Après plusieurs années de discussions et de compromis, la métropole rennaise et le Stade Rennais ont officialisé la création d’un « centre de vie ». Le club, déjà présent sur la commune sur près de 11 hectares, verra la superficie de ses infrastructures en gagner 5 autres. Le projet, à la hauteur des ambitions du club, réunira le groupe professionnel, sa section amateur, son Académie (par l’intermédiaire de l’école et de l’internat) et son siège administratif.

Présent sur le domaine de la Prévalaye, le club investira une part de la Piverdière, un espace naturel situé de l’autre côté de la rocade. Qui dit espace naturel implique préservation de l’environnement. Qui dit préservation de l’environnement, implique contentieux. Des associations écologies ont manifesté leur mécontentement et ont pris part aux négociations tout du long du projet. Ce sont donc le club, la métropole, des associations de riverains et de défenses de l’environnement, tout comme le cabinet d’écologue IAO SENN et le cabinet NeM // Niney et Marca Architectes, tous deux mandatés par le SRFC, qui se sont donnés rendez-vous autour d’une table. Nous avons contacté chacun de ces protagonistes, le Collectif de la Prévalaye et la Métropole de Rennes ont accepté de nous éclairer sur le projet, respectivement par l’intermédiaire de Yohan et de l’élu écologiste Didier Chapellon.

Pouvez-vous présenter votre collectif, puis vos revendications vis-à-vis du projet du Stade Rennais ?

Le Collectif de la Prévalaye est monté en 2018 pour défendre le territoire de différents aménagements urbains, comme des îlots de bétons, des routes bitumées. C’est par la suite que naît le projet d’artificialisation des terres par le Stade Rennais Football Club. Le projet « Piverdière » menace beaucoup de terres agricoles et de zones naturelles, des habitats de biodiversité. Nous avons d’abord publié une pétition largement diffusée, qui a permise au collectif d’intégrer les concertations. Nous avions la possibilité de rencontrer les différents acteurs et d’obtenir les informations.

Un premier projet impacte trop le site de la Prévalaye. Il met en danger les liens entre différentes activités agricoles, coupant en deux leurs liaisons. Au-delà du foncier, nous nous sommes demandé quel était le but exact de ce projet. Quels sont les besoins d’un club pareil ? Un projet pour l’image, pour le marketing, ou plutôt sportif. C’est un des points principaux qu’on attaque. Pour nous c’est une question symbolique. Quelle priorité on donne à la Prévalaye. Plutôt un vaste jardin ouvrier, des terres agricoles, ou des terrains terrain de foot. Sur les 3 hectares et demi , un seul terrain de foot. Ils prennent 2 terrains de la ville (les partager avec ceux du quartier ) et en construisent un nouveau

Des jardins ouvriers sont compromis pour construire un centre à l’entrée un peu chic, un peu luxe, un peu visible. On peut se questionner sur l’utilité de bétonner des terres agricoles.

On se rend compte que le projet sportif est minoritaire. Ça parle de bandes d’échauffement, de terrains cinq contre cinq à un endroit, des terrains d’entraînement pour gardiens, et seulement un terrain entier à un autre. Parce que deux terrains synthétiques existent déjà et appartiennent à la commune, aux habitants du quartier. L’eau sera abondamment utilisée pour satisfaire les exigences de la pelouse. C’est extrêmement cynique sur une terre agricole plutôt sobre en eau. Les autres choix sont les terrains synthétiques, composés de produits pétrolier, qui se dégradent vite, d’où émanent des substances toxiques.

Est-ce nécessaire ? Peut-être pour un peu pour un club à haut niveau comme le SRFC, un gros clubs français, un club européen. Mais on peut remettre en question l’utilité de tels infrastructures et le club avait des difficultés à prouver la nécessité d’avoir un terrain d’entraînement de gardien par exemple. Quel coût pour la collectivité ?

Avez-vous déjà appuyé l’initiative d’autres associations sur le territoire français, face de tels projets ?

Nous avons eu plusieurs échanges avec des collectifs nantais qui s’étaient levés contre le Yellow Park. Leur mobilisation fut importante face à ce dossier dossiers et études. En dehors du football, nous sommes en contact avec les jardins ouvriers d’Aubervilliers. Ils ont lutté contre des projets liés aux JO 2024, la construction d’une piscine et et d’un espace solarium. Ils ont réussi à gagner et les organisateurs ont dû remettre la terre dans le trou qui avait commencé à être creusé.

Par ailleurs, nous avons organisé des matches de football populaire, pour montrer qu’on était pas contre le football mais contre le football business. On veut montrer comment on partage les terrains avec le plus grands nombres.

Quel est l’impact de ce projet mesuré sur l’environnement de la Prévalaye ?

Nous n’avons pas le bilan carbone du projet sous la main mais on a le projet faune et flore. On relève que le club se défend en mettant en avant la présence d’ « espèces banales ». Même une biodiversité banale est à défendre, surtout lorsqu’on a la chance d’avoir une biodiversité aussi riche. La biodiversité est un équilibre fragile. L’artificialisation des sols est un péril. Ils doivent être honnêtes sur ce que représente le projet, être transparent. On ne peut pas se cacher derrière des toitures végétalisés, des arbres plantés maintenant qui seront adultes dans 30 ans, peut-être coupés entre temps. Parce que la balance est déséquilibrée en défaveur de notre environnement. Il ne faut pas faire croire à tes supporters que planter des arbres va changer la donne, rend l’initiative louable.

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« Jardin à défendre », menacé, sur le site de la Prévalaye. Crédit : Collectif de la Prévalaye

Il existe aussi des interrogations sur la question de l’eau. Qui gaspille le plus, entre arroser les légumes plutôt que des terrains. Au-delà de cet enjeu, la Prévalaye est une zone très humide, avec de nombreuses nappes phréatiques de surface. Le SRFC a acheté des terrains sans pouvoir faire de grosses constructions à cause de l’eau. Ils prennent la terre même pour peu d’usages, sauf que ça fragilise tout le cycle de l’eau autour. Construire, même en surface, c’est créée une frontière pour les animaux, dans le sol. L’homme arrache tout un pan de biodiversité de son environnement. Sur terre et sous-terre.

Avez-vous constaté une réelle prise en compte des enjeux liés à l’environnement de la part du Stade Rennais, de la métropole ?

Nous on se place dans le compromis. Pour eux, à les écouter, c’est oui bien sûr. Ils prennent en exemple les autres clubs en L1 et en Europe, ils se comparent aux autres clubs. On voit bien que si les autres clubs ont un bilan environnemental catastrophique, c’est ridicule et pas intéressant de se comparer. Eux leur discours auprès de la métropole, des médias, des supporters et du grand public, c’est leur compensation des terrains agricoles remplacés avec les arbres alors que le milieu de vie que tu détruis est irremplaçable. C’est un discours hypocrite, mensonger, limite-limite. Ce compromis n’est pas satisfaisant. Un centre vert, des toitures végétales, c’est juste un immense pots de fleurs.

Tout au long du projet, quels ont été vos liens avec les différents acteurs de ce projet ?

Comme je vous le disais plus tôt, on a réussi à faire ouvrir une concertation avec les représentants du SRFC. Le premier représentant était le stadium manager. C’est un épisode troublant, il est parti et a quitté son travail au moment où le Stade a dit « on a besoin de plus, d’aller plus loin. » Selon le lapsus d’une élue « il a été remercié, il est parti. » a-t-elle dit en évoquant son cas. L’annonce du club de vouloir « plus » a fait un véritable bad buzz dans les médias, notamment locaux. À la fin, les représentants du club ne venaient plus trop au concertations. Cela dit, ils ont toujours été distants, communiquait par voie de presse interposée.

Lors de ces discussions, avez-vous obtenu des concessions dans ce projet du Stade Rennais ? Êtes-vous satisfaits du « sort » réservé à la Prévalaye ?

Le SRFC s’est engagé à ne plus construire sur une prairie. Il y avait une ferme dessus auparavant. Puis au départ des propriétaires, la parcelle est restée non-exploitée près de dix ans. La seule activité était le fauchage de foin par un paysan d’à côté. Je pense que c’est important de faire parler du projet. C’est une semi-victoire et on doit raconter ce qui ne va pas. On ne doit pas s’arrêter pour autant.

Un jardin ouvrier, ce sont de petites parcelles, des lopins de terre, qui peuvent être loués par la ville de Rennes . Plusieurs jardins sont cultivés depuis 30-40 ans. Ce sont des contrats de location précaires pour faciliter leur réappropriation par la métropole. Ce fut le cas pour certains d’entre eux, restés inexploités près de 10 ans.

On faut aussi voir à moyen terme. Dans cinq, dix ans. Ils montent une section féminine en ce moment même. Les terrains entre sections masculines et féminines ne sont pas partagés. Actuellement, elle est jeune, les joueuses ne sont pas encore majeures. Selon vous, que se passera-t-il quand le club aura une équipe pro féminine adulte, avec l’optique de concurrencer les grandes équipes en France, en Europe ? Quand ils se retrouveront à l’étroit, ils chercheront de nouveaux espaces. C’est pour ça que nous voulons poser des limites dès maintenant.

L’exemple de la Prévalaye est-il révélateur de l’implication actuelle de l’écologie dans le football ?

On voit ce qu’il se passe autour de la Coupe du monde, les stades du Qatar, en plein désert, les nombreux ouvriers et ouvrières mobilisés. C’est toujours un immense problème. Et l’expérience du Stade Rennais, c’est encore des promesses, des paroles et sans le collectif on sait tous qu’ils n’auraient pas été gênés de demande davantage, de construire plus de 8 hectares sur les 3,5 actuels. Ils le disent d’ailleurs eux-mêmes, ils auraient bien aimé avoir plus. Les raisons sont l’image, l’argent, les relations avec la politique, mais pas des motivations de transition.

Le football n’a pas enclenché sa transition écologique. A Rennes ou ailleurs. Notre problème n’est pas le club. Il n’y à qu’à voir les emprises foncières, les déplacements du top niveau, la volonté de performances optimale. Dans les structures pro, aucune différence concrète ne se voit. On remet en cause le modèle du football business. Certes, cette activité déplace des milliers de milliers de personnes mais comment on fait pour avoir un bilan carbone acceptable et pas catastrophique ? On se pose la question, on leur pose la question. On veut (re)venir à un modèle plus populaire.

Merci à Yohan et au Collectif de la Prévalaye pour leur disponibilité.


Alexandre Bonnot

Fier représentant du grand Olympique de Marseille. Je mouille ma plume avec mes larmes... Je sillonne les matches de district le dimanche midi histoire de faire passer le temps.

2 commentaires

L'aspect environnemental du nouveau centre de vie du Stade Rennais vu par Didier Chapellon, adjoint à la biodiversité de la métropole rennaise - Fausse Touche · 28/07/2022 à 16:47

[…] donnés rendez-vous autour d’une table. Nous avons contacté chacun de ces protagonistes, le Collectif de la Prévalaye et la Métropole de Rennes ont accepté de nous éclairer sur le projet, respectivement par […]

Le paradoxe du football dans la lutte face au carbone. - Fausse Touche · 26/08/2022 à 01:31

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