La durée de vie d’un ballon, c’est environ un an. Un ballon c’est réparable, non recyclable, non revalorisable. Ce qui signifie que les 27.000 tonnes de plastiques qui constituent les 60 millions de ballons conçus par an, deviennent des déchets plastiques.
Créés au Kenya sur l’initiative d’une ONG, les ballons fabriqués à partir des matériaux recyclés sont cousus en France, et au Kenya. Ainsi est né Vista-ballon.

Comment est né le projet Vista-ballon ?
C’est ma femme qui a eu l’idée. Elle ne trouvait pas de ballon responsable, et elle s’est dit « ah tiens, c’est bizarre, pourquoi on n’en ferait pas un ». C’était pas très sérieux, mais finalement ça l’est devenu ! Le déclic, c’est Agathe qui échange avec une entreprise appelée Blissports, une marketplace d’articles de sport qui aide les conso a acheter plus responsable. ils proposent tout type de produits en essayant de les mettre en perspective en listant les alternatives responsables. Pourtant en allant sur leur site, un message indique “nous n’avons pas trouvé de produits responsables”, c’est le point de départ. D’ailleurs, c’est par hasard que nous avons découvert Blissports. Dans le cadre professionnel, ma femme a été amenée à les rencontrer.
Pourquoi un ballon écolo et non pas un autre équipement de football ? Plus généralement, pourquoi cette volonté de protection de l’environnement ?
Tout simplement parce que l’idée initiale est arrivée sur le ballon… Après, on a enclenché tout de suite parce qu’un ballon, c’est super universel. Pas sur qu’on mette autant d’énergie si on avait compris que les lingettes pour laver les enfants ne sont pas écolo ! Pour moi, tout est lié : l’impact social, l’impact environnemental. Faire attention à notre planète, c’est faire attention aux plus fragile, et vice versa. C’est une sensibilité que nous avons depuis longtemps, et qui nous motive.
Je suis sensibilisé depuis assez longtemps, de part les valeurs de ma famille. Que ce soit le transport, la consommation, les déchets, l’alimentaire. En étant imprégné, ça devient vite naturel. On a toujours des progrès a faire donc améliore au fur et a mesure.
Comment fabrique-t-on ballon ? Y a-t-il des différences de fabrication avec un ballon ordinaire ?
C’est très technique ! Il y a 3 façons principales :
– le thermocollage : on gonfle la vessie puis on colle dessus les panneaux.
– le cousu machine : on coud les panneaux avec une machine à coudre et on met la vessie à l’intérieur. C’est 15 minutes de travail pour un expert.
– le cousu main : les plus résistants, mais c’est 3h de couture…
Concernant sa réparabilité, nous savons le fabriquer ! Alors nous savons le réparer.
Quelle différence de coût de production avec un ballon « classique » ?
Nous avons des coûts plus importants d’achat de matières car nous ne faisons pas du tout d’économie d’échelle. C’est à dire que nous produisons à quelques centaines, quand les grandes marques fabriquent en millions.
Par ailleurs, la majeure partie de nos ballons sert à rémunérer les personnes qui fabriquent (entre 30 et 35%) alors que pour un ballon classique des grandes marques, c’est plutôt autour de 3%.
Pourquoi le choix d’embaucher des personnes en insertion professionnelle ?
C’est une raison très personnelle. On peut appeler ça mon moteur. C’est une de mes raisons de vivre mes expériences professionnelles. Aider des personnes à retrouver un emploi. C’est génial de le faire autour du ballon.
De la même façon, les valeurs sociales sont des valeurs familiales dans lesquelles j’ai vécu. Ma mère a beaucoup travaillé dans le social. De mon côté, cela s’est amplifié progressivement. J’ai habité avec des personnes sans domicile fixe ou ancien SDF, j’ai été entraineur de football pour des personnes en situation précaire, d’hébergement d’urgence, je me suis rendu dans un orphelinat quand j’étais en Inde. Ça fait parti de moi.
Dans ce projet, on se focalise surtout sur l’insertion professionnelle. On est pas une association par exemple. L’idée que je veux véhiculer, c’est « l’emploi peut aider une personne à retrouver une posture sociale, du sens dans le quotidien ». C’est un des axes du projet. L’aspect social est même d’une certaine façon plus important que l’aspect environnemental car c’est véritablement ce critère social le cœur du projet. C’est ce qui me motive le plus. L’environnement tombait comme une évidence. Les 2 sont très présents.
Je sais qu’à notre échelle on ne va pas sauver l’environnement avec quelques ballons de foot, par contre on peut recruter 10, 20, 30, 40, 50 personnes en insertion à Marseille. C’est beaucoup plus concret. Je vois les personnes, je vois la fierté de fabriquer des ballons, l’impact que ça sur leur famille.
L’objectif d’insertion sociale de Vista-ballon a-t-il commencé à porter ses fruits pour votre salarié ?
C’est marrant, j’étais sur Facebook avant notre appel et notre seul salarié (Vista-ballon est en train de recruter 3 autres personnes, ndlr) vient de poster une publication. Il montre tous les ballons qu’il fabrique, il est trop content. Il est syrien, les commentaires sont en arabes alors je ne comprends rien mais on voit de grands sourires sur son visage.
Être fier de ce que tu fais, être fier d’en parler, ça te redonne une posture sociale, tu es fier de parler de ton travail. Tu apprends des choses alors tu veux les partager aux autres, et les autres çà les motivent, ils sont impressionnés par ce que tu fais. C’est tout un mécanisme de valorisation personnelle et ensuite de valorisation familiale.
C’est pour l’instant le résultat qu’on a. Nous on montre tout ce qu’on peut montrer, lui-même passe à la télévision, est interviewé, il montre aux journalistes comment il fait les ballons.

Pourquoi ces liens de Vista-ballon avec le Kenya ?
Parce que ce sont eux qui ont inventé le principe du ballon fabriqué à partir de matériaux de seconde main et par la suite nous nous ont appris à fabriquer des ballons. Parce que c’est une ONG qui partage nos valeurs : insertion, réduction plastique. lutte contre les exclusions.
Quel bilan tirez vous de votre campagne Ulule ?
Un excellent résultat quantitatif (presque 500 ballons, ce n’est pas rien pour un lancement. Ensuite, résultat encore plus fort sur la notoriété.
Comment estimez vous que votre ballon émet deux fois moins de CO2 qu’un ballon ordinaire ?
Nous avons calculé notre ACV avec une école d’ingénieure, en suivant les méthodes officielles.
Le ballon Vista-ballon a-t-il aussi été conçu dans un but sportif ? Avez-vous consulté des joueurs pour mettre en avant certaines caractéristiques chez votre ballon ?
Oui ! Nous ne voulons pas faire des ballons étagères (pour le moment en tout cas). Des gardiens en centre de formations nous en disent beaucoup de bien. Nous cherchons encore à le faire tester par des joueurs pro !
Si le monde du foot décidait de s’en équiper, la fabrication à un niveau industriel est-elle possible ?
Oui tout à fait 🙂 Nous attendons notre première commande de 20 000 ballons !
Si aujourd’hui un club veut s’équiper avec un produit Vista-ballon, quelle démarche pour quel(s) avantage(s) ?
C’est un ballon qui est plus solide que les ballons classiques car fabriqué à la main, c’est un ballon réparable, c’est un ballon autour duquel les clubs peuvent faire beaucoup de pédagogie pour expliquer la fabrication, la provenance des matériaux, la transparence des prix… Et c’est un ballon qui a un impact direct sur le territoire, qui crée des emplois.
Pensez-vous que le monde du football a conscience de l’urgence écologique ? Le football actuel est-il assez « vert » ?
Non, je ne pense pas. Peut-être une partie du monde amateur, et encore. Mais quand on voit le Qatar, ou encore les voyages en jet privés, les sommes d’argent en jeu, je ne pense pas que le monde du football ai conscience de l’urgence…
Vous travaillez avec des partenaires comme L’Équipe ou Made in Marseille, comment cela est-il venu ? Qu’est ce que cela vous amène, êtes vous mis en avant ?
Ce ne sont pas des partenaires mais des relais presses qui apprécient la démarche et ont souhaité nous soutenir en relayant l’information. Merci à eux, et aux autres médias également. Cela nous apporte de la notoriété et de la crédibilité.
Un ballon responsable c’est bien, mais les partenaires le sont-ils aussi ? Faîtes–vous un accompagnement ou une prévention pour que le reste suive et que ça ne soit pas un épiphénomène, une sorte de « greenwashing » : se fournir de ballons responsables pour l’image et la conscience.
Grande question. Nous essayons d’être bons à notre niveau, et si des partenaires veulent faire un pas avec nous, ou même avec d’autres, c’est déjà très bien.
Tentez de gagner un ballon responsable en participant à notre concours !
CONCOURS
— Fausse Touche (@FausseTouche) July 30, 2022
Nous vous faisons gagner un ballon responsable et respectueux de l'environnement !
Pour cela, il vous suffit de 𝗿𝗲𝘁𝘄𝗲𝗲𝘁𝗲𝗿 et 𝘀𝘂𝗶𝘃𝗿𝗲 @FausseTouche et @Vistaballon
Le tirage au sort aura lieu à la fin de notre dossier.
Bonne chance ! pic.twitter.com/mKA9dDoYB4
Merci à Jean-Baptiste de Tourris de nous avoir accordé cet entretien.
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