Les rouages du football espagnol, David Tenorio Aguilera, il les connaît. Ce qui l’intéresse lui, c’est la part donnée au développement psychologique du joueur dans le collectif. Il considère que le mental est un facteur essentiel à prendre en compte dans la performance du joueur comme dans son rétablissement. Le bien-être, son environnement sont autant de paramètres qui importent au même titre que la répétition des efforts. Alors, nous nous sommes entretenus avec lui à ce sujet.

David Tenorio Aguilera est bardé de diplôme : un cursus de commerce en Espagne, une licence au Royaume-Uni ou encore un parcours en marketing. Il a passé la distinction UEFA PRO et dispose d’une maîtrise en préparation physique et d’une autre en psychologie du sport. Il donne des cours à l’Université du Real Madrid et à la Fédération royale espagnole de football, en étant reconnu par l’UEFA. En parallèle, il a travaillé pour Grenada pendant près de dix ans, aussi bien à des postes d’analyses que d’entraîneur et de direction sportive. Aujourd’hui, il est à la tête de la sélection U18 espagnole.
« David Tenorio Aguilera, d’après votre expérience, comment l’approche du football par le mental a-t-elle évoluée ces dix dernières années ?
Les joueurs professionnels et les équipes qui les entourent commencent à mieux appréhender l’importance de l’état mental, des émotions, de tout ce qui touche à la psychologie, dans le but d’améliorer les performances. Aujourd’hui, l’aspect mental est pleinement considéré, aussi bien dans les catégories jeunes que chez les professionnels. La concurrence entre les équipes est tellement élevée, les niveaux tellement proches, que le moindre détail va compter. Et le mental est un de ces détails.
Qu’en est-il en Espagne ?
En Espagne, la considération est équivalente à celle des pays avancés dans la matière. Les entraîneurs ont conscience de la nécessité de proposer des exercices qui facilitent la confiance et la prise de décision. Connaître chacun de ses joueurs, c’est leur apporter une aide personnalisée. De plus en plus de staffs, de directions comprennent la pertinence de ces outils et de cette prise en compte.
D’un autre côté, il reste encore beaucoup de travail à faire auprès des parents qui accompagnent leurs enfants. Le chemin est encore long.
Comment les émotions sont-elles étudiées ?
D’après mon expérience personnelle, chaque coach doit avoir connaissance du contexte dans lequel il évolue. Il doit rencontrer ses joueurs, garder en tête que leur situation n’est pas figée et qu’elle peut évoluer. Autant d’un point de vue personnel que collectif. Plus simplement, l’état d’esprit du joueur peut être à la fois impacté par des paramètres extérieurs comme la famille, les relations amoureuses ou amicales. L’entourage en somme. Il l’est aussi à un niveau sportif, avec les blessures, le temps de jeu, les dynamiques de l’équipe… Chacun de ses facteurs a une influence sur les autres. Cet équilibre est très fragile. C’est la raison pour laquelle les situations doivent être traitées selon l’aspect personnel et collectif, puisque les perturbations peuvent être multifactorielles.
À LIRE SUR FAUSSE TOUCHE – Le monde du football se fiche-t-il du mental ?
Pour ma part, j’essaie d’être très observateur, intercepter au maximum les signaux émis par les joueurs. Je les interroge, j’échange avec eux et tire des conclusions sur une situation à un instant T.
Comment travaille-t-on pour qu’un joueur comprenne comment gérer la pression ?
Appréhender la pression n’est pas inné. Cela vient avec l’expérience, tout simplement. Chaque joueur est différent et aura ses propres façons de subir la pression et de la gérer. Le joueur pro doit comprendre que la pression fait partie du processus. Les spécialistes sont là pour les accompagner, car il n’est pas possible de tout gérer.
Les saisons au niveau professionnel sont très exigeantes. Physiquement et mentalement. Les voyages, les efforts physiques considérables, l’entraînement et la compétition influencent continuellement le processus. Le joueur d’élite doit apprendre à vivre avec tout cela. Mais, en tant que personne, il ne trouve pas toujours les moyens ou les instruments pour le faire. Pour cela, comme je l’ai déjà dit, l’aide de spécialistes dans le domaine psychologique peut être importante.
Comment prévenir cette pression ?
À mon sens, la première chose à faire pour prévenir les blessures psychologiques est de créer un groupe sain. Plus simplement, un groupe qui croit en son staff et estime ses méthodes, et qui sera soutenu en retour. Bien sûr, la victoire est l’un des meilleurs remèdes contre les difficultés mentales que rencontrent les joueurs. Mais il faut aussi avoir conscience que la chute fait partie des dynamiques. C’est en ce sens que la cohésion du groupe sera importante. Cet état d’esprit n’a rien de courant pour le moment et il faudrait changer cette tendance.
En plus des soins médicaux, que préconisez-vous pour aider le joueur à guérir d’une blessure ?
Lorsqu’un joueur est blessé, je trouve que la façon la plus logique de l’accompagner, celle qui devrait aller de soi, est de lui offrir une proximité. Je dois répondre présent quand il a besoin de se lamenter. Puis échanger, commenter avec lui, et bien sûr lui faire comprendre qu’il est toujours membre de l’équipe. J’ai listé tout un tas de détails qui font que le joueur se sent impliqué, malgré la blessure. Loin du terrain, des équipes, il peut vite s’enfermer dans une solitude. Il est nécessaire de continuer à lui demander son avis, suivre les entraînements théoriques, comme la vidéo avec les autres, le féliciter sur le moindre palier franchi, lui recommander des lectures, des vidéos ou des films. Le considérer, en somme. Je suis convaincu que ces attentions aident un joueur en difficulté à se rapprocher d’une guérison.
Comment cette réflexion autour de l’aspect mental pourrait évoluer dans les dix prochaines années ?
Nous ne pouvons pas parler de technique, de tactique, de préparation physique et autres si nous ne prenons pas en compte la partie psychologique et émotionnelle et leur influence. Que ce soit pour l’athlète ou pour tout le collectif. Et par collectif, j’entends aussi les entraîneurs, les préparateurs physiques et tout le personnel. Je m’entoure de professionnels à qui je demande de se former à la psychologie. Il s’agit d’un facteur déterminant.
L’Équipe – Le préparateur mental, membre à part entière des staffs étrangers
Malgré cela, la figure du psychologue doit toujours être valorisée en tant que professionnel, même sur le terrain, près des joueurs, près de l’équipe. Les psychologues doivent faire partie de l’équipe. Sinon, il aura beaucoup trop de travail à accomplir, parce que les joueurs et les entraîneurs ont besoin d’outils et d’instruments pertinents et précis pour faire face aux situations. Je souhaite donc à la psychologie du football un avenir exceptionnel. Il sera un domaine de pointe dans notre sport. »
Merci à David Tenorio Aguilera pour sa disponibilité
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