes par rapport aux enjeux ou à ce qu’il faudrait faire. Où met-on la frontière entre les deux ? Elle n’est pas si simple que ça. La transition, on y arrivera pas d’un coup, il va falloir des étapes, passer de marche en marche pour arriver à un modèle d’événements, de sport, de société, compatibles avec les enjeux environnementaux. Chaque marche, pour arriver à les franchir, il faut les valoriser. Ce n’est pas parce qu’on a passé la première et qu’on l’a valorisé qu’on est complètement éco-responsables.
Pour moi, le greenwashing s’applique à des marches qui sont trop petites par rapport à l’urgence. Qui ne mettent pas dans une trajectoire d’alignement avec les accords de Paris.
Le greenwashing se matérialise aussi quand on promeut des solutions qui ne vont absolument pas dans le bon sens. Par conséquent, elles sont contre-productives. Y-a-t-il du greenwashing dans le sport, chez les sponsors ? Les grandes enseignes veulent nous faire croire qu’elles sont éco-responsables ou qu’elles vont vers une réduction des impacts alors que ce ne sont pas des bonnes solutions. Les projets de captations de Total, dernier sponsor de la Coupe d’Afrique des Nations, alors qu’ils ne réduisent absolument pas leur modèle, c’est du greenwashing. Coca cola qui continue de promouvoir le plastique, les bouteilles en plastique, c’est du greenwashing.
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