À une période où la lutte pour l’écologie, contre le réchauffement climatique est devenue une véritable priorité, la position du football, sport le plus populaire au monde est encore très ambiguë. D’un côté, des clubs (professionnels ou amateurs) et de nombreuses associations mettent en place des mesures visant à réduire l’empreinte carbone et l’impact du football sur l’environnement. Dans le même temps, les instances dirigeant le football prennent des décisions allant totalement à l’encontre de cette lutte et font passer leurs intérêts financiers avant ceux du combat pour l’environnement.

Pourtant le diagnostic est inquiétant pour l’avenir du sport en général et notamment les sports pratiqués en extérieur qui nécessitent des conditions météorologiques et des températures adéquates à la pratique sportive. Selon le rapport du WWF (World Wide Fund for Nature) publié en 2021 « Dérèglement climatique : le monde du sport à +2°C ET +4°C », les conséquences sur le monde sportif seront de plusieurs ordres. Elles concerneront la santé, la tenue des évènements, la qualité de l’air et, par conséquent, la performance. L’impact du dérèglement climatique sur le football n’est pas pour demain.
Il est déjà d’actualité. Selon Thomas Seille, chef de projet-coordinateur RSO à la FFF les « Ligues régionales et Districts tentent de s’adapter à ces conditions, en annulant les matchs ou entraînements lorsque la santé des pratiquants peut être en danger, et en généralisant la mise en œuvre de « pauses fraîcheur » pendant les matchs, ce qui n’existait pas il y a quelques années »
Des mesures en trompe-l’œil ?
L’importance de la question environnementale dans les débats oblige les instances du football à mettre en place différentes stratégies pour réduire les émissions de carbone liées au football. La FIFA a par exemple récemment confirmé son engagement en faveur de l’accord cadre pour le sport au service de l’action climatique lors de la conférence de l’ONU sur le changement climatique. La FIFA vise une réduction de 50% des émissions de carbone d’ici 2030, et la neutralité carbone d’ici 2040. L’UEFA s’est également dotée d’une feuille de route en vue de construire un avenir plus durable pour le football européen à l’horizon 2030.
Le monde du football semble peu à peu prendre la mesure des enjeux écologiques, que cela soit au sein des fédérations ou des clubs. Il y a quelques années, la Ligue 1 a par exemple signé un partenariat avec WWF visant à sensibiliser les acteurs du football à la question de la protection de l’environnement. Ce partenariat répond à un triple objectif : sensibiliser le grand public aux enjeux de biodiversité et de protection de l’environnement, sensibiliser les joueurs des centres de formations à ces mêmes enjeux, et réduire l’empreinte environnementale des clubs. Néanmoins, ces promesses et engagements des différentes instances semblent parfois difficiles à concrétiser. Ainsi les objectifs de la feuille de route de l’UEFA en termes d’environnement ne sont pas chiffrés, cette dernière se contentant d’évoquer, dans son chapitre 10 consacré au respect de l’environnement, des « compromis difficiles » mais « probablement nécessaires ».
Les instances et le carbone ne font pas bon ménage
Les engagements de la FIFA sur la neutralité carbone ou la réduction des émissions apparaissent plutôt comme des promesses de façade. Pour atteindre la neutralité carbone, le FIFA et l’UEFA s’engagent par exemple souvent à compenser l’émission de Co2 causée par les compétitions en plantant des arbres, dont la quantité est censée équilibrer l’émission de carbone de l’évènement. On pense par exemple à l’UEFA qui avait promis de planter 50 000 arbres pour compenser les émissions dues au dernier Euro. Cette logique n’est bien entendu pas soutenable puisque à aucun moment on ne parle ici de tenter de réduire les émissions de gaz dues au foot, on part seulement du principe que ces dernières peuvent être compensées, ce qui encore une fois n’est pas la bonne façon de penser sur le long terme.
En lieu et place de mesures de fonds en amont de la pratique sportive, les instances retiennent l’option de la « compensation carbone ». Si on suit ce genre d’initiative, cela voudrait dire qu’en théorie, la FIFA pourrait par exemple ne prendre aucune restriction écologique lors de l’organisation des coupes du monde et seulement planter beaucoup d’arbres pour « équilibrer » les émissions de carbone ce qui est bien entendu une logique ridicule au vu de l’urgence de la situation écologique mondiale.
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De même, le partenariat de la ligue 1 avec WWF pose question. En effet, cette organisation a connu plusieurs controverses, elle est par exemple accusée d’agissements criminels comme le financement de groupes paramilitaires menant des actions violentes en Afrique et en Asie. Une plainte pour violation des droits de l’homme contre l’association a déjà été jugée recevable en 2017 pour des actions au Cameroun. Cela montre le manque d’attention porté par les institutions du football à la lutte pour l’environnement puisque même si cela part surement d’une bonne intention, le choix des organisations avec lesquelles elles collaborent n’est pas réfléchi. Les partenariats avec WWF, association loin d’être blanche en sont la confirmation.
Des actions et projets aberrants à l’aube des enjeux climatiques
Malgré des actions de façade laissant penser que le football prend à cœur la question de l’écologie, de nombreuses décisions prises au cours des dernières années vont totalement à l’encontre du combat écologique. Malgré l’empreinte carbone générée par le déplacement des joueurs et des supporters, saison après saison, le nombre de matchs des équipes notamment en Europe ne diminue pas, au contraire il augmente, ce qui de facto augmente la quantité de déplacements des supporters. On peut aussi penser à l’Euro 2021 qui s’est déroulé dans plusieurs pays à travers l’Europe augmentant donc les distances de déplacements des supporters ce qui a un impact très négatif sur l’environnement.
On peut également penser aux matchs délocalisés, comme par exemple le projet de la LFP de faire jouer des matchs de ligue 1 en Chine, une idée guidée par le business, mais une aberration totale sur le plan écologique. D’autres exemples de ce type de pratique existent. La super coupe d’Espagne 2022 s’est jouée en Arabie Saoudite sous forme d’un mini tournoi pour les demi-finales et la finale (le tout contre un chèque de 120 millions d’euros). Le trophée des champions est également délocalisé depuis plusieurs années. Ces délocalisations augmentent la distance de déplacement des supporters ainsi que des joueurs, ce qui apparaît d’autant plus absurde que l’on parle ici d’affrontements d’équipes qui concourent dans le même pays.
Dans la même veine, la Coupe du monde 2022 au Qatar s’annonce d’ores et déjà comme un événement loin d’être vert. Les Coupes du monde ou les grandes compétitions internationales sont les événements qui contribuent le plus à augmenter l’empreinte carbone du football mais cette contribution devrait être encore accrue pour l’édition 2022.
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En effet, les lourds investissements réalisés par le Qatar qui n’était pas doté d’infrastructures permettant d’accueillir un événement tel qu’une coupe du monde, pèseront lourds à l’heure de tirer le bilan écologique de la compétition. De plus, la nécessaire climatisation des stades du Qatar accentue le désastre écologique que constituera cette coupe du monde, malgré les engagements pris pour répondre aux critiques récurrentes d’une technologie « aussi durable que possible » et un décalage du mondial en hiver.
L’idée d’une Coupe du monde tous les 2 ans qui revient de plus en plus ces derniers temps constitue une nouvelle preuve que dans le fond, les instances ne prennent pas suffisamment au sérieux la question écologique et privilégient le business. La réforme de la ligue des champions va également dans ce sens avec un nouveau format qui augmente le nombre de matchs ce qui aura bien entendu pour effet d’augmenter les recettes, mais également d’amplifier l’impact négatif sur l’environnement.
De la schizophrénie des fédérations aux initiatives locales et individuelles
Si les instances internationales et nationales du monde du football semblent tiraillées entre les enjeux économiques et écologiques, le monde du football peut compter sur des initiatives individuelles, le plus souvent locales.
Un bilan carbone éclectique. Des clubs…
De nombreux clubs, professionnels et amateurs tentent peu à peu de prendre l’écologie en compte dans les prises de décisions. On peut penser à l’OL qui s’est pleinement engagé dans la transition écologique avec de nombreuses campagnes de sensibilisation, l’utilisation de maillots d’entraînement en matière 100% recyclés ou encore la création d’un bassin de stockage qui récupère de l’eau de pluie pour arroser sa pelouse.
Par ailleurs, certains clubs s’engagent dans des opérations « zéro déchets », souvent en lien avec les collectivités locales en charge de la collecte et du traitement des déchets. C’est le cas du SC Amiens notamment. Le tri est par ailleurs encouragé dans certaines enceintes. Ainsi le stade Vélodrome propose, dans les zones de forte affluence du stade, des machines visant à encourager les supporters à trier leurs bouteilles en plastique.
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En Angleterre, la prise de conscience semble s’accélérer. En 2020, un rapport choc avait conclu que d’ici 30 ans, un quart des terrains de football anglais risqueraient d’être inondés chaque saison.
Le Liverpool FC a quant à lui reçu en 2018 le prix de « Carbon Champion of the Year » à l’événement ECHO Environment Awards. Ses actions ont concerné plusieurs secteurs émetteurs de pollution : diminution de ses émissions de carbone de 782 tonnes par an, réduction de l’utilisation de plastique dans ses espaces de restauration de 99 %. Il est engagé sur une réduction de 15 % de ses déchets dans les trois ans à venir.
L’exemple le plus extrême de club écologique est bien entendu le Forest Green Rovers Football. Ce club de League Two anglaise (4ème division) se veut 100% écologique avec par exemple un stade construit en bois, et de la nourriture végétarienne vendue aux supporters pendant les rencontres. La pelouse du club est également traitée avec de l’engrais bio et de nombreux panneaux solaires sont installés sur le toit du stade.
…aux autres acteurs
Certains joueurs commencent peu à peu à prendre conscience de l’importance de ce combat, par exemple, Hector Bellerin, très engagé dans la lutte pour l’environnement est désormais l’un des actionnaires du Forest Green Rovers Football pour tenter d’aider le club à se développer. Bellerin s’était déjà engagé il y a quelques années, lorsqu’il évoluait encore à Arsenal à planter 3000 arbres à chaque victoire des Gunners. Morten Thorsby, international norvégien, a créé une plateforme à but non lucratif pour mobiliser les joueurs professionnels et tous les autres acteurs du football. Néanmoins, encore trop peu de joueurs se sont réellement engagés avec des actions concrètes dans la lutte pour l’environnement.
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L’association Ecolosport a publié en 2021 le «Top 10 des sportifs français engagés pour la protection de l’environnement ». Dans ce classement, le football, sport n°1 en France avec 2 millions de licenciés et près de 5 millions de pratiquants, est représenté par une seule footballeuse professionnelle : Wendy Renard. Cette dernière est engagée auprès de la WWF et de son programme #pasledernier pour inverser la courbe de la perte de la biodiversité. L’engagement des footballeurs professionnels, notamment des leaders, demeure toutefois trop timide. Il est pourtant primordial car si les acteurs majeurs du sport mettaient leur image au service de la cause environnementale, l’impact serait direct sur les supporters, et mettrait une vraie pression sur les instances dirigeantes pour réellement prendre des mesures efficaces.
De même, de plus en plus d’associations ayant pour but de diminuer l’impact du football sur l’environnement voient le jour. On peut notamment parler des associations qui tentent de réduire les émissions de carbone dues aux déplacements des supporters en mettant en place des réseaux de covoiturage, ou en encourageant l’utilisation des transports en commun par exemple. Encore une fois, la source principale des émissions de carbone dues au foot sont les déplacements de supporters, la mise en place de réseaux de covoiturages, ou une meilleure déserte des stades en transport en commun pourraient être une vraie avancée vers un football plus écologique.
Un carbone déséquilibré
Toutes les actions locales mises en œuvre n’auront de sens et de répercussions à grande échelle que si elles sont suivies et mises en avant par les instances dirigeantes, ultimes décisionnaires. Le fait que nombre d’acteurs au sein des comités dirigeants privilégient les retombées financières du football à la cause écologique représente pour l’instant un vrai frein à une transition vers un football plus vert. Les nombreuses actions locales en vue de rendre le football plus écologique doivent trouver un écho auprès des instances dirigeantes sous peine d’être découragée, faute d’incitation globale.
Le sport le plus populaire au monde se doit de montrer l’exemple pour sensibiliser la population et notamment les nouvelles générations aux problématiques écologiques. Le football est un sport qui se joue en extérieur, en plein air, et est donc concerné par le dérèglement climatique. Si la courbe d’augmentation des températures ne ralentit pas drastiquement, à défaut de pouvoir s’inverser, les températures continueront de croître et mettront en péril la pratique de l’ensemble des sports en plein air.
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Il est donc important que tous les acteurs, des instances, aux clubs en passant par les supporters ou les associations travaillent de concert pour tenter à l’avenir de prendre des décisions efficaces pour l’écologie. A l’heure actuelle, le combat écologique dans le monde du football se heurte à des intérêts économiques et financiers colossaux, ce qui rend cette lutte complexe et accentue le paradoxe entre des plans d’actions volontaristes des instances dirigeantes, mais en trompe l’œil, et la réalité de l’évolution du foot sur les dernières années.
Pour le moment, les véritables actions sont menées au niveau local et individuel, bien loin des déclarations d’intention des fédérations. A charge pour elles de s’approprier ces initiatives et de les valoriser à leur juste valeur afin d’en faire des exemples de référence dans la lutte contre le réchauffement climatique. L’image du colibri qui vise à montrer que quelle que soit l’action que l’on entreprend, il faut participer même si notre rôle parait dérisoire, est plus que jamais d’actualité, y compris dans le monde du football.
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