Alors que Kylian Mbappé et Christophe et Galtier ont allumé l’allumette à ne pas allumer en conférence de presse, au sujet des -courts- trajets du club de la capitale en jet, les clubs doivent tendre vers la sobriété, chère au Président de la République. C’est en tout cas ce que souligne Pierre Lalot, Vice-Président de l’association Football Écologie France, chose que les deux Parisiens n’ont probablement pas, ou pas encore compris. Rencontre.

Premièrement, pouvez-vous présenter Football Écologie France ? Quelles sont les origines de sa création ?
Football Écologie France est une association loi 1901 d’intérêt général basée à Lyon mais représentée sur 30 antennes un peu partout en France. L’association a vocation à accompagner le monde du football dans la transition écologique et solidaire. Le foot amateur représente plus de 2 millions de licenciés qui ont le pouvoir d’agir pour l’environnement. Le foot pro quant à lui doit montrer l’exemple et permettre l’engagement des fans pour un football plus durable et plus responsable.
Quelle plus-value offrez-vous à vos partenaires ?
Nous travaillons sur des sujets qui touchent à l’humain, nous entretenons donc des relations fortes avec les clubs et collectivités que nous accompagnons pour les aider à progresser dans leur démarche de durabilité. Football écologie France a vocation à être sur le terrain pour sensibiliser et activer les publics d’un club. Par exemple, nous commençons souvent par des ateliers de la Fresque Écologique du Football pour accélérer et faciliter la compréhension des impacts et des enjeux environnementaux pour, à termes, permettre aux participants de s’engager et de soutenir la démarche du club. Nous avons aussi développé un outil d’activation pour les jeunes licenciés d’un club : le passeport éco-supporter qui vise à mettre en mouvement les participants dans la continuité d’un atelier de la Fresque Écologique du Football.
Un club de football veut devenir plus vert : quel mode d’emploi ? Vers quoi se tourner, à quel prix ?
Un club de football comme un individu peut toujours faire mieux dans sa démarche de responsabilité. Sur la base d’un diagnostic, nous établissons un plan d’action pour accompagner les clubs adhérents dans la mise en place de leur projet environnemental. Nous proposons aux clubs de rejoindre Football Écologie France pour environ 200€ et bénéficier de notre programme d’accompagnement, de nos outils et du réseau FEF. La proximité avec le club et les échanges réguliers permettent de co-construire des projets réalisables qui vont mobiliser les parties prenantes du club (partenaires, éducateurs, parents…).
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Quel bilan écologique dressez-vous du football français ? En fait-il assez ?
Le football français prend petit à petit conscience des enjeux sociétaux et environnementaux et de son rôle. Au niveau amateur, les instances proposent de plus en plus d’outils pour aider les clubs dans leurs démarches mais les moyens positionnés sur les projets éducatifs restent pour l’heure insuffisants. Nous rencontrons quotidiennement des clubs de football qui souhaitent s’engager et s’investir ce qui est un marqueur très positif. Le football professionnel, par les stratégies RSE déployées, a les moyens de faire bouger les lignes et de soutenir la transition écologique du monde du football.-
Quels sont ses objectifs de Football Écologie France dans les 5, 10, 30 prochaines années ?
Nous souhaitons accélérer la prise de conscience et le passage à l’action pour, à termes, autonomiser les clubs sur la question écologique. Sur une trentaine d’année, l’objectif est de transformer positivement la société et l’industrie du football/sport pour qu’elle soit plus responsable et durable.
Est-il possible pour un grand club qui brasse des millions d’euros, a un immense stade, fait des déplacements en tout genre, d’être vraiment écologique ? Comment ?
Nous voyons aujourd’hui que les clubs professionnels engendrent des impacts importants pour l’environnement. Il en est de même pour l’organisation des grands événements sportifs internationaux. Les clubs professionnels font de la RSE et tentent de diversifier leur posture et leurs propositions pour mobiliser leurs communautés. La route est sinueuse car il y a une ambivalence inconfortable pour les clubs entre certaines de leurs pratiques et leurs sensibilités environnementales. Globalement personne n’est jamais vraiment écologique. L’objectif pour les clubs est plutôt de tendre vers l’exemplarité et de sincèrement mettre les moyens pour diminuer ses impacts.
Les supporters, individuellement, peuvent-ils vraiment avoir un impact sur la tournure écologique que doit prendre le football -via leurs habitudes- ?
Le premier impact environnemental est le transport des biens et des personnes et comme sur d’autres sujets les responsabilités sont à la fois collectives et individuelles. C’est pour cela que nous avons lancé en 2021 le mouvement d’éco-supportérisme via un livre blanc dédié : ‘Football et transition écologique : l’éco-supportérisme entre en jeu !’.
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Ce programme a vocation à développer le pouvoir d’agir des supporters et de permettre l’engagement individuel des supporters. Les supporters, s’ils sont conscients et sensibilisés pourront soutenir les projets et les dispositifs mis en place par les organisateurs du monde du football (clubs, instances et collectivités…).
Football écologie France a lancé il y a deux ans une consultation nationale entre Football et transition écologique : les résultats seraient-ils différents aujourd’hui ?
La consultation nationale de 2020 a permis de mettre le sujet de la transition écologique du football sur la table et de recueillir la perception des français, passionnés de foot ou non, sur le sujet. En septembre 2022, nous allons relancer ce projet pour faire une étude comparative et utiliser les résultats pour nos outils et supports pédagogiques. Aujourd’hui les projets vont dans le bon sens et nous ressentons tous les jours le mouvement de prise de conscience dans le monde du football comme en dehors. Nous pouvons penser que les résultats évoluent positivement.
Selon vous, le monde du football a-t-il conscience de l’urgence écologique à laquelle il va faire face dans quelques années ?
L’heure est aujourd’hui à l’action. Nous avons pu voir être témoin durant le mois de juin de nombreuses annulations liées à la canicule d’évènements et de tournois qui n’avaient d’ailleurs pas pu avoir lieu pour cause de pandémie mondiale les années passées. Comme pour la société, le monde du foot prend conscience et doit désormais s’adapter et agir concrètement. Le football pourrait d’ailleurs être un moteur et un exemple pour le sport mondial sur ces sujets qui nous concernent tous.
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